RELIGION

CHRÉTIENNE.

LIVRE TROISIEME.

Où l'on prouve l'autorité de l'Écriture.

Preuve générale de l'autorité des Livres du Nouveau Testament.

I.

e but des preuves que nous avons déduites jusqu'ici, & de toutes les autres qu'on pourroit ajoûter, est de persuader aux Incrédules & à ceux qui sont encore dans l'incertitude, que la Religion, dont les Chrétiens font profession, est très-véritable & très-bonne. Mais ce n'est pas assez. Après les avoir convaincus de cette vérité, il faut les conduire à ces Livres très-anciens où cette Religion est renfermée, & que nous apellons les Livres du Nouveau Testament, ou pour parler plus exactement, les Livres de la Nouvelle Alliance.

Il y auroit de l'injustice à nier que ce soit à ces livres que l'on se doive adresser pour connoître nôtre Religion, & à n'en pas croire là-dessus le témoignage constant de tous les Chrétiens. Quelle que soit une Secte, bonne ou mauvaise, l'équité veut qu'on croye sur sa parole, que ses sentimens sont contenus dans les Livres où elle nous renvoye pour en être instruits. C'est sur ce Principe que nous recevons sans dificulté l'assurance que les Mahométans nous donnent, que leur Religion se trouve dans l'Alcoran. Puis donc qu'il paroît par les argumens que nous venons de proposer, que la Religion Chrétienne est véritable, & qu'il n'est pas moins évident par la raison que nous venons d'alleguer, que cette Religion est enseignée dans nos Livres sacrez; il n'en faut pas davantage pour établir solidement l'autorité de ces Livres. Si pourtant on souhaite que nous en aportions des preuves plus particuliéres, nous le ferons volontiers: mais ce sera après avoir posé une Régle qui est connue & suivie de tout ce qu'il y a de Juges équitables. C'est que quand on entreprend d'ataquer un Livre qui est reçû depuis plusieurs siécles, on s'engage nécessairement à produire des objections capables de lui ôter toute créance: au défaut de quoi, il est censé digne de cette autorité, dont il a été jusqu'alors en possession.

Preuves plus particulières. I. Que ceux d'entre ces Livres qui portent le nom de quelque Auteur, sont véritablement de cet Auteur.
+ S. Cyllir. L. X.

II. Nous disons donc, que les Écrits qui sont reçus unanimement par tous les Chrétiens, & atribuez aux Auteurs dont ils portent le nom, sont éfectivement de ces Auteurs. La raison en est, que les Docteurs des premiers siécles, comme Justin, Irénée, Clément, & ceux qui les ont suivis, ont cité ces Écrits sous les mêmes noms d'Auteurs qu'ils portent aujourd'hui:[1] Que Tertullien dit que les Originaux de quelques-uns de ces Livres se voyoient encore de son tems: Que toutes les Eglises les ont reçus comme les Ouvrages de ces mêmes Auteurs, & avant qu'elles eussent encore assemblé de Conciles: Que jamais les Payens ni les Juifs ne leur ont fait d'afaire sur cet article:

Que Julien [+ marg.] même avoue que les Écrits qui sont atribuez à S. Pierre, à S. Paul, à S. Mathieu, à S. Marc, & à S. Luc, ont été écrits par ces Auteurs: Qu'enfin, si le témoignage des Grecs & des Latins paroît à tout homme de bon sens, une raison de ne pas douter que les Poëmes que l'on atribue à Homére & à Virgile, ne soient véritablement d'eux: à plus forte raison le témoignage constant de presque toutes les Nations, prouve invinciblement que les Livres du Nouveau Testament ont été composez, par ceux dont ils portent le nom sur leurs Titres.

Note 1:[ (retour) ] Que Tertullien dit &c. Liv. de la prescription contre les Hérétiques, «Vous qui voulez exercer plus utilement votre curiosité dans l'afaire du Salut, parcourez les Eglises où les Apôtres ont particulièrement résidé, vous y verrez encore leurs Chaires; vous y entendrez encore lire leurs Épîtres sur les Originaux mêmes.» Cela n'est pas étonnant, puis que Quintilien dit que de son tems on voyoit encore les Originaux des Livres de Cicéron, & qu'Aulu-Gelle dit la même chose de ceux de Virgile.

Qu'on n'a pas lieu de douter de ceux qui autrefois ne furent pas généralement reçus.

III. Ce n'est pas qu'entre ces Livres il n'y en ait quelques-uns qui n'ont pas été d'abord reçus de tous les Chrétiens. On a douté de la seconde Épître de S. Pierre, de l'Épître de S. Jude, des deux que nous avons sous le nom de Jean l'Ancien, de l'Apocalypse, & de l'Épître aux Hébreux. Mais ces Écrits étoient d'autre côté reconnus par un grand nombre d'Eglises, comme il paroît par l'usage qu'en font les plus anciens Docteurs, qui en citent des passages pour prouver nos Dogmes. Il y a donc aparence que si quelques Eglises ne s'en servoient pas, c'étoit ou parce qu'elles ne les connoissoient pas, ou parce qu'elles n'étoient pas assez persuadées de leur autorité; & que si dans la suite elles se conformérent à celles qui les recevoient pour divins, c'est parce qu'elles s'instruisirent plus à fonds là-dessus, & reconnurent leur ignorance ou leur erreur. Et en éfet il n'y a presque plus de lieux où l'autorité de ces Livres ne soit à présent établie. Si l'on dit qu'ils ont été suposez, on le dira sans preuve, & même contre la vrai-semblance. Car quel intérêt auroit pû obliger à les suposer, puis qu'ils ne nous aprennent rien qui ne se trouve amplement dans ceux dont personne n'a jamais douté?

Qu'à l'égard de ce que quelques-uns ne portent aucun nom d'auteur, cela ne leur préjudicie point.

IV. Le peu de connoissance que l'on a du véritable Auteur de l'Épître aux Hébreux, & le doute où quelques-uns ont été si les deux derniéres Épîtres de S. Jean, & l'Apocalypse, sont de S. Jean l'Apôtre, ou de quelqu'autre qui ait eu le même nom, ne peuvent aucunement préjudicier à l'autorité de ces Écrits. On sait qu'en matiére d'Auteurs, il faut faire plus d'atention à leurs qualitez qu'à leur nom. Nous recevons comme vrais plusieurs Livres historiques, quoi que nous ne sachions pas le nom de ceux qui les ont écrit. Le Livre de la Guerre d'Alexandrie est de ce nombre. On n'en connoit pas l'Auteur, mais parce qu'on voit que, qui que ce soit qui l'ait écrit, il vivoit dans le temps de cette Guerre, & que même il y a eu part, cela paroît sufisant pour autoriser cette Histoire. On ne doit donc pas être plus dificile à l'égard des Livres donc nous parlons, puis que ceux qui nous les donnent, assurent qu'ils ont vécu dans le commencement du Christianisme, & qu'ils avoient reçu les dons extraordinaires que Dieu conféra aux Apôtres. Si l'on dit qu'ils ont pu s'atribuer faussement ces avantages, & qu'à l'égard même des autres Livres, on leur a peut-être suposé de grans noms, pour leur donner plus de poids: nous répondons qu'il est tout-à-fait incroyable, que des Personnes qui ne prêchent par tout que la sincérité & la piété, ayent voulu sans sujet se charger du crime de faussaires; crime que tout honnête homme déteste, & que les Loix de Rome punissoient du dernier suplice.

Que tous ces Auteurs n'ont pu écrire que des choses vrayes.

V. Il demeure donc constant que les Livres de la nouvelle Alliance, ont été composez par ceux dont ils portent le nom, & que les qualitez que ces Auteurs se sont atribuées, leur convenoient éfectivement. Si l'on considére outre cela, qu'il n'est pas moins certain qu'ils n'ont rien écrit dont ils n'eussent une connoissance parfaite, & qu'ils n'ont pû se mettre en l'esprit de vouloir tromper le monde, on conclura invinciblement, que ce qu'ils ont écrit est vrai & indubitable, puis qu'on ne peut dire des choses fausses que par l'un ou l'autre de ces deux principes, ou l'ignorance, ou la malice. Mais n'avançons rien sans preuve, & faisons voir que ces Auteurs ont su ce qu'ils disoient, & qu'ils n'ont rien dit que ce qu'ils croyoient véritable: qu'en un mot ils n'ont été, ni trompez, ni trompeurs.

Preuve: on ne les peut accuser d'ignorance.

