LOUIS FRÉCHETTE
POÈTE LAURÉAT DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Il est de notre peuple et l'orgueil et la gloire
Ce barde dont le nom, au livre de l'Histoire,
Aura sa place à part.
Il quitte ce pays qu'il aime et qu'il admire
Pour aller retremper son génie et sa lyre
A la source de l'art!
Comme l'aigle volant vers la voûte sphérique
Où semble l'attirer la puissance magique
De l'astre aux rayons d'or;
De même vers Paris, le soleil de la France,
L'aigle du Canada, guidé par l'espérance,
Prend son sublime essor!
Il sent que, par l'effort de son intelligence,
Il saura recueillir au champ de la science
Des moissons de lauriers;
Car n'a-t-il pas naguère, affrontant la critique,
Conquis la palme d'or au tournoi poétique
Sur cent esprits altiers?
De notre histoire ouvrant les pages vénérables,
Sur sa lyre il dira les luttes admirables
De nos vaillants aïeux;
Il en composera de suaves poèmes
Que la France lira, mieux que ses oeuvres mêmes,
Des larmes plein les yeux!
La France acclamera la nouvelle épopée
De ce barde qui suit la trace de Coppée
Et de Victor Hugo;
Châteauguay, Carillon et mainte autre victoire,
Pour elle brilleront au temple de Mémoire
Autant que Marengo!
Et la France bientôt, grâce à Louis Fréchette,
Grâce à nos écrivains, prosateur ou poète,
Se souviendra de nous.
Alors elle viendra visiter nos rivages
Où fleurissent ses lois, sa langue et ses usages,
Et nous bénira tous!
22 octobre 1887.