ANTOINE
n'y voit plus. Il défaille.
Un froid horrible me glace jusqu'au fond de l'âme. Cela excède la portée de la douleur! C'est comme une mort plus profonde que la mort. Je roule dans l'immensité des ténèbres. Elles entrent en moi. Ma conscience éclate sous cette dilatation du néant!
LE DIABLE
Mais les choses ne t'arrivent que par l'intermédiaire de ton esprit. Tel qu'un miroir concave il déforme les objets;—et tout moyen te manque pour en vérifier l'exactitude.
Jamais tu ne connaîtras l'univers dans sa pleine étendue; par conséquent tu ne peux te faire une idée de sa cause, avoir une notion juste de Dieu, ni même dire que l'univers est infini,—car il faudrait d'abord connaître l'Infini!
La Forme est peut-être une erreur de tes sens, la Substance une imagination de ta pensée.
A moins que le monde étant un flux perpétuel des choses, l'apparence au contraire ne soit tout ce qu'il y a de plus vrai, l'illusion la seule réalité.
Mais es-tu sûr de voir? es-tu même sûr de vivre? Peut-être qu'il n'y a rien!
Le Diable a pris Antoine; et le tenant au bout de ses bras, il le regarde la gueule ouverte, prêt à le dévorer.
Adore-moi donc! et maudis le fantôme que tu nommes Dieu!
Antoine lève les yeux, par un dernier mouvement d'espoir.
Le Diable l'abandonne.
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