Les juges.
Lorsque Josué et toute sa génération et les anciens qui avaient été témoins des œuvres merveilleuses que l'Eternel avait faites dans Israël, furent réunis à leurs pères, il s'en éleva d'autres en leur place qui ne connaissaient ni l'Eternel, ni les merveilles qu'il avait faites en faveur d'Israël. Les enfants d'Israël firent donc le mal à la vue de l'Eternel, et ils servirent Baal. Ils abandonnèrent le Dieu de leurs pères, qui les avait tirés du pays de l'Egypte, et ils servirent des dieux étrangers, les dieux des peuples qui demeuraient [pg 118] autour d'eux. Ayant ainsi abandonné l'Éternel, la juste punition ne tarda pas à venir; Dieu les livra entre les mains de leurs ennemis, il les vendit aux nations ennemies qui demeuraient autour d'eux, et ils ne purent résister à ceux qui les attaquaient. Cependant lorsqu'ils furent réduits à la plus extrême misère, Dieu leur suscita des juges, pour les délivrer des mains de ceux qui les opprimaient; car Dieu écoutait les soupirs des affligés, et les délivrait de ceux qui les avaient pillés et qui en avaient fait un grand carnage. Mais après la mort de ces juges, ils retombaient aussitôt dans leurs péchés, suivaient des dieux étrangers, les servaient et les adoraient. Demeurant ainsi au milieu des peuples idolâtres, qu'ils avaient laissés dans les pays, ils épousèrent leurs filles, et leur donnèrent les leurs en mariage, et ils adorèrent leurs dieux. Ils firent le mal aux yeux de l'Eternel et ils oublièrent leur Dieu, adorant Baalim et Astaroth. L'Éternel les livra donc entre les mains de Chusan-Rasathaïm roi de Mésopotamie, auquel ils furent assujettis pendant huit ans. Mais ayant fait pénitence l'Éternel eut compassion de leurs maux, et il leur suscita un sauveur qui les délivra, ce fut:
JUGE 1er. Othoniel fils de Kenaz, frère puîné de Caleb. L'esprit de l'Éternel fut en lui, et il jugea Israël. Et s'étant mis en campagne pour combattre Chusan-Rasathaïm roi de Syrie, l'Eternel le livra entre les mains d'Othoniel qui le défit. Le pays demeura en paix durant quarante ans, et Othoniel fils de Kenaz mourut ensuite. Alors les enfants d'Israël commencèrent encore à faire le mal aux yeux de l'Eternel, qui fortifia contre eux Eglon roi de Moab, parce qu'ils avaient péché devant lui. Ce roi se joignit à Ammon et Amalec, et s'étant avancé sur eux il défit Israël, et se rendit maître de la ville des Palmes. Les enfants d'Israël [pg 119] furent assujettis à Eglon roi de Moab pendant dix-huit ans. Après cela ils prièrent l'Éternel, et il leur suscita un sauveur nommé
JUGE 2e. Ehud fils de Gera. Celui-ci vainquit les Moabites, après avoir tué leur roi. Moab fut alors humilié sous la main d'Israël, et le pays demeura en paix pendant quatre-vingts ans. Après Ehud,
JUGE 3e. Samgar fils d'Anath fut en sa place. Celui-ci fut aussi le défenseur et le libérateur d'Israël.
