XIX.

Rigueurs de Richelieu contre la noblesse.

Au siége de la Rochelle, un des chefs les plus distingués de la noblesse française, le maréchal de Bassompierre, disait: «Nous serons assez fous pour prendre la Rochelle.» Il voyait juste. Libre en effet des embarras que la ligue des protestants lui donnait, Richelieu ne pensa plus qu'à faire plier sous l'autorité royale la noblesse catholique, trop habituée elle-même au mépris des lois et à l'esprit de révolte. Quant à Bassompierre, l'auteur de cette prédiction, entraîné peu d'années après dans la disgrâce de Marie de Médicis, il fut enfermé à la Bastille, et y resta jusqu'à la mort du cardinal.

Toute la carrière politique de Richelieu n'est pleine que d'actes rigoureux, souvent terribles, pour abattre l'orgueil et déjouer les complots des grands seigneurs, de ceux-là même qui entouraient le trône de plus près. S'il fut toujours sévère, et parfois implacable, à l'égard de cette turbulente noblesse, il faut reconnaître aussi que les adversaires qu'il eut à combattre poussaient loin l'audace, soit dans leurs entreprises contre le pouvoir royal, soit dans leurs dédains affectés pour les mesures les plus nécessaires au maintien de la paix publique.

Au temps de Richelieu, la hardiesse des nobles à braver les lois se montrait surtout par la fréquence et l'éclat scandaleux des duels. Pour les motifs les plus futiles, ils mettaient l'épée à la main et se battaient à outrance dans les rues, sur les places publiques, et presque sous les yeux du souverain. On avait compté, en l'espace de vingt années, plus de huit mille de ces combats singuliers où des gentilshommes avaient tué leurs adversaires, et à la suite desquels ils avaient obtenu des lettres de grâce. C'était en vain qu'Henri IV, par un édit de 1602, avait défendu les duels sous peine de mort; cette fureur était arrivée à ses derniers excès et demeurait impunie. Richelieu avait vu périr son frère aîné dans un duel; il sentait d'ailleurs profondément l'injure faite à l'autorité royale par ces perpétuelles bravades. En 1626, Louis, à son instigation, renouvela la défense portée sous le dernier règne. La peine de mort était prononcée contre quiconque aurait été meurtrier dans un duel, ou serait en récidive comme agresseur; et cette fois, Richelieu avait résolu que la loi ne fît plus de vaines menaces. Sans se soucier de l'édit, le duc de Boutteville, qui avait déjà eu vingt et un duels, vint, ayant pour second le comte des Chapelles, tirer l'épée en plein jour, sur la place Royale, contre deux autres gentilshommes dont l'un fut tué dans le combat. Le duc de Boutteville appartenait à la famille des Montmorency; tout ce qu'il y avait de plus élevé en France intercéda pour lui. Le cardinal fut sourd à toutes les supplications: Boutteville et des Chapelles furent condamnés par le parlement à perdre la tête en place de Grève. La grâce instamment sollicitée ne vint pas, et l'arrêt reçut son exécution, comme s'il se fût agi de coupables d'un rang vulgaire.