VII

ANTOINE

se retrouve étendu sur le dos, au bord de la falaise.

Le ciel commence à blanchir.

Est-ce la clarté de l’aube, ou bien un reflet de la lune?

Il tâche de se soulever, puis retombe; et en claquant des dents:

J’éprouve une fatigue... comme si tous mes os étaient brisés!

Pourquoi?

Ah! c’est le Diable! je me souviens;—et même il me redisait tout ce que j’ai appris chez le vieux Didyme des opinions de Xénophane, d’Héraclite, de Mélisse, d’Anaxagore, sur l’infini, la création, l’impossibilité de rien connaître!

Et j’avais cru pouvoir m’unir à Dieu!

Riant amèrement:

Ah! démence! démence! Est-ce ma faute? La prière m’est intolérable! J’ai le cœur plus sec qu’un rocher! Autrefois, il débordait d’amour!...

Le sable, le matin, fumait à l’horizon comme la poussière d’un encensoir; au coucher du soleil, des fleurs de feu s’épanouissaient sur la croix;—et au milieu de la nuit, souvent il m’a semblé que tous les êtres et toutes les choses, recueillis dans le même silence, adoraient avec moi le Seigneur. O charme des oraisons, félicités de l’extase, présents du ciel, qu’êtes-vous devenus!

Je me rappelle un voyage que j’ai fait avec Ammon, à la recherche d’une solitude pour établir des monastères. C’était le dernier soir; et nous pressions nos pas, en murmurant des hymnes, côte à côte, sans parler. A mesure que le soleil s’abaissait, les deux ombres de nos corps s’allongeaient comme deux obélisques grandissant toujours et qui auraient marché devant nous. Avec les morceaux de nos bâtons, çà et là nous plantions des croix pour marquer la place d’une cellule. La nuit fut lente à venir; et des ondes noires se répandaient sur la terre qu’une immense couleur rose occupait encore le ciel.

Quand j’étais un enfant, je m’amusais avec des cailloux à construire des ermitages. Ma mère, près de moi, me regardait.

Elle m’aura maudit pour mon abandon, en arrachant à pleines mains ses cheveux blancs. Et son cadavre est resté étendu au milieu de la cabane, sous le toit de roseaux, entre les murs qui tombent. Par un trou, une hyène, en reniflant, avance la gueule!... Horreur! horreur!

Il sanglote.

Non, Ammonaria ne l’aura pas quittée!

Où est-elle maintenant, Ammonaria?

Peut-être qu’au fond d’une étuve elle retire ses vêtements l’un après l’autre, d’abord le manteau, puis la ceinture, la première tunique, la seconde plus légère, tous ses colliers; et la vapeur du cinnamome enveloppe ses membres nus. Elle se couche enfin sur la tiède mosaïque. Sa chevelure à l’entour de ses hanches fait comme une toison noire,—et suffoquant un peu dans l’atmosphère trop chaude, elle respire, la taille cambrée, les deux seins en avant. Tiens!... voilà ma chair qui se révolte! Au milieu du chagrin la concupiscence me torture. Deux supplices à la fois, c’est trop! Je ne peux plus endurer ma personne!

Il se penche et regarde le précipice.

L’homme qui tomberait serait tué. Rien de plus facile, en se roulant sur le côté gauche; c’est un mouvement à faire! un seul.

Alors apparaît

UNE VIEILLE FEMME

Antoine se relève dans un sursaut d’épouvante.—Il croit voir sa mère ressuscitée.

Mais celle-là est beaucoup plus vieille et d’une prodigieuse maigreur.

Un linceul noué autour de sa tête pend avec ses cheveux blancs jusqu’au bas de ses deux jambes, minces comme des béquilles. L’éclat de ses dents couleur d’ivoire rend plus sombre sa peau terreuse. Les orbites de ses yeux sont pleins de ténèbres, et au fond deux flammes vacillent, comme des lampes de sépulcre.

Avance, dit-elle. Qui te retient?

ANTOINE

balbutiant:

J’ai peur de commettre un péché!

ELLE

reprend:

Mais le roi Saül s’est tué! Razias, un juste, s’est tué! Sainte Pélagie d’Antioche s’est tuée! Domine d’Alep et ses deux filles, trois autres saintes, se sont tuées;—et rappelle-toi tous les confesseurs qui couraient au-devant des bourreaux, par impatience de la mort. Afin d’en jouir plus vite, les vierges de Milet s’étranglaient avec leurs cordons. Le philosophe Hégésias, à Syracuse, la prêchait si bien qu’on désertait les lupanars pour s’aller pendre dans les champs. Les patriciens de Rome se la procurent comme débauche.

ANTOINE.

Oui, c’est un amour qui est fort! Beaucoup d’anachorètes y succombent.

LA VIEILLE.

Faire une chose qui vous égale à Dieu, pense donc! Il t’a créé, tu vas détruire son œuvre, toi, par ton courage, librement! La jouissance d’Érostrate n’était pas supérieure. Et puis, ton corps s’est assez moqué de ton âme pour que tu t’en venges à la fin. Tu ne souffriras pas. Ce sera vite terminé. Que crains-tu? un large trou noir! Il est vide peut-être?

Antoine écoute sans répondre;—et de l’autre côté paraît:

UNE AUTRE FEMME

jeune et belle, merveilleusement.—Il la prend d’abord pour Ammonaria.

Mais elle est plus grande, blonde comme le miel, très grasse, avec du fard sur les joues et des roses sur la tête. Sa longue robe chargée de paillettes a des miroitements métalliques; ses lèvres charnues paraissent sanguinolentes, et ses paupières un peu lourdes sont tellement noyées de langueur qu’on la dirait aveugle.

Elle murmure:

Vis donc, jouis donc! Salomon recommande la joie! Va comme ton cœur te mène et selon le désir de tes yeux!

ANTOINE.

Quelle joie trouver? mon cœur est las, mes yeux sont troubles!

ELLE

reprend:

Gagne le faubourg de Racotis, pousse une porte peinte en bleu; et quand tu seras dans l’atrium où murmure un jet d’eau, une femme se présentera—en péplos de soie blanche lamé d’or, les cheveux dénoués, le rire pareil au claquement des crotales. Elle est habile. Tu goûteras dans sa caresse l’orgueil d’une initiation et l’apaisement d’un besoin.

Tu ne connais pas non plus le trouble des adultères, les escalades, les enlèvements, la joie de voir toute nue celle qu’on respectait habillée.

As-tu serré contre ta poitrine une vierge qui t’aimait? Te rappelles-tu les abandons de sa pudeur, et ses remords qui s’en allaient sous un flux de larmes douces!

Tu peux, n’est-ce pas, vous apercevoir marchant dans les bois sous la lumière de la lune? A la pression de vos mains jointes un frémissement vous parcourt; vos yeux rapprochés épanchent de l’un à l’autre comme des ombres immatérielles, et votre cœur se remplit; il éclate; c’est un suave tourbillon, une ivresse débordante...

LA VIEILLE.

On n’a pas besoin de posséder les joies pour en sentir l’amertume! Rien qu’à les voir de loin, le dégoût vous en prend. Tu dois être fatigué par la monotonie des mêmes actions, la durée des jours, la laideur du monde, la bêtise du soleil!

ANTOINE.

Oh! oui, tout ce qu’il éclaire me déplaît!

LA JEUNE.

Ermite! ermite! tu trouveras des diamants entre les cailloux, des fontaines sous le sable, une délectation dans les hasards que tu méprises; et même il y a des endroits de la terre si beaux qu’on a envie de la serrer contre son cœur.

LA VIEILLE.

Chaque soir, en t’endormant sur elle, tu espères que bientôt elle te recouvrira!

LA JEUNE.

Cependant tu crois à la résurrection de la chair, qui est le transport de la vie dans l’éternité!

La vieille, pendant qu’elle parlait, s’est encore décharnée; et au-dessus de son crâne, qui n’a plus de cheveux, une chauve-souris fait des cercles dans l’air.

La jeune est devenue plus grasse. Sa robe chatoie, ses narines battent, ses yeux roulent moelleusement.

LA PREMIÈRE

dit, en ouvrant les bras:

Viens, je suis la consolation, le repos, l’oubli, l’éternelle sérénité!

et LA SECONDE

en offrant ses seins:

Je suis l’endormeuse, la joie, la vie, le bonheur inépuisable!

Antoine tourne les talons pour s’enfuir. Chacune lui met la main sur l’épaule.

Le linceul s’écarte et découvre le squelette de la Mort.

La robe se fend et laisse voir le corps entier de la Luxure, qui a la taille mince avec la croupe énorme et de grands cheveux ondés s’envolant par le bout.

Antoine reste immobile entre les deux, les considérant.

LA MORT

lui dit:

Tout de suite ou tout à l’heure, qu’importe! Tu m’appartiens, comme les soleils, les peuples, les villes, les rois, la neige des monts, l’herbe des champs. Je vole plus haut que l’épervier, je cours plus vite que la gazelle, j’atteins même l’espérance, j’ai vaincu le fils de Dieu!

LA LUXURE.

Ne résiste pas; je suis l’omnipotente! Les forêts retentissent de mes soupirs, les flots sont remués par mes agitations. La vertu, le courage, la piété se dissolvent au parfum de ma bouche. J’accompagne l’homme pendant tous les pas qu’il fait;—et au seuil du tombeau il se retourne vers moi!