Les enfants d'Israël recommencèrent cependant encore à faire le mal aux yeux de l'Éternel et furent livrés entre les mains de Jabin, roi des Chananéens, qui régna dans Chazor (ville située dans le district appartenant à la tribu de Naphthali). Jabin, roi très-puissant, les opprima cruellement pendant vingt ans. Il avait pour général de son armée un nommé Sisara. Les enfants d'Israël prièrent donc l'Éternel, et il les secourut de nouveau. La femme de Lapidoth, prophétesse nommée
JUGE 4e. Debora, jugeait en ce temps-là le peuple d'Israël. Elle s'asseyait sous un palmier qu'on avait appelé de son nom, entre Rama et Bethel, sur la montagne d'Ephraïm, et les enfants d'Israël venaient à elle, pour faire juger tous leurs différends. Elle envoya donc vers Barac fils d'Abinoëm de Cedès de Naphthali et l'ayant fait venir, elle lui dit: Allez, et menez l'armée sur la montagne de Thabor. Prenez avec vous dix mille combattants des enfants de Naphthali et des enfants de Zabulon. Quand vous serez au torrent de Cison, Dieu vous amènera Sisara général de l'armée de Jabin avec ses chariots et toutes ses troupes, et il vous les livrera entre les mains. Barac lui répondit: Si vous venez avec moi, j'irai; si vous ne voulez point venir, je n'irai point. Debora lui dit: Je veux bien aller [pg 120] avec vous; mais la victoire pour cette fois ne vous sera point attribuée, parce que Sisara sera livré entre les mains d'une femme. Debora partit donc aussitôt, et s'en alla à Cedés avec Barac; lequel ayant fait venir ceux de Zabulon et de Naphthali, marcha avec dix mille combattants, étant accompagné de Debora. En même temps Sisara fut averti que Barac fils d'Abinoëm s'était avancé sur la montagne de Thabor. Et il fit assembler ses neuf cents chariots armés de faux, et fit marcher toute son armée au torrent de Cison. Alors Debora dit à Barac: Courage; car voici le jour où l'Éternel a livré Sisara entre vos mains; c'est l'Eternel qui vous conduit. Barac descendit donc de la montagne de Thabor, et dix mille combattants avec lui. En même temps l'Eternel frappa de terreur Sisara, tous ses chariots et toutes ses troupes aux yeux de Barac; de sorte que Sisara sautant de son chariot en bas, s'enfuit à pied. Barac poursuivit les chariots qui s'enfuyaient et toutes les troupes et les battit complétement. Sisara voulant se sauver dans une maison y fut tué par une femme. Dieu confondit donc en ce jour-là Jabin roi de Chanaan devant les enfants d'Israël, qui devenant chaque jour plus puissants, se fortifièrent de plus en plus contre Jabin roi de Chanaan, et l'accablèrent jusqu'à ce qu'il fût ruiné entièrement. En ce jour-là Debora et Barac, fils d'Abinoëm, chantèrent un cantique en l'honneur de l'Eternel, sauveur d'Israël. Le pays demeura ensuite en paix pendant quarante ans.
Les enfants d'Israël commencèrent de nouveau à faire mal aux yeux de l'Éternel, et il les livra pendant sept ans entre les mains des Midianites. Ces peuples les tinrent dans une si grande oppression, qu'ils furent obligés de se retirer dans les antres et dans les cavernes des montagnes, et dans les lieux les plus fortifiés pour pouvoir résister aux [pg 121] Midianites. Lorsque les Israélites avaient semé, les Midianites, les Amalécites et les autres peuples de l'Orient venaient sur leurs terres, dressaient leurs tentes, ruinaient tous les grains et ne laissaient aux Israélites rien de tout ce qui était nécessaire à la vie. Israël fut donc extrêmement humilié sous Midian. Et il pria l'Éternel, lui demandant secours contre les Midianites. Alors l'Eternel leur envoya un prophète qui leur dit: «Voici ce que dit l'Eternel le Dieu d'Israël: Je vous ai fait sortir d'Egypte, et je vous ai tirés d'un séjour de servitude: je vous ai délivrés de la main des Egyptiens, et de tous les ennemis qui vous affligeaient: j'ai chassé les Amorrhéens de cette terre à votre entrée, je vous ai donné le pays qui était à eux. Et je vous ai dit: Je suis l'Eternel votre Dieu, ne craignez point les dieux des Amorrhéens dans le pays duquel vous habitez: cependant vous n'avez point voulu écouter ma voix.—Or l'Eternel ayant pitié d'Israël lui envoya encore une fois un sauveur, nommé:
