FONTAINES.
Fontaine de la Grève.
Nous avons déjà parlé de cette fontaine depuis long-temps détruite[217].
Fontaine du cimetière Saint-Jean.
Elle est située place Baudoyer, et n'a rien de remarquable dans son architecture. On ignore l'époque de sa construction.
RUES ET PLACES
DU QUARTIER DE LA GRÈVE.
Rue des Arsis ou Arcis. Elle est située entre les rues Planche-Mibrai et Saint-Martin, depuis la rue de la Vannerie jusqu'à celle de la Verrerie. Sauval dit[218] que dans le douzième siècle elle s'appeloit de Arsionibus, vicus de Assiz; lui-même la nomme rue des Assis. Toutefois les étymologies qu'il en donne ne sont fondées que sur des conjectures faciles à détruire. Dans les anciens titres elle est nommée indifféremment rue des Assis, des Arcis, et des Arsis, mais plus ordinairement de cette dernière manière. On la trouve dans un pastoral de 1254 appelée magnus vicus qui dicitur des Ars[219].
La rue des Arsis fut élargie en 1673, ainsi que la rue Planche-Mibrai[220].
Rue des Barres. Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue Saint-Antoine, et de l'autre au quai de la Grève, doit son nom à l'hôtel des Barres qui y étoit situé; vis-à-vis étoient des moulins qui en 1293 appartenoient aux Templiers. De là vient que la rue a été appelée tantôt ruelle aux Moulins des Barres, tantôt ruelle des Moulins du Temple; mais elle portoit ce nom seulement depuis la rue de la Mortellerie jusqu'à la rivière. La partie située du côté de la rue Saint-Antoine étoit confondue avec celle du Pourtour, alors appelée rue du Cimetière-Saint-Gervais. Vers la fin du quatorzième siècle, on la nomma rue du Chevet-Saint-Gervais, et rue des Barres. Enfin, vers le milieu du seizième siècle, le bout de cette rue, du côté de la rivière, fut appelé rue Malivaux. On lui donnoit ce nom à cause du moulin de Malivaux qui étoit placé sur la rivière, vis-à-vis de son ouverture.
Rue de Berci. Elle aboutit d'un côté à la vieille rue du Temple, et de l'autre au cimetière Saint-Jean. Sur le plan de Saint-Victor, publié par d'Heuland, elle est nommée rue du Hoqueton, et sur celui de Boisseau, rue de la Réale.
Rue Saint-Bont. Elle traverse de la rue Jean-Pain-Mollet dans celle de la Verrerie. Dans les titres du treizième siècle, elle portoit déjà ce nom, vicus sancti Boniti[221]. Elle le doit à la chapelle qui y étoit située, et l'a conservé jusqu'à nos jours.
Rue du Coq. Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle de la Tixeranderie. Le premier nom que cette rue ait porté est celui d'André Malet; elle est ainsi nommée dans un acte de 1243. On voit, dans l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri en 1273, que cette rue y est énoncée sous le nom de Lambert de Râle ou André Malet. Guillot lui donne ce dernier nom. Dès 1416, elle avoit pris d'une enseigne le nom de rue du Coq.
Rue des Coquilles. Elle va de la rue de la Tixeranderie à celle de la Verrerie. On voit, dans les actes du quatorzième siècle, qu'elle se nommoit ruelle Gentien. Le cartulaire de Saint-Maur[222] fait mention de Pierre Gentien, dont la maison, située dans la rue de la Tixeranderie, vis-à-vis de celle-ci, étoit occupée par les Lombards. On l'a depuis nommée ruelle Jean Gentien; elle prit ensuite celui de Jacques Gentien, et de rue Gentien, vicus Gentianus. À la fin du quinzième siècle[223] on bâtit au coin de cette rue une maison dont la porte et les fenêtres étoient ornées de coquilles, laquelle fut nommée hôtel des Coquilles; et dès lors la rue prit ce nom qui lui est resté. Jaillot croit que c'est cette rue que les anciens titres indiquent sous le nom de vicus Radulphi de S. Laurentio.