LA MORT.

Je te découvrirai ce que tu tâchais de saisir, à la lueur des flambeaux, sur la face des morts,—ou quand tu vagabondais au delà des Pyramides, dans ces grands sables composés de débris humains. De temps à autre, un fragment de crâne roulait sous ta sandale. Tu prenais de la poussière, tu la faisais couler entre tes doigts; et ta pensée, confondue avec elle, s’abîmait dans le néant.

LA LUXURE.

Mon vertige est plus profond! Des marbres ont inspiré d’obscènes amours. On se précipite à des rencontres qui effrayent. On rive des chaînes que l’on maudit. D’où vient l’ensorcellement des courtisanes, l’extravagance des rêves, l’immensité de ma tristesse?

LA MORT.

Mon ironie dépasse toutes les autres! Il y a des convulsions de plaisir aux funérailles des rois, à l’extermination d’un peuple;—et on fait la guerre avec de la musique, des panaches, des drapeaux, des harnais d’or, un déploiement de cérémonie pour me rendre plus d’hommages.

LA LUXURE.

Ma colère vaut la tienne. Je hurle, je mords. J’ai des sueurs d’agonisant et des aspects de cadavre.

LA MORT.

C’est moi qui te rends sérieuse; enlaçons-nous!

La Mort ricane, la Luxure rugit. Elles se prennent par la taille et chantent ensemble:

—Je hâte la dissolution de la matière!

—Je facilite l’éparpillement des germes!

—Tu détruis, pour mes renouvellements!

—Tu engendres, pour mes destructions!

—Active ma puissance!

—Féconde ma pourriture!

Et leur voix, dont les échos se déroulant emplissent l’horizon, devient tellement forte qu’Antoine en tombe à la renverse.

Une secousse, de temps à autre, lui fait entr’ouvrir les yeux; et il aperçoit au milieu des ténèbres une manière de monstre devant lui.

C’est une tête de mort, avec une couronne de roses. Elle domine un torse de femme d’une blancheur nacrée. En dessous, un linceul étoilé de points d’or fait comme une queue;—et tout le corps ondule, à la manière d’un ver gigantesque qui se tiendrait debout.

La vision s’atténue, disparaît.

ANTOINE

se relève.

Encore une fois c’était le Diable, et sous son double aspect: l’esprit de fornication et l’esprit de destruction.

Aucun des deux ne m’épouvante. Je repousse le bonheur, et je me sens éternel.

Ainsi la mort n’est qu’une illusion, un voile, masquant par endroits la continuité de la vie.

Mais la Substance étant unique, pourquoi les Formes sont-elles variées?

Il doit y avoir quelque part des figures primordiales, dont les corps ne sont que les images. Si on pouvait les voir, on connaîtrait le lien de la matière et de la pensée, en quoi l’Être consiste!

Ce sont ces figures-là qui étaient peintes à Babylone sur la muraille du temple de Bélus, et elles couvraient une mosaïque dans le port de Carthage. Moi-même, j’ai quelquefois aperçu dans le ciel comme des formes d’esprits. Ceux qui traversent le désert rencontrent des animaux dépassant toute conception...

Et en face, de l’autre côté du Nil, voilà que le Sphinx apparaît.

Il allonge ses pattes, secoue les bandelettes de son front et se couche sur le ventre.

Sautant, volant, crachant du feu par ses narines, et de sa queue de dragon se frappant les ailes, la Chimère aux yeux verts tournoie, aboie.

Les anneaux de sa chevelure, rejetés d’un côté, s’entremêlent aux poils de ses reins, et de l’autre ils pendent jusque sur le sable et remuent au balancement de tout son corps.

LE SPHINX

est immobile et regarde la Chimère:

Ici, Chimère; arrête-toi!

LA CHIMÈRE.

Non, jamais!

LE SPHINX.

Ne cours pas si vite, ne vole pas si haut, n’aboie pas si fort!

LA CHIMÈRE.

Ne m’appelle plus, ne m’appelle plus, puisque tu restes toujours muet!

LE SPHINX.

Cesse de me jeter tes flammes au visage et de pousser tes hurlements dans mon oreille; tu ne fondras pas mon granit!

LA CHIMÈRE.

Tu ne me saisiras pas, sphinx terrible!

LE SPHINX.

Pour demeurer avec moi, tu es trop folle!

LA CHIMÈRE.

Pour me suivre, tu es trop lourd!

LE SPHINX.

Où vas-tu donc, que tu cours si vite?

LA CHIMÈRE.

Je galope dans les corridors du labyrinthe, je plane sur les monts, je rase les flots, je jappe au fond des précipices, je m’accroche par la gueule au pan des nuées; avec ma queue traînante, je raye les plages, et les collines ont pris leur courbe selon la forme de mes épaules. Mais toi, je te retrouve perpétuellement immobile, ou bien du bout de ta griffe dessinant des alphabets sur le sable.

LE SPHINX.

C’est que je garde mon secret! Je songe et je calcule.

La mer se retourne dans son lit, les blés se balancent sous le vent, les caravanes passent, la poussière s’envole, les cités s’écroulent;—et mon regard, que rien ne peut dévier, demeure tendu à travers les choses sur un horizon inaccessible.

LA CHIMÈRE.

Moi, je suis légère et joyeuse! Je découvre aux hommes des perspectives éblouissantes avec des paradis dans les nuages et des félicités lointaines. Je leur verse à l’âme les éternelles démences, projets de bonheur, plans d’avenir, rêves de gloire, et les serments d’amour et les résolutions vertueuses.

Je pousse aux périlleux voyages et aux grandes entreprises. J’ai ciselé avec mes pattes les merveilles des architectures. C’est moi qui ai suspendu les clochettes au tombeau de Porsenna, et entouré d’un mur d’orichalque les quais de l’Atlantide.

Je cherche des parfums nouveaux, des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés. Si j’aperçois quelque part un homme dont l’esprit repose dans la sagesse, je tombe dessus, et je le déchire.

LE SPHINX.

Tous ceux que le désir de Dieu tourmente, je les étrangle.

Les plus forts, pour gravir jusqu’à mon front royal, montent aux stries de mes bandelettes comme sur les marches d’un escalier. La lassitude les prend, et ils tombent d’eux-mêmes à la renverse.

Antoine commence à trembler.

Il n’est plus devant sa cabane, mais dans le désert,—ayant à ses côtés ces deux bêtes monstrueuses, dont la gueule lui effleure l’épaule.

LE SPHINX.

O Fantaisie, emporte-moi sur tes ailes pour désennuyer ma tristesse!

LA CHIMÈRE.

O Inconnu, je suis amoureuse de tes yeux! Comme une hyène en chaleur, je tourne autour de toi, sollicitant les fécondations dont le besoin me dévore.

Ouvre ta gueule, lève tes pieds, monte sur mon dos!

LE SPHINX.

Mes pieds, depuis qu’ils sont à plat, ne peuvent plus se relever. Le lichen, comme une dartre, a poussé sur ma gueule. A force de songer, je n’ai plus rien à dire.

LA CHIMÈRE.

Tu mens, sphinx hypocrite! D’où vient toujours que tu m’appelles et me renies?

LE SPHINX.

C’est toi, caprice indomptable, qui passes et tourbillonnes!

LA CHIMÈRE.

Est-ce ma faute? Comment? laisse-moi!

Elle aboie.

LE SPHINX.

Tu remues, tu m’échappes!

Il grogne.

LA CHIMÈRE.

Essayons!—tu m’écrases!

LE SPHINX.

Non! impossible!

Et en s’enfonçant peu à peu, il disparaît dans le sable,—tandis que la Chimère, qui rampe la langue tirée, s’éloigne en décrivant des cercles.

L’haleine de sa bouche a produit un brouillard.

Dans cette brume, Antoine aperçoit des enroulements de nuages, des courbes indécises.

Enfin, il distingue comme des apparences de corps humains.

Et d’abord s’avance

LE GROUPE DES ASTOMI

pareils à des bulles d’air que traverse le soleil.

Ne souffle pas trop fort! Les gouttes de pluie nous meurtrissent, les sons faux nous écorchent, les ténèbres nous aveuglent. Composés de brises et de parfums, nous roulons, nous flottons—un peu plus que des rêves, pas des êtres tout à fait...

LES NISNAS

n’ont qu’un œil, qu’une joue, qu’une main, qu’une jambe, qu’une moitié du corps, qu’une moitié du cœur. Et ils disent, très haut:

Nous vivons fort à notre aise dans nos moitiés de maisons, avec nos moitiés de femmes et nos moitiés d’enfants.

LES BLEMMYES

absolument privés de tête:

Nos épaules en sont plus larges;—et il n’y a pas de bœuf, de rhinocéros ni d’éléphant qui soit capable de porter ce que nous portons.

Des espèces de traits, et comme une vague figure empreinte sur nos poitrines, voilà tout! Nous pensons des digestions, nous subtilisons des sécrétions. Dieu, pour nous, flotte en paix dans des chyles intérieurs.

Nous marchons droit notre chemin, traversant toutes les fanges, côtoyant tous les abîmes; et nous sommes les gens les plus laborieux, les plus heureux, les plus vertueux.

LES PYGMÉES.