JUGE 5e. Gidéon fils de Joas. C'est aussi à ce libérateur que Dieu révéla d'une manière merveilleuse sa volonté céleste. Cet homme commença par détruire l'autel de Baal (c'est pourquoi il fut aussi appelé Jerobaal), et construisit un autel à l'Eternel, Dieu d'Israël. Or tous les Midianites, les Amalécites et les peuples d'Orient se joignirent ensemble; et ayant passé le Jourdain, ils vinrent se camper dans la vallée de Jezraël. En même temps l'esprit de l'Éternel remplit Gidéon, qui sonnant de la trompette assembla toute la maison d'Abiezer, sa famille, afin qu'elle le suivît. Il envoya aussi des gens dans toute la tribu de Manassé qui le suivit aussi, et il en envoya d'autres dans la tribu d'Aser, de Zabulon et de Naphthali: et ceux de ces tribus vinrent au-devant de lui. Gidéon se leva donc et vint accompagné de tout le peuple se camper à une fontaine nommée [pg 122] Charod. Quant aux Midianites, ils étaient campés dans la vallée, vers le côté septentrional de la colline appelée Moreh. C'est en ce lieu que Gidéon congédia une grande partie de son armée, de sorte qu'il ne lui resta que trois cents hommes. Gidéon en agissant ainsi se conforma à la volonté divine, pour montrer aux Israélites que ce n'est que la main de Dieu qui les secourt. La nuit suivante, Gidéon accompagné de son serviteur Phura, s'en alla secrètement à l'endroit du camp où étaient les sentinelles de l'ennemi. Et lorsqu'il se fut approché du camp, il entendit un soldat qui contait son songe à un autre, et qui lui rapportait ainsi ce qu'il avait vu: J'ai eu un songe, disait-il, et il me semblait que je voyais comme un pain d'orge cuit dans la cendre, qui roulait en bas et descendait dans le camp des Midianites; et y ayant rencontré une tente, il l'ébranla, la renversa par terre. Celui à qui il parlait lui répondit: Tout cela n'est autre chose que l'épée de Gidéon fils de Joas Israélite; parce que l'Éternel lui a livré entre les mains les Midianites avec toute leur armée. Gidéon ayant entendu ce songe et l'interprétation qui en avait été donnée, adora Dieu. Et étant retourné au camp d'Israël, il dit aux siens: Allons promptement; car l'Eternel a livré entre nos mains le camp de Midian. Et ayant divisé ses trois cents hommes en trois bandes, il leur donna des trompettes à la main et des pots de terre vides avec des lampes au milieu des pots, et il leur dit: Faites ce que vous me verrez faire. J'entrerai par un endroit du camp: faites tout ce que je ferai. Quand vous me verrez sonner de la trompette que j'ai en main, sonnez de même de la trompette tout autour du camp, et criez tous ensemble: Pour l'Éternel et pour Gidéon! Gidéon suivi de ses hommes entra donc par un endroit du camp au commencement de la veille du milieu de la nuit. [pg 123] Et les gardes s'étant réveillés, Gidéon et ses gens commencèrent à sonner de la trompette, et à heurter leurs pots de terre les uns contre les autres. Faisant donc autour du camp en trois endroits différents un bruit terrible, et ayant rompu leurs pots de terre, ils tinrent leurs lampes de la main gauche, et de la droite les trompettes dont ils sonnaient, et crièrent tous ensemble: Pour l'Eternel et pour Gidéon! Chacun resta à son poste autour du camp des ennemis. Aussitôt le camp des Midianites se trouva tout en désordre; ils jetèrent de grands cris, et ils s'enfuirent tous. Les trois cents hommes continuèrent à sonner de la trompette, et les ennemis tournèrent leurs épées les uns contre les autres, et ils s'entre-tuèrent. Ils s'enfuirent jusqu'à Bethsetta et jusqu'au bord d'Abelmehula en Tebbath. Mais les enfants d'Israël des tribus de Naphthali et d'Aser, et tous ceux de la tribu de Manassé se rassemblèrent et poursuivirent les Midianites. Et Gidéon envoya des gens sur toute la montagne d'Ephraïm, pour dire au peuple: Marchez au-devant des Midianites, et saisissez-vous des eaux jusqu'à Bethbera et de tous les passages du Jourdain. C'est par suite de cet avis que l'ennemi fut complétement battu. Gidéon ne se reposa qu'après avoir rejoint les princes des armées ennemies et les avoir faits prisonniers. Les Midianites furent donc humiliés devant les enfants d'Israël, et ils ne purent plus lever la tête. Le pays demeura en paix pendant quarante ans du temps de Gidéon. Après cette victoire remportée sur Midian, tous les enfants d'Israël dirent à Gidéon: Soyez notre prince, et commandez-nous, vous, votre fils et le fils de votre fils, parce que vous nous avez délivrés des mains des Midianites. Gidéon leur répondit: Je ne serai point votre prince, et je ne vous commanderai point, ni moi, ni mon fils, mais ce sera l'Éternel qui sera [pg 124] votre prince et qui vous commandera. Gidéon avait soixante et dix fils, parce qu'il avait plusieurs femmes: et une autre femme qu'il avait à Sichem, eut de lui un fils nommé Abimelech. Gidéon fils de Joas mourut enfin dans une heureuse vieillesse, et il fut enseveli dans le sépulcre de Joas son père à Ephra. Après la mort de Gidéon, les enfants d'Israël se détournèrent du culte de Dieu, et se prostituèrent à l'idolâtrie de Baal. Ils oublièrent l'Éternel leur Dieu, qui les avait délivrés des mains de tous leurs ennemis, dont ils étaient environnés. Ils n'usèrent point de miséricorde envers la maison de Gidéon, pour reconnaître tout le bien qu'il avait fait à Israël.
