APPENDICE.
Bel-Ami fut très discuté dans les journaux. On reprochait surtout à l’auteur ses peintures du monde de la presse qu’on trouvait poussées au noir. Voici ce qu’en écrivait Montjoyeux dans le Gaulois:
«Le roman à la mode, c’est Bel-Ami. Il faut l’aborder bravement. Jamais M. Guy de Maupassant n’a obtenu un succès plus rapide et plus complet... M. Guy de Maupassant est un artiste et son roman, une œuvre d’art... Quelques délicats le trouveront sans doute un peu cru; reste à savoir s’il est vrai.
«Ici je me recueille et je réponds très sincèrement: Je ne sais pas... Je ne puis croire que ce soit là tout le journalisme. Balzac nous l’avait montré plus grand, malgré ses côtés faibles... Ici nous nageons gaiement dans un océan de boue... Quelle société! bons dieux! Quel milieu! quel monde!
«Il a beaucoup de talent, M. Guy de Maupassant; mais son Bel-Ami est bien répugnant, et, dût-on me trouver arriéré, j’aimerais mieux lui voir choisir des sujets plus propres.»
C’est à ces critiques et à d’autres analogues que Maupassant répondit dans la lettre suivante:
AUX CRITIQUES DE BEL-AMI.
UNE RÉPONSE.
(Extrait du Gil-Blas du 7 juin 1885.)
Nous recevons de notre collaborateur, Guy de Maupassant, la lettre suivante, que nous nous empressons de publier:
Rome, 1er juin 1885.
Mon cher Rédacteur en chef,
Au retour d’une très longue excursion qui m’a mis fort en retard avec le Gil-Blas, je trouve à Rome une quantité de journaux dont les appréciations sur mon roman Bel-Ami me surprennent autant qu’elles m’affligent.
J’avais déjà reçu à Catane un article de Montjoyeux, à qui j’ai écrit aussitôt. Il me semble nécessaire de donner quelques explications dans le journal même où a paru mon feuilleton.
Je ne m’attendais guère, je l’avoue, à être obligé de raconter mes intentions, qui ont été fort bien comprises, il est vrai, par quelques confrères moins susceptibles que les autres.
Donc les journalistes, dont on peut dire comme on disait jadis des poètes: Irritabile genus, supposent que j’ai voulu peindre la Presse contemporaine tout entière, et généraliser de telle sorte que tous les journaux fussent fondus dans la Vie Française, et tous leurs rédacteurs dans les trois ou quatre personnages que j’ai mis en mouvement. Il me semble pourtant qu’il n’y avait pas moyen de se méprendre, en réfléchissant un peu.
J’ai voulu simplement raconter la vie d’un aventurier pareil à tous ceux que nous coudoyons chaque jour dans Paris, et qu’on rencontre dans toutes les professions existantes.
Est-il, en réalité, journaliste? Non. Je le prends au moment où il va se faire écuyer dans un manège. Ce n’est donc pas la vocation qui l’a poussé. J’ai soin de dire qu’il ne sait rien, qu’il est simplement affamé d’argent et privé de conscience. Je montre dès les premières lignes qu’on a devant soi une graine de gredin, qui va pousser dans le terrain où elle tombera. Ce terrain est un journal. Pourquoi ce choix, dira-t-on?
Pourquoi? Parce que ce milieu m’était plus favorable que tout autre pour montrer nettement les étapes de mon personnage; et aussi parce que le journal mène à tout comme on l’a souvent répété. Dans une autre profession, il fallait des connaissances spéciales, des préparations plus longues. Les portes pour entrer sont plus fermées, celles pour sortir sont moins nombreuses. La Presse est une sorte d’immense république qui s’étend de tous les côtés, où on trouve de tout, où on peut tout faire, où il est aussi facile d’être un fort honnête homme que d’être un fripon. Donc, mon homme, entrant dans le journalisme, pouvait employer facilement les moyens spéciaux qu’il devait prendre pour parvenir.