Petits bonshommes, nous grouillons sur le monde comme de la vermine sur la bosse d’un dromadaire.

On nous brûle, on nous noie, on nous écrase; et toujours, nous reparaissons, plus vivaces et plus nombreux,—terribles par la quantité!

LES SCIAPODES.

Retenus à la terre par nos chevelures, longues comme des lianes, nous végétons à l’abri de nos pieds, larges comme des parasols; et la lumière nous arrive à travers l’épaisseur de nos talons. Point de dérangement et point de travail!—La tête le plus bas possible, c’est le secret du bonheur!

Leurs cuisses levées, ressemblant à des troncs d’arbres, se multiplient.

Et une forêt paraît. De grands singes y courent à quatre pattes; ce sont des hommes à tête de chien.

LES CYNOCÉPHALES.

Nous sautons de branche en branche pour sucer les œufs, et nous plumons les oisillons; puis nous mettons leurs nids sur nos têtes, en guise de bonnets.

Nous ne manquons pas d’arracher les pis des vaches; et nous crevons les yeux des lynx, nous fientons du haut des arbres, nous étalons notre turpitude en plein soleil.

Lacérant les fleurs, broyant les fruits, troublant les sources, violant les femmes, nous sommes les maîtres,—par la force de nos bras et la férocité de notre cœur.

Hardi, compagnons! Faites claquer vos mâchoires!

Du sang et du lait coulent de leurs babines. La pluie ruisselle sur leurs dos velus.

Antoine hume la fraîcheur des feuilles vertes.

Elles s’agitent, les branches s’entre-choquent; et tout à coup paraît un grand cerf noir, à tête de taureau, qui porte entre les oreilles un buisson de cornes blanches.

LE SADHUZAG.

Mes soixante-quatorze andouillers sont creux comme des flûtes.

Quand je me tourne vers le vent du sud, il en part des sons qui attirent à moi les bêtes ravies. Les serpents s’enroulent à mes jambes, les guêpes se collent dans mes narines, et les perroquets, les colombes et les ibis s’abattent dans mes rameaux.

—Écoute!

Il renverse son bois, d’où s’échappe une musique ineffablement douce.

Antoine presse son cœur à deux mains. Il lui semble que cette mélodie va emporter son âme.

LE SADHUZAG.

Mais quand je me tourne vers le vent du nord, mon bois, plus touffu qu’un bataillon de lances, exhale un hurlement; les forêts tressaillent, les fleuves remontent, la gousse des fruits éclate, et les herbes se dressent comme la chevelure d’un lâche.

—Écoute!

Il penche ses rameaux, d’où sortent des cris discordants; Antoine est comme déchiré.

Et son horreur augmente en voyant

LE MARTICHORAS

gigantesque lion rouge, à figure humaine, avec trois rangées de dents.

Les moires de mon pelage écarlate se mêlent au miroitement des grands sables. Je souffle par mes narines l’épouvante des solitudes. Je crache la peste. Je mange les armées, quand elles s’aventurent dans le désert.

Mes ongles sont tordus en vrilles, mes dents sont taillées en scie; et ma queue, qui se contourne, est hérissée de dards que je lance à droite, à gauche, en avant, en arrière.—Tiens! tiens!

Le Martichoras jette les épines de sa queue, qui irradient comme des flèches dans toutes les directions. Des gouttes de sang pleuvent, en claquant sur le feuillage.

LE CATOBLEPAS

buffle noir, avec une tête de porc tombant jusqu’à terre, et rattachée à ses épaules par un cou mince, long et flasque comme un boyau vidé.

Il est vautré tout à plat, et ses pieds disparaissent sous l’énorme crinière à poils durs qui lui couvre le visage.

Gras, mélancolique, farouche, je reste perpétuellement à sentir contre mon ventre la chaleur de la boue, en abritant sous mon aisselle des pourritures infinies. Mon crâne est tellement lourd qu’il m’est impossible de le porter. Je le roule autour de moi, lentement;—et la mâchoire entr’ouverte, j’arrache avec ma langue les herbes vénéneuses arrosées de mon haleine. Une fois, je me suis dévoré les pattes sans m’en apercevoir.

Personne, Antoine, n’a jamais vu mes yeux, ou ceux qui les ont vus sont morts. Si je relevais mes paupières,—mes paupières roses et gonflées, tout de suite, tu mourrais.

ANTOINE.

Oh! celui-là!... a... a... Si j’allais avoir envie?... Sa stupidité m’attire. Non! non! je ne veux pas!

Il regarde par terre fixement.

Mais les herbes s’allument, et dans les torsions des flammes se dresse

LE BASILIC

grand serpent violet à crête trilobée, avec deux dents, une en haut, une en bas.

Prends garde, tu vas tomber dans ma gueule! Je bois du feu. Le feu, c’est moi;—et de partout j’en aspire: des nuées, des cailloux, des arbres morts, du poil des animaux, de la surface des marécages. Ma température entretient les volcans; je fais l’éclat des pierreries et la couleur des métaux.

LE GRIFFON

lion à bec de vautour avec des ailes blanches, les pattes rouges et le cou bleu.

Je suis le maître des splendeurs profondes. Je connais le secret des tombeaux où dorment les vieux rois.

Une chaîne, qui sort du mur, leur tient la tête droite. Près d’eux, dans des bassins de porphyre, des femmes qu’ils ont aimées flottent sur des liquides noirs. Leurs trésors sont rangés dans des salles, par losanges, par monticules, par pyramides;—et plus bas, bien au-dessous des tombeaux, après de longs voyages au milieu des ténèbres étouffantes, il y a des fleuves d’or avec des forêts de diamant, des prairies d’escarboucles, des lacs de mercure.

Adossé contre la porte du souterrain et la griffe en l’air, j’épie de mes prunelles flamboyantes ceux qui voudraient venir. La plaine immense, jusqu’au fond de l’horizon, est toute nue et blanchie par les ossements des voyageurs. Pour toi les battants de bronze s’ouvriront, et tu humeras la vapeur des mines, tu descendras dans les cavernes... Vite! vite!

Il creuse la terre avec ses pattes, en criant comme un coq.

Mille voix lui répondent. La forêt tremble.

Et toutes sortes de bêtes effroyables surgissent: le Tragelaphus, moitié cerf et moitié bœuf; le Myrmecoleo, lion par devant, fourmi par derrière, et dont les génitoires sont à rebours; le python Aksar, de soixante coudées, qui épouvanta Moïse; la grande belette Pastinaca, qui tue les arbres par son odeur; le Presteros, qui rend imbécile par son contact; le Mirag, lièvre cornu, habitant des îles de la mer. Le léopard Phalmant crève son ventre à force de hurler; le Senad, ours à trois têtes, déchire ses petits avec sa langue; le chien Cépus répand sur les rochers le lait bleu de ses mamelles. Des moustiques se mettent à bourdonner, des crapauds à sauter, des serpents à siffler. Des éclairs brillent. La grêle tombe.

Il arrive des rafales, pleines d’anatomies merveilleuses. Ce sont des têtes d’alligators sur des pieds de chevreuil, des hiboux à queue de serpent, des pourceaux à mufle de tigre, des chèvres à croupe d’âne, des grenouilles velues comme des ours, des caméléons grands comme des hippopotames, des veaux à deux têtes dont l’une pleure et l’autre beugle, des fœtus quadruples se tenant par le nombril et valsant comme des toupies, des ventres ailés qui voltigent comme des moucherons.

Il en pleut du ciel, il en sort de terre, il en coule des roches. Partout des prunelles flamboient, des gueules rugissent; les poitrines se bombent, les griffes s’allongent, les dents grincent, les chairs clapotent. Il y en a qui accouchent, d’autres copulent, ou d’une seule bouchée s’entre-dévorent.

S’étouffant sous leur nombre, se multipliant par leur contact, ils grimpent les uns sur les autres;—et tous remuent autour d’Antoine avec un balancement régulier, comme si le sol était le pont d’un navire. Il sent contre ses mollets la traînée des limaces, sur ses mains le froid des vipères; et des araignées filant leur toile l’enferment dans leur réseau.

Mais le cercle des monstres s’entr’ouvre, le ciel tout à coup devient bleu, et

LA LICORNE

se présente.

Au galop! au galop!

J’ai des sabots d’ivoire, des dents d’acier, la tête couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front porte les bariolures de l’arc-en-ciel.

Je voyage de la Chaldée au désert tartare sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie. Je dépasse les autruches. Je cours si vite que je traîne le vent. Je frotte mon dos contre les palmiers. Je me roule dans les bambous. D’un bond je saute les fleuves. Des colombes volent au-dessus de moi. Une vierge seule peut me brider.

Au galop! au galop!

Antoine la regarde s’enfuir.

Et ses yeux restant levés, il aperçoit tous les oiseaux qui se nourrissent de vent: le Gouith, l’Ahuti, l’Alphalim, le Iukneth des montagnes de Caff, les Homaï des Arabes qui sont les âmes d’hommes assassinés. Il entend les perroquets proférer des paroles humaines, puis les grands palmipèdes pélasgiens qui sanglotent comme des enfants ou ricanent comme de vieilles femmes.

Un air salin le frappe aux narines. Une plage maintenant est devant lui.

Au loin des jets d’eau s’élèvent, lancés par des baleines; et du fond de l’horizon

LES BÊTES DE LA MER

rondes comme des outres, plates comme des lames, dentelées comme des scies, s’avancent en se traînant sur le sable.

