BARRIÈRES.
Les limites de ce quartier terminent la ville du côté du septentrion, et renferment trois barrières, savoir:
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-DENIS.
Rue Sainte-Apolline. Elle traverse de la rue Saint-Denis dans la rue Saint-Martin. C'est par erreur que sur les plans de Jouvin et de Bullet elle est désignée sous le nom de rue Neuve-d'Orléans, la rue qui porte ce nom en étant très-éloignée et séparée par le boulevart.
Rue Sainte-Barbe. Elle commence à la rue Beauregard, et se termine au boulevart; cette rue étoit connue sous ce nom dès 1540, et le devoit à la chapelle érigée sous l'invocation de saint Louis et de sainte Barbe, dont nous avons parlé à l'article de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.
Rue Beauregard. Elle aboutit aux rues de Cléry et Poissonnière; on la connoissoit, dès le seizième siècle, sous ce nom, dont nous ignorons d'ailleurs l'étymologie.
Rue Beaurepaire. Elle donne d'un bout dans la rue Montorgueil, et de l'autre dans celle des Deux-Portes. Cette rue, qui existoit dès 1255, se trouve indiquée dans les cartulaires de l'évêché de cette année[478], sous le nom de Bellus locus; on la trouve encore dans un acte de 1258 sous celui de Vicus qui dicitur Bellus Reditus[479]. Dès l'an 1313 cette rue et le terrain sur lequel elle étoit située avoient changé leur nom latin en celui de Beaurepaire. En 1478 on y voyoit une plâtrière qui portoit le même nom.
Rue de Bourbon[480]. Cette rue, qui aboutit d'un côté aux rues des Petits-Carreaux et Montorgueil, et de l'autre vient finir à la porte Saint-Denis, doit son nom à dame Jeanne de Bourbon, abbesse de Fontevrault, à qui les dames de la communauté des Filles-Dieu, sorties de cet ordre, voulurent faire honneur; en effet ce furent elles qui changèrent son ancienne dénomination, laquelle étoit rue Saint-Côme et rue du Milieu des Fossés, noms qu'elle portoit conjointement avec celles qui couvroient le fossé qu'on avoit creusé en cet endroit. On la trouve indiquée, dès 1639, sous le nom de rue de Bourbon.
Rue du Bourg-l'Abbé. Elle aboutit d'un côté dans la rue aux Oues (ou aux Ours), et de l'autre dans la rue Greneta. Il y a plusieurs opinions sur l'étymologie du nom de cette rue. Sauval[481] prétend qu'elle le doit à un particulier nommé Simon du Bourg-l'Abbé ou du Bourlabbé; Jaillot présume qu'elle le doit à un ancien bourg qui existoit sous les rois de la seconde race. Ce bourg s'étant accru, on y construisit la chapelle de Saint-Georges, dont nous avons déjà parlé, laquelle prit depuis le nom de Saint-Magloire; et comme elle dépendoit de l'abbé de ce monastère, il lui paroît vraisemblable que le bourg voisin, qui s'augmentait tous les jours, en prit le nom de Bourg-l'Abbé.
Le commissaire Delamare a cru que ce nom venoit de l'abbé de Saint-Martin-des-Champs[482], sur la censive duquel ce bourg étoit, dit-il, en partie situé; mais il a confondu le Beaubourg, qui étoit véritablement dans la censive de Saint-Martin-des-Champs, avec le Bourg-l'Abbé, qui a été jusqu'aux derniers temps dans celle de Saint-Magloire.
Rue du Petit-Carreau ou des Petits-Carreaux. Elle commence à la rue Saint-Sauveur, et va jusqu'à celle de Cléri, en faisant la continuation de la rue Montorgueil. La plupart des anciens plans ne la distinguent point de cette dernière rue; mais ils indiquent en cet endroit les Petits-Carreaux, qui étoient l'enseigne d'une maison, laquelle subsistoit encore à la fin du siècle dernier, et devoit ce nom au lieu où elle étoit située. En 1628 le registre des ensaisinements désigne aussi la rue sous le nom des Petits-Carreaux; Sauval lui donne le même nom. Ce n'est que dans les plans et nomenclatures modernes qu'elle est nommée du Petit-Carreau. La partie de cette rue qui tient à la rue Poissonnière contenoit plusieurs étaux de bouchers, et s'appeloit, en 1637, rue des Boucheries[483].
