CHAPITRE PREMIER.

Mon père.—Sa famille.—Sa jeunesse.—Son mariage.—Ma naissance.—Mon éducation.—Mort de mon père.

J'ai toujours attaché peu d'importance aux généalogies, et j'apprécie à leur juste valeur les chimères de la noblesse: il faut cependant que je dise de quel sang je suis issue. Ce n'est point une fausse gloire qui me pousse à révéler à mes lecteurs le nom de ma famille; en me présentant à leurs yeux telle que j'étais d'abord par ma fortune et ma naissance, je leur donne le droit de me juger plus tard avec une sévérité proportionnée aux fautes qui me firent déchoir de tant d'avantages. En faisant connaître quel fut mon père, je n'ai donc d'autre but que de dire la vérité, dût cette vérité me rendre moins excusable, lorsque j'aurai à avouer tant de fautes. Léopold Ferdinand de Tolstoy naquit en 1749 au château de Verbown, de la terre seigneuriale de Krustova en Hongrie; il était fils de Samuel Léopold de Tolstoy, duc de Cremnitz, et de Catherine Vevoy, comtesse de Thuroz; mon aïeule était mère du staroste[1] polonais Béniowski. À la mort de mon grand-père, que sa veuve suivit de près au tombeau, mon père eut pour tuteur un de ses oncles maternels, au service d'Autriche: mon oncle, au lieu de songer aux intérêts de son pupille, ne s'occupa que de le spolier; il s'empara notamment d'une terre située dans le comté de Nitria, et qui faisait partie de l'héritage que mon père avait recueilli. Le jeune Léopold atteignait à peine sa dix-neuvième année, que déjà il avait vu les champs de bataille à côté de son grand-oncle maternel Béniowski, qui s'était attaché à la fortune de Charles de Lorraine. Béniowski, loin de calmer la tête ardente de son petit-neveu, lui promit de le déclarer unique héritier de sa starostie, s'il parvenait à se faire rendre justice de son tuteur. Les formes légales étant trop lentes, Léopold se résout d'atteindre par une autre voie le but qu'il se propose. Adoré des anciens vassaux de son père, il les rassemble, les harangue, attaque à leur tête le château qu'avait usurpé son tuteur, l'en chasse, et rentre de vive force dans le domaine de ses pères. Ce fut un beau jour que celui-là pour l'âme noble et fière du jeune Léopold; mais son triomphe lui devint bientôt funeste. Le tuteur, dépossédé du domaine qu'il avait si injustement envahi, ne manquait pas de crédit à la cour de Vienne. Mon père fut accusé d'avoir soulevé ses vassaux contre la puissance impériale, et condamné, comme rebelle, au bannissement. Il avait alors vingt et un ans. Irrité de se voir dépouillé de tous ses biens, et chassé de sa patrie pour un crime imaginaire, il ne songea plus qu'à se venger. L'occasion de provoquer au combat son persécuteur se présenta bientôt: ce combat fut heureux pour mon père, et fatal à son adversaire, qui tomba baigné dans son sang. Empressé de porter des secours au vaincu, Léopold oublia sa propre sûreté; et ce fut au moment même où il s'occupait de faire panser la blessure de son ennemi qu'il fut arrêté, et conduit, par ordre de la cour impériale, à la citadelle de Presbourg. Fortune, crédit, mon grand-oncle Béniowski employa toutes les ressources dont il pouvait disposer pour sauver un neveu qu'il chérissait comme un fils. L'ardeur même qu'il mit dans ses démarches le rendit suspect au gouvernement impérial, déjà maître à cette époque d'une partie de la Pologne. Il fut contraint de se réfugier en Russie, où l'impératrice l'honora d'une protection éclatante. Béniowski, tranquille à Saint-Pétersbourg, s'occupa aussitôt de relever la fortune de son neveu, en lui faisant contracter un brillant mariage. Le comte