Tu vas venir avec nous, dans nos immensités où personne encore n’est descendu!

Des peuples divers habitent les pays de l’Océan. Les uns sont au séjour des tempêtes; d’autres nagent en plein dans la transparence des ondes froides, broutent comme des bœufs les plaines de corail, aspirent par leur trompe le reflux des marées, ou portent sur leurs épaules le poids des sources de la mer.

Des phosphorescences brillent à la moustache des phoques, aux écailles des poissons. Des oursins tournent comme des roues, des cornes d’Ammon se déroulent comme des câbles, des huîtres font crier leurs charnières, des polypes déploient leurs tentacules, des méduses frémissent pareilles à des boules de cristal, des éponges flottent, des anémones crachent de l’eau; des mousses, des varechs ont poussé.

Et toutes sortes de plantes s’étendent en rameaux, se tordent en vrilles, s’allongent en pointes, s’arrondissent en éventail. Des courges ont l’air de seins, des lianes s’enlacent comme des serpents.

Les Dedaïms de Babylone, qui sont des arbres, ont pour fruits des têtes humaines; des Mandragores chantent, la racine Baaras court dans l’herbe.

Les végétaux maintenant ne se distinguent plus des animaux. Des polypiers, qui ont l’air de sycomores, portent des bras sur leurs branches. Antoine croit voir une chenille entre deux feuilles; c’est un papillon qui s’envole. Il va pour marcher sur un galet; une sauterelle grise bondit. Des insectes pareils à des pétales de roses garnissent un arbuste; des débris d’éphémires font sur le sol une couche neigeuse.

Et puis les plantes se confondent avec les pierres.

Des cailloux ressemblent à des cerveaux, des stalactites à des mamelles, des fleurs de fer à des tapisseries ornées de figures.

Dans des fragments de glace, il distingue des efflorescences, des empreintes de buissons et de coquilles—à ne savoir si ce sont les empreintes de ces choses-là, ou ces choses elles-mêmes. Des diamants brillent comme des yeux, des minéraux palpitent.

Et il n’a plus peur!

Il se couche à plat ventre, s’appuie sur les deux coudes; et, retenant son haleine, il regarde.

Des insectes n’ayant plus d’estomac continuent à manger, des fougères desséchées se remettent à fleurir; des membres qui manquaient repoussent.

Enfin, il aperçoit de petites masses globuleuses, grosses comme des têtes d’épingles et garnies de cils tout autour. Une vibration les agite.

ANTOINE

délirant:

O bonheur! bonheur! j’ai vu naître la vie, j’ai vu le mouvement commencer. Le sang de mes veines bat si fort qu’il va les rompre. J’ai envie de voler, de nager, d’aboyer, de beugler, de hurler. Je voudrais avoir des ailes, une carapace, une écorce, souffler de la fumée, porter une trompe, tordre mon corps, me diviser partout, être en tout, m’émaner avec les odeurs, me développer comme les plantes, couler comme l’eau, vibrer comme le son, briller comme la lumière, me blottir sous toutes les formes, pénétrer chaque atome, descendre jusqu’au fond de la matière,—être la matière!

Le jour enfin paraît; et comme les rideaux d’un tabernacle qu’on relève, des nuages d’or en s’enroulant à larges volutes découvrent le ciel.

Tout au milieu, et dans le disque même du soleil, rayonne la face de Jésus-Christ.

Antoine fait le signe de la croix et se remet en prières.

FIN.


GLOSSAIRE ALPHABÉTIQUE
DES MOTS PEU CONNUS
CITÉS DANS L’OUVRAGE

A

Achamaroth.—Probablement Achamoth, nom de l’un des Éons de la théogonie des Valentiniens.

Adamites.—Sectaires qui, au IIe siècle de notre ère, prétendaient avoir été rétablis dans l’état d’innocence où se trouvait Adam au moment de la création. Pour imiter cet état et dominer leurs sens, hommes et femmes étaient entièrement nus dans leurs assemblées. Cette secte ressuscita au XVe siècle en Bohême et en Moravie, où elle fut détruite.

Adonai.—Mot hébreu qui signifie, Maître suprême; nom que les saintes Écritures donnent à Dieu.

Adramites.—Ancien peuple de l’Arabie Heureuse, sur la côte méridionale de la mer Rouge.

Æsars.—Mot qui signifie Dieux en langue étrusque.

Ætius.—Hérésiarque fondateur d’une secte, les Aétiens, qui niaient que le Verbe fût d’une nature semblable à celle du Père.

Ahriman.—Principe du mal et des ténèbres, dans la religion des anciens Perses; il est le perpétuel ennemi d’Ormuzd, le principe du bien et de la lumière.

Alep.—Ville de Syrie, à 200 kil. nord-est de Damas.

Amenthi.—Lieu où, selon les Égyptiens, les âmes se rendaient après la mort et étaient d’abord jugées par certains Dieux avant de l’être définitivement par Osiris, le juge suprême.

Ammon.—Anachorète d’Égypte, mort en 320. Retiré sur une montagne, il n’en descendait que deux fois par an pour visiter sa femme qu’il avait épousée malgré lui, et à laquelle il avait persuadé de vivre dans une continence complète; saint Antoine lui écrivit.

Ammon.—Dieu égyptien, identifié avec Jupiter (Zeus) par les Grecs. C’était le Dieu Soleil, le principe vivifiant. Il était représenté avec des cornes de bélier.

Amschaspands (Myth. Parse).—Génies du bien et de la lumière, serviteurs d’Ormuzd, dans la religion de Zoroastre. Ils sont au nombre de sept et opposés aux Darvands, serviteurs d’Ahriman.

Anaxagore.—Philosophe grec de l’école ionienne, né à Clazomène, l’an 500 av. J.-C. Il voyait dans la nature une infinité de parties élémentaires semblables, dont le mélange forme les corps divers; mais au-dessus de cette dissémination de l’être, il plaçait une unité souveraine, l’Intelligence, principe du mouvement de la matière et de l’ordre où elle tend. Mort l’an 428 av. J.-C.

Androdamas.—Nom grec d’une sorte de pierre précieuse à laquelle les anciens attribuaient plusieurs vertus, entre autres celle d’apaiser la colère.

Antichtone.—Planète imaginaire qui complétait le système astronomique des Pythagoriciens. Ils lui donnaient la première place auprès du feu central dont elle était censée dérober constamment la vue à la Terre.

Anubis.—Dieu égyptien qui était adoré sous la forme d’un chien ou d’un homme avec une tête de chien, compagnon et gardien vigilant d’Osiris aussi bien que d’Isis.

Apelles.—Hérésiarque du IIe siècle qui condamnait le mariage, niait la résurrection et rejetait l’autorité de l’Ancien Testament et celle de Moïse. Il avait été le disciple de Marcion.

Aphia d’Égine.—Déesse d’un caractère marin et lunaire, dont le berceau doit être cherché dans la Phénécie ou l’Asie Mineure.—(voir Maury, Croyances et légendes de l’antiquité, page 150.)

Apis.—Taureau sacré, adoré en Égypte et surtout à Memphis, image vivante ou incarnation même d’Osiris.

Apollinaristes.—Sectateurs de l’hérésiarque Apollinaire. Ils prétendaient que le Verbe a remplacé dans Jésus-Christ l’âme pensante, que la divinité s’est unie directement à son corps, et que, ce corps tout céleste et impassible étant descendu d’en haut, Jésus n’a souffert qu’en apparence.

Apollonius (de Tyane).—Célèbre thaumaturge et philosophe néo-pythagoricien, né à Tyane, en Cappadoce, vers le commencement de l’ère chrétienne, mort vers l’an 97, à Éphèse. Ce philosophe, l’un des hommes les plus extraordinaires de son temps pour le savoir, la vertu et l’éloquence, mena une existence nomade, prêchant la réforme des mœurs, l’abstinence de la chair des animaux, la communauté des biens et les autres dogmes de Pythagore. On lui érigea des statues et des temples, et les païens essayèrent d’opposer ses miracles à ceux de Jésus-Christ.

Archi-galle.—Grand prêtre de Cybèle, chef des galles ou prêtres de cette déesse en Phrygie.

Archontiques.—Sectaires du IIe siècle pour qui le monde avait été créé par des esprits célestes qu’ils nommaient Archontes (chefs). Ils rejetaient les sacrements, niaient la résurrection et regardaient les femmes comme une invention du Diable.

Aricia.—Ancienne ville du Latium et qui avait un bois consacré à Diane, où l’on immolait des hommes.

Ariens.—Sectateurs de l’hérésiarque Arius.

Arius.—Fameux hérésiarque, né, vers l’an 270, à Alexandrie, selon les uns, selon les autres, dans la Cyrénaïque. Il niait le dogme de l’égalité parfaite, éternelle et incréée du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le Fils, disait-il, n’a pas toujours été, n’est qu’une création du Père, et reste subordonné au Père.

Arsène (saint).—Diacre de l’Église romaine, né à Rome en 350, fut précepteur de l’empereur Théodose. Se retira dans les déserts de la Thébaïde, où il mourut en 445.

Aryandiques.—Du nom d’Ariandes, général perse.