Il n’a aucun talent. C’est par les femmes seules qu’il arrive. Devient-il journaliste, au moins? Non. Il traverse toutes les spécialités du journal sans s’arrêter, car il monte à la fortune sans s’attarder sur les marches. Il débute comme reporter, et il passe. Or, en général, dans la Presse, comme ailleurs, on se cantonne dans un coin, et les reporters, nés avec cette vocation, restent souvent reporters toute leur vie. On en cite devenus célèbres. Beaucoup sont de braves gens, mariés, qui font cela comme ils seraient employés dans un ministère. Duroy devient le chef des Échos: autre spécialité fort difficile et qui garde aussi ses gens quand ils y sont passés maîtres. Les Échos font souvent la fortune d’un journal, et on connaît dans Paris quelques échotiers dont la plume est aussi enviée que celle d’écrivains connus. De là Bel-Ami arrive rapidement à la chronique politique. J’espère, au moins, qu’on ne m’accusera pas d’avoir visé MM. J.-J. Weiss ou John Lemoine? Mais comment me suspecterait-on d’avoir visé quelqu’un?
Les rédacteurs politiques, plus que tous les autres, peut-être, sont des gens sédentaires et graves qui ne changent ni de profession, ni de feuille. Ils font toute leur vie le même article; selon leur opinion, avec plus ou moins de fantaisie, de variété et de talent dans la forme. Et quand ils changent d’opinion, ils ne font que changer de journal. Or, il est bien évident que mon aventurier marche vers la politique militante, vers la députation, vers une autre vie et d’autres événements. Et s’il est arrivé par la pratique, à une certaine souplesse de plume, il n’en devient pas pour cela un écrivain, ni un véritable journaliste. C’est aux femmes qu’il devra son avenir. Le titre: Bel-Ami, ne l’indique-t-il pas assez?
Donc, devenu journaliste par hasard, par le hasard d’une rencontre, au moment où il allait se faire écuyer, il s’est servi de la Presse comme un voleur se sert d’une échelle. S’en suit-il que d’honnêtes gens ne peuvent employer la même échelle?
Mais j’arrive à un autre reproche. On semble croire que j’ai voulu dans le journal que j’ai inventé, la Vie Française, faire la critique ou plutôt le procès de toute la presse parisienne.
Si j’avais choisi pour cadre un grand journal, un vrai journal, ceux qui se fâchent auraient absolument raison contre moi; mais j’ai eu soin, au contraire, de prendre une de ces feuilles interlopes, sorte d’agence d’une bande de tripoteurs politiques et d’écumeurs de bourses, comme il en existe quelques-uns, malheureusement. J’ai eu soin de la qualifier à tout moment, de n’y placer en réalité que deux journalistes, Norbert de Varenne et Jacques Rival, qui apportent simplement leur copie, et demeurent en dehors de toutes les spéculations de la maison.
Voulant analyser une crapule, je l’ai développée dans un milieu digne d’elle, afin de donner plus de relief à ce personnage. J’avais ce droit absolu comme j’aurais eu celui de prendre le plus honorable des journaux pour y montrer la vie laborieuse et calme d’un brave homme.
Or, comment a-t-on pu supposer une seconde que j’aie eu la pensée de synthétiser tous les journaux de Paris en un seul? Quel écrivain ayant des prétentions justes ou non, à l’observation, à la logique et à la bonne foi, qui croirait pouvoir créer un type rappelant en même temps la Gazette de France, le Gil-Blas, le Temps, le Figaro, les Débats, le Charivari, le Gaulois, la Vie Parisienne, l’Intransigeant, etc., etc. Et j’aurais imaginé la Vie Française pour donner une idée de l’Union et des Débats, par exemple!... Cela est tellement ridicule que je ne comprends pas vraiment quelle mouche a piqué mes confrères! Et je voudrais bien qu’on essayât d’inventer une feuille qui ressemblerait à l’Univers d’un côté et de l’autre aux papiers obscènes qu’on vend à la criée, le soir, sur les boulevards! Or elles existent, ces feuilles obscènes, n’est-ce pas? Il en existe aussi d’autres qui ne sont en vérité que des cavernes de maraudeurs financiers, des usines à chantage et à émissions de valeurs fictives.
