CHANT D'ADIEU
Musique de M. N. Crépault.
Entendez vous ce glas, sombre harmonie
Qui cause à l'âme un douloureux transport?
C'est le sanglot d'un frère à l'agonie
Qui lutte en vain contre l'avide mort!
Naguère au banquet de la vie
Il renaît place avec honneur,
Et sa figure épanouie
Semblait refléter le bonheur.
Ivre d'amour et d'allégresse,
Il savourait mille désirs,
Quand soudain la mort vengeresse
Vint mettre un terme à ses plaisirs!
En lui dérobant la lumière
La mort lui dit en triomphant:
«Ton corps deviendra la poussière
Que foule le pied du passant!
«Avant que tes lèvres soient closes
Fais entendre ce dernier cri:
Adieu, plaisirs et rêves roses!
Adieu, monde que j'ai chéri!»
Mais une voix enchanteresse
Lui glisse à l'oreille ces mots:
«Je suis la grâce et la tendresse,
Je soulage et guéris les maux.
«Regrette et confesse tes crimes;
Combats Satan avec fierté;
Je donne aux âmes magnanimes
La bienheureuse éternité!»
Ah! chrétiens, prions pour ce frère
Qui nous a dit un triste adieu,
Et croyons que notre prière
Attendrira le coeur de Dieu!
Entendez-vous les sons mélancoliques
Que l'orgue mêle au glas mystérieux
Joignant nos voix à ces voix angéliques,
Pour notre frère intercédons les cieux!
Novembre 1882.