Pensky offrait de donner sa fille unique au jeune Léopold, en la dotant d'un million de roubles; déjà même ce seigneur avait entrepris de racheter à prix d'or la liberté de son gendre futur. Mais le sort en avait autrement ordonné, et les projets de Béniowski ne purent s'accomplir. Une jeune fille, Ida Kormwitz, nièce du gouverneur de la citadelle de Presbourg, n'avait pu voir le jeune prisonnier sans être frappée des rares avantages de sa personne, sans prendre le plus vif intérêt à ses malheurs. Elle trouva enfin le moyen de l'arracher à sa prison, et s'enfuit avec lui jusqu'aux frontières de l'Empire russe. Mon père n'avait plus d'autre patrimoine que le nom qu'il avait reçu de ses ancêtres; mais ce nom de Tolstoy était toujours riche de gloire; Léopold n'hésita point à l'offrir à sa libératrice. Ida n'accepta point cette offre, qu'elle regardait comme un sacrifice de la part de celui qu'elle avait sauvé. Une seule fois sa tête brûlante se posa sur le cœur du jeune homme à qui elle avait immolé toutes les affections de famille et de patrie; puis, s'arrachant aux illusions de l'amour, elle divorça pour toujours avec le monde, et courut s'engager à Dieu par des vœux éternels. Léopold ne put fléchir sa volonté ni changer la détermination qu'elle avait prise. Pour obéir à ses désirs, il la conduisit d'abord à l'abbaye de Novitorg, et arriva seul à Saint-Pétersbourg. Béniowski l'y accueillit avec tous les témoignages d'une tendresse paternelle; craignant de rencontrer encore quelque obstacle à ses vues, il présenta à son neveu le projet de mariage avec la jeune comtesse Pensky comme désormais irrévocablement fixé par sa promesse solennelle, et l'empressement du comte à s'allier à la famille Tolstoy. Léopold ne mit d'autre condition à son consentement que celle de voir et de connaître d'avance la femme dont on prétendait lui confier le bonheur. Habitué par une longue expérience à voir toutes les affections du cœur fléchir devant les calculs de l'ambition, le vieux staroste ne pouvait croire qu'un proscrit, sans fortune et presque sans asile, pût trouver de bonnes raisons pour refuser une alliance qui lui assurait des richesses considérables et toutes les faveurs de la cour, dans la nouvelle patrie qui lui offrait de l'adopter. L'entrevue de Léopold et de mademoiselle de Pensky eut lieu; mais, à l'aspect de la taille contrefaite et de la physionomie sans charmes de la jeune comtesse, l'héritier des Tolstoy sentit naître subitement dans son cœur une répugnance invincible au mariage projeté. En vain son grand-oncle le menaça-t-il de toute sa colère; prières, menaces, rien ne put fléchir le caractère indompté de mon père. Il quitta Pétersbourg, se rendit à Dantzick, d'où il s'embarqua pour Hambourg; d'Hambourg il vint à Amsterdam, et il arriva enfin à La Haye en 1774: son nom lui rendit facile l'accès de la noblesse hollandaise et de la cour du stadhouwer[2]. Il avait alors vingt-cinq ans: il en avait trente-six quand mes regards enfantins se fixèrent pour la première fois, avec une attention réfléchie, sur son noble visage. Je n'ai jamais rencontré chez aucun homme la réunion de tant d'avantages. Sa taille majestueuse, l'élégance de ses formes, que dessinait le costume hongrois, auquel il demeura toujours fidèle; son regard de feu, que tempérait à propos la bonté de son âme; tant de qualités si précieuses, rehaussées par la rectitude et l'élévation de l'esprit, justifient aisément la passion violente dont se sentit subitement enflammée, pour M. de Tolstoy, la jeune héritière d'une des plus riches et des plus nobles maisons de la Hollande.