C’est une de celles-là que j’ai choisie.
Ai-je révélé leur existence à quelqu’un? Non. Le public les connaît; et que de fois des journalistes de mes amis se sont indignés devant moi des agissements de ces usines de friponnerie!
Alors, de quoi se plaint-on? De ce que le vice triomphe à la fin? Cela n’arrive-t-il jamais et ne pourrait-on citer personne parmi les financiers puissants dont les débuts aient été aussi douteux que ceux de Georges Duroy?
Quelqu’un peut-il se reconnaître dans un seul de mes personnages? Non.—Peut-on affirmer même que j’aie songé à quelqu’un? Non.—Car je n’ai visé personne.
J’ai décrit le journalisme interlope comme on décrit le monde interlope. Cela était-il donc interdit?
Et si on me reproche de voir trop noir, de ne regarder que des gens véreux, je répondrai justement que ce n’est pas dans le milieu de mes personnages que j’aurais pu rencontrer beaucoup d’êtres vertueux et probes. Je n’ai pas inventé ce proverbe: «Qui se ressemble, s’assemble».
Enfin, comme dernier argument, je prierai les mécontents de relire l’immortel roman qui a donné un titre à ce journal: Gil Blas, et de me faire ensuite la liste des gens sympathiques que Le Sage nous a montrés, bien que dans son œuvre il ait parcouru un peu tous les mondes.
Je compte, mon cher rédacteur en chef, que vous voudrez bien donner l’hospitalité à cette défense, et je vous serre bien cordialement la main.
Guy de Maupassant.
VARIANTES
D’APRÈS LE MANUSCRIT ORIGINAL.
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Page 3, ligne 24, chaises de paille...
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Page 7, ligne 8, foule coulait autour de lui, accablée et...
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Page 11, ligne 20, puis reprit:
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Page 13, ligne 28, dont la longue blouse blanche tachée...
Page 14, ligne 7, la jaquette, la...
Page 14, ligne 18, ans, un monocle dans l’œil, très brun, la moustache roulée en pointes aiguës, l’air insolent, dédaigneux et fat...
Page 14, ligne 26, bras, après avoir rajusté son monocle...
Page 15, ligne 1, duelliste, celui qui a écrit le beau traité d’escrime française «l’Escrime nationale». Il vient de corriger ses épreuves. Wolff, Scholl et lui...
Page 16, ligne 20, Forestier surpris prononça:
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Page 36, ligne 4, domestique annonça:
Page 37, ligne 16, affaire. Et il rajustait à tout moment après l’avoir essuyé avec sa serviette son monocle qui tenait mal et tombait sans cesse dans son assiette. Duroy n’osait...
Page 41, ligne 8, peuples civilisés.
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Page 48, ligne 24, regardait au fond des yeux sa...
Page 49, ligne 6, elle, la protéger, la défendre...
Page 61, ligne 9, attendant quelqu’un sans...
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Page 63, ligne 2, de prendre des notes...
Page 65, ligne 27, gentil ça... Duroy murmura: Oui, madame...
Page 67, ligne 10, l’eut fait parler...
Page 72, ligne 20, est drôle et gentille...
Page 73, ligne 29, cet homme,...
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Page 78, ligne 29, directeur regarda brusquement...
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Page 94, ligne 3, vous. Dans le journalisme, monsieur Montelin il faut savoir accumuler...
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Page 103, ligne 27, parcourant sans fin de l’œil les colonnes imprimées avec l’espoir d’avoir mal vu et de trouver...
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Page 196, ligne 5, fut rempli d’étonnement...
Page 200, ligne 23, Marelle était là tout près...
Page 210, ligne 7, bêtes. Montesquieu a dit: «Toutes les lois établies sur ce que notre machine est d’une certaine façon, seraient différentes si notre machine n’était pas de cette façon. Il en est de même de nos divinités et de nos croyances.