Rue de la Coutellerie. Elle aboutit aux rues de la Tixeranderie et de la Vannerie. Sauval dit qu'en 1300 on la nommoit rue aux Commanderesses, et un censier de Saint-Éloi, de 1495, énonce une maison faisant le coin de la rue de la Vannerie et de la rue des Couteliers, dite des Recommandaresses[224]. Cette rue n'étoit connue au treizième siècle que sous le nom de Vieille-Oreille, Veteris Auris. On trouvoit dans les archives de Saint-Maur une foule de titres qui faisoient mention du carrefour, de la rue et du four de Vieille-Oreille. Ce nom, dont aucun historien n'a pu découvrir l'étymologie[225], a été depuis altéré en celui de Guigne-Oreille et de Guillori. Le rôle des taxes de 1513 nous apprend qu'un maréchal nommé Guillori demeuroit au carrefour de cette rue: on trouve aussi un fief qui porte le même nom; et c'est là sans doute ce qui aura engagé à le donner au carrefour. Enfin les couteliers qui vinrent s'établir dans cette rue lui firent perdre son ancien nom pour celui de rue aux Couteliers, et de la Coutellerie, qu'elle portoit dès le règne de Henri II, et qu'elle a toujours porté depuis.
Rue des Mauvais-Garçons. Elle traverse de la rue de la Tixeranderie dans celle de la Verrerie. Tous les anciens titres qui parlent de cette rue prouvent qu'elle s'appeloit rue de Chartron. Ce n'est que dans ceux du seizième siècle qu'elle est indiquée sous le nom de rue de Chartron, dite des Mauvais-Garçons[226].
Rue des Vieilles-Garnisons. Elle se termine d'un bout à la rue de la Tixeranderie, et de l'autre aboutissoit à la place ou cloître Saint-Jean. Cette rue étoit connue au treizième siècle sous le nom de Marteret, Martrai et Martroi-Saint-Jean[227]. Elle commençoit au-delà de l'arcade que l'on voit à la Grève, et passant entre l'église Saint-Jean et l'Hôtel-de-Ville actuel, elle aboutissoit à la rue de la Tixeranderie, comme elle fait à présent. Un compte de la prévôté, de 1448[228], énonce la rue des Garnisons, et le compte de l'ordinaire de Paris, de 1463, l'indique comme une petite ruelle à laquelle il ne donne aucun nom[229]. Sauval en parle sous le nom de ruelle Jehan-Savari. Jaillot croit y reconnoître la rue Simon-Bade dont il est fait mention dans un acte de 1482, lequel indique, rue de la Tixeranderie, une maison faisant le coin de la rue Simon-Bade, tenant au maître qui fut des garnisons. Elle a été appelée du Saint-Esprit, à cause des bâtiments de cet hôpital qui en étoient voisins.
Rue du Monceau-Saint-Gervais[230]. Cette rue, qui fait la continuation de la rue du Martroi, et aboutit à l'église Saint-Gervais, doit son nom au terrain plus élevé que la Grève, sur lequel cette église a été bâtie. On la confondoit à la fin du treizième siècle avec la rue du Pourtour, et on l'appeloit rue entre Saint-Gervais et Saint-Jean, et rue du Cimetière-Saint-Gervais.
Rue Grenier-sur-l'Eau. Elle traverse de la rue Geoffroi-l'Asnier dans celle des Barres. Le véritable nom de cette rue est Garnier-sur-l'Eau. Sauval dit qu'en 1257 on la nommoit André-sur-l'Eau. Guillot et le rôle de 1313 l'appellent Garnier-sur-l'Yauë, qui est le nom d'un bourgeois de Paris[231].
Rue des Haudriettes. Elle aboutit à la rue de la Mortellerie et au quai de la Grève. Cette rue doit son nom à la chapelle qui y étoit située; et il ne paroît pas qu'elle en ait jamais eu d'autre. Quelques plans ne l'indiquent que sous le nom général de ruelle descendant à la Seine.
Rue Jean-de-l'Épine. Elle aboutit à la Grève et à la rue de la Coutellerie. Il paroît qu'elle doit son nom à Jean de l'Épine, dont la maison, suivant un cartulaire de Saint-Maur, de 1284[232], s'ouvroit dans la rue de Vieille-Oreille, et avoit sa sortie dans la place de Grève. Sauval dit, mais sans en donner des preuves, qu'elle s'est appelée autrefois rue de la Tonnellerie et du carrefour Guillori. Elle porte le nom de Philippe-l'Épine dans la liste du quinzième siècle; mais le premier nom a prévalu, et cette rue l'a depuis toujours conservé.