VI. S. Matthieu, S. Jean, S. Pierre, S. Jude étoient du Collége de ces douze, que Jésus-Christ avoit choisis pour témoins de sa vie & de sa doctrine. Ainsi il est impossible qu'ils n'ayent pas bien sû les choses qu'ils nous racontent. C'est ce qu'on doit dire aussi de S. Jaques, qui a été, ou Apôtre, ou, selon le sentiment de quelques-uns,[2] proche parent de Nôtre Seigneur, & de plus, Évêque de Jérusalem par les sufrages des Apôtres. Pour ce qui regarde S. Paul, on ne peut pas croire qu'il se soit imaginé sans fondement, que Jésus-Christ lui ait révélé du Ciel les véritez qu'il a enseignées; ni qu'il se soit figuré vainement qu'il ait fait toutes les grandes choses dont il se glorifie; ni que S. Luc, le fidéle compagnon de ses voyages ait donné dans les mêmes visions. Ce seroient là d'agréables songes, mais dont des personnes aussi sensées que S. Paul & S. Luc, n'étoient assurément point capables. Quoi que S. Luc ne fût pas du nombre de ceux qui avoient vécu avec Jésus-Christ, son témoignage néanmoins ne nous doit pas être suspect de crédulité. Il étoit né sur les lieux; il avoit voyagé par la Palestine; [3]il s'étoit informé exactement de la vérité des Faits qu'il a écrits, & il en avoit conféré avec ceux qui en avoient été témoins oculaires, comme il paroît par le premier verset de son Évangile. Il ne faut pas douter qu'outre les Apôtres, avec qui il avoit des liaisons fort étroites, il n'ait parlé à plusieurs de ceux qui avoient été guéris par Jésus-Christ, & de ceux qui l'avoient vû mourir, & qui l'avoient aussi vû après sa Résurrection. Si la confiance que nous avons sur les recherches exactes de Tacite & de Suétone, fait que nous croyons sur leur raport, des choses qui se sont passées long tems avant qu'ils fussent nez; à plus forte raison devons-nous ajouter foi à un Écrivain qui nous assure qu'il n'avance rien que sur le récit de témoins oculaires.[4] Pour ce qui est de S. Marc, comme on n'a point douté dans les premiers tems qu'il n'ait toûjours vécu avec S. Pierre, on doit avoir autant de foi pour son Evangile que s'il lui avoit été dicté par cet Apôtre, & c'est dire assez, puis que cet Apôtre devoit savoir avec certitude toutes les choses que S. Marc a écrites dans son Evangile. Outre cela cet Evangile n'a rien écrit qui ne se trouve dans les Ouvrages des Apôtres. Enfin ni l'Auteur de l'Apocalypse n'a pu se mettre faussement dans l'esprit qu'il avoit avoit eu toutes ces Visions dont il dit que Dieu l'a honoré: ni celui de l'Épître aux Hébreux n'a pu se figurer sans raison, que l'Esprit de Dieu ou les autres Apôtres lui avoient apris les choses dont il a traité dans cette Épître.

Note 2:[ (retour) ] Ou proche parent &c. C'est le sentiment de St. Chrysostome & de plusieurs autres.

Note 3:[ (retour) ] Il s'étoit informé &c. Cela paroît par les premiers versets de son Évangile.

Note 4:[ (retour) ] Pour ce qui est de S. Marc, comme on n'a point douté &c. St Irénée liv. III. ch. I. Clément cité par Eusébe.

Qu'on ne peut les accuser de mauvaise foi.

VII. Nous avons posé en second lieu que nos Auteurs sacrez n'ont pu avoir dessein de mentir. Nous l'avons déjà prouvé lors que nous avons établi la vérité de la Religion Chrétienne en général & qu'en particulier nous avons montré la certitude de la résurrection de Nôtre Seigneur. Quand on récuse des témoins parce qu'on les croit de mauvaise foi, on est obligé de donner quelques raisons de ce soupçon, & de dire par quels motifs ils ont pu se laisser aller au mensonge & à la fourbe. Or c'est ce qu'on ne peut pas faire en cette rencontre. Car si l'on objecte qu'ils ont pu mentir parce que l'intérêt de leur Cause le demandoit; il faudra un peu examiner pourquoi ils se sont embarquez dans cette cause, & sont entrez dans ces intérêts. Certes, ce n'a été ni pour l'espérance de quelques avantages, ni pour la crainte de tomber dans quelques disgraces: puis que cette Cause, dont ils entreprenoient la défense, les privoit de toutes commoditez, & les jettoit dans toutes sortes de périls. Ils ne se sont donc chargez d'une Commission si dangereuse, que par la crainte de Dieu. Or cette crainte peut-elle porter un homme à mentir, principalement dans une chose dont dépend le salut éternel de tous les hommes? Si l'on considére que leurs Écrits ne respirent que la piété; que leur vie n'a jamais donné prise aux acusations de leurs ennemis, que tout ce que ces ennemis leur ont pu reprocher a été leur ignorance, défaut qui ne s'acorde guére avec la qualité d'imposteurs, on sera contraint d'avouer qu'ils n'étoient pas capables d'une impiété aussi horrible, que celle d'apuyer les intérêts de Dieu sur le mensonge & sur la fourberie. Ajoûtez à cela, que pour peu qu'ils eussent eu de mauvaise foi, ils n'auroient eu garde de laisser dans leurs Écrits des monumens éternels de leurs fautes, telles que furent, & leur fuite dans les dangers de leur Maître, & la triple abnégation de S. Pierre.

Preuve, tirée des miracles que ces Auteurs ont faits.

VIII. Si l'on veut une preuve authentique de leur bonne foi, Dieu lui-même nous la fournit dans les miracles qu'il a opérez par leur ministére. Eux & leurs Disciples les ont publiez en présence de tout un grand Peuple, avec beaucoup de confiance. Ils ont marqué les noms des Personnes, & toutes les circonstances les plus propres ou à prouver le Fait, s'il étoit véritable, ou à fournir aux Magistrats des moyens de les convaincre de mensonge, s'il eût été suposé. Il faut sur tout faire quelque atention à ce qu'ils ont très-constamment dit & écrit, qu'en présence de plusieurs milliers de personnes, ils s'étoient énoncez en quantité de Langues qu'ils n'avoient pas aprises, & qu'à la vûe du Peuple de Jérusalem ils avoient guéri sur le champ un homme qui étoit né boiteux. Ils ne pouvoient pas ignorer que les Magistrats du Peuple Juif les haïssoient à mort, & s'oposoient à tous leurs desseins; que ceux des Romains ne leur vouloient pas de bien; & que les uns & les autres les regardant comme auteurs d'une nouvelle Religion, ne manqueroient pas de profiter de toutes leurs fausses démarches, & d'embrasser avec joye les moindres ocasions de leur faire des afaires, & de les acuser. Cependant ils n'ont rien rabatu pour cela de leur fermeté, & de leur hardiesse à publier leurs miracles. Il faut donc croire qu'ils avoient raison, & que ces miracles étoient très-véritables. Ni les Juifs, ni les Payens de ces tems-là n'ont jamais ose les nier: [5]même Phlégon[a], Afranchi de l'Empereur Adrien, a fait mention de ceux de S. Pierre dans ses Annales. [6]Dans les Livres où les premiers Chrétiens rendoient raison de leur Foi aux Empereurs, au Sénat, & aux Gouverneurs de Provinces, ils parlent de ces miracles comme de choses qui étoient de notoriété publique, & dont on ne pouvoir pas douter, ils disent même ouvertement que les Apôtres avoient conservé jusqu'après leur mort le pouvoir de faire des miracles, & qu'il s'en faisoit auprès de leurs sépulchres par l'atouchement de leurs os. Ils pouvoient bien juger cependant que si cela eût été faux, les Magistrats les en eussent bien-tôt convaincus, & leur en auroient fait porter la peine, en les couvrant de honte, & en les faisant mourir. Mais ils parloient à coup sûr: les miracles faits auprès des sépulchres étoient en si grand nombre, & atestez par tant de personnes, que Porphyre même fut forcé d'en convenir.

Cyril: cont. Jul. L. X.

Note 5:[ (retour) ] Même Phlégon. Nous l'aprenons d'Origéne contre Celsus liv. II.

Note a:[ (retour) ] Phlégon surnommé Trallien de Tralles Ville d'Asie, où il étoit né, fleurissoit dans le second siécle, vers le milieu. L'Empereur Adrien l'aimoit & vouloit l'avoir presque toujours auprès de lui. C'étoit en effet un fort bel esprit, & un savant à qui une profonde érudition n'avoit rien ôté de sa politesse: il avoit composé une Histoire des Olympiades dont il ne nous reste que des Fragments. C'est dans cet Ouvrage où Phlégon, tout Païen qu'il étoit, dit que Jésus-Christ a été un vrai Prophète, qu'il a connu l'avenir, qu'il l'a prédit, & que ses prédictions ont eu leur effet. Il rend le même témoignage à celles de S. Pierre sur la ruine de Jérusalem. Enfin Phlégon parle des ténèbres qui couvrirent toute la Terre à la mort de Jésus-Christ; nous avons encore les propres paroles de ce Païen. TRAD. DE PAR.

Note 6:[ (retour) ] Dans les Livres où les premiers Chrétiens &c. Origéne, St. Aug. de la Cité de Dieu, liv. XXII, ch. 8.

Quoi que ce que nous venons de dire sufise pour établir la vérité des Livres du Nouveau Testament, nous ne laisserons pas d'y ajoûter quelque autres argumens; comme par abondance de droit.

3 Preuve, prise des prédictions que ses Livres renferment.

IX. Il y a dans ces Livres quantité de prédictions ausquelles l'événement a admirablement répondu, & qui ne pouvoient être l'éfet d'une prévoyance humaine. Telles sont celles [b] des grands & des rapides progrès de la Religion Chrétienne; [c] de sa durée non interrompue; [d] du refus que devoient faire les Juifs de la recevoir; [e] de l'entrée des Nations étrangéres dans l'Église; [f] de la haine des Juifs contre ceux qui feroient profession de cette Religion; [g] des suplices très-cruels que ceux-ci soufriroient pour sa défense; [h] du siége & de la ruine de Jérusalem & du Temple; & des malheurs éfroyables qui devoient tomber sur les Juifs.