Toutes nos croyances ne viennent que des conditions d’existence où nous nous trouvons depuis le simple préjugé mondain jusqu’à ce que nous appelons «Les Vérités éternelles».
Vérité en deçà des Pyrénées erreur au delà.
Vérité sur la terre erreur au-dessus.
Vérité pour nos organes erreur à côté.
La règle deux et deux font quatre doit cesser d’être applicable par delà l’atmosphère de la terre.
Car toutes nos idées ne dépendent que des propriétés de nos sens. Les couleurs n’existent que parce que nous avons un œil qui voit ainsi, le son parce que nous avons un tympan qui change en bruit des vibrations. Donc c’est la conformation de nos organes qui détermine pour notre jugement, les propriétés apparentes de la matière.
Rien n’est vrai, rien n’est sûr. Et encore nous n’avons pour observer avec ces instruments trompeurs, qu’un point insignifiant dans l’espace, sans notion sur tout ce qui l’entoure, et qu’au moment insaisissable dans la durée sans soupçon de ce qui fut ou de ce qui sera! Et penser qu’un être humain, si songeur et si tourmenté, n’est qu’un imperceptible grain de la poussière de vie semée sur notre petite terre qui n’est elle-même qu’un grain dans la poussière des mondes.»
La mort seule.
Page 230, ligne 19, talent. M. Duroy n’est qu’un drôle. «Et...
Page 231, ligne 28, correct, et le monocle dans l’œil.
Page 238, ligne 19, pâle. Il restait debout en face du miroir, il tira la langue comme pour constater l’état de sa santé et tout d’un coup,...
Page 238, ligne 23, furieusement. «Demain à cette heure-ci je serai peut-être mort. Cette femme en face de moi, ce moi que je vois dans cette glace ne sera plus. Comment? me voici, je me regarde, je me sens vivre, et, dans douze heures je serai couché dans ce lit, mort, les yeux fermés, froid, inanimé, disparu.» Il se retourna...
Page 239, ligne 6, retourner vers sa couche. Ses...
Page 242, ligne 11, effet de ne penser à rien.
Page 245, ligne 26, casser le bras!...
Page 247, ligne 18, voix s’éleva dans...
Page 248, ligne 29, Les quatre témoins...
Page 249, ligne 6, tous ensemble sur...
Page 250, ligne 10, mon adoré.
Page 253, ligne 28, vieux bonze et de...
Page 257, ligne 1, timbre, comme il faisait toujours, et il...
Page 288, ligne 28, dans un lit, tout...
Page 289, ligne 19, mirant le mort au...
Page 304, ligne 1, Il attendit, espérant...
Page 304, ligne 28, oreille et comme un parfum dans la poitrine.
Page 307, ligne 16, que la cérémonie se...
Page 307, ligne 19, lendemain faire une visite aux vieux...
Page 307, ligne 26, époux, après un court passage à la mairie et une courte messe à Notre-Dame de Lorette, rentrèrent...
Page 315, ligne 21, bohème des journalistes.
Page 321, ligne 15, ondulations de serpent.
Page 325, ligne 16, d’une cocotte, cette...
Page 334, ligne 26, bout frisé de...
Page 359, ligne 23,—Oui, reprit-il, c’est bon, c’est bon, quand on a rien de mieux à faire!
Page 360, ligne 21, étaient plus froides que du marbre.
Page 360, ligne 24, marches de Tortoni.
Page 366, ligne 4, Mais Madeleine ne croyait pas qu’on pût réduire la vertu de Mme Walter;
Page 366, ligne 12, bon! Et le père!...
Page 373, ligne 17, Elle avait un peu rougi:
Page 375, ligne 13, partir quand une voix lui dit tout bas dans le dos:
—Bonjour Bel-Ami!
Il se retourna brusquement. C’était Madame de Marelle assise sur la seconde banquette.
—Vous ici? dit-il.
—Oui, moi-même. J’ai voulu voir... vous voir.