Asbadée.—Probablement Asbamée, nom d’une source consacrée à Jupiter Asbamæus ou gardien des serments, dans l’ancienne Asie Mineure, près de Tyane. Ses eaux étaient mortelles pour les coupables.

Ascites.—Hérésiarques du IIe siècle, qui rejetaient les sacrements et représentaient par une outre, devant laquelle ils dansaient, les vases remplis de vin nouveau dont Jésus avait parlé.

Astomi.—Nom que les anciens donnaient à un peuple fabuleux de l’Inde ou d’Afrique, qui se couvrait ordinairement la tête.

Athanase.—Illustre père de l’Église, né à Alexandrie en 296, mort en 373. Succéda à saint Alexandre, patriarche d’Alexandrie, et déploya le plus grand courage et la plus grande habileté à défendre le catholicisme contre l’hérésie d’Arius. Tous ses écrits se rapportent à ce but, presque l’unique de sa vie.

Atys.—Personnage de la mythologie païenne, qui se rattachait étroitement, mais obscurément, aux mystères de Cybèle dont les prêtres se mutilaient avant l’initiation, en souvenir de la mutilation diversement interprétée, qu’avait subie l’amant de la Déesse.

Audiens.—Membres d’une secte chrétienne, fondée par Audée, vers le commencement du IVe siècle, en Mésopotamie, et qui attribuaient à Dieu la forme humaine. Leurs mœurs étaient rigides; mais leur doctrine, dangereuse pour la tranquillité publique, les fit bannir.

B

Baaras.—Plante merveilleuse du mont Liban, qu’on disait croître au printemps, aussitôt après la fonte des neiges. Lumineuse la nuit, invisible le jour, elle passait pour avoir la propriété de transmuer les métaux en or et de détruire les charmes des sortilèges.

Baïa.—Ancien nom de la ville de Baies, dans la province de Naples, qui était autrefois très florissante.

Balacius.—Préfet de l’empereur Constance au IIIe siècle, persécuteur des chrétiens, et à qui saint Antoine aurait prédit sa fin.

Barcouf.—Auteur présumé d’écrits apocryphes dont Basilide, le gnostique égyptien, invoquait l’autorité.

Bardesane.—Philosophe célèbre, né en Syrie, au IIe siècle, qui professa de grandes innovations dans le catholicisme, tout en les déguisant dans des hymnes sous le respect extérieur des textes bibliques. Il disait que Jésus-Christ n’avait point pris un corps humain, que nous ressusciterons avec un autre corps subtil et céleste, habitation de notre âme avant son péché.

Basilide.—Chef d’une école philosophico-religieuse d’Alexandrie, qui professait que le monde avait été créé par des intelligences émanées de l’Être suprême, ce qui expliquait plus facilement l’origine du mal. Il prétendait aussi que Jésus, n’ayant que l’apparence d’un homme, avait pris la figure de Siméon le Cyrénéen, lequel fut crucifié à sa place, et que l’âme se purifiait de ses fautes en passant dans des corps successifs jusqu’à ce qu’elle eût satisfait à la justice céleste.

Bélus.—Roi d’Assyrie (vers l’an 2000 av. J.-C.) à qui son fils Ninus fit rendre les honneurs divins.

Bendis.—Déesse qui personnifiait la Lune, chez les anciens Thraces. Les Grecs l’identifièrent avec Hécate et Artémis.

Blemmyes.—Ancien peuple de l’Éthiopie, sur les frontières méridionales de l’Égypte, qui vivait de brigandages et qui a été longtemps confondu avec ces races fabuleuses composées de monstres, ayant la tête dans la poitrine, et intermédiaires entre le singe et le nègre.

Bostra.—Ville de Syrie, à 90 kil. de Damas, aujourd’hui en ruines.—C’était l’ancienne capitale de l’Idumée, puis de l’Arabie romaine, sous Trajan.

Brahmane.—Philosophes indiens qu’on désignait aussi sous le nom de gymnosophistes, et qui vivaient dans les bois immobilisés en des attitudes étranges. On les appelle aujourd’hui Bramines.

Britomartis.—Divinité crétoise à laquelle les chasseurs et les pêcheurs rendaient un culte particulier, et qui finit par se confondre avec Diane et Artémis.

Byblos.—Ville de l’ancienne Phénicie, célèbre par les fêtes d’Adonis qu’on y célébrait.

Byssus.—Étoffe très estimée et très célèbre dans l’antiquité, fabriquée avec les filaments de certaines coquilles bivalves.

C

Cabires (ou Khaberim).—Divinités puissantes et mystérieuses adorées en Grèce et surtout en Samothrace. On les a souvent confondus avec les Corybantes et les Dioscures. Dans les initiations à leur culte, l’initié était ceint d’une écharpe.

Caff (Caf ou Kaf).—Nom que les Arabes donnaient à une montagne imaginaire qui, d’après leurs légendes, entourait le monde entier et était habitée par tous les êtres surnaturels et fantastiques.

Caïnites.—Sectaires qui vénéraient Caïn et les Sodomites et possédaient un évangile qu’ils attribuaient à Judas.

Calame.—Petit roseau taillé en pointe, et dont les anciens se servaient pour écrire sur le papyrus ou le parchemin.

Calixte (saint).—Pape, de l’an 217 à l’an 222; est compté parmi les martyrs.

Caosyac (mythologie parse).—«Ce nom veut dire: être produit pour le salut et l’utilité du monde. Véritable sauveur du genre humain, il est venu combattre les démons, ou dews, qui le haïssent, rendre aux morts le corps et la vie, et donner le signal de la résurrection. Il apparaîtra un jour dans toute sa gloire pour renouveler les choses, tuer les méchants et communiquer aux hommes le pain de l’immortalité. Par lui, les descendants de «Gayo-Maratha», l’homme primitif, seront appelés à une nouvelle vie et régneront avec lui dans les siècles des siècles.»—(Maury, Croyances et légendes de l’antiquité, page 182.)

Canope.—Ancienne ville d’Égypte, située sur un bras du Nil; on y venait célébrer les fêtes de Sérapis, et la dissolution des mœurs passait pour y être extrême.

Carna.—Déesse romaine qui présidait aux parties vitales, et qu’on priait de conserver les entrailles saines et sauves.

Carpocratiens.—Sectaires disciples de Carpocrate, qui, à la fin du Ier siècle de notre ère, admettaient l’éternité de la matière, mais l’origine récente du monde actuel, œuvre de génies, ministres de Dieu. Selon eux, Jésus n’était qu’un philosophe, comme Platon et Pythagore, et par la science, on pouvait s’élever et s’unir à Dieu, en renonçant aux sens, dans un perpétuel élan extatique.

Cassitéros.—Mot grec qui signifie étain.

Cercopes.—Suivant la fable, c’étaient les habitants d’une île voisine de la Sicile, que Jupiter avait changés en singes, pour les punir de leur méchanceté.

Cerdon.—Hérésiarque du IIe siècle de notre ère, qui croyait à un mauvais principe égal en puissance au bon; pour lui, l’Ancien Testament en émanait et le Christ était un ministre du bon principe, sous une simple apparence humaine.

Cérinthe.—Chef d’une des premières sectes issues du christianisme, né à Antioche, et qui vivait au Ier siècle, au temps des Apôtres. Il admettait un principe essentiellement actif, existant par lui-même et parfait, Dieu, et un principe passif, n’existant pas par lui-même et imparfait, la matière; selon lui, le monde avait été créé par des sous-esprits très inférieurs, et Jésus n’était pas le fils de Dieu, mais qui, s’étant uni, dans son baptême, avec le Christ, eut ainsi la connaissance du Dieu suprême et le don des miracles.

Cimmériens.—Anciens peuples venus des bords septentrionaux du Pont-Euxin et du Palus-Méotide, qui envahirent, les uns, l’Asie Mineure, les autres, les plaines du Danube jusque dans la haute Germanie. Ils étaient redoutés pour leurs mœurs barbares et leur religion sanguinaire.

Cinnamome ou cinname.—Aromate très recherché par les anciens, et qu’on a identifié avec la cannelle ou la myrrhe.

Circoncellions.—Sectaires africains du IVe siècle, qui se livraient à des violences de toutes sortes partout où ils croyaient voir des injustices à réprimer, des esclaves à délivrer, des créanciers à menacer. Ils se donnaient même la mort, en sacrifice expiatoire.

Clément d’Alexandrie (saint).—L’un des premiers papes d’après la tradition, et dont la personne est restée légendaire.

Cnysa.—Plante que l’on croit être une espèce d’aunée.

Collyridiens.—Sectaires du IVe siècle qui rendaient à la Vierge un culte particulier, lui offrant des gâteaux comme à une déesse païenne.

Comaria.—Probablement le cap Comorin, qui termine la presqu’île gangétique de Travankore.—(Voir Maury, Croyances et légendes de l’antiquité, page 382.)

Concile d’Elvire.—La date en est discutée et varie entre les années 250, 300, 305, 313. On attribue à ce concile 81 canons de pénitences.

Concile de Nicée (Bithynie).—Tenu l’an 325 et convoqué par l’empereur Constantin; le dogme de la Consubstantialité du Fils avec le Père y fut défini, et Arius anathématisé. C’est le premier concile œcuménique.

Concoupha (Coucoupha).—Dénomination abusive employée autrefois par les archéologues; en réalité: sceptre à tête de lévrier.—Koukouphas est le nom grec de l’oiseau appelé huppe.