4 Preuve, qu'il n'étoit pas de la bonté de Dieu de permettre que l'on trompât tant de gens de bien.

X. Ceux qui reconnoissent que Dieu prend soin des choses qui regardent les hommes, & particuliérement de celles qui concernent son Culte; & où sa gloire est intéressée, doivent aussi reconnoître qu'il étoit impossible qu'il permît que l'on trompât par des Livres suposez & pleins de mensonges, un nombre infini de personnes, qui n'avoient en vue que sa gloire & son service.

Notes à :[ (retour) ] Matt. XIII. 33. [c]: Luc X. 18. Luc I. 33. Matt. XXVIII. 20. Jean XIV. 16. [d]: Matt. XXI. 33. &c. XXII. Luc. XV. 11. &c. [e]: Ibid. Matt. VIII. 2. XII. 21. XXI. 43. [f]: Matt. X. 17. [g]: Matt. X. 21. 39. XXIII. 34. [h]: Matt. XXIII. 38. XXIV. 16. Luc XIII. 34. XXI. 24. : Matt. XXI. 33. XXIII. 34. XXIV. 20.

5. Preuve, tirée du consentement de tant de Sectes opposées.

Après que le Christianisme fut partagé en une infinité de Sectes, à peine s'en est-il trouvé qui n'ait reçu tous les Livres du Nouveau Testament; & s'il y en a eu qui en rejettoient quelques-uns, ils ne contenoient rien qui ne se trouvât dans ceux qu'elles admettoient. Preuve assez forte, qu'on a toûjours reconnu dans ces Écrits une autorité à laquelle on ne pouvoit rien oposer de raisonnable; puisque ces Sectes qui les ont reçûs, étoient d'ailleurs si animées les unes contre les autres; qu'il sufisoit qu'une chose plût aux unes, pour être par cela même rejettée, par les autres.

Objection, que quelques Sectes ont rejetté plusieurs de ces Livres.

XI. Entre ceux qui faisant profession du Christianisme refusoient leur créance aux Livres du Nouveau Testament où ils voyoient leurs sentimens combatus, il y a eu deux espéces de gens directement oposez; [7]les uns, en haine des Juifs, blasphémoient le Dieu que ceux-ci reconnoissoient comme le Créateur du Monde, & ils traitoient fort indignement la Loi de Moyse. Les autres, au contraire, par la crainte des maux ausquels les Chrétiens étoient exposez, tâchoient de s'y dérober [8]en se confondant avec les Juifs, [9]qui avoient alors une entiére liberté de conscience. Mais il faut savoir [10]que ni les uns ni les autres n'étoient reconnus pour vrais Chrétiens par aucune des autres Sociétez du Christianisme; [11]& cela, dans le tems que l'Église suportoit avec beaucoup de patience, selon l'ordre établi par les Apôtres, tous ceux dont les erreurs ne choquoient pas les fondemens de la Religion. A l'égard de la premiére sorte d'Errans, nous croyons les avoir sufisamment refutez, lors que nous avons prouvé dans le premier Livre, qu'il n'y a qu'un seul Dieu dont l'Univers est l'ouvrage. Mais sans cela, il paroît évidemment par les autres Livres du Nouveau Testament, lesquels ils n'osoient rejetter de peur de ne pas passer pour Chrétiens, entr'autres par l'Evangile de S. Luc, que Jésus-Christ a annoncé aux hommes le même Dieu que Moyse & les Hébreux ont adoré. Pour ce qui est de ceux qui se tenoient à l'abri du Judaïsme pour se garantir des persécutions, & qui se disoient Juifs sans l'être, nous aurons ocasion de les combatre, lors que nous disputerons contre ceux qui se disent Juifs & qui le sont en éfet. Nous remarquerons cependant que c'étoit avoir beaucoup de hardiesse & d'impudence, que d'afoiblir l'autorité de S. Paul, sur ce qu'il prêchoit aux Juifs l'afranchissement du joug des Cérémonies. Car I. il est celui de tous les Apôtres qui a fondé le plus d'Églises, & qui a le plus contribué à l'avancement du Christianisme par ce nombre infini de miracles qu'il a faits dans un tems auquel il étoit aisé d'examiner s'ils étoient vrais ou faux. S'il a fait des miracles, pourquoi ne croirions-nous pas ce qu'il nous dit des admirables Visions qu'il a eues, & de son installation dans l'Apostolat par Jésus-Christ? S'il a été si chéri & si favorisé par Nôtre Seigneur, il est impossible qu'il ait enseigné des choses désagréables à son divin Maître, c'est-à-dire, des faussetez.

Note 7:[ (retour) ] Les uns, en haine des Juifs. C'étoient les Marcionites. Voyez St. Irénée liv. I. ch. 9. Tertull. S. Épiphane.

Note 8:[ (retour) ] En se confondant avec les Juifs. C'étoient les Ébionites. Voyez St. Irénée & St. Épiphane.

Note 9:[ (retour) ] Qui avoient alors une entiére liberté. Cela paroît par les Actes des Apôtres, par Philon, par Joséphe, & par Tertullien.

Note 10:[ (retour) ] Que ni les uns ni les autres n'étoient reconnus &c. Tertull. contre Marcion liv. I. Vous ne trouverez aucune des Eglises qui peuvent passer pour Apostoliques, qui n'ait à l'égard du Créateur des sentimens véritablement Chrétiens.

Note 11:[ (retour) ] Et cela dans un tems &c. St. Irénée, S. Jérôme, St. Cyprien. Ne jugeons, dit ce dernier, ni ne condamnons personne pour des diversitez de sentimens.

Act. XVI. 3. XX. 6. XXI. &c.

II. S'il a travaillé à l'abolition des Rites Mosaïques, il faut bien qu'il y ait été forcé par la Vérité; puis qu'il étoit circoncis; qu'il observoit volontairement plusieurs cérémonies de la Loi; que pour la gloire de la Religion Chrétienne il faisoit beaucoup de choses plus dificiles que la Loi ne lui en commandoit, & en enduroit de plus fâcheuses qu'elle ne lui en eût atiré; & qu'il portoit toit ses Disciples à faire & à soufrir les mêmes choses. Ce qui fait voir que s'il leur prêchoit la liberté, ce n'étoit pas pour s'acommoder à leur goût, & pour ménager le crédit qu'il avoit parmi eux, en leur traçant des routes commodes. Bien loin de cela, ce qu'il leur imposoit, étoit bien plus pénible que ce dont il les afranchissoit. Les Juifs destinoient le Sabbat au service de Dieu: S. Paul veut que ses Disciples y consacrent tous les jours. La Loi obligeoit à quelques dépenses: S. Paul leur ordonne de perdre en tems & lieu tous leurs biens. La Loi exigeoit des Sacrifices de bêtes: S. Paul veut qu'ils se sacrifient eux-mêmes. Enfin cet Apôtre dit hautement que S. Pierre, S. Jean, & S. Jaques lui avoient donné la main d'association; ce qu'il n'eût pas osé dire, si cela eût été faux, puis que le disant du vivant de ces trois Apôtres, il devoit craindre qu'ils ne relevassent un pareil mensonge.

Je conclus, que puis qu'à l'exception de ces deux sortes de personnes, de l'erreur de qui j'ai parlé, & qui à peine pouvoient passer pour Chrétiens, toutes les autres Sociétez s'acordoient manifestement à recevoir les Livres du Nouveau Testament; que d'ailleurs ceux qui les ont écrits ont eu le pouvoir de faire des miracles; qu'ils ont prédit beaucoup de choses qui ont été confirmées par l'événement; qu'enfin la Providence très-particuliére qui veille sur les afaires des hommes, n'eût pas soufert qu'ils eussent trompé le monde par des Écrits fabuleux: il est de la dernière évidence, du moins pour des Personnes équitables, que ces Livres jouïssent à juste tître de l'autorité où ils sont parmi les Chrétiens. Car, encore une fois, il y a peu d'Histoires qu'on ne croye véritables, toutes destituées qu'elles sont de ces preuves, & simplement sur ce qu'on ne peut aporter de raison solide pour en ébranler la certitude. Or je pose en fait qu'on ne peut en proposer aucune, qui puisse balancer les solides preuves de la vérité des Livres du Nouveau Testament. C'est ce que nous alons voir dans le détail.

Ce que l'on peut dire contre la vérité de ces Livres, se réduit à ces cinq objections. I. Qu'ils contiennent des choses impossibles. Il. Contraires à la Raison. III. Contraires entr'elles. IV. Contraires au témoignage des Auteurs profanes. V. Qu'enfin il est arrivé à ces Livres des changemens qui nous les ont laissez tout autres qu'ils n'étoient, lors qu'ils sont sortis des mains de leurs Auteurs. Examinons ces objections par ordre.

1. Obj. que les Livres du N. T. contiennent des choses impossibles.

XII. I. Nous avons déjà répondu à la premiére dans le second Livre, lors que nous avons fait voir qu'il ne s'ensuit pas de ce qu'une chose est impossible à l'homme, qu'elle le soit par raport à Dieu; que Dieu peut faire celles qui n'impliquent pas contradiction; & que de ce nombre sont les actions miraculeuses, & en particulier la résurrection des morts.

