XXIII.
Maladie de Louis XIII à Lyon.—Ligue contre Richelieu.
La cour de France était alors à Lyon, et s'agitait de toutes manières pour entraver la politique du cardinal. Les deux reines avaient fait taire leurs antipathies mutuelles et unissaient leurs efforts contre le ministre qu'elles détestaient également. La reine mère surtout, favorable au duc de Savoie, son gendre, et jalouse des succès d'une expédition dont le principal honneur revenait au cardinal, mettait tout en œuvre pour inspirer au roi de l'éloignement pour cette guerre et des défiances contre son ministre. Après la prise de Pignerol, Louis avait rejoint l'armée; mais bientôt des maladies contagieuses s'y déclarèrent, et il en ressentit les premières atteintes. La cour redoubla d'instances pour le rappeler à Lyon; il y revint triste et souffrant. Au bout de quelques jours, il fut saisi d'une fièvre ardente, accompagnée de dyssenterie, qui le mit bientôt à toute extrémité (30 septembre).
Déjà les courtisans voyaient venir un nouveau règne, la couronne de France sur la tête de Gaston, Richelieu et son parti abattus. Tout n'était dans cette cour que trouble, anxiété, douleurs feintes et espérances cachées. On rapporte que non loin du lit où le roi semblait prêt à rendre l'âme, les ennemis du cardinal tinrent conseil, et que chacun émit son avis sur le traitement qu'on ferait subir au ministre déchu. Les uns furent pour l'exil, les autres pour la prison; il y eut une voix pour la mort: ce fut, dit-on, celle du maréchal de Marillac. On ajoute que Richelieu invisible assista à ce conseil, et qu'il en sortit avec le dessein fermement arrêté de faire tomber sur chacun des opinants, selon son vote, l'exil, la prison ou la mort. Louis, de son côté, prévoyait les terribles représailles auxquelles en mourant il laisserait son conseil exposé. On assure qu'il fit appeler près de lui le maréchal de Montmorency, dont il connaissait la loyauté chevaleresque, et qu'il le chargea de prendre le cardinal sous sa protection; Montmorency, dans sa générosité, avait déjà prévenu cette démarche, et offert un asile au cardinal dans son gouvernement de Languedoc.
Une crise heureuse, inattendue, vint faire évanouir ces projets et ces craintes. Un abcès intérieur qui creva sauva les jours du roi; il fut en quelques heures hors de danger. Mais, pendant sa maladie, les deux reines n'avaient cessé d'être auprès de son lit; Anne d'Autriche, par les soins qu'elle lui avait donnés, avait réveillé pour elle son affection; il prêta l'oreille à ses plaintes, aux accusations de Marie de Médicis contre le cardinal; il se montra disposé à congédier son ministre, mais en ajournant cette résolution à l'époque où il serait de retour à Paris. Richelieu se sentit sérieusement menacé; il fit, pour apaiser la reine mère, les plus humbles avances à elle-même, et aux deux Marillac ses favoris. Marie de Médicis, obstinée, implacable, repoussa toute parole d'accommodement, et ne cessa de poursuivre le roi de ses obsessions dans le but d'assurer sa vengeance.