Crotales.—Espèce de castagnettes, consistant en une pièce mobile qui frappait sur une pièce fixe, et dont se servaient surtout les prêtres et les prêtresses de Cybèle.

Ctésiphon.—Ville de l’ancienne Babylonie, qui fut l’une des plus riches et des plus florissantes cités de l’Asie Mineure.

D

Daïra.—Divinité grecque qui présidait aux mystères d’Éleusis.

Damis.—Historien grec du Ier siècle de notre ère, qui, ayant rencontré Apollonius de Tyane dans la nouvelle Ninive, le suivit dans ses voyages et laissa un récit de ses doctrines et de ses miracles.

Dariques.—Monnaie perse frappée d’abord à l’image de Darius, d’où son nom; elle a été extrêmement recherchée pendant plusieurs siècles, à cause de sa rareté, de sa beauté et de son titre d’or pur.

Démiurge.—Nom que les Platoniciens donnaient au Dieu créateur, et qui signifie: ouvrier, artisan, architecte.

Didyme.—Aveugle dès l’enfance, il n’en devint pas moins très savant dans les sciences profanes ou sacrées, et professa la théologie à Alexandrie où il mourut vers l’an 396.

Doespœné.—Despoina, en grec, veut dire: maîtresse. C’était le surnom de plusieurs déesses, entre autres, de Proserpine.

Dositheus.—Chef d’une secte juive samaritaine, au Ier siècle de notre ère, qui était très versé dans la science des prestiges.

E

Ebionites.—Sectaires, disciples d’Ebion; ils prétendaient que Jésus était le fils de Joseph et permettaient la pluralité des femmes. Ils faisaient parade de misère, disant que les pauvres seuls seraient sauvés.

Éléphantine.—Ile du Nil vis-à-vis d’Assouan, dans la haute Égypte, au-dessous des premières cataractes. Elle était célèbre dans l’antiquité par ses carrières de granit et par un temple consacré au dieu Cneph (le bon génie).

Elkhesaïtes.—Chrétiens judaïsants, pour lesquels Jésus n’était qu’un homme, envoyé de l’Éternel, le prophète suprême. Ils soutenaient que la loi mosaïque n’avait pas été abolie par le Christ.

Émath.—Ancienne ville, dans la Cœlesyrie, à l’ouest de Palmyre, et célèbre par son magnifique temple du Soleil.

Empuse.—Bête fantastique répondant à l’idée que l’on a du vampire moderne. On la faisait fuir en lui criant des injures.

Encratites.—Sectaires du IIe siècle, qui prêchaient la chasteté rigoureuse et réprouvaient l’usage de la viande comme du vin, même dans la célébration de la messe.

Ennoia.—Mot grec signifiant: l’idée, un des Éons des Valentiniens.

Éon.—Nom sous lequel les gnostiques désignaient l’émanation divine, l’intelligence éternelle sortie du sein de Dieu.

Épidaure.—Ville de l’ancienne Grèce, dans l’Argolide, et célèbre par son temple d’Esculape, dont l’oracle était l’un des plus vénérés de l’antiquité.

Ergastule.—Nom des cachots souterrains où les Romains soumettaient à de rudes travaux les esclaves qu’ils voulaient punir.

Erichtonius.—Roi d’Athènes, d’après la fable, fils de Vulcain et de Minerve. Il était moitié homme et moitié serpent, et, pour cacher cette seconde moitié de son corps, inventa les chars.

Eurynome.—Fille de l’Océan et de Téthys, et mère des Grâces.

Eusèbe de Césarée.—Historien ecclésiastique et philosophe grec, né en Palestine en l’an 264, mort évêque de Césarée, en 338.

Eustates.—Hérésiarque du IVe siècle, qui prêchait la pauvreté, l’abstinence, le détachement des choses terrestres, condamnait le mariage, les repas copieux, les agapes chrétiennes.

Ezéchias.—Roi de Juda, né en 748, mort en 694 avant J.-C.

F

Feralia.—Fêtes funèbres que les Romains célébraient pendant les deux derniers jours du mois de février, en portant des offrandes de viandes aux sépulcres.

Férouers (mythologie parse).—Types à la ressemblance desquels Ormuzd créa tous les êtres; génies qui s’unissent aux corps des hommes, à la naissance, et qui intercèdent pour les moribonds.

G

Gangarides.—Ancien peuple de l’Inde, sur l’embouchure du Gange, dans le Bengale actuel, autour de Calcutta.

Gnose.—Science supérieure aux croyances vulgaires. Les gnostiques étaient des philosophes qui prétendaient avoir une connaissance sublime de la nature et des attributs de Dieu.

Gymnosophistes.—Philosophes d’une ancienne secte de l’Inde. Ils ne portaient aucun vêtement, renonçaient à toute sorte de voluptés, se privaient de viande et se vouaient à la contemplation perpétuelle de la nature.

H

Harpocrate.—Dieu égyptien, fils d’Osiris et d’Isis personnifiant le soleil naissant.

Hécatombéon.—Septième mois des Athéniens; il commençait vers la fin de notre mois de juillet.

Hécatonchires (les géants aux cent mains).—Fils de la Terre et du Ciel, dans la théogonie d’Hésiode; ils personnifiaient les vents au nombre de trois: Coltus (le furieux), Briarée (le vigoureux), Gygès (le fort membré).

Hégésias.—Philosophe grec, de l’école cyrénaïque, fondateur de la secte des hégésiaques, qui niaient la possibilité du bonheur et, désespérant de la vie, enseignaient le suicide (300 av. J.-C.).

Helvidiens.—Sectaires, disciples d’Helvidius.—Ils soutenaient que Marie avait eu plusieurs enfants de saint Joseph, après la naissance de Jésus, et que l’état de mariage est aussi méritoire que la virginité (IVe siècle).

Héraclite.—Célèbre philosophe grec, né à Éphèse (Asie Mineure) au VIe siècle av. J.-C. Il pensait que l’univers est l’effet d’une évolution spontanée du principe igné dont la vie et l’âme sont des manifestations.

Hermas.—Père apostolique qui vivait au Ier siècle de notre ère; ses écrits jouissaient d’une immense popularité dans les premiers siècles de l’Église, mêlant quelques idées platoniciennes aux principes de la morale chrétienne.

Hermès.—Nom grec d’un dieu assimilé au dieu égyptien Thoth, et au Mercure des Latins. Toute la sagesse de l’ancienne Égypte a passé, dans les premiers siècles de notre ère, pour être contenue dans des livres fameux sous le nom d’Hermès-Trismégiste (trois fois très grand).

Hermiens.—Secte d’hérésiarques se rattachant aux gnostiques. Ils prétendaient que Dieu n’a pas créé les âmes qui ont été faites par les anges avec le feu et l’esprit.

Hermogène.—Hérésiarque du IIe siècle, qui prétendait que la matière était co-éternelle avec Dieu, qui en avait tiré toutes les créatures.

Hiérodoule.—Esclave ou serviteur de l’un ou l’autre sexe attaché au service d’un temple païen.

Hilarion (saint).—Fondateur de la vie monastique en Palestine, né près de Gaza, vers 291, mort vers 372 à Chypre; se convertit en fréquentant les écoles chrétiennes d’Alexandrie, visita saint Antoine dans sa solitude et se retira peu après dans le désert, puis dans l’île de Chypre. Il eut beaucoup de disciples et passe pour avoir eu le don des miracles.

Hippopodes.—Nom d’un peuple fabuleux qui habitait au nord de l’Europe et qui avait des pieds de cheval.

Homa.—Ized, ou génie de la religion de Zoroastre, à la fois dieu et législateur. Les Parsis l’identifient à l’arbre Hom ou l’arbre de vie.

Homérites.—Nom donné par les Grecs modernes aux Himyarites, dynastie d’Arabes méridionaux qui réunit les divers États séparés de l’Yémen et subsista pendant plus de 2,000 ans.

Hostilinus.—Divinité romaine qui présidait à la croissance complète des épis.

Hymnie d’Orchomène.—Surnom d’Artémis (Diane) chez les Orchoméniens, d’après Pausanias.

Hyrcanie.—Immense région dans l’Asie centrale, entre la côte orientale de la mer Caspienne et l’Oxus, d’un côté, et de l’autre, depuis la mer d’Aral jusqu’aux frontières de la Perse et de l’Afghanistan.

I

Iabdalaoth (ou Ialdabaoth).—Génie de la secte des ophites, qui adoraient le serpent de Bacchus, dans la cité mystique.

Iao.—Jéhovah.

Iran.—Nom que les Orientaux donnent à l’empire des Perses.

Isis.—L’une des plus anciennes divinités de l’Égypte. Elle formait avec Osiris, son frère et son époux à la fois, et Horus ou Harpocrate, leur fils, une sorte de triade mythique analogue à la Trinité chrétienne.

Ithyphalliques.—C’est-à-dire obscènes.

Izeds (mythologie parse).—Génies de second ordre, inférieurs aux amschaspands, et considérés par les Parsis comme des anges gardiens.

J

Junonia (île).—Ancien nom de la petite île de Léon sur laquelle s’élève Cadix.

K

Kaiomortz (probablement Caïoumers ou Keïoumers).—Personnage regardé par les Persans comme le premier roi de leur nation et aussi de toute la terre.