Rue Saint-Claude. Cette rue, qui aboutit d'un côté dans la rue Sainte-Foi, et de l'autre dans la rue de Cléri, n'est ouverte que depuis 1652. On lui donna d'abord le nom de Sainte-Anne; celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient d'une maison faisant l'un des coins de la rue de Bourbon, laquelle avoit pour enseigne l'image de Saint-Claude[484].
Rue de Cléri. La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence à la rue des Petits-Carreaux, et se termine à celle de Saint-Denis. On a déjà remarqué qu'elle devoit son nom à l'hôtel de Cléri, et qu'elle le portoit, dès 1540, dans toute son étendue. Il y a quelques actes du dix-septième siècle dans lesquels la partie de cette rue qui s'étend du côté de la porte Saint-Denis est nommée rue Mouffetard.
Il y a dans cette rue une ruelle, autrefois sans nom, qui va dans la rue Beauregard; on la nomme aujourd'hui rue des Degrés.
Rue Saint-Denis. La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence aux rues aux Oues et Mauconseil, et aboutit à la porte Saint-Denis. Nous avons déjà remarqué qu'on l'appeloit anciennement la chaussée et la grant rue Saint-Denys.
Il y a dans la rue Saint-Denis quatre culs-de-sac.
Le premier se nomme cul-de-sac des Peintres; il est situé près de l'endroit où étoit l'ancienne porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, laquelle fut démolie en 1535. C'étoit anciennement une ruelle appelée de l'Arbalète, de l'enseigne d'une maison dans laquelle étoient deux jeux de paume pratiqués le long des anciens murs. On la nomma ensuite ruelle sans chef, dite des Étuves, puis ruelle de l'Asne-Rayé, de l'enseigne d'une hôtellerie qui lui étoit contiguë; enfin on croit que ce cul-de-sac a pris le nom qu'il porte aujourd'hui d'un peintre nommé Guyon Le Doux, qui fit bâtir une maison avec une tournelle en saillie au coin de cette ruelle: d'autres pensent que cette dénomination lui vient d'une famille qui y demeuroit au treizième siècle; car en 1303 la maison de l'Arbalète appartenoit aux enfants de Gilles le Peintre, ce qui est prouvé par un acte authentique de cette même année.
Le second, situé du même côté, près la Trinité, a le nom de cul-de-sac de Bas-Four; il a porté successivement ceux de rue sans-chef, ruelle sans-chef, aboutissant à la Trinité; ruelle sans-chef appelée Bas-Four. On ignore l'étymologie de ce dernier nom, qui a prévalu.
Le troisième, appelé cul-de-sac de l'Empereur[485], est situé de l'autre côté de la rue. Il doit ce nom à l'enseigne d'une maison, et le portoit dès 1391; cependant il paroît que cette ruelle, ainsi que la rue Thévenot, portoient aussi les noms de rue des Cordiers et de la Corderie, parce qu'elles renfermoient plusieurs ateliers de ce genre. On la trouve indiquée sous ce dernier nom, et en même temps sous celui de l'Empereur dans un titre de 1591.
Le quatrième cul-de-sac, appelé cour Sainte Catherine, doit son nom à une maison et à un jardin anciennement appelés le Pressoir, lesquels appartenoient aux religieuses de Sainte-Catherine; elles avoient acquis cette propriété pour venir y prendre de temps en temps quelque repos, et y avoient fait construire une chapelle en 1641.
Rue des Degrés.—Voyez [rue de Cléri].
