Juda s'offre à demeurer esclave au lieu de Benjamin.
Juda se présenta le premier avec ses frères devant Joseph qui n'était pas encore sorti du lieu où il était; et ils se prosternèrent tous ensemble à terre devant lui. Joseph leur dit: «Pourquoi avez-vous agi ainsi avec moi?» Juda lui dit: «Que répondrons-nous à mon seigneur? Que lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui représenter avec quelque ombre de justice pour notre défense? Dieu a trouvé l'iniquité de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon seigneur, nous et celui sur qui on a trouvé la coupe.» Joseph répondit: «Dieu me garde d'agir de la sorte, que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave; et pour vous autres, allez en liberté retrouver votre père.» Juda s'approchant alors plus près de Joseph, lui dit avec assurance: [pg 67] «Mon seigneur, permettez, je vous prie, à votre serviteur, de vous adresser la parole, et ne vous mettez pas en colère contre votre esclave, car après Pharaon, c'est vous qui êtes mon seigneur. Vous avez demandé d'abord à vos serviteurs: Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère? Et nous avons répondu: Mon seigneur, nous avons un père qui est vieux, et un jeune frère qu'il a eu dans sa vieillesse, dont le frère, qui était né de la même mère, est mort; il ne reste plus que celui-là, et son père l'aime tendrement. Vous disiez alors à vos serviteurs: Amenez-le-moi, je serais bien aise de le voir. Mais nous vous répondîmes: Mon seigneur, cet enfant ne peut quitter son père; car s'il le quitte, il le fera mourir. Vous disiez à vos serviteurs: Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage. Lors donc que nous fûmes retournés vers notre père, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit; et notre père nous ayant dit quelque temps après: Retournez en Egypte pour nous acheter encore un peu de blé, nous lui répondîmes: Nous ne pouvons y aller seuls. Si notre jeune frère vient avec nous, nous irons ensemble: mais à moins qu'il ne vienne, nous n'osons nous présenter devant celui qui commande dans ce pays-là. Il nous répondit: Vous savez que j'ai eu deux fils de Rachel ma femme: l'un d'eux étant allé aux champs, vous m'avez dit qu'une bête l'avait dévoré, et il ne paraît point jusqu'à cette heure. Si vous emmenez encore celui-ci, et qu'il lui arrive quelque accident dans le chemin, vous accablerez ma vieillesse d'une affliction qui la conduira dans le tombeau. Si je me présente donc à mon père, et que l'enfant n'y soit pas, il mourra, et vos serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au tombeau. Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre [pg 68] esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j'en ai répondu à mon père, en lui disant: Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m'impute cette faute, et qu'il ne me la pardonne jamais. Ainsi je demeurerai votre esclave, et je servirai monseigneur en la place de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères, car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père.»