Kalanos.—Philosophe indien qui suivit Alexandre dans la conquête de l’Inde. Tombé malade à quatre-vingt-trois ans, dans la ville de Pasargade, il monta sur un bûcher, devant toute l’armée macédonienne, et, avant de mourir, prédit, dit-on, la mort prochaine d’Alexandre.

Kastur.—Castor.

Kères (proprement Destin).—Divinités païennes ayant quelques rapports avec les Parques. Elles frappent violemment celui dont la mort a été prononcée.

Knouphis.—Divinité égyptienne peu définie.

L

Ladanon.—Gomme-résine aromatique extraite principalement d’une plante de Crète, et qu’on employait autrefois comme stimulant.

Laphria.—Surnom que les Patréens donnaient à Artémis (Diane).

Larves.—Esprits malfaisants qui se plaisaient à tourmenter les hommes. Eux-mêmes avaient été jadis des hommes. Plus anciennement on les appelait Lémures.

Lémures.—Les Romains appelaient ainsi des sortes de fantômes humains, tourmenteurs des hommes, qu’ils désignèrent plus tard sous le nom de Larves.

Libitina.—Déesse romaine, qui présidait aux funérailles.

M

Macaire (saint).—Né vers l’an 300 dans la haute Égypte, mort vers 390 de notre ère. Persécuté par Valens à cause de son attachement au concile de Nicée, il fut relégué dans une île du Nil. Il en sortit et retourna au désert où il mourut.

Mageddo.—Ville de l’ancienne Palestine, non loin du Jourdain.

Manès.—Fameux hérésiarque fondateur de la secte des Manichéens. Né en Perse au commencement du IIIe siècle de notre ère, mort en 274. Il avait pris à la religion de Zoroastre le système des deux principes, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres. Il rejetait l’Ancien Testament et professait que Jésus était le seul prophète venu pour combattre les ténèbres. Il fut écorché vif.

Mandragore.—Plante dont les racines épaisses et anthropomorphes ont longtemps passé pour avoir toutes sortes de vertus magiques. Dans la sorcellerie du moyen âge il en était très souvent question.

Marcel d’Ancyre (saint).—Évêque d’Ancyre, né vers 300, mort en 374. Combattit violemment les Ariens, perdit, recouvra son siège et finit par se retirer dans un monastère.

Marcellina (sainte).—Vierge chrétienne née en Gaule, sœur de saint Ambroise, qu’elle éleva; morte en 400 av. J.-C.

Marcion.—Philosophe gnostique, né à Sinope, au IIe siècle de notre ère. Il enseignait la doctrine des deux principes du bien et du mal, et eut pour adversaires Tertullien, Origène, saint Basile.

Marcosiens.—Sectaires disciples de l’hérétique Marc, qui attribuaient à la parole même de Dieu, aux mots qu’il avait prononcés, la faculté créatrice. Ils en déduisaient la possibilité d’entrer, par la connaissance de ces mots, en communication avec les esprits, et d’en partager la puissance.

Maréotis.—Lac d’Égypte, au sud d’Alexandrie, qui communiquait autrefois au Nil par des canaux et à la mer par le canal Canopique.

Méléciens.—Schismatiques, disciples de Mélèce, évêque de Lycopolis, lequel se sépara au IVe siècle de l’Église catholique. Ils s’unirent aux Ariens contre Athanase.

Mélisse.—Probablement le philosophe grec Melissus, né à Samos, vers 450 av. J.-C., et qui fut aussi homme d’État et général. Il professait l’idéalisme, niait la réalité du mouvement, etc. On le connaît surtout par les écrits d’Aristote.

Mena.—Divinité phrygienne qui personnifiait la lune.

Meschia et Meschiané (mythologie parse).—Noms d’un couple issu de l’arbre Reiva, formé lui-même du sang de Kaïomortz, tué par Ahriman. Ils écoutèrent les conseils du génie du mal et doivent en porter la peine jusqu’à la résurrection.

Messaliens.—Membres d’une secte fondée en Syrie au IVe siècle. Ils rejetaient le baptême, la cène et le mariage.

Methodius.—Prélat grec, martyrisé en 312.

Mimallonéïdes.—Synonyme de Bacchantes.

Mithra.—Dieu suprême des anciens Perses. Ministre ou personnification d’Ormuzd, le principe du bien, en opposition avec Ahriman, le principe du mal. Les Romains appelaient mithriaques les mystères de cette divinité dans lesquels tout rappelait le culte du feu; les initiés étaient soumis à des épreuves terribles, souvent même mortelles.

Montanistes.—Sectaires disciples de Montanus.

Montanus.—Né en Phrygie, mort en 212 de notre ère. Il prétendait qu’il recevait des révélations particulières du Saint-Esprit pour conduire l’Église à sa perfection virile. Pensant que le jour du jugement était proche, il prêchait l’ascétisme le plus austère.

N

Neith.—Déesse égyptienne, représentant l’esprit divin qui dirige l’univers. Son symbole était une brebis.

Nicée.—Ancienne ville d’Asie Mineure (Bithynie), aujourd’hui Isnik. Deux conciles fameux y furent tenus, l’un en 325, l’autre en 787.

Nicolaïtes.—Sectaires disciples de Nicolas, diacre hérétique de Jérusalem qui permettait de manger les viandes offertes aux idoles et d’avoir plusieurs femmes.

Nitrie.—Région de l’Égypte, entre Memphis et Alexandrie.

Nixii.—Divinités romaines qui présidaient aux accouchements et qu’on représentait agenouillées.

Nomes.—Divisions administratives de l’ancienne Égypte.

Nona.—L’une des Parques chez les Romains, présidant spécialement au neuvième mois de la grossesse.

Nortia.—Divinité étrusque, qui portait les attributs de la Fortune et était déesse du Temps.

Novatiens.—Sectaires disciples de Novat, évêque d’Afrique, IIIe siècle. Ils refusaient l’absolution aux apostats et à ceux qui, après le baptême, étaient devenus assassins ou adultères.

O

Oannès.—Dieu des Chaldéens. Civilisateur primitif du genre humain.

Omorôca.—Divinité chaldéenne, la nature personnifiée dans le chaos.

Ophites.—Sectaires gnostiques du IIe siècle, pour lesquels le Christ était caché sous la forme du serpent qui séduisit Ève. Ils faisaient du Christ et de Jésus deux personnages distincts.

Orichalque.—Métal fabuleux qui aurait eu une valeur intermédiaire entre l’or et l’argent.

Origène.—Père de l’Église, né à Alexandrie, vers l’an 185, mort à Tyr en 254, illustre comme écrivain et comme philosophe. Il prétendait que l’âme est unie au corps pour expier une faute antérieure à cette union. Il se mutila volontairement.

Osiris.—L’un des grands Dieux de l’Égypte, frère en même temps qu’époux d’Isis, père d’Horus ou Harpocrate; il représentait l’ensemble des principes bienfaisants, en opposition avec Typhon, représentant du mal.

Orthia (qui se tient droite et ferme).—Épithète de Diane à Sparte et dans la Thrace.

P

Pacome (saint).—Né dans la haute Thébaïde vers 292, mort de la peste en 348. Instituteur de la règle des Cénobites. Il avait réuni près de 5,000 anachorètes sous sa discipline.

Palæsimonde.—Nom que l’antiquité latine donnait à l’île de Taprobane (aujourd’hui Ceylan).

Panéades.—Ville de l’ancienne Palestine et d’origine syro-macédonienne (Cæsarea Philippi), plus connue sous le nom grec de Paneas ou Paneade, dérivé du nom du dieu Pan que l’on adorait dans ces contrées. (Voir S. Munk. Palestine.)

Paphnuce (saint).—Moine et évêque de la Thébaïde, au IVe siècle. Il fut disciple de saint Antoine et subit de cruelles persécutions.

Paraclet.—Nom que la théologie donne au Saint-Esprit. Il signifie proprement: invoqué.

Paterniens.—Hérétiques du IVe siècle qui enseignaient que la chair est l’œuvre du démon.

Paul de Samosate.—Évêque de Samosate et patriarche d’Antioche (260).—Hérétique qui niait la divinité et la trinité de Jésus-Christ.

Pépuza.—Ville de l’ancienne Phrygie.

Perséphone.—Nom grec de Proserpine.

Philolaus.—Philosophe grec du Ve siècle avant l’ère chrétienne. Disciple immédiat de Pythagore, il est le premier qui en réduisit les idées en un corps de doctrine. Il enseignait une philosophie mathématique suivant laquelle les nombres sont le principe même des lois de la nature, l’unité suprême étant Dieu.

Phraortes.—Roi des Mèdes, conquérant de la Perse et d’une grande partie de l’Asie, vaincu et tué en assiégeant Ninive (656-634 av. J.-C.).

Phratrie.—Subdivision de la tribu chez les Athéniens.

Polycarpe (saint).—Évêque de Smyrne, mort martyr en 166.

Presteros.—Sorte de serpent dont la morsure occasionne une soif terrible et fait enfler le corps.

Priscillaniens.—Membres d’une secte fondée en Espagne au IVe siècle, par Priscillien, premier hérétique mis à mort pour ses opinions. Pour eux, l’âme était une émanation consubstantielle de la Divinité, et les trois personnes de la Trinité étaient trois acceptions différentes d’un même être. Le monde avait été fait par le Démon, non créé, sorti du chaos et des ténèbres; Jésus-Christ n’avait souffert qu’en apparence. Ils répudiaient la chair des animaux et condamnaient le mariage.