Rue du Faubourg-Saint-Denis. Elle commence à la porte Saint-Denis, et finit à la maison de Saint-Lazare et au coin de la rue Saint-Laurent.
Rue Neuve-Saint-Denis. Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin. On l'appela d'abord rue des Deux-Portes, parce qu'elle aboutissoit aux portes Saint-Denis et Saint-Martin. On la trouve indiquée, dès 1655, sous le nom de rue Neuve Saint-Denis[486].
Rue Basse-Saint-Denis. Cette rue règne le long du boulevart, et continuoit autrefois jusqu'à la rue du Faubourg-Poissonnière; mais vers 1770 elle fut coupée presque à la moitié de son ancienne étendue. On l'appeloit autrefois rue des Fossés-Saint-Denis, Basse-Villeneuve, Neuve-des-Filles-Dieu.
Il y a dans cette rue trois culs-de-sac.
1o. Le cul-de-sac Saint-Laurent, qui doit sans doute son nom au territoire où il est situé, lequel dépendoit de la paroisse Saint-Laurent.
2o. Le cul-de-sac des Filles-Dieu, parce qu'il se trouve sur le terrain de leur ancien enclos. Ce cul-de-sac s'appeloit anciennement ruelle Couvreuse.
3o. Le cul-de-sac des Babillards. On ignore l'étymologie de cette dénomination; à l'extrémité de cette rue, du côté du faubourg Poissonnière, étoit le cimetière de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle[487].
Rue de l'Échiquier. Cette rue, construite depuis 1780, traverse de la rue du Faubourg-Poissonnière dans celle de Saint-Denis. Elle a pris ce nom d'une maison dite de l'Échiquier, située sur une partie du terrain au travers duquel elle a été percée.
Rue des Petites-Écuries. Elle donne aussi d'un bout dans la rue du Faubourg-Saint-Denis, et de l'autre dans celle du Faubourg-Poissonnière, et doit son nom aux petites-écuries du roi, situées autrefois dans la première de ces deux rues.
Rue d'Enghien[488]. Cette rue, parallèle à celle de l'Échiquier, et plus avancée dans le faubourg, traverse également de la rue du Faubourg-Poissonnière à celle du Faubourg-Saint-Denis. Elle a été ouverte quelques années avant la rue de l'Échiquier.
Rue Saint-Étienne ou rue Neuve-Saint-Étienne-à-la-Villeneuve. Un de ses bouts donne dans la rue Beauregard, l'autre sur le boulevart. Elle étoit connue sous ce nom en 1540, et on le lui a redonné, environ cent ans après, lorsqu'on a rebâti les maisons de la Villeneuve.
Rue des Filles-Dieu. Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Bourbon. Le censier de l'archevêché de 1530 la nomme rue Neuve de l'Ursine alias des Filles-Dieu. Dans celui de 1643 on indique une rue Saint-Guillaume entre les rues Neuve-des-Fossés et de Cléri, et une maison sise rues Saint-Guillaume et Sainte-Foi. Ainsi l'on doit en conclure que la rue Saint-Guillaume est représentée par le retour d'équerre que fait aujourd'hui la rue des Filles-Dieu dans celle de Bourbon.
Rue Sainte-Foi. Elle commence à la rue Saint-Denis, et se termine à celle des Filles-Dieu. On l'appela rue du Rempart, ensuite des Corderies, enfin rue Sainte-Foi. Elle portoit ce dernier nom dès 1644.
Rue Françoise. Elle traverse de la rue Mauconseil dans la rue Pavée. Le premier nom qu'elle ait porté étoit simplement rue Neuve. On la trouve ainsi indiquée dans plusieurs actes concernant la vente et l'adjudication de l'hôtel de Bourgogne. On la voit désignée sous celui de rue Neuve-Saint-François dans Sauval; et un autre auteur ajoute à ce nom l'épithète de Percée. Corrozet ne l'indique que sous le nom général de rue qui traverse par dedans l'hôtel de Bourgogne. Elle fut ouverte, en 1543, par ordre de François Ier, sous le règne duquel il se fit de grands changements dans ce quartier par la démolition de l'hôtel de Bourgogne.