Cette jeune fille, qui avait vu le jour à Maëstricht, avait reçu de la nature une beauté remarquable; la meilleure et la plus complète éducation avait développé les facultés heureuses de son esprit et les excellentes qualités de son cœur. Elle était appelée à recueillir une succession de cent seize mille florins de rente; une foule de prétendans se disputaient sa main. Son choix se fixa sur un homme trop modeste pour aspirer à une alliance aussi magnifique, pour croire même que mademoiselle Van-Ayl*** eût pu le distinguer dans le grand nombre des jeunes gens qui se pressaient autour d'elle: cet homme fut mon père.

Mademoiselle Van-Ayl*** avait une tante qui, n'ayant pu trouver dans sa jeunesse un nom digne de s'allier au sien, avait vieilli dans le célibat. Elle choisit sa nièce pour héritière unique de son immense fortune, à la condition de mourir fille comme elle, ou de n'accepter pour époux qu'un homme d'antique origine, qui consentirait, en se mariant, à échanger son propre nom contre celui de sa femme. À défaut d'accepter cette condition, mademoiselle Van-Ayl*** perdait tous ses droits à la succession, et le legs universel revenait aux hôpitaux. M. de Tolstoy était trop véritablement épris pour balancer entre le bonheur que lui promettait son mariage avec une femme dont il était adoré, et quelques considérations d'orgueil nobiliaire. Il épousa mademoiselle Van-Ayl***, et quitta le nom de sa famille pour prendre celui de sa femme.

Deux frères me précédèrent dans la vie et dans la tombe. Ma mère se désolait; sa santé se détériorait chaque jour davantage. Le changement de climat pouvait seul la rétablir; mon père éprouvait de son côté le vif désir de revoir l'Italie; ils partirent tous deux pour Florence. Au bout de deux mois de séjour en Toscane, mon père eut l'espérance de voir sa femme devenir mère une troisième fois, et, au terme fixé par la nature, je vins au monde dans l'une des plus charmantes campagnes des bords de l'Arno: c'était le 26 septembre 1778. Ma mère voulut me nourrir elle-même; je ne quittais son sein que pour passer dans les bras de mon père; je respirais la santé avec l'air pur du plus beau climat du monde.

Dès le berceau mon oreille n'entendit que des chants mélodieux; dès le berceau elle fut charmée par l'harmonie des strophes du Tasse. Quand mon intelligence commença à se développer, les fictions de l'Arioste vinrent étonner ma jeune imagination. La lecture de ce poète était la récompense qu'on m'accordait dans les heures de récréation qui interrompaient mes faciles études: je n'avais pas d'autres maîtres que mes parens. Ma mère parlait six langues: elle agitait quelquefois en latin avec mon père des questions de littérature; mais c'était en italien, en français, ou bien en langue hongroise qu'ils s'entretenaient des choses ordinaires de la vie. J'apprenais beaucoup, seulement en écoutant, et presque sans m'en douter. La seule étude sérieuse et suivie à laquelle on m'assujettit plus tard fut celle de la langue hollandaise, dont nous ne nous servions que rarement dans nos conversations habituelles.

Comme j'ai maintenant presque tout-à-fait oublié le latin, je puis dire, sans être taxée de pédanterie, qu'à l'âge de neuf ans je surpris mon père par l'application heureuse que je fis un jour à ma mère d'un hémistiche bien connu de Virgile: Et vera incessu patuit dea. Habile à tous les exercices du corps, mon père avait fait établir dans sa villa, qu'il ne quittait presque jamais, un manége, une salle d'escrime, un jeu de paume et un billard. Dès ma plus tendre enfance il m'avait habituée à rester sans frayeur assise devant lui sur le col de son cheval; nous faisions aussi de longues promenades, dans lesquelles ma mère nous accompagnait toujours. Je n'avais pas encore six ans que déjà je galopais avec intrépidité sur mon petit cheval hongrois, placée entre mon père et ma mère qui surveillaient de l'œil tous mes mouvemens.