JUGE 6e. Alors Abimelech, fils de Gidéon, s'en alla à Sichem trouver les frères de sa mère, et tous ceux de sa famille, et il leur parla à tous en ces termes: Représentez ceci, leur dit-il, à tous les habitants de Sichem: Lequel est le meilleur pour vous, ou d'être dominés par soixante et dix hommes, tous enfants de Jerabaal, ou de n'avoir qu'un seul homme qui vous commande? Et de plus, considérez que je suis votre chair et votre sang. Tous les parents de sa mère ayant donc parlé de lui en cette manière à tous les habitans, ils gagnèrent leur cœur et leur affection pour Abimelech. Ils lui donnèrent alors soixante et dix sicles d'argent, qu'ils prirent du temple de Baal-berith. Abimelech avec cet argent leva une troupe de gens misérables et vagabonds qui le suivirent; et, étant venu en la maison de son père, à Ephra, il tua sur une même pierre les soixante-neuf fils de Jerobaal, ses frères: et de tous les enfans de Jerobaal il ne resta que Joatham, le plus jeune de tous, que l'on cacha. Alors tous les habitans de Sichem s'étant assemblés avec toutes les familles de la ville de Millo, allèrent établir roi Abimelech près du chêne qui [pg 125] est à Sichem. Joatham en ayant reçu la nouvelle, s'en alla au haut de la montagne de Garizim, où, se tenant debout, il cria à haute voix, et parla de cette sorte (voici une des plus belles et des plus anciennes paraboles): Écoutez-moi, habitants de Sichem, comme vous voulez que Dieu vous écoute. Les arbres s'assemblèrent un jour pour s'élire un roi, et ils dirent à l'olivier: Soyez notre roi. L'olivier leur répondit: Puis-je abandonner mon suc et mon huile par laquelle on honore Dieu et les hommes, pour venir m'établir au-dessus des arbres? Les arbres dirent ensuite au figuier: Venez régner sur nous. Le figuier leur répondit: Puis-je abandonner la douceur de mon suc et l'excellence de mes fruits, pour venir m'établir au-dessus des arbres? Les arbres s'adressèrent encore à la vigne, et lui dirent: Venez prendre le commandement sur nous. La vigne leur répondit: Puis-je abandonner mon vin qui est la joie de Dieu et des hommes, pour venir m'établir au-dessus des arbres? Enfin tous les arbres dirent au buisson: Venez, vous serez notre roi. Le buisson leur répondit: Si vous m'établissez véritablement pour votre roi, venez vous reposer sous mon ombre; si vous ne le voulez pas, que le feu sorte du buisson et qu'il dévore les cèdres du Liban. Considérez donc maintenant si vous avez agi avec justice et innocence en établissant ainsi Abimelech pour votre prince; si vous avez bien traité Jerobaal et sa maison; si vous avez reconnu, comme vous le deviez, les grands services de celui qui a combattu pour vous, et qui a exposé sa vie à tant de périls pour vous délivrer des mains des Midianites; et si vous avez dû vous élever, comme vous l'avez fait, contre la maison de mon père, en tuant ses soixante-neuf fils, et en établissant Abimelech, fils de sa servante, pour prince des habitants de Sichem, parce [pg 126] qu'il est votre frère. Si donc vous avez traité comme vous deviez Jerobaal et sa maison, et que vous ne lui ayez point fait d'injustice, qu'Abimelech soit votre bonheur, et puissiez-vous être aussi le bonheur d'Abimelech. Mais si vous avez agi contre toute justice, que le feu sorte d'Abimelech, qu'il consume les habitans de Sichem et la ville de Millo; et que le feu sorte des habitants de Sichem et de la ville de Millo, et qu'il dévore Abimelech... Ayant dit ces paroles, il s'enfuit, et s'en alla à Bera, où il demeura, parce qu'il craignait Abimelech, son frère. Abimelech fut donc prince d'Israël pendant trois ans. Mais Dieu envoya un esprit de haine et d'aversion entre Abimelech et les habitants de Sichem, qui commencèrent bientôt à le détester. Ils lui dressèrent des embûches; un homme qui s'appelait Gaal, se mit à la tête de la révolte, Abimelech le vainquit, attaqua la ville, et l'ayant prise, il en tua tous les habitants, et la détruisit d'une telle sorte, qu'il sema du sel au lieu où elle avait été. Abimelech marcha de là vers la ville de Thèbes, située à trois lieues de distance, l'investit et l'assiégea avec son armée, et la prit. Il y avait au milieu de la ville, une haute tour, où tous les principaux de la ville, hommes et femmes, s'étaient réfugiés: ils en avaient fermé et barricadé la porte et étaient montés sur le haut de la tour pour se défendre par les créneaux. Abimelech était au pied de la tour combattant vaillamment; et, s'approchant de la porte, il tâchait d'y mettre le feu. En même temps, une femme jetant d'en haut un morceau d'une meule de moulin, cassa la tête à Abimelech, et lui en fit sortir la cervelle. Aussitôt il appela son écuyer, et lui dit: Tirez votre épée, et tuez-moi, de peur qu'on ne dise que j'ai été tué par une femme. L'écuyer, faisant ce qu'il lui avait commandé, le tua. Abimelech étant mort, tous ceux d'Israël qui étaient avec lui [pg 127] retournèrent chacun en sa maison. Ainsi Dieu rendit à Abimelech le mal qu'il avait commis contre son père, en tuant ses soixante-neuf frères. Les Sichimites aussi reçurent la punition de ce qu'ils avaient fait; et la malédiction que Joatham, fils de Jerobaal, avait prononcée, tomba sur eux.