Rue Jean-Pain-Mollet. Elle commence à la rue des Arsis et aboutit au carrefour Guillori, vis-à-vis la rue Jean-de-l'Épine. Sauval seul dit qu'elle s'est nommée rue du Croc[233]. Elle étoit connue dès 1261[234] sous le nom de Jean-Pain-Mollet, qui étoit celui d'un bourgeois de Paris. Il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis.
Rue de la Lanterne. Elle aboutit d'un côté à la rue des Arsis, et de l'autre à la rue Saint-Bont. Dès le milieu du treizième siècle on la connoissoit sous le nom de ruelle de Saint-Bont. Elle est ainsi désignée dans l'accord fait entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri. On ne sait pas précisément à quelle époque elle prit le nom de la Lanterne, qui lui vient probablement d'une enseigne; mais elle le portoit en 1440, comme on peut le voir dans un contrat de vente de cette même année, qui se trouve dans les Archives de l'archevêché. Cependant de Chuyes l'appelle rue de la Dentelle, et l'auteur des Tablettes Parisiennes lui donne le même nom, quoiqu'on ne trouve aucun titre où elle soit indiquée ainsi.
Rue de la Levrette. Elle donne d'un côté dans la rue du Martroi, et de l'autre dans celle de la Mortellerie. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'au quai de la Grève, sous le nom de rue Pernelle, dont elle conserve encore le nom dans cette extrémité. On voit dans un compte du domaine de 1491[235] qu'elle se nommoit à cette époque ruelle aux Poissons, et Sauval dit qu'en 1552 elle s'appeloit la rue des Trois Poissons[236]. Gomboust, qui publia son plan dans le siècle suivant, la nomme rue Pernelle.
Rue de Longpont. Elle commence vis-à-vis l'église de Saint-Gervais, et aboutit au quai de la Grève. Les religieux de Longpont y avoient sans doute un hospice au treizième siècle, car alors on la nommoit rue aux moines de Longpont. Au commencement du seizième, on l'appeloit rue du Port-Saint-Gervais, autrement de Longpont[237]. Elle a repris ce dernier nom et ne l'a pas quitté.
Rue du Martroi. Elle aboutit d'un côté à la place de Grève, et de l'autre à la rue du Monceau-Saint-Gervais. Nous avons déjà vu qu'on l'appeloit du Marteret, Martrai, et Martroi-Saint-Jean. Le censier de l'évêché de 1372 la nomme le Martelet-Saint-Jean. On la trouve aussi désignée sous le nom du Chevet-Saint-Jean, et de rue Saint-Jean dans plusieurs actes[238] et sur les plans du dix-septième siècle. On lui a ensuite donné le nom de Martroi, que portoit celle qui venoit y aboutir; et depuis ce nom a été altéré de différentes façons. Corozet l'appelle du Martel-Saint-Jean, d'autres du Maltois, Martrois et Martrai. L'étymologie de ce nom n'est pas facile à donner. Sauval[239] le fait dériver du vieux mot Martyretum, diminutif de Martyrium, qui, selon lui, signifie un tombeau, une châsse, un cimetière, une église. En admettant la signification qu'il donne à ce mot, un tel nom auroit plutôt convenu à la rue du Monceau-Saint-Gervais; cependant on ne voit point qu'on le lui ait jamais donné. Borel, dans son Trésor des recherches et antiquités gauloises[240], dit que le mot Martroi vient de Martyrium, qui signifie lieu de supplice. Cette étymologie paroît mieux fondée que celle de Sauval, d'autant plus que cette rue n'a porté ce nom que depuis que la place de Grève, où elle aboutit, a été destinée au supplice des criminels[241].
Rue de la Mortellerie[242]. La partie de cette rue qui est dans ce quartier commence à la Grève et finit au coin de la rue Geoffroi-l'Asnier. Il y a plusieurs opinions relativement à l'étymologie de son nom. Quelques-uns ont cru qu'elle l'avoit pris des meurtres qu'on y commettoit autrefois. Sauval prétend qu'elle le doit à Pierre et à Richard Le Mortelier, qui y demeuroient en 1358[243]; qu'on la nomma à cause d'eux Mortelière, ensuite de la Mortiellerie, et enfin de la Mortellerie. Jaillot pense que ce nom vient des Morteliers, espèce d'ouvriers qui emploient la chaux et le plâtre, et dont il est parlé dans les réglements de la marchandise. Quoi qu'il en soit, si cette rue doit son nom à une famille des Mortelier, elle le portoit long-temps avant l'époque que Sauval lui assigne; car elle est nommée rue de la Mortellerie dans un acte de 1212, et Mortelleria dans un autre de 1264[244], ainsi que dans des lettres de Simon, évêque de Paris en 1289. Guillot et le rôle de 1313 l'appellent aussi la Mortellerie, et il ne paroît pas que ce nom ait varié[245].