C'est dans cette rue qu'étoit la principale porte de la salle des confrères de la Passion, au-dessus de laquelle on voyoit encore, peu de temps avant la révolution, une croix et quelques autres instruments de la Passion.
Rue Greneta. Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin. Tous les titres du treizième siècle nous apprennent que cette rue se nommoit alors Darnetal ou d'Arnetal. On la trouve cependant désignée, dans un acte de 1236, sous le nom de la Trinité. Le nom d'Arnetal, qu'elle portoit en 1262, 1265, etc., s'altéra insensiblement dans les siècles suivants, et se changea en ceux de Guernetat, Garnetat, et Grenetat, enfin, en supprimant la lettre finale, Greneta. Dans cette rue étoit placée la principale entrée de l'hôpital de la Trinité[489].
Rue Guérin-Boisseau. Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin, et doit son nom à un particulier. Cette rue étoit connue dès le milieu du treizième siècle, et les actes de ce temps en font mention sous le nom vicus Guerini Bucelli[490]; au commencement du siècle suivant on disoit rue Guerin-Boucel, et dès 1345 rue Guérin-Boisseau.
Rue Hauteville. Cette rue, qui fut ouverte dans le siècle dernier, donne d'un bout dans la rue Basse-Saint-Denis, et, se prolongeant dans le faubourg, va aboutir dans celle de Paradis. Nous ignorons l'étymologie de ce nouveau nom. Dans l'origine elle portoit celui de la Michodière.
Rue du Grand-Hurleur. Elle aboutit d'un côté dans la rue Bourg-l'Abbé, et de l'autre dans celle de Saint-Martin. Elle est nommée de Heuleu et Huleu dans un bail à cens du mois de février 1253[491]; et ce nom se retrouve dans un nombre infini de titres[492], ainsi que sur les anciens plans. Jaillot dit avoir vu des manuscrits où elle est indiquée sous le nom de rue du Pet; et en effet elle est ainsi désignée sur les plans de Gomboust et de Bullet. Dans des actes de 1627 et 1643, on la nomme rue des Innocents, autrement dite du Grand-Heuleu; elle porte le même nom des Innocents dans le procès-verbal du 24 avril 1636.
Rue du Petit-Hurleur. Elle commence rue Bourg-l'Abbé, et aboutit dans celle de Saint-Denis. On l'appeloit, suivant Corrozet et Boisseau, du Petit-Heuleu, de même que la précédente avoit le nom du Grand-Heuleu; et du Petit-Leu, suivant Gomboust et Bullet. Elle est nommée sur quelques plans rue Palée; ce nom venoit apparemment de Jean Palée, l'un des fondateurs de l'hôpital de la Trinité, ou de quelqu'un de sa famille, car dans une transaction du mois d'octobre 1265, elle est nommée vicus Johannis Palée[493]; elle le portoit encore en 1540.