JUGE 7e. Après Abimelech, Thola, fils de Phua, de la tribu d'Issachar, et qui demeurait à Schamir, en la montagne d'Ephraïm, fut établi chef d'Israël; et après avoir jugé Israël pendant vingt-trois ans, il mourut, et fut enseveli dans Schamir.
JUGE 8e. Jaïr de Galaad lui succéda, et il fut juge dans Israël pendant vingt-deux ans. Jaïr mourut depuis, et fut enseveli au lieu appelé Camon. Alors les enfants d'Israël recommencèrent à commettre des crimes, firent le mal aux yeux de l'Eternel, et adorèrent les idoles de Baal et d'Astaroth, et les dieux de Syrie et de Sidon, de Moab, des enfants d'Ammon et des Philistins; ils abandonnèrent l'Eternel et cessèrent de l'adorer. La juste punition de Dieu ne tarda donc pas à venir, l'Eternel les livra entre les mains des Philistins et des enfants d'Ammon, qui les affligèrent en les opprimant pendant dix-huit ans. Et lorsque les enfants d'Israël reconnurent leurs péchés, abandonnèrent la mauvaise voie et retournèrent à l'Eternel, le seul vrai Dieu, l'Eternel fut de nouveau avec eux et leur suscita un sauveur qui les délivra des mains de leurs oppresseurs.
JUGE 9e. Cet homme s'appelait Jephté (Jiphtach). Comme les enfants d'Ammon combattaient contre Israël et le pressaient vivement, les anciens de Galaad allèrent trouver Jephté au pays de Tob, pour le faire venir à leur secours. Il commença par envoyer des ambassadeurs au roi des enfants d'Ammon en lui faisant remarquer l'injustice de ses prétentions et des guerres qu'il ne cessait de faire aux enfants d'Israël. Mais, voyant que ce roi ne [pg 128] voulait point se rendre à ces représentations amicales, Jephté s'avança à la tête de son armée, passant de Mispha en Galaad jusqu'aux enfants d'Ammon, et fit à l'Eternel ce vœu inconsidéré: Dieu, si vous livrez entre mes mains les enfants d'Ammon, je vous consacrerai le premier qui sortira de la porte de ma maison, et qui viendra au-devant de moi, lorsque je retournerai victorieux du pays des enfants d'Ammon, et je vous offrirai un holocauste. Jephté passa ensuite dans les terres des enfants d'Ammon pour les combattre; et l'Eternel les livra entre ses mains. Il prit et ravagea vingt villes depuis Aroër jusqu'à Mennith. Les enfants d'Ammon perdirent dans cette défaite un grand nombre d'hommes, et ils furent désolés par les enfants d'Israël. Mais lorsque Jephté revenait dans sa maison, sa fille unique, vint au-devant de lui en dansant au son des tambours. Jephté l'ayant vue, déchira ses vêtements, et dit: Ah! malheureux que je suis! ma fille, vous m'avez affligé, vous êtes au nombre de ceux qui me ruinent; car j'ai fait vœu à l'Eternel de lui offrir ce qui se présenterait à moi, et je ne puis faire autre chose que ce que j'ai promis. Sa fille lui répondit: Mon père, si vous avez fait un vœu à l'Eternel, faites de moi tout ce que vous avez promis, après la grâce que vous avez reçue de vous défaire de vos ennemis, et de remporter sur eux une si grande victoire. Accordez-moi seulement, ajouta-t-elle, la prière que je vous fais: Laissez-moi aller sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes. Jephté lui répondit: Allez; et il la laissa libre pendant ces deux mois. Elle alla donc avec ses compagnes et ses amies, et pleura sa virginité sur les montagnes. Après les deux mois elle revint trouver son père, et il accomplit le vœu qu'il avait fait à l'égard de sa fille. En effet, elle ne connut point d'homme [pg 129] (il lui fut défendu de se marier). De là vint la coutume qui s'est toujours depuis observée en Israël, que toutes les filles d'Israël s'assemblent une fois l'année, pour pleurer la fille de Jephté de Galaad pendant quatre jours.—Jephté jugea le peuple d'Israël pendant six ans, et il mourut ensuite, et fut enseveli dans une des villes de Galaad.