2. De choses contraires à la Raison.
Cette Reponse donne une idée trop vague du Christianisme & ne touchant pas à nos mystéres laisse à cet égard l'Object dans son entier. Voyez M. Abbadie Tr. de la Ver. &c. IX. Tableau de la R. Chr. P. 446. du 2 Tome seconde édit. REM DU TRAD.

XIII. 2. On n'est pas mieux fondé à dire que dans ces Livres il y a de certains Dogmes qui ne s'acordent pas avec la droite Raison. I. Cela se réfute, parce qu'une infinité de personnes savantes & éclairées, qui ont vécu depuis le commencement du Christianisme jusques à ce siécle, ont reconnu l'autorité de ces Livres nonobstant ces prétendues absurditez. II. On y trouve très-clairement enseignées toutes les choses, que nous avons fait voir dans le premier Livre être conformes à la Raison saine & dégagée de préjugez; savoir qu'il y a un Dieu; qu'il n'y en a qu'un; qu'il est très-parfait, tout-puissant, vivant aux siécles des siécles, infiniment sage & bon, auteur de tout ce qui existe réellement; que sa Providence s'étend sur toutes choses, mais particuliérement sur les hommes; qu'il peut récompenser après cette vie ceux qui lui obéïssent; qu'il faut mettre un frein à la cupidité; que tous les hommes sont d'un même sang, & par conséquent obligez à s'aimer reciproquement. Si quelqu'un par les seules lumiéres de la Raison prétend aller plus loin, & donner pour certaines ses spéculations sur l'essence de Dieu, & sur sa volonté, il s'engage par là dans une route périlleuse, & s'expose à mille égaremens; comme il paroît par la diversité presqu'infinie de sentimens que l'on remarque tant entre une Secte & l'autre, qu'entre ceux qui sont d'une même Secte. Et cela n'est pas étonnant. Car si lorsque les Savans entreprennent de discourir sur l'essence de l'ame, ils s'écartent infiniment les uns des autres, combien moins peuvent-ils s'acorder, lorsqu'ils veulent discourir à fonds de l'essence de cette Intelligence suprême, auprès de laquelle nôtre ame n'est qu'un point imperceptible? Si ceux qui connoissent le mieux les Maximes de la Politique, disent qu'il est dangereux de fonder les secrets desseins des Rois, & presque impossible d'y bien réüssir; y a-t-il quelqu'un qui puisse s'assûrer assez sur sa pénétration pour oser le flater de découvrir par ses conjectures, quels sont les desseins de Dieu dans des choses qui sont purement libres? C'est ce qui faisoit dire à Platon, avec beaucoup de justice, [12]que l'homme ne pouvoit connoître les desseins de Dieu que par le moyen des Oracles. Or il est sûr que l'Antiquité n'en a point eu de mieux avérez que ceux des Livres du Nouveau Testament. Et bien loin qu'on prouve que Dieu par quelques autres Oracles a révélé touchant son essence, des choses qui répugnent à ce qu'il nous en a apris dans ces Livres, on ne l'a même jamais prétendu. À l'égard de la manifestation de ses volontez, on n'en peut alléguer aucune qui soit postérieure à celle qu'il nous a faite, & qui ait quelque vraisemblance. Si avant les tems du Messie, Dieu a donné de certaines régles, ou a toléré de certaines choses qu'il n'a ni prescrites ni permises dans la Révélation nouvelle, cela ne fait aucun tort à cette Révélation; puis que c'étoient des choses indiférentes; ou du moins qui n'étoient ni nécessaires par elles-mêmes, ni contraires à la Vertu; & qu'en pareil cas, [13]les derniéres Loix annullent les premiéres.

Note 12:[ (retour) ] Que l'homme ne pouvoit connoître &c. S. Ambroise dit fort bien sur ce sujet, à qui ajoûterai-je foi sur ce qui regarde Dieu, qu'à Dieu même?

Note 13:[ (retour) ] Les derniéres Loix annullent les premiéres. Tertull. Plutarque, & les Jurisconsultes.

3. Obj. Qu'il y a dans ces Livres des choses contradictoires.

XIV. 3. Venons à la troisiéme objection tirée des contradictions que l'on croit apercevoir dans les Écrits du Nouveau Testament. Cette objection, bien loin de faire quelque tort à leur autorité, presente à tout esprit équitable un nouvel argument pour la divinité de ces Livres, puis qu'elle donne lieu de remarquer que dans les choses ou dogmatiques ou historiques, qui sont de quelque importance, il y a entre les Auteurs sacrez un acord si visible & si parfait, qu'il ne se trouve rien d'aprochant entre les Écrivains de quelqu'autre Secte que ce soit. Si on jette les yeux sur les Docteurs Juifs, sur les Philosophes Grecs, sur ceux qui ont écrit de la Médecine, & sur les Jurisconsultes Romains, on verra que non seulement ceux qui suivent une même Secte, Platon par exemple & Xénophon, sont très-souvent oposez; mais aussi que le même Auteur, comme s'il s'oublioit soi-même, ou comme s'il ne savoit pas bien à quoi se déterminer, avance souvent des choses contraires. Mais ceux dont il s'agit, parlent de ce que nous devons croire & pratiquer, & sont l'histoire de la vie, de la mort, & de la résurrection de Jésus Christ avec une uniformité si parfaite, que le précis de leurs enseignemens est par tout absolument le même. Pour ce qui regarde quelques circonstances de fort peu de poids, & qui ne regardent pas le fonds des choses; s'il y a quelque contrariété, il est très-possible qu'il y ait une maniére commode & sure de la lever; mais que nous l'ignorons, ou parce que certaines choses semblables sont arrivées en des tems diférens, ou parce qu'un même nom signifie plusieurs choses; ou parce qu'un même homme, ou un même lieu sont quelquefois marquez par plusieurs noms, ou enfin pour quelque autre raison.[A] Je dirai même qu'à le bien prendre; ces diversitez sont à quelque égard avantageuses à nos Auteurs, & qu'elles sont très-propres à dissiper le soupçon qu'il y eût de la collusion entr'eux, & qu'ils eussent conspiré à nous en faire acroire;[14] puis que ceux qui forment de pareils desseins, ont coutume de concerter si bien leurs récits, qu'ils n'y laissent pas même les moindres aparences de diversité. Que si quelques légères contradictions qu'on ne peut pas bien concilier, étoient capables de renverser tout un Livre qui d'ailleurs a de beaux caractéres de vérité, ce seroit fait de tous les Livres, & sur tout de toutes les Histoires. Mais on sait trop bien raisonner pour aller dans de tels excès: on a assez d'équité pour faire grace là-dessus à Polybe, à Denys d'Halicarnasse, à Tite Live, à Plutarque, & à d'autres, & pour n'en pas tirer des argumens contre leurs Ouvrages entiers. N'est-il donc pas sans comparaison plus juste, que puis que nos Auteurs font voir par tout un si grand atachement à la piété & à la Vérité, on les traite avec cette raisonnable condescendance, & qu'on passe par dessus ces petits embarras, en faveur des choses sures & indubitables dont leurs Livres sont remplis?

Note A:[ (retour) ] Et nous ne devons pas douter que nous ne démêlassions bien ces embarras, si nous avions autant de connoissance de ces tems là, que les premiers à qui ces Écrits furent mis entre les mains. ADD. DU TRAD.

Note 14:[ (retour) ] Puis que ceux qui forment de pareils desseins &c. C'étoit la pensée de l'Empereur Adrien, lors qu'il disoit qu'il faloit examiner si les témoins tenoient précisément les mêmes discours.

4. Objection: Qu'il y a des choses combatuës par les Auteurs étrangers.

XV. 4. On dit en quatrième lieu qu'il y a dans le Nouveau Testament des choses démenties par les Auteurs étrangers. Mais je soutiens hautement que cela n'est pas, si ce n'est peut-être que l'on entendît par ces Auteurs; ceux qui sont venus long tems après la naissance du Christianisme, & qui en étant les ennemis déclarez, sont dès là même absolument récusables. Pour ce qui est des Auteurs contemporains, ou de ceux qui ont écrit peu de tems après, bien loin qu'ils contredisent nos Livres, on pourroit, si cela étoit nécessaire, produire de leurs Écrits plusieurs témoignages qui confirment les principaux Points de l'Histoire sacrée. Nous avons déjà vû dès l'entrée du second Livre, que les Écrivains du Judaïsme & du Paganisme font mention de la crucifixion de Jésus-Christ, de ses miracles, & de ceux de ses Disciples. Dans les Livres que Joséphe a écrits environ quarante ans depuis l'ascension de Jésus Christ, il a parlé fort amplement d'Hérode, de Pilate, de Festus, de Félix, & de la ruïne de Jérusalem. Les Auteurs du Talmud s'acordent sur tout cela avec lui & avec nous. Tacite nous aprend la cruauté que Néron exerça contre les Chrétiens. On avoit autrefois tant dans les Écrits de quelques Particuliers, [15]comme de Phlégon, [16]que dans les Registre publics, des confirmations de ce que nous lisons dans l'Évangile, [17]de l'Étoile qui parut après la naissance de Jésus-Christ, du tremblement de terre que l'on sentit dans le tems de son crucifiement, & de l'éclipse de Soleil qui arriva dans le même tems contre le cours ordinaire de la Nature, puis qu'alors la Lune étoit en son plein. Et les Chrétiens, comme nous l'avons déjà remarqué, ne manquoient pas d'en apeller à ces Écrits, tant d'Auteurs particuliers, que de personnes publiques.