Piganiol remarque, d'après Adrien Le Valois, que le nom de ces rues est altéré; qu'il faut dire Hue-le. Selon ces auteurs, l'étymologie de ce mot vient de ce que, ces rues étant autrefois habitées par des filles publiques, dès que le peuple y voyoit entrer un homme, il excitoit les enfants à se moquer de lui, en disant hüe-le (raille-le, crie après lui). Jaillot combat cette étymologie, qui ne soutient pas l'examen d'une saine critique. En effet, nous venons de voir qu'il n'y avoit que la rue du Grand-Hurleur qui fut appelée de Heuleu tout court; ainsi l'étymologie de M. Le Valois n'auroit aucune application à la petite; en outre, dans le nombre des rues désignées, par les ordres de saint Louis et de ses successeurs, pour servir de retraite aux femmes publiques, qu'ils se virent forcés de tolérer, on ne trouve point celle de Heuleu. Elle ne devoit donc pas son nom aux huées que méritent les courtisanes et ceux qui les fréquentent. Il y a plus, l'ordonnance de saint Louis n'est que de 1254; et, comme nous l'avons observé plus haut, la rue se nommoit de Heuleu dès 1253 et même auparavant. Jaillot pense qu'il est plus vraisemblable de croire que cette rue doit son nom à un particulier. Il est certain, ajoute-t-il, qu'anciennement on disoit Heu pour Hugues et Leu pour Loup. On trouve un amortissement fait par un chevalier nommé Hugo Lupus, d'un don fait à l'église de Saint-Magloire au mois de mars 1231[494]; et enfin, dans les archives de l'abbaye d'Hières, il y avoit un acte de concession d'un moulin faite à cette abbaye vers l'an 1150, par lequel on voit que Clémence, abbesse d'Hières, étoit sœur de Heu-Leu, Hugonis Lupi. Il conclut de tout ceci que l'ancienne orthographe usitée du temps de saint Louis, où l'on écrivoit hüe leu, est la véritable. L'abbé Lebeuf avoit avant lui adopté cette opinion[495].
Rue Saint-Laurent. Elle traverse du faubourg Saint-Lazare dans celui de Saint-Laurent, et doit son nom à l'église Saint-Laurent, qui se trouve auprès. On l'a quelquefois appelée rue Neuve-Saint-Laurent, pour la distinguer de celle du faubourg, qu'on appeloit aussi rue Saint-Laurent.
Rue du Faubourg-Saint-Lazare. Ce n'est que la continuation du faubourg Saint-Denis, à laquelle on a donné ce nom, et même celui de rue Saint-Lazare, parce que l'église y étoit située[496].
Rue du Petit-Lion. Elle fait la continuation de la rue Pavée, et aboutit à celle de Saint-Denis. En 1360 elle s'appeloit rue du Lion d'or outre la porte Saint-Denis[497]. Dans ce même siècle et dans le suivant, on la nommoit simplement rue au Lion ou du Lion; mais dans les quinzième et seizième siècles on l'appeloit rue du Grand-Lion, de l'enseigne d'une maison qui y étoit située; elle prit peu de temps après le nom du Petit-Lion, qu'elle a toujours gardé depuis. Sauval[498] et quelques autres ont dit que cette rue s'est quelquefois appelée rue de l'Arbalète ou des Arbalétriers, qui, dit-il, y ont eu long-temps un lieu très-vaste destiné à leurs exercices: toutefois elle n'est ainsi nommée dans aucun titre; mais comme en 1421 les maisons de la rue au Lion aboutissoient, par-derrière, au jardin du maître des arbalétriers[499], on peut croire qu'elle en avoit reçu la dénomination populaire de rue de l'Arbalète.
Rue de la Longue-Allée. Ce n'est qu'un passage qui conduit de la rue Saint-Denis dans celles du Ponceau, des Égouts et Neuve-Saint-Denis; elle s'est appelée aussi rue de la Houssaie. On la nomme aujourd'hui passage Lemoine.
Rue de la Lune. Elle va d'un bout dans la rue Poissonnière, et de l'autre au boulevart, près la porte Saint-Denis. Elle étoit bâtie dès 1648, et l'on croit que son nom lui vient de quelque enseigne.
Rue Martel. Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un bout dans celle des Petites-Écuries, de l'autre dans la rue de Paradis.
Rue Mauconseil. Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Montorgueil; il ne paroît pas que cette rue ait jamais porté d'autre nom; dès 1250 elle est appelée vicus Mali Consilii; en 1269, 1300, etc., rue Mauconseil. Sauval[500] pense que le nom de Mauconseil vient du seigneur du château de Mauconseil, situé en Picardie: cette étymologie paroît assez vraisemblable.