Malgré les douces remontrances de ma mère, qui craignait toujours que je ne finisse par contracter des habitudes trop mâles, mon père me faisait prendre part à ses exercices les plus favoris, et il me donnait des leçons d'escrime. J'étais heureuse des petits succès que mon adresse me faisait quelquefois obtenir. Un jour entre autres ma joie alla jusqu'au délire; ce fut celui où mon père me reçut élève aux acclamations et aux applaudissemens de ses hôtes et de ses amis rassemblés pour cette fête: déjà armée de mon plastron, les mains couvertes de mes gantelets, et brandissant mon fleuret, je m'élançais vers ma mère pour qu'elle m'attachât le masque. En relevant les longues boucles de mes cheveux blonds, et les réunissant sous le ruban qui devait les retenir, elle laissa tomber une larme de ses yeux. Était-ce une larme de joie, ou bien ma bonne mère devinait-elle, par une prescience secrète, à quels malheurs m'exposerait un jour la facilité de mon âme à passer subitement du calme le plus profond en apparence au plus fol enthousiasme? Le bonheur sans mélange que j'avais goûté dans les années de mon enfance était déjà arrivé à son terme dès l'an 1787. Le jour même où je venais d'accomplir ma neuvième année, je vis ma mère venir à moi toute en pleurs, et m'annoncer d'une voix entrecoupée de sanglots que nous allions quitter peut-être pour toujours notre délicieuse habitation de Valle-Ombrosa. «Ah! m'écriai-je, où serons-nous jamais si bien? Maman, où allons-nous donc?—En Hollande, répliqua ma mère.—Eh bien! c'est ton pays; nous y serons heureux, n'est-ce pas?» dis-je en me tournant vers mon père.

Un regard plein de tristesse fut la seule réponse que j'obtins; et j'appris ainsi pour la première fois ce que c'était que le silence de la douleur… On m'éloigna sous un léger prétexte. L'attitude profondément triste de mes parens me fit deviner que le regret de quitter l'Italie n'était pas la seule cause d'un chagrin aussi vif; et à la peine que me causait l'inquiétude peinte sur tous leurs traits, vinrent se joindre encore les tourmens d'une crainte vague et d'une curiosité bien excusable. Nous nous mîmes en route le 2 novembre de cette année 1787, que devait terminer pour nous une si épouvantable catastrophe. Nous voyagions très-rapidement et avec une sorte de mystère. Arrivés à Lyon, nous y séjournâmes quelques jours, pendant lesquels je vis venir chez mon père des hommes dont l'extérieur grave et sérieux suffisait pour entretenir ma tristesse; je n'étais point admise à leurs conférences avec mes parens. Enfin, ne pouvant plus résister à mes inquiétudes sans cesse croissantes, j'osai adresser une question à ma mère. J'appris alors quels événemens avaient forcé mon père à quitter sa patrie; j'appris que le temps n'avait pas apaisé la haine de ses ennemis, que ses jours s'étaient trouvés menacés en Italie, et qu'il allait chercher à la cour du stadhouwer la protection qu'on lui refusait autre part. Vers le milieu du mois de décembre nous arrivâmes à Rotterdam. Le passage du Waal était difficile et dangereux: mon père voulut cependant le tenter dans un des batelets qu'on faisait louvoyer entre d'énormes glaçons que charriait déjà le fleuve. Après d'incroyables efforts nous parvînmes à la rive opposée: il fallait faire encore quelques pas sur la glace, que nous craignions de voir à chaque instant manquer sous nos pas. Mon père nous porta l'une après l'autre, ma mère et moi, sur le rivage; nos deux femmes de chambre nous y suivirent sans accident. Restait un brave et vieux Hongrois, attaché à mon père depuis sa première enfance, et qu'il considérait moins comme un serviteur que comme un ami; il avait voulu demeurer à la garde du bateau dans lequel se trouvaient tous nos bagages qu'on transportait peu à peu sur la rive. Déjà nous nous étions mis en marche vers l'auberge où nous devions loger, lorsque tout à coup un craquement horrible, suivi de cris de détresse, vient frapper notre oreille: nous détournons la tête, et nous revenons promptement sur nos pas. Quelle est notre douleur en voyant le bateau sur lequel était encore notre fidèle Berowski, entraîné vers le milieu du fleuve par un énorme glaçon! la mort du vieillard paraissait certaine: l'or qu'offraient à pleines mains mon père et ma mère ne pouvait déterminer personne à hasarder sa vie pour sauver celle de notre malheureux domestique. Tout à coup mon père se dépouille des fourrures dont il était couvert; il jette loin de lui tous ses vêtemens s'élance sur la glace qui se brise sous ses pas, et s'écrie, d'une voix forte, au moment de disparaître dans les flots: «Si je meurs, ma femme donnera tout l'argent qu'on exigera à celui qui m'aura aidé à sauver ce vieillard.»