Note 15:[ (retour) ] Comme Phlégon &c. Chroniques, liv. XIII. «La quatrième année de la CCII. Olympiade, il y eut une Éclipse de Soleil plus remarquable qu'aucune de celles qui fussent encore arrivées. À midi le jour s'obscurcit tellement, que l'on vit les Etoiles. Et un tremblement de terre renversa beaucoup de maisons à Nicée ville de Bithynie.» Ces paroles se trouvent dans la Chronique d'Eusébe & de St. Jérôme, & dans Origéne.

Note 16:[ (retour) ] Que dans les Registre publics. Tertull. Apolog. ch. CXXI. Vous avez, ce mémorable accident dans vos Archives.

Note 17:[ (retour) ] De l'Étoile qui parut &c. Chalcidius, Philosophe Platonicien, dans son Commentaire sur le Timée de Platon. «Une autre Histoire plus digne de respect raporte qu'une nouvelle Étoile avoit paru, non pour présager des maladies ou la mort de plusieurs personnes, mais pour annoncer la descente d'un Dieu souverainement vénérable, qui devoit venir pour le salut des hommes; que cette Etoile ayant été vûe par des Chaldéens, hommes sages, & bons Astronomes, ils cherchérent le Dieu naissant, & que l'ayant trouvé dans la personne d'un enfant plein de majesté, ils lui rendirent leurs hommages, & lui firent des voeux très-dignes de sa Grandeur».

5. Objection Que ces Livres ont été corrompus.

XVI. 5. On objecte en cinquième lieu, que nos Livres sacrez ne sont pas tels qu'ils étoient dans le commencement. Il faut avouer qu'ils peuvent avoir eu, & qu'ils ont eu en éfet, le même sort que les autres Livres. C'est-à-dire que la négligence des Copistes, ou même leur fausse exactitude y a pu introduire quelques changemens, quelques omissions, & quelques additions de lettres, de syllabes & de mots. Mais il feroit injuste que cette diversité de copies, qui étoit inévitable dans un si grand nombre de siécles, fît douter de l'autorité de ces Livres. Ce que l'on fait ordinairement en pareil cas, & avec beaucoup de raison, c'est de choisir entre toutes les copies, celles qui sont les plus anciennes, & dont il y a le plus. Mais on ne prouvera jamais qu'elles ayent toutes été corrompues, ou par la malice des hommes, ou de quelque autre maniére que ce puisse être, & cela, dans les Dogmes, ou dans les Points considérables de l'Histoire. Cela ne se peut justifier, ni par aucun Acte authentique, ni par le témoignage d'aucun Auteur contemporain. Et si, long tems après, cela fut reproché aux Chrétiens par leurs ennemis mortels, cela doit passer pour une injure que la passion leur suggéroit, plutôt que pour un témoignage valable.

Cette réponse pourroit sufire, puis que c'est à ceux qui font de ces sortes d'objections, sur tout lors qu'il s'agit de Livres qui ont pour eux l'avantage d'une longue durée, & d'une autorité reconnue par tout, c'est, dis-je, à ceux qui les ataquent par cet endroit là, à prouver ce qu'ils avancent. Cependant afin de mieux faire sentir le peu de fondement de cette dificulté, nous allons prouver que ce qu'ils nous objectent, n'est ni véritable ni possible.

I. Nous avons déjà fait voir que ces Livres ont été composez par ceux dont ils portent le nom; donc ils ne sont pas suposez. Mais, au moins, n'est-il pas arrivé quelque changement à une partie de ces Livres? Non: car puis que les auteurs d'un tel changement auroient dû se proposer en cela quelque but, on devroit remarquer, une diférence assez grande entre les Livres qu'ils auroient ou ajoûtez ou substituez à d'autres, & ceux ausquels ils n'auroient pas touché. Or c'est ce qui ne se voit en aucun de ces Écrits, qui au contraire ont entr'eux un raport admirable. II. Il ne faut pas douter que dès qu'un Apôtre ou un homme Apostolique publioit quelque Livre, la piété, & le désir de conserver les Véritez salutaires, & de les faire passer entre les mains de la Postérité, n'ayent porté les Chrétiens à en multiplier les copies avec toute la diligence possible, & que ces copies ne se soient ensuite répandues dans l'Europe, dans l'Asie, & dans l'Égypte; car dans toutes ces parties il y avoit des Chrétiens, & la Langue Gréque y étoit connue. On a même conservé quelques Originaux jusques à la fin du second siécle, comme nous l'avons déjà remarqué. Or il étoit impossible que des Livres dont on a tiré tant de copies, & qui ont été conservez par la vigilance des Particuliers & des Églises, courussent même le risque d'être falsifiez. III. Dans les siécles immédiatement suivans, ces Livres furent traduits en Syriaque, en Éthiopien, en Arabe, & en Latin. Ces Versions subsistent encore aujourd'hui & ne diférent de l'Original Grec en rien qui soit de quelque importance. IV. Nous avons les Écrits de ceux qui ont été instruits ou par les Apôtres ou par leurs Disciples, & dans ces Écrits on lit quantité de passages citez au même sens où ils sont dans les Livres du Nouveau Testament. V. Ceux qui avoient le plus d'autorité dans l'Eglise des premiers siécles, n'en auroient jamais eu assez pour faire recevoir quelques changements dans l'Écriture; comme il paroît par la liberté que S. Irénée, S. Cyprien, & Tertullien ont prise de s'oposer quelquefois à ceux qui tenoient le premier rang. VI. Depuis ces premiers tems il s'est trouvé plusieurs personnes fort savantes & d'un esprit fort juste, qui, en suite d'un examen très-particulier, ont reconnu que ces Livres étoient demeurez dans leur premiére pureté. VII. On peut encore apliquer ici ce que nous disions tantôt, que de la maniére dont les diverses Sectes du Christianisme s'en sont servies, il paroît qu'elles les avoient tout tels qu'ils sont aujourd'hui. J'excepte, encore une fois, celles qui ne regardoient pas le Dieu des Juifs comme Créateur du Monde, ou qui ne reconnoissoient pas que Jésus-Christ eût donné une Loi qui dût abolir une partie de celles de Moyse. VIII. Ajoûtons à tout cela, que si quelques-unes eussent eu la témérité de changer quelque chose dans le Nouveau Testament, on n'eût pas manqué de se récrier contr'eux, comme contre des faussaires. IX. Toutes les Sectes tiroient de ces Écrits des arguments en leur faveur contre celles qui leur étoient oposées: ce qui fait voir qu'aucune n'a jamais osé entreprendre de les changer pour les ajuster avec ses sentimens. X. Enfin, nous pouvons dire ici des principaux endroits de nos Livres, ce que nous avons dit des Livres entiers: c'est qu'il n'étoit nullement convenable à la Providence divine de permettre que tant de milliers d'hommes, qui ne se proposoient que d'avancer dans la piété, & de faire leur salut, fussent engagez dans une erreur dont il ne leur eût pas été possible de se défendre.

Nous n'en dirons pas davantage pour la défense des Livres du Nouveau Testament. Nous croyons les avoir assez munis contre la Chicane, & avoir ainsi démontré que ce sont là les véritables sources d'où l'on doit puiser la Religion Chrétienne. Mais parce que ces sources, toutes sufisantes qu'elles peuvent être, ne sont pas les seules que nous ayons, & qu'il a plu à Dieu de nous mettre entre les mains les Livres qui servent de fondement à la Religion Judaïque, qui fut autrefois véritable, & qui fait aujourd'hui l'une des grandes preuves du Christianisme, il est à propos que nous fassions voir la certitude de ces Livres.

Preuves de l'autorité des Livres du V. T.