Rue Montorgueil. Elle fait la continuation de la rue Comtesse-d'Artois, et aboutit à celle des Petits-Carreaux. On ignore l'étymologie du nom de cette rue, qu'on désignoit, dès le treizième siècle, sous celui de vicus Montis Superbi.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé cul-de-sac de la Bouteille, qui règne le long des anciens murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Ce cul-de-sac se nommoit, dans le dix-septième siècle, cul-de-sac de la Cueiller[501], et devoit ce nom à une maison qui y étoit située en 1603. Il fut nommé ensuite rue Commune, et prit enfin, d'une enseigne, le nom de cul-de-sac de la Bouteille, qu'il porte aujourd'hui.
Vis-à-vis de ce cul-de-sac, et au milieu de la rue Montorgueil, on voyoit encore, à la fin du quinzième siècle, une tour de l'ancienne enceinte; mais comme elle gênoit le passage pour arriver aux halles, sur la requête des habitants de cette rue et de Nicolas Janvier, marchand de poisson, la ville en ordonna la démolition le 17 décembre 1498.
Rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Elle traverse de la rue Beauregard au boulevart. Il paroît qu'elle a remplacé une ancienne rue qui étoit en cet endroit avant la démolition de la Villeneuve, et qui s'appeloit rue Neuve-Saint-Louis et Sainte-Barbe. Elle doit son nom à l'église de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.
Rue Notre-Dame-de-Recouvrance. Elle va également de la rue Beauregard au boulevart; en 1540 elle portoit déjà ce nom. Quand on la rebâtit, au commencement du dix-septième siècle, on l'appela Petite rue Poissonnière, probablement parce qu'elle est parallèle à la rue Poissonnière; depuis elle a repris le nom qu'on lui avoit donné dans son origine.
Rue Neuve d'Orléans. Elle traverse, le long du boulevart, du faubourg Saint-Denis à celui de Saint-Martin, et n'offre qu'un rang de maisons qui donnent sur cette promenade. Quelques-uns ont cru que la rue Sainte-Apolline avoit anciennement ce nom. Si véritablement elle l'a porté, on a voulu le conserver en le donnant à celle-ci, qui n'étoit dans l'origine qu'un simple chemin, lequel ne fut couvert de maisons que long-temps après l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle étoit désignée ainsi il y a plus de cent cinquante ans, ce qui est prouvé par des plans qui remontent à cette époque.
Rue aux Ours (ou aux Oues). Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, de l'autre dans celle de Saint-Martin. Nous avons déjà dit que c'étoit par corruption que cette rue étoit appelée aux Ours, et désignée ainsi sur les inscriptions qui sont à ses extrémités. Nos ancêtres écrivoient et prononçoient Oë ou Ouë pour Oie; et comme il y avoit, dès le treizième siècle, des rôtisseurs établis dans cette rue, la grande quantité d'oies qu'ils faisoient cuire en avoit fait donner le nom à la rue, vicus ubi coquuntur anseres[502], la rue où l'on cuit les oies; vicus Anserum, la rue as Oues, via ad Aucas, vicus ad Ocas[503].
Rue de Paradis. Elle aboutit d'un côté à la rue du Faubourg-Saint-Denis, de l'autre à la rue Poissonnière. Ce n'étoit autrefois qu'une ruelle indiquée sous ce nom dès 1643; auparavant elle se nommoit rue Saint-Lazare, parce qu'elle faisoit la continuation de la grande rue de ce nom, ainsi que la rue d'Enfer.
Rue Pavée. Elle commence à la rue Montorgueil, et se termine à celle du Petit-Lion, au coin de la rue des Deux-Portes; elle est très-ancienne, et énoncée sous ce nom dans le rôle de taxe de 1313, et dans plusieurs actes postérieurs.
Rue Saint-Philippe. Elle va de la rue de Bourbon dans celle de Cléri, et fut ouverte, en 1719, sur un terrain vide qui étoit entre ces deux rues. On ignore pourquoi elle porte le nom de Saint-Philippe.
