BAL D’ISMAÏLIA


Le soir de ce jour, 18 novembre, un grand bal réunissait, à Ismaïlia, dans le nouveau palais, élevé comme par enchantement, les invités du khédive.

S’il est vrai de dire que les fêtes égyptiennes se distinguent d’ordinaire par leur caractère cosmopolite, que l’on juge de ce que celle-ci dut être. Souverains, princes, ambassadeurs, ministres, officiers supérieurs, savants, artistes, commerçants, industriels, simples employés, tous les pays, tous les rangs, toutes les illustrations, toutes les gloires, étaient là représentés. C’était comme la fête de la fraternité universelle.

Spectacle imposant, qui jamais ne s’était vu, que l’Égypte seule pouvait offrir et que le khédive a eu l’honneur de donner au monde et de léguer à l’histoire.

Le crayon et le pinceau perpétueront aussi le souvenir de cette vaste et mouvante harmonie de couleurs, où les tons les plus criards s’allient aux nuances les plus suaves: éclat des uniformes, pittoresque des costumes, scintillement des décorations, blanches épaules ondoyant sous la lumière des lustres.

A dix heures, une foule énorme se presse sous le péristyle: l’hymne autrichien, l’air de la Reine Hortense, exécutés par la musique militaire, annoncent successivement l’arrivée de l’empereur d’Autriche et de l’impératrice des Français; Leurs Altesses Royales le prince de Prusse, le prince et la princesse des Pays-Bas sont signalés à leur tour.

Le khédive va au haut du perron recevoir ses hôtes augustes.

L’Impératrice est vêtue d’une robe de satin-cerise recouverte de dentelles, dont la traîne est retenue par des agrafes de diamant; son front est ceint d’un splendide diadème se reliant par derrière à un voile qui va se perdre dans les plis de la jupe. Sa grâce majestueuse éblouit tous les yeux.

Sa Majesté l’empereur d’Autriche est en tenue de ville: habit noir et pantalon gris. Sur le gilet blanc est placé le grand cordon de l’ordre de l’Osmanieh.

Son Altesse Royale le prince de Prusse est également en habit noir.

Les augustes personnages font à plusieurs reprises le tour des salons; ils sont, chaque fois, accueillis par les marques de la plus vive et de la plus respectueuse sympathie.

Vers une heure, on se rend dans la salle du souper dans l’ordre suivant:

Sa Majesté l’impératrice Eugénie donnant le bras à Sa Majesté l’empereur d’Autriche.

Son Altesse le prince de Prusse ayant à son bras Mme Elliot, femme de l’ambassadeur d’Angleterre.

Le khédive, ayant à son bras Son Altesse la princesse des Pays-Bas.

Viennent ensuite Son Altesse le prince des Pays-Bas, le prince Murat et les autres invités.