XVII. Qu'ils ayent été écrits par les Auteurs dont ils portent le nom, c'est ce qui se prouve par les mêmes raisons, sur lesquelles nous avons établi la même chose à l'égard des Livres du Nouveau Testament. Or ces Auteurs ont été ou des Prophétes, ou des personnes très-dignes de foi; tel que fut par exemple Esdras, qui comme l'on croit, ramassa les Livres du vieux Testament en un seul Volume, dans le tems que les Prophétes Aggée, Malachie, & Zacharie vivoient encore. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit dans le premier Livre à l'avantage de Moyse; je dirai seulement que l'Histoire sacrée des tems suivans se confirme, aussi bien que celle de Moyse, par des témoignages tirez des Auteurs Payens. [18]Les Annales des Phéniciens faisoient mention de David & de Salomon & de leurs Alliances avec les Tyriens. [19]Bérose a parlé de Nabuchodonosor, [20] & des autres Rois des Chaldéens, dont les noms se trouvent dans l'Écriture. Le Roi d'Égypte [21]Vaphrès, est l'Apriès d'Hérodote [22]Cyrus & ses Successeurs [23]jusqu'à Darius Codomanus, remplissent les Livres des Auteurs Grecs. Joséphe dans ce qu'il a écrit contre Appion, en cite un grand nombre sur plusieurs Points de l'Histoire des Juifs, & nous avons entendu sur le même sujet les témoignages de Strabon & de Trogus. Les Chrétiens n'ont pas le moindre sujet de douter de la divinité des Livres du Vieux Testament, puis qu'à peine y en a-t-il un dont il n'y ait quelque passage dans ceux du Nouveau. Et comme Jésus-Christ, Christ, qui a censuré en mille choses les Docteurs de la Loi & les Pharisiens de son tems, ne les a jamais acusé d'avoir falsifié les Livres de Moyse & des Prophétes, ou de n'avoir que des Livres suposez ou corrompus; il est visible que ceux qui se lisoient de son tems étoient les mêmes que ceux que Moyse & les Prophétes avoient composez. Mais peut-être ont-ils été corrompus depuis Jésus-Christ dans des endroits importans. C'est ce qu'on ne sauroit prouver, & c'est même ce qui paroît tout à fait incroyable. Les Juifs, dépositaires de ces Livres, étoient répandus presque par toute la Terre. On sait que dès le commencement des malheurs de ce Peuple, dix de ses Tribus furent transportées dans la Médie par les Assyriens: Que quelque temps après les deux autres furent amenées captives en Babylone: Que de ces deux il y eut quantité de personnes qui ne voulurent pas profiter de la liberté que Cyrus donna aux juifs de retourner dans leur païs, & qui aimérent mieux s'arrêter dans ces terres étrangéres: Que les Macédoniens atirérent un grand nombre de juifs[24] à Alexandrie par les grands avantages, qu'ils leur y firent trouver: Que la cruauté d'Antiochus, les troubles domestiques causez par les Asmonéens, les Guerres de Pompée & de Sossius, en obligérent plusieurs à chercher ailleurs des habitations plus tranquilles: Que cette Nation remplissoit[25] la Province de Cyréne, les villes de l'Asie, de la Macédoine, de la Lycaonie, les Iles de Cypre, de Créte, & d'autres: Qu'enfin la Ville de Rome en étoit pleine, comme il paroît par ce qu'en ont dit Horace, Juvénal, & Martial. Or peut-on concevoir que les Juifs étant divisez en tant de corps si éloignez les uns des autres, eussent pu se laisser surprendre par des supositions de Livres & par des changemens de quelque importance, ou conspirer unanimement à falsifier l'Écriture?

Note 18:[ (retour) ]

Les Annales des Phéniciens &c. Voyez Joséphe Antiq. Jud. liv. VIII. ch. 2. où il en cite quelques passages. Il ajoûte que si quelqu'un veut avoir copie des Lettres que Salomon & Irom se sont écrites, il n'a qu'à s'adresser aux Gardiens des Archives de Tyr. Il cite aussi liv. VII. ch. 9. ce passage tiré de Nicolas de Damas, liv. XV. «Long tems après, le plus puissant de tous les Princes de ce païs, nommé Adad, régnoit en Damas, & dans toute la Syrie, excepté la Phénicie. Il entra en guerre avec David, Roi des Juifs, & après divers combats, fut vaincu par lui dans une grande Bataille qui se donna auprès de l'Euphrate, où il fit des actions dignes d'un grand Capitaine, & d'un grand Roi. Après la mort de ce Prince, ses Descendans, qui portoient tous son nom, de même que les Ptolomées en Égypte, régnérent jusqu'à la dixième génération, & ne succédérent pas moins à sa gloire qu'à sa Couronne. Le troisiéme d'entr'eux qui fut le plus illustre de tous, voulant vanger la perte qu'avoit fait son Ayeul, ataqua les Juifs sous le Régne du Roi Achab; & ravagea tout le païs des environs de Samarie.» La premiére partie de cette histoire se lit II. Samuel, VIII. 5. Le seconde I. Rois. XX. C'est cet Adad que Justin, après Trogue-Pompée, apelle Adofis. Joséphe liv. VIII. ch. II. cite ce passage de l'hist. Phénicienne de Dius. «Le Roi Abibal étant mort, Irom son fils lui succéda, [j] acrut les villes de son Royaume qui étoient du côté de l'Orient, de beaucoup celle de Tyr, & par le moyen des grandes chaussées qu'il fit, y joignit le Temple de Jupiter Olympien, & l'enrichit de plusieurs ouvrages d'or. Il fit couper sur le mont Liban, des forêts pour l'édification des Temples, & l'on tient que Salomon Roi de Jérusalem lui envoya quelques énigmes, & lui manda que s'il ne les pouvoit expliquer, il lui payeroit une certaine somme; & qu'Irom confessant qu'il ne les entendoit pas, la lui paya. [k]Mais qu'Irom lui ayant depuis envoyé proposer d'autres énigmes par un nommé Abdémon, qu'il ne peut non plus expliquer, Salomon lui paya à son tour aussi de grandes sommes.» Dans le même chapitre l'Historien Juif produit ce passage de Ménandre Éphésien, qui, dit-il, a écrit les actions de plusieurs Rois tant Grecs que Barbares «Il succéda au Roi Abibal son pére & régna 34 ans. Il joignit à la ville de Tyr par une grande chaussée l'île d'Eurychore, & y consacra une[l] colomne d'or à l'honneur de Jupiter. Il fit couper sur le mont Liban quantité de bois de cédre pour couvrir des Temples, ruina les anciens & en bâtit de nouveaux à Hercule, & à la Déesse Astarte, dont il dédia le premier dans le mois de Péritheus, & l'autre, lors qu'il marchoit avec son Armée contre les Tyriens, pour les obliger, comme il fit, à s'aquiter du tribut qu'ils lui devoient & qu'ils refusoient de lui payer. Un de ses Sujets, nommé Abdémon, quoi qu'il fût encore jeune, expliquoit les énigmes que Salomon lui envoyoit. [m]Or pour connoître combien il s'est passé de tems depuis ce Roi jusqu'à la construction de Carthage, on compte de cette sorte. Le successeur d'Irom fût:

1 Baleazar son fils qui régna 7 ans.

2 Abdastarte frére de Baleazar, 9 ans: les quatre fréres de sa nourrice, le tuérent en trahison.

3 L'ainé de ces 4 régna 12 ans.

4 Astartus frére de Déléastartus 12 ans.

5 Azerim frére d'Astartus: 9 ans. Il fut tué par son frére.

6 Péles qui régna 8 mois: il fut tué par..

7 Ithobalus Sacrificateur de la Déesse Astarte, lequel régna 32 ans.

8 Badezor frére d'Ithobalus 6 ans.

9 Margénus frére de Badezor 9 ans.

10 Pygmalion 47 ans: ce fut en la 7° année de son Régne que Didon sa soeur s'enfuit en Afrique, où elle bâtit Carthage dans la Libye. En suputant ces années, on voit que depuis le commencement d'Irom jusqu'à construction de cette fameuse Ville, il y a eu; 137 ans. Alexandre Polyhistor, Ménandre de Pergame, & Lætus dans son Histoire de Phénicie, ont aussi parlé d'Irom, & de Salomon son contemporain.

Joféphe Antiq. Jud; liv. IX. ch. 2. parlant d'Asaël, qui succéda à Adad I. Rois XIX. 15. dit que les Syriens le mettoient encore de son tems au nombre de leurs Divinitez, Liv. IX. ch. 14. il raporte ce passage de Ménandre d'Éphése, où il est parlé de la guerre que les Tyriens ont eue contre le même Salmanasar qui vainquit Samarie, & emmena les 10. Tribus captives, a II. Rois. XVII. 3, & XVIII. 9. «Eluleus régna 36 ans. Et les Cittiens s'étant révoltés, il alla contr'eux avec une flotte, & les réduisit sous son obéissance. Le Roi d'Assyrie envoya aussi une armée contr'eux, se rendit maître de toute la Phénicie, & ayant fait la paix s'en retourna en son païs. Et voilà, ajoûte Joséphe, ce que l'on trouve dans les Annales des Phéniciens touchant Salmanasar, Roi d'Assyrie.

Liv. X. ch. 1. Il nous aprend que Bérose a fait mention de Sennachérib dans l'Hist des Chaldéens: qu'il a dit de lui qu'il étoit Roi des Assyriens, & qu'il avoit fait la guerre dans toute l'Asie & dans l'Égypte. Hérodote liv. II. en a aussi parlé.

Liv C. ch. 3. Il dit que Bérose a aussi parlé de Balad, ou Baladan, Roi des Babyloniens, dont il est fait mention II. Rois XX. 12. Es. XXXIX.

Hérodote liv. II. Nécos en étant venu aux mains avec les Syriens dans la campagne de Magdolon, remporta la victoire. Par les Syriens il entend les Juifs, qu'il n'appelle jamais autrement. Or c'est cette même bataille de II. Chron. XXXV. 22.

Note j:[ (retour) ] Mr. Arnaud n'a pas le sens du Grec. Le voici: il fortifia la Ville (de Tyr.) du côté de l'Orient.

Note k:[ (retour) ]Mr. Arnaud s'est encore ici écarté de l'Original: Car c'est ainsi qu'il porte, «Mais qu'un Tyrien nommé Abdémon ayant expliqué celles que Salomon avoit proposées en proposa aussi quelques-unes, dont Salomon n'ayant pu deviner le sens, paya à son tour de grandes sommes à Irom.

Note l:[ (retour) ] L'édition que j'ai de la Traduction de Mr. Arnaud a couronne, pour colomne. Mais aparemment que c'est une faute d'impression.