Ils avaient passé l’après-midi de la veille ensemble, rue de Constantinople, sans qu’elle lui eût avoué son projet d’assister à l’assaut chez Rival. Il pensa: «Est-ce qu’elle m’espionnerait?» Il s’était incliné avec cérémonie, il murmura:
—Je suis obligé...
Page 375, ligne 16, Mais Mme de Marelle et Mme Walter s’étant saluées, Clotilde prononça:
—Si nous le gardions près de nous madame, il nous nommera les tireurs et les gens connus. Il peut bien demeurer debout au coin de ce banc.
Et Mme Walter demanda: «Oh oui, restez ici monsieur... monsieur Bel-Ami.
Page 380, ligne 12, Mme de Marelle, car Mme Walter les connaissait presque tous. C’étaient...
Page 381, ligne 4, Mme de Marelle souriait. Mme Walter...
Page 385, ligne 11, Du Roy, escortant la famille Walter, attendait son landau. Mme de Marelle ne l’avait point quitté: «Est-ce qu’elle voudrait me cramponner» pensait-il. Elle demanda:
—Auriez-vous une petite place pour moi. Vous seriez bien gentil de me ramener après ces dames.
Mme Walter avait entendu.
—Mais oui certainement, chère amie, nous nous mettrons trois dans le fond.
Du Roy trouvait cette demande de mauvais goût.
Quand il eut ramené la Patronne et ses filles il demeura seul avec sa maîtresse. Elle lui prit aussitôt la main:
—Oh! comme je t’aime, comme je t’aime!
Il s’étonna de cet élan de tendresse. Elle répétait:
—Tu ne te figures pas combien je t’aime.
Il trouvait cette démonstration exagérée et inopportune, car il ne se sentait point dans un moment d’émotion.
Elle demanda:
—Si nous faisions un tour avant de rentrer?
Il répondit vivement:
—Mais je n’ai pas le temps, il faut que je travaille, moi.
Elle murmura:
—Comme tu as l’air mauvais.
—Non, je suis pressé.
—Veux-tu nous voir demain, chez nous?
Il hésita, puis prononça avec le seul désir de la contrarier.
—Je ne peux pas, je ne suis point libre demain.
Elle se tut, puis arrivée devant sa porte:
—Quand veux-tu nous revoir alors?
—Mais... je ne sais pas... il faut que j’examine ce que j’ai à faire. Je t’enverrai un télégramme.
Elle descendit de voiture lentement, les yeux un peu humides, puis lui tendant la main:
—A bientôt, à bientôt.
Dès qu’il se retrouva seul, il murmura: «Ça ne me disait rien aujourd’hui. Et puis je ne veux pas qu’elle se mette sur ce pied-là. Les femmes ont besoin d’être matées».
Madeleine l’attendait.
Page 386, ligne 1, Du Roy, qui était d’humeur querelleuse, feignit...
Page 390, ligne 21, Clotilde.
«Demain deux heures chez nous, n’est-ce pas.»
Il signa «Bel-Ami» comme il faisait avec elle depuis la reprise de leur amour. En rentrant...
Page 395, ligne 11, lentement...
—Non. Pas du tout.
Page 397, ligne 15, douteuse. Des passants parfois s’arrêtaient pour le regarder passer avec envie.
La lance des arroseurs donnait des désirs de douche et le pavé de bois fumait un peu sous la pluie tiède qui s’évaporait aussitôt. Du Roy tira...
Page 400, ligne 16, Où donc? Une phrase de Norbert de Varenne lui retraversa l’esprit: «Les insectes qui vivent quelques heures, les mouches qui vivent quelques jours, les bêtes qui vivent quelques mois, les hommes qui vivent quelques ans, les mondes qui vivent quelques siècles, ne sont que de l’imperceptible poussière de vie perdue dans la poussière infinie des univers. La bestiole qui s’agite quelques minutes, et la terre ce grain de sable qui tourne dans l’espace, ne demeurent-ils pas également insignifiants dans l’ensemble illimité de ce qui est? La mort de l’une, la fin de l’autre, ne passent-ils pas également inaperçus dans l’éternel renouvellement? Et Du Roy que le silence...
