MOUILLAGE AUX LACS AMERS
Le 19, à midi, la flottille, ayant toujours l’Aigle en tête, quitte le lac Timsah et prend la direction de Suez.
En franchissant le seuil du Sérapeum, on ne peut s’empêcher de songer aux difficultés énormes que sur ce point il a fallu vaincre.
A Toussoum une escouade d’ouvriers arabes et européens, rassemblée sur la berge, pioche le sable, le jette dans des paniers et le charge sur des ânes ou des chameaux, donnant ainsi aux voyageurs le spectacle des jours de travail.
Vers cinq heures, les yachts entrent dans les lacs Amers. Une quinzaine de navires viennent successivement les rejoindre au mouillage.
Bientôt la nuit descend sur ce groupe de vaisseaux isolés du monde par le désert qui entoure le lac, aussi immobiles que l’eau qui les porte.
Nuit calme, douce et claire, comme en a seul l’Orient. La lune surgit à l’horizon au-dessus des montagnes de Syrie; elle s’élève rapidement et bientôt apparaît, ronde et pleine, dans le ciel constellé.
Les étoiles pointent faiblement dans la lumière blanche qu’elle rayonne autour d’elle; mais, à mesure qu’elles s’en écartent, elles brillent plus distinctes dans le bleu assombri du firmament.
De grandes taches lumineuses s’étendent çà et là sur les eaux.
Mais voici que les navires s’illuminent à leur tour et que les mâts et les agrès profilent leurs lignes sombres au milieu des triangles d’étoiles.
Le silence solennel des nuits est troublé; l’onde écume sous les coups de la rame;
l’Aigle est entouré d’embarcations: c’est l’empereur d’Autriche qui monte à bord, puis les princes et les autres personnages.
Réception, souper, feu d’artifice, jamais ces solitaires régions ne furent témoins d’un spectacle pareil. Acclamations et fusées montent ensemble et éclatent dans l’espace.
Puis il vient une heure où tout s’arrête, tombe et s’éteint, où l’immobilité, le silence et la nuit reprennent possession du ciel, du désert et des eaux.