Note m:[ (retour) ] Dans cet endroit il y a une grosse faute dans la Version que je suis. Mais je crois qu'elle n'est pas de cet Illustre Traducteur. Voici comme mon exemplaire porte. «Or pour connoître combien il s'est passé de tems depuis la construction de Carthage» &c. Ce qui ne signifie rien du tout.

Note 19:[ (retour) ]

Bérose a parlé de Nabuchodonozor. Joséphe Antiq. Jud. XX. & Rép. à Appion, liv. I. Eusébe Chron. & Prépar. I. Ce Bérose étoit Prêtre de Belus, un peu après le tems d'Alexandre le Grand. Pline raporte liv. VII. ch. 37. que les Athéniens, en mémoire de ses divines prédictions lui érigèrent dans une École publique, une Statue dont la langue étoit dorée. Athénée liv. XV. apelle, le Livre Auteur, Babylonica, ou Histoire de Babylone; Tatien & Clément, Chaldaïca, ou Histoire des Chaldéens. Tatien remarque que le Roi Juba avouoit qu'il avoit pris de Bérose, de quoi composer son Histoire d'Assyrie. Je joindrai ici trois passages d'Abydéne qui a aussi fait une Histoire d'Assyrie. C'est Eusébe qui nous les a conservez.

Eusébe, Chron. & Prépar. liv. IX. ch. 40. 41. «Nabopolassar, pére de Nabuchodonozor, ayant apris que le Gouverneur qu'il avoit établi dans l'Égypte, la Célésyrie & la Phénicie, s'étoit révolté, & se voyant trop âgé pour agir en personne contre lui, en donna la commission à son fils qui étoit encore dans la fleur de son âge, & qui s'en aquita si bien qu'il vainquit le rebelle, le prit, & remit ces païs dans l'obéïssance. Dans ce même tems Nabopolassar étant tombé malade à Babylone, mourut après 29 ans de Régne. Nabuchodonozor n'eut pas plutôt su la maladie de son Pére, qu'il donna ordre aux affaires d'Égypte & des Peuples voisins, donna charge à une personne en qui il avoit de la confiance, de ramener à Babylone l'Armée & les prisonniers de guerre, Juifs, Phéniciens, Syriens & Égyptiens; & y revint avec fort peu de ses gens par le chemin le plus court, qui est celui du désert. Il trouva les afaires en bon état entre les mains des Chaldéens, le plus considérable d'entr'eux en ayant pris le maniement en atendant son retour. Ainsi il succéda à son Pére dans toute l'étendue de ses États. Il dispersa les prisonniers en diférens endroits de son Empire, leur assignant de bonnes terres à cultiver. Il employa le butin qu'il avoit remporté de son Expédition, à orner le Temple de Bélus & des autres Dieux. Il agrandit l'ancienne Babylone en y joignant une seconde Ville. Il pourvut à ce qu'en cas de siége les Ennemis ne pussent plus détourner le cours du fleuve pour faciliter les aproches. Il environna la Ville intérieure & la Ville extérieure, chacune d'une triple enceinte de murailles, qu'il fit en partie de brique & de bitume, en partie de brique seulement. Après l'avoir si bien fortifiée, il y fit des portes fort superbes. Ensuite ne se contentant pas du Palais de son pére, il en fit bâtir un infiniment plus somptueux, tant pour la grandeur de l'édifice, que pour la beauté de la structure, & pour les ornemens. Ce qu'il y a de plus admirable, c'est qu'un ouvrage & si grand & si beau, fut achevé en 15. jours. Il fit aussi bâtir des galeries si massives & si élevées, que d'un peu loin elles sembloient des montagnes, & il y planta des arbres de toutes les espéces. Ce sont là ces jardins suspendus qu'on a mis au nombre des merveilles du Monde. Il les fit pour plaire à la Reine sa Femme, qui ayant été élevée dans la Médie, païs fort montagneux, aimoit extrémement la vûe des montagnes & des forêts. Étant tombé malade, il mourut avant que ces ouvrages fussent achevez après 43 ans de Régne.» Cette Femme de Nabuchodonozor, est celle qu'Hérodote appelle Nitocris comme Scaliger l'a prouvé.

Euséb. Prépar. liv. IX. sur la fin, «Mégasthéne dit (c'est Abydéne qui parle) que Nabuchodonozor a surpassé Hercule en courage & par la grandeur de ses actions: qu'il a poussé ses Conquêtes jusques dans l'Afrique & dans l'Espagne, & qu'il avoit envoyé sur le rivage droit du Pont Euxin, des Colonies composées de ceux qu'il avoit fait prisonniers dans ces guerres. Outre cela les Chaldéens racontent que le Roi étant un jour monté sur le haut de son Palais, tint ce discours prophétique en présence d'un grand nombre de personnes. Écoutez vous habitans de Babylone. Moi Nabuchodonozor ai à vous annoncer une calamité extrême, qui est prête à vous acabler, & sur laquelle ni Bélus le chef de nôtre race, ni la Reine Beltis, n'ont jamais pu fléchir les Parques. Il viendra un mulet de Perse, qui aidé de vos Dieux mêmes, vous réduira en servitude. Un Méde, qui avoit été jusques là aux Assyriens un sujet de se glorifier, se joindra à lui pour vous perdre. Ah, plût aux Dieux qu'avant qu'il nous trahît, il fût plongé au fond de la mer, ou qu'entraîné malgré lui dans des lieux déserts & inhabitez, receptacles des bêtes & des oiseaux, il y errât parmi les rochers le cette de ses jours! Que les Dieux ne m'ont-ils retiré avant que de me faire entrevoir un avenir si funeste! Après qu'il eut prononcé ces paroles, il disparut tout d'un coup.»

Le même Eusébe dans un autre endroit raporte encore ces paroles d'Abydéne. «On dit qu'autrefois l'endroit où Babylone est bâtie, étoit un grand amas d'eaux, auquel on donnoit le nom de Mer: que Belus l'ayant asséché, partagea le fonds entre plusieurs de ses Sujets, y bâtit Babylone, qu'il entoura de murailles: que ces murailles ayant été consumées par le tems, Nabuchodonozor en fit de nouvelles, dont les portes étoient d'airain, & qui demeurérent sur pié jusqu'au tems d'Alexandre le Grand.»

Joséphe Rép. à Appion liv. I. ch. 7. produit un passage de l'Histoire des Phéniciens, qui est digne d'être raporté ici, tant parce qu'il parle de Nabuchodonozor, que parce qu'il contient la suite des Rois & des Juges de Tyr, depuis Ithobal jusqu'à Irom, c'est-à-dire, jusqu'au tems de Cyrus. «Durant le Régne d'Ithobal, Nabuchodonozor assiégea la Ville de Tyr. Baal succéda à Ithobal, & régna dix ans. Après sa mort le Gouvernement passa des Rois à des Juges. Ecnibal fils de Baslach, exercea cette Dignité durant deux mois. Chelbés fils d'Abdée l'exercea dix mois; le Pontife Abdar deux mois; Mytgon & Gerastrate fils d'Abdebyme 6 ans; Balator 1 an. Après on envoya querir en Babylone Merbal qui régna 4 ans, & Irom son frére qui lui succéda régna 20 ans. Cyrus Roi de Perse régnoit aussi alors: & tous ces tems ajoûtez ensemble reviennent à 54 ans, trois mois. Ce fut en la septième année du Régne de Nabuchodonozor que commença le siége de Tyr, & en la quatorzième année du Régne d'Irom que Cyrus Roi de Perse vint à la Couronne.» On voit aussi dans Joséphe un passage d'Hécatée qui porte que les Perses (par où il entend les Babyloniens) avoient emmené en Babylone, plusieurs milliers de Juifs. Clément, Stromat. I. raporte un témoignage de Demétrius sur ce même événement, & sur la guerre de Sennachérib.

Note 20:[ (retour) ] Et des autres Rois Chaldéens. Rép. à Appion liv. I. ch. 6. «Evimérodach son fils (savoir fils de Nabuchodonosor) lui succéda: ses méchancetez & ses vices le rendirent si odieux, que n'ayant encore régné que deux ans, Nériglissor, qui avoit épouse sa soeur, le tua en trahison, & régna 4 ans. Sou fils Laborosoarchod, qui étoit encore fort jeune, régna seulement neuf mois. Car ceux mêmes qui avoient été amis de son pére, reconnoissant qu'il avoit de très-méchantes inclinations, trouvérent moyen de s'en défaire: & après sa mort choisirent d'un commun consentement pour régner sur eux, Nabonnid, qui étoit de Babylone, & [B] étoit de la même race que lui. Ce fut sous son Régne que l'on bâtit le long du fleuve, avec de la brique enduite de bitume, ces grands murs qui enferment la Ville de Babylone. Et en la dix-septiéme année de son Régne, Cyrus Roi de Perse après avoir conquis le reste de l'Asie, marcha vers cette Ville. Nabonnid alla à sa rencontre, perdit la bataille, & se sauva avec peu de gens dans la Ville de Borsippe. [C] Cyrus assiégea en suite Babylone dans la créance qu'après avoir forcé le premier mur, il pourroit se rendre maître de cette Place. Mais l'ayant trouvée beaucoup plus forte qu'il ne pensoit, il changea de dessein, & alla pour assiéger Nabonnid dans Borsippe. Ce Prince ne se voyant pas en état de soutenir le siége, eut recours à la clémence du Vainqueur, qui le traita fort humainement, & qui lui donna de quoi vivre à son aise dans la Caramanie, où il passa le reste de ses jours dans une condition privée. C'est cette retraite de Nabonnid à Borsippe qui est marquée, Jérémie LI. 30. Les forts de Babylone se sont déportez de combatre; Ils se sont tenus dans les forteresses &c. Eusébe donne un passage d'Abydéne qui dit la même chose, mais en abrégé. La seule diférence est dans les noms, Evilmaluruchus, par exemple, au lieu d'Evilmérodach, Le nom d'Evilmérodach se trouve dans le Livre second des Rois XXV. 27. Hérodote parlant du siège de Babylone dit «que Cyrus détourna le fleuve de son cours ordinaire faisant écouler ses eaux dans un Lac marécageux; & que par ce moyen il se fit un chemin au travers du lit de ce fleuve.» Cela est marqué Jérém. LI. 32. Ses quais sont surpris, ses marais sont brûlez au feu.