Page 400, ligne 18, Jugeant de haut la création, prononça du bout des lèvres: «C’est petit l’homme.»
Page 410, ligne 28, la muraille, les portes...
Page 412, ligne 1, Debout sur les degrés du portail...
Page 420, ligne 2, il l’étreignit comme...
Page 421, ligne 9, Maroc, demeuraient menaçantes.
Page 426, ligne 9, cherchait s’il n’avait plus rien à dire. N’ayant...
Page 427, ligne 28, bandeaux de garçon coiffeur. Il...
Page 432, ligne 2, dis, mon chéri.
Page 432, ligne 16, si tard...
Page 437, ligne 3, d’abord.» Et si elle m’en demande la raison... quelle raison invincible puis-je lui donner?
Il cherchait un motif tel qu’elle n’eut rien à répondre, un argument sans réplique et sans échappatoire, mais lequel?
Il s’arrêta net. Il avait trouvé et il riait de son idée.
«Je vais lui dire que je suis amoureux fou de Suzanne! Je verrai bien ce qu’elle pourra répondre à cela!»
Et il entra chez lui pour attendre...
Page 451, ligne 4, elle prononça: Oh! cochon, tu as...
Page 500, ligne 14, Il articula durement:
Page 536, ligne 26,—Et comme on voudra vous faire taire vous déclarerez que vous êtes prête à tout pour devenir ma femme. Le ferez-vous?
—Je le ferai.
—Et en sortant...
Page 541, ligne 3, loin. Un grand frisson lui passa sur les membres, quand...
Page 557, ligne 14, digue de sa fureur se fut rompue, elle...
Page 569, ligne 14, L’évêque prononçait:
OPINION DE LA PRESSE
SUR
BEL-AMI.
Nouvelle Revue, 1er avril 1887 (Raoul Frary).
«M. de Maupassant... aime à courir droit au but, il raconte vite et ne décrit qu’en passant, avec une merveilleuse netteté de contour... M. de Maupassant semble être entré dans la vie avec une puissance de mépris que cinquante ans d’expériences justifieraient à peine... Bel-Ami est le chef-d’œuvre de ce jeune pessimiste, un modèle de satire en action, un tableau tout en repoussoirs. Jamais on n’a raconté avec tant de verve, le triomphe d’un gredin qui n’est pas même un homme de talent dans son métier: la vraisemblance y perd même un peu.»
Revue Bleue, 23 mai 1885 (Maxime Gaucher).
«C’est une œuvre très forte, très puissante, mais d’une vérité cruelle et légèrement répulsive, le Bel-Ami de M. de Maupassant... Ce misérable réussit avec une chance si constante et il accepte le succès comme chose due avec une si imperturbable sérénité que cela en devient exaspérant... Et cependant, une fois ce livre bleu entre les mains, je ne l’ai pas lâché, mais j’ai lu tout d’une haleine, non pas le dévorant, mais le savourant. Que voulez-vous? Cela est à la fois irritant et exquis.»
Nouvelle Revue, juin 1885 (Francisque Sarcey).
«Je ne sais guère d’ouvrage dont la lecture soit à la fois plus attirante et plus malsaine. En même temps qu’il remue au fond de notre cœur la boue des curiosités perverses, il désenchante de l’humanité et décourage de la vie. A quoi sert de demeurer sur cette terre, si elle n’est peuplée que de bas gredins et de coquines infâmes?... L’écœurante médiocrité de la race humaine,... M. Guy de Maupassant l’étale à nos yeux avec l’indifférence d’un philosophe... Ce que je reprocherais à M. Guy de Maupassant, c’est qu’ayant jugé à propos de transplanter son Georges Duroy dans ce milieu du journalisme, qu’il doit bien connaître, il n’ait pas pris la peine d’en reproduire fidèlement l’aspect véritable. Les salles de rédaction qu’il dépeint m’ont paru de pure fantaisie; ce ne sont pas là nos habitudes, nos mœurs, ni nos façons de parler.»