Rue Poissonnière. Elle fait la continuation de la rue des Petits-Carreaux, et se termine au boulevart. Avant que la clôture de Charles VI eût été reculée sous Louis XIII, ce n'étoit qu'un chemin appelé du val Larroneux; il est ainsi nommé dans un acte de l'an 1290, cheminus qui dicitur vallis Latronum[504]. Il devoit ce nom au terrain auquel il est contigu: on le nomma aussi chemin et rue des Poissonniers et des Poissonnières, parce que c'étoit par cet endroit qu'arrivoient les marchands de marée. On le trouve aussi sous les noms de la Poissonnerie et de rue de Montorgueil, dite de la Poissonnerie. Une partie des bâtiments qui forment cette rue fut faite en 1633; le terrain sur lequel elle est située s'appeloit, en 1391, le clos aux Halliers[505], autrement dit les masures de Saint-Magloire; depuis on l'a nommé le champ aux Femmes.
Rue du Faubourg-Poissonnière. Elle fait la continuation de la rue Poissonnière par-delà le boulevart, et traverse jusqu'à la barrière cette portion de Paris connue sous le nom de la Nouvelle-France[506]. Cet endroit, dont la population étoit considérable dès le milieu du dix-septième siècle, fut érigé en faubourg en 1648, et prit, ainsi que la rue, le nom de Sainte-Anne, de la chapelle qui y fut bâtie à peu près dans ce temps sous l'invocation de cette sainte. Telle est l'opinion de quelques historiens de Paris; cependant comme la chapelle ne fut érigée qu'en 1655, il est plus probable que le nom de rue Sainte-Anne lui venoit d'une porte construite à l'entrée du faubourg en 1645, et qui avoit été ainsi nommée pour faire honneur à la reine Anne d'Autriche. Auparavant cette rue n'étoit connue que sous le nom de chaussée de la Nouvelle-France.
Rue du Ponceau ou des Égouts. Elle va de la rue Saint-Denis à celle de Saint-Martin. Les plans de Paris et les tables des rues diffèrent presque tous en cet endroit; les uns ne présentent qu'une seule rue des Égouts, d'autres distinguent cette rue de celle du Ponceau; il y en a qui placent la rue du Ponceau, du côté de la rue Saint-Martin, jusqu'au coude qui s'y trouve; d'autres, au contraire, lui donnent ce nom depuis ce coude jusqu'à la rue Saint-Denis; et c'est l'opinion qui paroît la mieux fondée[507].
Ces deux noms viennent d'un égout qui passe encore aujourd'hui dans cette rue, et d'un petit pont qu'on avoit construit au-dessus pour la facilité du passage. On trouve dans les archives de Saint-Martin-des-Champs une foule de titres qui font mention, dès le quatorzième siècle, du Poncelet des maisons bâties sur le Poncel, à l'opposite de la chapelle Ymbert, et près le Ponceau et la rue Guérin-Boisseau. Les registres capitulaires de Notre-Dame indiquent en 1413 le Ponceau Saint-Denis emprès les Nonains (les Filles-Dieu.)
Cet égout fut couvert en 1605, et l'on y fit une rue par l'ordre et aux dépens de M. Miron, alors prévôt des marchands. Ce magistrat fit en même temps réparer la fontaine voisine, qui porte le même nom.
Rue des Deux-Portes. Elle va de la rue Pavée dans la rue Thévenot. Ce nom lui vient de deux portes qui la fermoient autrefois à ses extrémités; en 1427 elle finissoit à la rue Saint-Sauveur, et se nommoit alors rue des Deux-Petites-Portes.
Rue du Renard. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, de l'autre dans celle des Deux-Portes. Sauval n'a point parlé de cette rue, quoiqu'elle soit fort ancienne; il en est fait mention dans le rôle des taxes de 1313, sous le nom de rue Perciée, et depuis rue Percée. Il y a toute apparence qu'elle doit son nom à un particulier: car on trouve dans le censier de l'évêché, de 1372, que Robert Renard avoit sa maison au coin de cette rue, devant la Trinité; et dans celui de 1399, que cette maison avoit pour enseigne le Renard: la rue en avoit pris le nom dès la fin du quatorzième siècle.