Note B:[ (retour) ] Ce n'est pas cela, mais, «& qui avoit été de la Conspiration.»

Note C:[ (retour) ] Ce n'est là point du tout le sens de Joséphe, le voici. «Cyrus ayant pris Babylone, trouva à propos de la démanteler, parce qu'il voyoit que le peuple étoit remuant, & la Ville dificile à prendre; Après quoi il alla pour assiéger Nabonnid dans Borsippe.»

Liv. II 11.

Note 21:[ (retour) ] Que Jérémie appelle Vaphrès Jer. XLIV. 3. C'est ainsi que les LXX Interprétes & Eusébe tournent le mot חפרצ hophriagh. Ce Roi vivoit dans le tems de Nabuchodonosor.

Note 22:[ (retour) ] Cyrus &c. Diodote de Sicile, Crésias, Justin liv. IV. ch. 5. &c. Théophile d'Antioche prouve par le témoignage de Bérose, que le Temple de Jérusalem a été commencé à rebâtir sous Cyrus & achevé sous Darius.

Note a: Ville de Thrace.

Note 23:[ (retour) ] Jusqu'à Darius Codomannus. C'est celui qu'Alexandre le Grand vainquit. Sous le Régne de ce Roi les Juifs avoient pour Souverain Sacrificateur, Jaddus qui alla au devant d'Alexandre le Grand. Dans ce même tems vivoit Hécatée, natif [a]d'Abdére, qui a fait un Livre d'Histoire Judaïque. Joséphe (réponse à Appion liv. I.) en a tiré une très-belle description de Jérusalem & du Temple. C'est là qu'il raporte aussi quelques discours d'Aristote à l'avantage des Juifs: à quoi il ajoûte 7 ou 8 Auteurs Grecs qui ont parlé de ce qui concerne cette Nation (car dans tout ce Livre son grand but est de montrer qu'elle est fort ancienne & de répondre à Appion qui lui objectoit contre cette antiquité le silence des Auteurs étrangers. C'est dans cette vue qu'il fait venir sur les rangs des Auteurs Egyptiens, Phéniciens, Chaldéens, & Grecs, & qu'il en raporte plusieurs passages dont Grotius a transcrit une partie.)

Note 24:[ (retour) ] À Alexandrie. Philon compte un million de Juifs tant dans cette Ville que dans les lieux d'alentour.

Note 25:[ (retour) ] La Province de Cyrène.. qu'enfin la Ville de Rome &c. Cela paroît par toute l'Histoire des Actes des Apôtres. Horace parle des Juifs dans trois de ses Satyres, Juvénal dans sa quatorziéme Satyre, Martial en plusieurs de ses Épigrammes. Rutilius Itinér. liv. I. «Plût aux Dieux que ni Pompée ni Titus n'eussent jamais subjugué les Juifs. Cette Nation dangereuse semble trouver dans ses pertes mêmes des forces pour pulluler de nouveau; & ses Vainqueurs sentent plus qu'elle-même le poids du joug qu'ils lui imposent. Avant lui, Sénéque en avoit dit autant: «Les coutumes de ce peuple scélérat ont pris de si fortes racines, qu'il n'y a pas de Païs où elles ne se soient répandues. Par là il a su donner des loix à ceux sous le pouvoir desquels le fort de la Guerre l'avoit réduit.» Nous avons tantôt vu quelle est la source de ces paroles injurieuses & de ces marques de haine. Philon dans l'histoire de son Ambassade, «Combien nombreuse doit être cette Nation qui habite, non dans un certain Païs, comme les autres Peuples, mais presque dans le Monde entier? Elle est répandue & dans la Terre ferme, & dans les Iles: & par tout où elle se trouve, elle paroît presque aussi forte en nombre que les habitans naturels.

Joseph. L. X. II. 1.

Ajoûtons à cela que près de trois cens ans avant Jésus-Christ, la Version des Septante Interprétes, de laquelle on est redevable aux soins de Ptolomée Roi d'Égypte, mit l'Écriture entre les mains des Grecs, avec quelques petites diférences qui n'empêchoient pas que ce ne fût en gros le même Livre; & que c'étoit encore un moyen très-propre à prévenir les fabrications. Outre cette Version il en parut une Chaldaïque, & une autre dans le Langage particulier de Jérusalem, qui n'étoit autre chose qu'un demi-Syriaque; [26]l'une avant & [27]l'autre après la naissance Jésus-Christ. Elles furent suivies des Versions Gréques d'Aquila[n], de Symmaque[o] & de Théodotion[p], lesquelles Origéne, & d'autres après lui, examinérent en les confrontant avec celle des Septante, & trouvérent très-conformes, avec cette Version, soit dans l'Histoire, foit dans les choses qui étoient de quelque conséquence. Philon & Joséphe, dont le premier fleurissoit du tems de Caligula, & l'autre a vécu jusqu'au Régne de Vespasien, citent l'Écriture dans les mêmes termes où nous l'avons aujourd'hui. Parmi les Chrétiens, dont le nombre augmentoit alors extrêmement, il y en avoit beaucoup [28] qui étoient nés Juifs, [29] ou qui aprenoient l'Hébreu, & qui, si les Juifs avoient introduit dans le Texte quelques changemens & quelques corruptions un peu considérables, n'eussent pas eu de peine à les découvrir par la collation des plus anciens Originaux, & l'eussent infailliblement publié. Or non seulement ils ne le font pas, mais ils en raportent même plusieurs passages précisement dans le même sens qu'ils ont dans l'Hébreu. Remarquons encore qu'on ne pourrait guére intenter contre les Juifs, d'acusation plus mal fondée que celle d'avoir corrompu le Texte, ou d'y avoir donné lieu par leur négligence; puis qu'on n'ignore pas [30]avec quelle aplication & avec quel scrupule ils décrivent le Texte sacré, & le collationnent avec les meilleurs Exemplaires, Leur exactitude va même jusqu'à compter combien de fois chaque lettre se trouve dans toute l'Écriture. Pour derniére preuve que les Juifs n'ont pas même tâché de gâter le Texte, on peut aporter l'usage que les Chrétiens font du vieux Testament contre eux. Ceux-ci croyent y trouver des raisons convainquantes pour prouver que Jésus est le Messie, qui avoit été promis aux Ancêtres de ce Peuple. Si donc les Juifs eussent pu faire dans le Texte tels changemens qu'ils auroient trouvé à propos, il ne faut pas douter que depuis cette grande dispute qu'ils ont avec les Chrétiens, ils n'eussent fait disparoître ces preuves, ou que du moins ils ne les eussent obscurcies, en falsifiant les passages dont nous apuyons ce Dogme fondamental de nôtre Religion.

Note 26:[ (retour) ] L'une avant &c. C'est celle d'Onkelos, & peut-être aussi celle de Jonathan.

Note 27:[ (retour) ] L'autre après &c. C'est le Thargum de Jérusalem.

Note n:[ (retour) ] Aquila vivoit sous l'Empereur Adrien au commencement du second siécle. De Païen il se fit Chrétien, & de Chrétien Juif. Ce fut la Science des Mathématiques dont il abusa, qui le perdit. TRAD DE PAR.

Note o:[ (retour) ] Symmaque fit sa Version de l'Écriture, sous l'Empereur Marc-Aurèle dans le second siécle. Le même.

Note p:[ (retour) ] Théodotion natif d'Éphése avoit été Disciple de Tatien: il se fit Marcionite, puis Juif; & alors il entreprit de traduire l'Écriture d'Hébreu en Grec. Sa Version fut la troisiéme, & l'Église ne la méprisa pas, quoique venant d'un Apostat. Le même.

Note 28:[ (retour) ] Qui étoient nez Juifs. Quelques-un étoient nez proche de la Judée, comme Justin, qui étoit de Samarie.

Note 29:[ (retour) ] Ou qui aprenoient l'Hébreu, comme Origéne, S. Épiphane, & sur tout S. Jérôme.

Note 30:[ (retour) ] Avec quelle aplication &c. Joséphe, Rép. à App. liv. I. L'expérience même fait voir combien est forte la persuasion que nous avons de la vérité de nos Livres; puis que depuis tant de siécles personne n'a osé ou y ajoûter, ou en ôter, ou y faire quelques changemens. Voy: Deuter. IV. 1.