LE SECRET DES SAGES

Poètes japonais qui viviez autrefois,

Pleins de calme raison, dans vos maisons légères,

Frêles magots bouffis, bibelots d’étagères,

Vous qui chantiez la mort en vous tournant les doigts ;

Qui, le soir, descendiez dans vos jonques de bois

Quelque fleuve paisible aux rives mensongères

Et, le matin, goûtiez les douceurs bocagères

Dans un jardin menu coupé de ponts étroits ;

Voluptueux vêtus de superbes étoffes,

J’ai lu dans le fracas des cités d’Occident

Vos poèmes plus courts que nos plus courtes strophes :

Je vous dois le bonheur de savourer l’instant

Et j’ai reçu de vous le secret, philosophes,

De conformer ma lèvre aux bruits du cœur battant.