ELLE EST MORTE!
Rose avait dix sept ans; elle était belle et blonde;
Sur son front les rayons de la candeur brillaient;
Les perles de sa bouche enchantaient tout le monde;
Ses cheveux en flots d'or jusqu'à ses pieds roulaient.
Ses lèvres souriaient comme celles d'un ange;
Son oeil d'azur jetant un vif rayonnement;
Sa voix avait parfois une harmonie étrange
Qui me plongeant soudain dans le ravissement!
Quand venait le printemps avec ses nids de mousse,
Ses brises, ses parfums, son soleil radieux,
Nous allions, elle et moi,--réminiscence douce--
Tout pensifs, nous asseoir sur le gazon soyeux.
Et là nous admirions le couchant et l'aurore
Déployant à notre oeil leurs tableaux gracieux;
Et nos coeurs bénissaient l'Artiste que décore
Toute l'immensité de la terre et des cieux.
Aux coupes de l'espoir nous abreuvions notre âme;
Un heureux avenir brillait dans le lointain;
L'Hymen allait bientôt nous verser son dictame,
Mais, hélas! nous comptions sans le cruel destin!
Et maintenant, voyez: elle est là qui repose
Sous la terre où chacun tôt ou tard doit dormir!
Et tout ce qui me reste aujourd'hui de ma Rose,
C'est le parfum que m'a laissé son souvenir...
Avril 1879