LA BELLE ESPIÈGLE

O matins de Paris, que je me remémore

Votre ardente et saine gaîté !

Voici, voici la rue animée et sonore

Sous un ciel vibrant de clarté.

Gestes, parfums légers, regards dont j’étais dupe,

Beaux rires doux, enchantement…

Je te suivais, modiste, et sous ta simple jupe

Je devinais ton corps charmant.

L’avril, ainsi qu’un flot, nous roula dans sa gloire,

Lassés, mais jamais apaisés ;

L’argent n’était pour nous qu’un très mince accessoire :

Nous vivions surtout de baisers !

Ah ! ces chambres, modiste ! Au fond d’une cour triste,

Dans un vilain quartier du nord,

Ces chambres sans lumière, ah ! ces chambres, modiste,

Où notre bel amour est mort !

Tu dois vivre aujourd’hui, maîtresse ou mercenaire,

Chez quelque barbon chauve et gras :

Si je te rencontrais, pauvre quadragénaire,

Je ne te reconnaîtrais pas…

Les matins de Paris où le bonheur circule

Nous avaient unis et liés,

Mais tu riais vraiment trop fort au crépuscule :

Les soirs nous ont dissociés.