OCTAVE CRÉMAZIE

Prions pour l'exilé, qui, loin de sa patrie,

Expira sans entendre une parole amie;

Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort,

Personne ne viendra donner une prière,

L'aumône d'une larme à la tombe étrangère!

Qui pense à l'inconnu qui sous la terre dort?

OCTAVE CRÉMAZIE.

S'il est un nom qui rime avec la poésie,

C'est celui de l'illustre Octave Crémazie,

Le nom d'un barde bien-aimé;

D'un barde qui creusa, comme le vieil Horace

Dans le champ du génie une profonde trace

Que suivent Fréchette et Lemay.

Bien des fois, secouant sa sombre rêverie,

Il chanta sur son luth l'amour de la patrie

Et les vertus de nos aïeux;

Du prêtre canadien il chanta la science,

La foi, la charité le dévouement immense

Et les triomphes glorieux!

En pleurant il chanta le drapeau de la France,

Ce riche talisman, témoin de la vaillance

De nos soldats à Carillon;

A ce vieux drapeau blanc environné de gloire,

Rappelait à son coeur la plus belle victoire

Qu'eût remportée un bataillon!

Il chanta les vallons tapissés de verdure

Que le ciel a jetés, ainsi qu'une bordure,

Sur les rives du Saint-Laurent;

Il chanta les ruisseaux, les lacs et les rivières

Qui fécondent le sol, et les cimes altières

Où gronde et bondit le torrent.

Il chanta tour à tour le zéphyr, l'hirondelle,

Le site merveilleux de notre citadelle

Et nos modestes monuments.

La foi de nos martyrs inspirait ses mélanges

Qui semblaient aussi doux que les hymnes des anges

Envolés au souffle des vents!

Mais un jour--oubliant la sainte poésie--

Il eut, dans un moment de gêne et de folie,

Une coupable illusion:

Comme l'arbre géant brisé par la tempête,

Le poète courba sa belle et noble tête

Sous la peine du talion...

Bien des ans ont passé depuis cette heure sombre!

Crémazie, en voyant à son étoile une ombre,

A fui le lieu de ses malheurs...

Il a vécu longtemps sur la terre étrangère,

Abandonné de tous, en proie à la misère,

Vidant la coupe des douleurs!

Aujourd'hui... mais silence!... Il sommeille sous terre

Dans un coin de la France, au fond d'un cimetière,

Où nul peut-être ne priera...

L'inexorable mort l'a couché dans la bière

En attendant qu'un jour revienne sa poussière

En ce pays qu'il illustra!

Reçois avec tendresse, ô barde que j'admire,

Ces vers que je redis sur ma craintive lyre,

Et que l'amitié m'inspira!

Puisse les Canadiens dresser à ta mémoire

Sur le roc de Québec un monument de gloire!

Et l'Amérique applaudira!

1er août 1877.