JUGE 10e. Abezan (Ibzan) de Beth-lehem fut après lui juge d'Israël; et après avoir jugé Israël pendant sept ans, il mourut et fut enseveli dans Beth-lehem.
JUGE 11e. Ahialon (Elon) de Zabulon lui succéda, et il jugea Israël pendant dix ans; et, étant mort, il fut enseveli à Ahialon, dans le pays de Zabulon.
JUGE 12e. Abdon, fils d'Illel de Pharathon, fut après lui juge d'Israël pendant huit ans; et étant mort, il fut enseveli à Pharathon, au pays d'Ephraïm, sur la montagne d'Amalec. Les enfants d'Israël commirent encore le mal aux yeux de l'Éternel, qui les livra aux mains des Philistins pendant quarante ans. Alors il appela cette fois encore un héros à leur secours pour les affranchir du joug accablant des Philistins.
JUGE 13e. Samson (Schimschon) était le nom de ce héros. Cet homme était doué d'une force si prodigieuse qu'un jour il mit en pièces un jeune lion furieux qui venait à lui. Il causa beaucoup de pertes aux Philistins en leur faisant continuellement la guerre. Un jour il prit trois cents renards qu'il lia deux à deux par la queue en y attachant des flambeaux, et, les ayant allumés, il chassa les renards, afin qu'ils courussent de tous côtés. Ils allèrent courir au travers des blés des Philistins, et y ayant mis le feu, les blés qui étaient déjà en gerbes, et ceux qui étaient encore sur pied, furent brûlés; et le feu même se mettant dans les vignes et dans les plants d'oliviers, consuma tout. Une autre fois il tua mille hommes, armé seulement d'une [pg 130] mâchoire d'âne. Il prit, un jour, les deux portes de la ville d'Aza, les mit sur ses épaules, et les porta sur le haut d'une montagne voisine.
Après avoir ainsi vengé son peuple des Philistins, il se laissa entraîner par une femme des Philistins, nommée Délila, qui le trompa en lui arrachant le secret de sa force surnaturelle. Comme cette femme l'importunait sans cesse, il ne put lui résister, et lui découvrant son secret, il lui dit: Le rasoir n'a jamais passé sur ma tête, parce que je suis nazaréen, c'est-à-dire, consacré à Dieu dès le ventre de ma mère. Si l'on me rase la tête, toute ma force m'abandonnera, et je deviendrai faible comme les autres hommes. Elle attendit donc qu'il se fût endormi, fit alors raser les sept touffes de ses cheveux et le livra de cette manière aux mains des Philistins ses ennemis. Ceux-ci l'ayant pris, lui arrachèrent aussitôt les yeux; et, l'ayant mené à Aza chargé de chaînes, ils l'enfermèrent dans une prison, où ils lui firent tourner la meule d'un moulin. Or, ses cheveux commençaient déjà à revenir, Samson ayant alors prié l'Éternel de lui rendre sa première force, il prit les deux colonnes d'une maison dans laquelle beaucoup de Philistins s'étaient assemblés pour faire des festins de réjouissance à leur dieu Dagon, et s'étant emparé de ces deux colonnes sur lesquelles la maison était appuyée, il les ébranla fortement et la maison tomba sur tous ces Philistins et sur Samson lui-même. Ses frères et tous ses parents étant venus en ce lieu, prirent son corps, et l'ensevelirent entre Saraa et Esthaol, dans le sépulcre de son père Manué (Manoach), après qu'il eut été juge d'Israël pendant vingt ans.
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