Ma mère n'avait pas même essayé de le retenir; elle tomba évanouie: moi-même, égarée, hors de moi, je me fais jour à travers la foule, et je cours le long du rivage en suivant des yeux mon tendre père. Comment exprimer mes angoisses en le voyant contraint de disparaître volontairement par intervalles sous les flots, pour éviter les énormes glaçons qui suivaient le courant du fleuve? Enfin il arrive au bateau; et, secondé par trois bateliers qui avaient suivi son noble exemple, il arrache à la mort et ramène au rivage le vieux Berowski. Hélas! quelle récompense attendait une pitié si courageuse! Exposé presque nu aux rigueurs d'un froid pénétrant, et trop occupé de celui qu'il venait de sauver pour songer à lui-même, mon père, dans les premiers momens, négligea les soins qu'exigeait la conservation de ses jours. Dès la nuit suivante, une fièvre ardente se déclara: nous ne pouvions pas aller plus loin; il fallut rester dans la chétive auberge où nous nous trouvions. Le onzième jour de la maladie, 27 décembre 1787, je n'avais plus de père! La mort de ce père adoré fut le premier malheur de ma vie: elle fut le présage de tous les maux qui m'ont accablée depuis bien des années; elle fut surtout la cause des fautes que je n'aurais jamais commises si j'avais eu près de moi l'ami de mon enfance, celui dont les conseils et la juste influence m'auraient préservée des écarts de ma fougueuse imagination. Le malheureux Berowski ne survécut que vingt jours à son maître; jusqu'à son dernier soupir, il supplia ma mère de lui pardonner la mort de son époux. Il fut inhumé près de celui dont il n'avait jamais voulu se séparer pendant sa vie.

Toute entière livrée à sa douleur, ma mère ne voulut pas quitter les lieux qui lui retraçaient de si chers et de si cruels souvenirs: elle acheta une maison modeste dans le village de Wal***, vis-à-vis même de celle où était mort mon père. Elle repoussait toutes consolations, et, dans l'amertume de ses regrets, elle négligeait également les soins de sa santé et ceux de mon éducation. Toutes mes études étaient interrompues; j'étais maîtresse du choix de mes lectures et de l'emploi de mon temps. Ma mère ne sortait plus de sa chambre: quelquefois elle m'attirait à elle pour me couvrir de caresses et arroser mon visage de pleurs; plus souvent elle me repoussait dans les transports d'un désespoir qui semblait égarer sa raison: elle m'inspirait alors une sorte de terreur qui me faisait éviter sa présence. Je regrettais pour ma part bien sincèrement mon noble père; mais tout en déplorant sa mort prématurée, j'étais bien loin de soupçonner encore toute l'étendue de la perte que j'avais faite. Les impressions de l'enfance sont vives, mais peu durables; ou plutôt leur trace effacée le plus souvent par les passions de la jeunesse ne se retrouve que dans l'âge mûr; la légèreté naturelle à un esprit pour lequel les moindres plaisirs ont toujours l'attrait de la nouveauté, rend souvent les enfans insensibles en apparence aux plus grandes douleurs. J'avais toute l'étourderie de mon âge, et quoique mes regrets fussent bien amers, je ne m'en livrais pas moins aux distractions que le hasard venait souvent m'offrir.