Ptha (ou Ptah).—Un des grands Dieux de l’Égypte (celui qui ouvre). Il était réputé avoir ouvert l’œuf primordial symbole de la Création. On le représentait sous la forme d’un homme, la tête rasée et enveloppé comme une momie.

Pulutuk.—Pollux.

Pylone.—Portail des temples égyptiens, surmonté d’une tour carrée.

R

Racotis (Rachotis ou Rakotis).—Nom d’un village d’Égypte sur l’emplacement duquel Alexandrie fut bâtie et qui était resté un quartier de cette ville.

Razias.—Juif célèbre par sa fin héroïque, au temps des Macchabées, en 162 av. J.-C.

S

Sabaoth.—Surnom hébreu de Jéhovah, et qui signifie: des armées.

Sabazius (Bacchus Sabazius).—Dieu auquel on consacrait un bouc et qu’on fêtait par des cérémonies d’une extrême licence.

Sabellius.—Hérésiarque, né en Libye, au IIIe siècle de notre ère, considérait le Fils et le Saint-Esprit comme de simples manifestations du Père, et non comme des personnes particulières.

Sachalites.—Probablement du nom grec d’un golfe dans le sud de l’Arabie Heureuse.

Samanéens.—Nom donné par les écrivains grecs à des solitaires de l’Inde distincts des gymnosophistes.

Samosate.—Ancienne ville de l’Asie Mineure, sur l’Euphrate, au nord-est d’Antioche.

Samos (appelé aussi Saos).—Fondateur éponyme de Samos, en Samothrace.

Sampséens.—Sectaires orientaux dont les dogmes paraissent avoir été un mélange des dogmes juifs, chrétiens et païens.

Saturnin.—Philosophe gnostique, né à Antioche dans le Ier siècle de notre ère; disciple de Simon le Magicien; il enseignait que la matière est mauvaise en soi et que le corps est le principe de tous les vices.

Sciapodes.—Peuples fabuleux composés d’hommes n’ayant qu’un seul pied, mais excessivement grand et large.

Sérapis.—Dieu de l’ancienne Égypte, qui semble avoir à l’origine été regardé comme l’emblème du Soleil. Son culte mi-égyptien et mi-grec s’était répandu dans tout l’empire romain, à la fin du paganisme. Son plus célèbre temple était le Sérapéum d’Alexandrie, construit par Ptolémée et contenant une riche bibliothèque.

Sethianiens (ou Séthéens).—Sectaires du IIe siècle qui rendaient un culte à Seth, fils d’Adam. Selon eux, deux anges avaient créé Caïn et Abel, et, après la mort de ce dernier, la Grande Vertu avait créé Seth d’une pure semence. Du mélange de ces deux espèces d’anges était née la race des hommes vicieux.

Silphium.—Plante à laquelle on attribuait une certaine propriété médicale, et dont on extrayait une gomme recherchée. On la récoltait en Libye.

Simon le Magicien.—Sectaire juif, du pays de Samarie, et contemporain de Jésus. Il s’était fait chrétien dans l’intérêt de son art de magicien, et, avec une courtisane nommée Hélène qu’il avait achetée, éblouit Rome de ses prestiges. On a prétendu qu’il mourut d’une chute faite en voulant s’élever dans les airs, comme Jésus-Christ.

Sosipolis.—Dieu spécial aux Éléens parmi les Grecs, leur Dieu tutélaire, né en Élide même, et qui n’en était jamais sorti.

Spiridion (saint).—Évêque de Trimithonte. Il remplit cette fonction tout en continuant à élever et à vendre des moutons comme auparavant. Il fut persécuté et condamné aux mines. Mort en 348.

Sporus.—Affranchi syrien qui ressemblait à Poppée dont Néron était violemment épris, et qui par cela même inspira à cet empereur un scandaleux attachement.

Stésichore.—L’un des plus anciens poètes de la Grèce, contemporain d’Alcée et de Sapho.

Stryges (ou Striges).—Sorte de vampires qui, selon quelques peuples orientaux, errent la nuit pour tourmenter les hommes.

Stymphalia.—Surnom d’Artémis (Diane) qui avait un temple à Stymphale, source, lac, fleuve et ville dans le N.-E. de l’Arcadie.

Sublicius.—Le pont de bois qu’Ancus Marcus fit jeter sur le Tibre.

Suburre.—Nom d’un quartier de l’ancienne Rome où s’entassait la lie populaire.

Summanus.—Un des noms de Pluton chez les Latins.

T

Tachas.—Grand cétacé mentionné dans la Bible.

Tagès.—Dieu étrusque, petit-fils de Jupiter, révélateur de la science des aruspices et de la divination.

Taprobane.—Ancien nom de l’île de Ceylan.

Tartessus.—Ile d’Hispanie sur la côte de la Bétique.

Tatianiens.—Sectaires du IIe siècle, qui admettaient deux Dieux, l’un bon, l’autre mauvais, la création comme l’œuvre d’esprits inférieurs, et niaient l’humanité sensible du Christ.

Taxilla (Taxila).—Ancienne ville de l’Inde, au nord sur l’Indus, aujourd’hui Attock.

Telesphore.—Probablement Telesgoros, surnom grec donné par les habitants de Pergame au héros Enamerion, qu’on représentait sous la forme d’un bel éphèbe et identifié avec Esculape.

Tertullien.—Célèbre père de l’Église, né à Carthage en 160, mort en 230. Se déclara en opposition avec l’Église catholique épiscopale, en n’admettant pas la personnalité éternelle du Fils, qui ne serait sorti de la substance divine qu’avec la première parole: fiat lux! Il tomba dans l’hérésie montaniste et mourut brouillé avec l’Église.

Thalamèges.—Anciennes gondoles pourvues de chambres.

Thébaïde.—L’une des trois grandes divisions de l’Égypte ancienne; partie méridionale appelée aussi haute Égypte et dont Thèbes était le chef-lieu. C’est dans les déserts de cette contrée, qu’aux premiers siècles de notre ère, une foule de chrétiens se réfugièrent pour fuir les persécutions ou les séductions du monde.

Théodotiens.—Sectateurs de Théodote de Byzance, hérétique du IIe siècle. Ils soutenaient que Jésus-Christ n’avait commencé à recevoir la qualité divine qu’à sa naissance, et que c’était la première doctrine des apôtres.

Théophile (saint).—Évêque d’Antioche, et l’un des pères de l’Église. Né dans la foi païenne, il se convertit au christianisme et le défendit jusqu’à sa mort, vers l’an 190.

Thoth (ou Toth).—Dieu égyptien que les Grecs ont assimilé à leur Hermès comme les Latins à leur Mercure.

Thulé.—Les Romains désignaient sous ce nom une île dont ils ne déterminaient pas la situation, mais qu’ils considéraient comme l’extrême limite septentrionale du monde.

Tityos.—Géant de la Fable, fils de la Terre, et qui fut tué par Apollon et Diane pour avoir voulu violenter Latone. Deux vautours lui déchirent incessamment le foie dans les Enfers.

Topazos.—Nom d’une île indienne où l’on trouvait des topazes.

Triopas.—Personnage grec fabuleux, fils de Neptune ou du Soleil, et qui aurait été le fondateur de Cnide, en Asie.

Trophonius.—Constructeur du temple d’Apollon à Delphes. Lui et son frère Agamède y volèrent des trésors par un passage secret où le second fut pris dans un piège. Ne pouvant le dégager, Trophonius lui coupa la tête, et aussitôt s’engouffra sous la terre englouti vivant. La Pythie, plus tard, indiqua l’antre où il avait disparu, et qui se trouvait en Béotie, comme un oracle qui devint célèbre.

Typhon.—Dieu égyptien, frère d’Osiris, personnifiait le principe du mal, de la stérilité, des ténèbres. On lui consacrait l’âne, le verrat, le scorpion, l’hippopotame, le crocodile, etc.

V

Valentiniens.—Sectaires disciples de Valentin.

Valentin.—Hérésiarque égyptien du IIe siècle, qui enseigna une doctrine où se retrouvaient les principes de Platon, de Pythagore, la théogonie d’Hésiode et l’évangile de saint Jean, le seul apôtre qu’il considérât comme authentique.

Valésiens.—Sectaires chrétiens qui se mutilaient pour se soustraire aux tentations charnelles, au IIIe siècle.

Vertumne.—Dieu étrusque et romain qui présidait aux saisons et surtout à l’automne. C’était principalement le dieu des jardins, des fruits et du vin.

Virbius.—C’était, dit-on, le surnom d’Hippolyte ressuscité par Esculape, à la prière de Diane, et adoré avec elle à Aricia.

X

Xénophane.—Philosophe grec, né vers l’an 620 av. J.-C. dans l’Asie Mineure et qui combattit la poésie mythologique de Pythagore, d’Homère, d’Hésiode, etc. Il enseignait l’idée d’un Dieu unique, immatériel, immutable et éternel.

Z

Zalmoxis.—Philosophe et législateur mythique des tribus gétiques de la Thrace auxquelles il enseigna la croyance à l’immortalité de l’âme.