Rue Saint-Sauveur. Elle va de la rue Saint-Denis à l'endroit où se joignent les rues Montorgueil et des Petits-Carreaux: ce nom lui vient de l'église Saint-Sauveur. On voit par plusieurs actes que cette rue existoit dès l'an 1285.
Rue Neuve-Saint-Sauveur. Elle aboutit dans les rues de Bourbon et des Petits-Carreaux, et fut ainsi nommée parce qu'on avoit projeté d'ouvrir une rue qui devoit traverser de la rue de Bourbon dans celle de Saint-Sauveur. Ce projet n'ayant pas été exécuté, on a donné à celle-ci le nom qu'on avoit destiné à l'autre. Anciennement elle s'appeloit rue de la Corderie, ensuite rue Boyer, du nom d'un particulier. On la trouve sous ces deux noms dans les censiers de l'archevêché: celui de 1603 la nomme rue des Corderies, alias cour des Miracles, et celui de 1622, rue Neuve-Saint-Sauveur, anciennement dite Boyer[508].
Rue Saint-Spire. Elle a été bâtie sur un emplacement de figure triangulaire qui se trouvoit entre les rues de Bourbon, de Sainte-Foi et des Filles-Dieu; elle traverse de l'une à l'autre de ces deux dernières.
Le cimetière de Saint-Sauveur étoit dans cette rue.
On y voit aussi un cul-de-sac appelé de la Grosse-Tête. On présume que ce nom lui vient de celui d'un particulier qui, en 1341, avoit sa maison dans cet endroit, ou peut-être d'une enseigne: car le censier de l'évêché, de 1372, énonce la maison de la Grosse-Tête.
Rue de Marie-Stuart.—Voyez [rue Tireboudin].
Rue Thévenot. Elle traverse de la rue des Petits-Carreaux à celle de Saint-Denis. Ce n'étoit, dans son origine, qu'un cul-de-sac dans la rue des Petits-Carreaux, qu'on appeloit, en 1372, des Cordiers, ensuite de la Cordière et de la Corderie. Elle portoit encore cette dernière dénomination, lorsqu'à la fin du dix-septième siècle on la prolongea jusqu'à la rue Saint-Denis. Le sieur André Thévenot, ancien contrôleur des rentes de l'hôtel-de-ville, y ayant fait bâtir plusieurs maisons, elle prit aussitôt son nom.
La partie du cul-de-sac qui subsistoit encore hors de l'alignement de la rue a été conservée, et forme le cul-de-sac de l'Étoile, lequel doit son nom à une enseigne.
Rue Tireboudin. Cette rue, qui aboutit d'un côté dans la rue des Deux-Portes, et de l'autre dans celle de Montorgueil, portoit anciennement un nom très-indécent, et qui se ressentoit de la simplicité, ou, pour mieux dire, de la grossièreté des mœurs de nos ancêtres. Sur le changement de nom qu'elle a éprouvé, Saint-Foix raconte, sans examen, l'anecdote suivante: «Marie Stuart, femme de François II, passant dans cette rue, en demanda le nom: il n'étoit pas honnête à prononcer; on en changea la dernière syllabe, et ce changement a subsisté.» Celui qui a fourni ce petit conte à cet écrivain a manqué d'exactitude: car Marie Stuart, reine d'Écosse, fut mariée à François II en 1558; et dès 1419 le censier de l'évêché indique cette rue sous le nom de Tireboudin: elle porte le même nom dans le compte des confiscations pour les Anglois, en 1420 et 1421[509].
Rue de Tracy. Cette rue, percée en 1781, lorsqu'on construisit le nouveau portail de Saint-Chaumont, donne d'un côté dans la rue du Ponceau, et de l'autre dans celle de Saint-Denis. Elle portoit, dans l'origine, le nom de rue des Dames de Saint-Chaumont.