AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR SUR LES TOMES VII ET VIII DE SES MÉMOIRES.
Ma tâche est donc remplie, mes Mémoires retraçant la grande époque qui s'est écoulée depuis 1792 jusqu'en 1815. On pourrait croire, à tous les événemens qui s'y pressent, à toutes les vicissitudes qui ont accablé mes jours, que le moment du repos était venu pour moi.
Hélas! pouvais-je rester inactive? pouvais-je trouver la paix dans la solitude? Mes amis étaient proscrits; l'exil m'avait enlevé les seules consolations de tant de malheurs. J'avais besoin d'agiter encore violemment ma vie pour la pouvoir supporter.
C'est la peinture de cette existence aventureuse qu'on verra dans les deux volumes qui doivent compléter mes Mémoires. Le sort a voulu que j'expiasse une vie d'erreurs, de prospérités et d'émotions, par toutes les infortunes qui rarement s'accumulent sur la même tête. Si quelques traits de désintéressement et de bonté, si une courageuse fidélité à de nobles sentimens, ont valu à la première partie de mes aveux quelques regards d'indulgence, je sens au fond de l'ame, que ma lutte avec l'adversité, que tant de pieux devoirs remplis, tant de dévouement prodigué sur les terres étrangères au service des proscrits, me concilieront l'intérêt et la bienveillance des lecteurs.
Mille personnages appartenant aux diverses scènes politiques dont la Belgique, l'Angleterre, l'Italie et l'Espagne ont été dans ces derniers temps le théâtre, tels sont, sous le point de vue d'intérêt général, les élémens qui, avec les émotions individuelles d'une destinée singulière, composeront les deux volumes que je promets au Public pour le 1er mars prochain.
Paris, le 1er février 1828.