CHAPITRE XXXVII.

Marché aux fleurs.—Fabriques nécessaires.—Plantations exotiques.—Avantages qui en résulteraient.

Tout en faisant route, nous traversions le marché aux fleurs, où étaient entassées pêle-mêle et très près l'une de l'autre les plantes de la belle saison.

«Cet emplacement est beaucoup trop petit, me disait le jeune Grec; jamais il ne fut en rapport avec les immenses richesses végétales que vous possédez. Vous avez planté dans ce marché quelques arbres communs et forestiers; vous y avez élevé des bassins grossièrement massifs, et fait couler quelques maigres filets d'eau, lorsque des génies, groupés avec grâce au centre des fontaines, devraient élancer dans les airs mille jets d'une onde pure et bienfaisante, comme pour rafraîchir les attraits de la jeune déité qui préside en ce lieu. Vous paraissez véritablement avoir oublié les ornemens qui accompagnent toujours le séjour qu'elle habite; point de jalousie entre Flore et Pomone. Le marché aux fleurs ne doit pas être plus maltraité que celui[25] des fruits et des plantes alimentaires.

«Mais non; vous avez disposé, en spéculateur mercantile, un lieu dans lequel un de vos poëtes eût, avec Horace, regardé nécessaire l'alliance de l'agréable et de l'utile. Et puis au lieu de ces frênes, de ces sycomores et autres plants rustiques, quelle raison vous aurait empêché d'y placer des arbres de choix qui vous eussent également donné une ombre hospitalière, et se fussent successivement couverts en différentes saisons, de fleurs et de fruits, ou même auraient conservé pendant l'automne et l'hiver une éternelle verdure[26].

«J'ajouterai que le public y eût chaque jour trouvé une source d'instruction continuelle, qui eût rendu plus populaire le goût de la botanique; et l'on sait assez que lorsqu'une fois cette science parvient à nous captiver, elle absorbe, presque malgré nous, toutes les facultés de l'âme, et nous garantit souvent de bien des vices, en nous procurant mille plaisirs innocens.

«Ces plantations eussent aussi très-bien accompagné quelques serres-chaudes ou tempérées et autres fabriques que j'aurais établies sur de nouveaux modèles, pour les plantes étrangères, trop peu acclimatées en France pour souffrir sans péril un transport journalier en plein air, et qui, même en été, redoutent la fatale influence d'une atmosphère trop inconstante. Des kiosques couverts sont d'autant plus urgens ici, que la plupart des plantes nouvelles de l'orangerie[27], malheureusement très-précoces, fleurissent dès les premiers beaux jours de nos faux printemps. Souvent j'ai vu un soleil trop ardent, une rosée inattendue, flétrir en peu d'instans la frêle beauté d'une plante superbe, dont le développement avait coûté plusieurs mois de culture à son infortuné propriétaire, tandis qu'un salutaire abri leur eût infailliblement conservé leur existence et leurs charmes. Ne vous étonnez point, mon cher ami, du zèle que je mets à défendre les intérêts des fleurs, et à leur accorder une protection spéciale. En Grèce, les fleurs étaient les odalisques de mon sérail; puissent les bazars conservateurs que je sollicite pour ces élégantes beautés, s'élever dans un pays où l'amitié et peut-être des affections plus douces doivent fixer mon séjour!»