VIII.
Disgrâce de Richelieu.
Richelieu fut entraîné dans la chute de ses protecteurs, mais non sans avoir fait effort pour maintenir sa fortune politique, en reniant leur mémoire. Il devait son élévation au maréchal d'Ancre et à sa femme; appelé par leur crédit au conseil du roi, comme secrétaire d'État, il exprimait alors dans une lettre à Concini, «sa reconnaissance et son affection inviolables pour les faveurs qu'il avait reçues de lui et de madame la maréchale, lesquelles n'avaient eu d'autre fondement que leur bonté.» Cependant peu d'heures après l'assassinat du maréchal, on le vit se mêler à la foule des courtisans qui assiégeaient le Louvre pour féliciter le roi d'avoir fait justice; cette foule était si pressée, que pour n'en être pas étouffé, le jeune Louis fut obligé de monter sur une table de billard d'où il recevait les compliments. Seul des anciens ministres, Richelieu se hasarda à venir aussi faire sa cour; le roi lui fit mauvaise mine. Sans se rebuter, il se rendit dans la salle où s'assemblait le conseil; mais on refusa de l'y admettre. Dans sa disgrâce, toutefois, comme il avait su, par des voies indirectes, se ménager la bienveillance de de Luynes, il fut traité avec certains égards; ce fut lui qu'on appela à négocier avec la cour sur la substance des paroles qui seraient échangées entre la reine mère et son fils dans leur dernière entrevue, et il nous apprend lui-même, dans ses Mémoires, qu'avant de prendre le parti d'accompagner Marie de Médicis dans sa retraite, il en avait sollicité et obtenu du roi la permission.
Louis XIII et son favori, après le premier enivrement du triomphe, ne tardèrent pas à être effrayés eux-mêmes de la hardiesse de la position prise par eux vis-à-vis de la reine mère. Ils craignaient sans cesse un retour de l'opinion publique en sa faveur; ils craignaient les intrigues et les menées des mécontents, qui ne manqueraient pas de se rallier autour de cette reine en butte à la persécution. Ils prenaient ombrage des hommes de valeur qui pouvaient l'éclairer de leurs conseils et la diriger. À ce titre, on se défiait de l'évêque de Luçon. Malgré sa résignation apparente et les lettres rassurantes qu'il écrivait de Blois pour protester que la reine mère vivait paisible dans sa retraite, sans garder aucun souvenir fâcheux des choses passées, il reçut l'ordre de s'éloigner de Marie de Médicis; et il se retira dans un prieuré qui lui appartenait près de Mirebeau, en Poitou, «voulant, disait-il, se renfermer avec ses livres, et s'occuper, suivant sa profession, de combattre l'hérésie.» Il fit, en effet, bientôt paraître un livre où il paraissait tout absorbé dans la controverse théologique. Ce livre, où il traitait «de la défense des principaux points de la foi de l'Église catholique,» était par lui dédié au roi, fils aîné de l'Église. Il édifiait vers le même temps les âmes pieuses, en publiant un ouvrage de haute dévotion: la Perfection du chrétien.