Rue du Mouton. Elle aboutit à la rue de la Tixeranderie et à la place de Grève. Son nom est dû à l'enseigne d'une maison qui probablement le devoit elle-même au propriétaire: car, au treizième siècle, Jean Mouton en possédoit deux en cet endroit. Cette maison est appelée domus de ariete, et domus arietis dans le cartulaire de Saint-Maur de 1263[246].
Rue Pernelle. Elle fait la continuation de la rue de la Levrette, et va depuis celle de la Mortellerie jusqu'au quai de la Grève. Sur la plupart des anciens plans, elle n'est pas distinguée de celle de la Levrette. L'abbé Lebeuf l'appelle Peronelle[247]. Elle n'étoit anciennement connue que sous le nom général de ruelle de Seine. Corrozet paroît l'indiquer sous celui de ruelle du Port-au-Blé. La Caille la nomme Pernelle ou Prunier.
Rue du Pet-au-diable[248]. Elle va de la rue de la Tixeranderie au cloître Saint-Jean. La singularité de ce nom a engagé plusieurs auteurs à en chercher la véritable étymologie. Sauval, que les historiens modernes ont copié, dit que[249] ce nom vient d'une ancienne tour carrée qui y étoit située, et qu'on nommoit autrefois la Synagogue, le Martelet-Saint-Jean, le vieux Temple, et l'hôtel du Pet-au-Diable[250], par dérision des Juifs. Cette étymologie nous semble fausse, attendu qu'il ne paroît pas naturel que les Juifs eussent une synagogue dans cet endroit, puisqu'ils en possédoient certainement une dans la rue de la Tacherie, qui en est voisine. On donne au nom de cette rue une autre origine, qui a l'air d'une plaisanterie, et qui cependant pourroit bien être la véritable. On suppose que la maison et la tour dont il s'agit ont été possédées et occupées par un particulier appelé Petau, qui étoit si méchant qu'on le surnomma Diable, et que son nom est resté à la rue. Le poète Villon, dans son Grand Testament, parle d'un roman qui portoit le même nom.
Je lui donne ma librairie
Et le roman du Petau-Diable.
Cette rue n'étoit autrefois qu'une ruelle que l'auteur des Tablettes Parisiennes appelle par inadvertance ruelle Tournai, ayant mal entendu ces deux vers de Guillot, qui dit simplement qu'il tourna dans une ruelle.
..... En une ruelle tournai
Qui de Saint-Jean voie à Porte.
Corrozet et Bonfons indiquent seulement une rue au Chevet-Saint-Jean. Le rôle de 1636 l'appelle rue du Cloître-Saint-Jean; mais de Chuyes, Boisseau, Gomboust, la nomment rue du Pet-au-Diable.
Rue Planche-Mibrai. Elle commence en face du pont Notre-Dame, et aboutit à la rue des Arsis. On disoit simplement, en 1300, le Carrefour de Mibrai, en 1313 les Planches de Mibrai, et en 1319 les Planches dou petit Mibrai. Ce n'étoit alors qu'une ruelle qui conduisoit à la rivière. Il y avoit en cet endroit des moulins et un pont de planches pour y conduire[251]. Quelques-uns ont pensé que le nom de Mibrai venoit de ce que le bras de la rivière qui passoit auprès n'avoit que la moitié de la largeur de la rue. René Macé, moine de Vendôme, dans son poëme manuscrit intitulé le Bon Prince, en donne une étymologie plus juste.
L'empereur vient par la Coutellerie
Jusqu'au Carfour nommé la Vannerie,
Où fut jadis la Planche de Mibray:
Tel nom portoit pour la vague et le bray[252]
Getté de Seyne en une creuse tranche,
Entre le pont que l'on passoit à planche,
Et on l'ôtoit pour être en seureté, etc.
La construction du pont Notre-Dame mit dans la nécessité d'élargir la ruelle de Mibrai[253].
Rue des Plumets. C'est une ruelle qui descend de la rue de la Mortellerie sur le quai de la Grève, entre les rues Pernelle et de Longpont. Elle ne porte aucun nom sur les anciens plans; il paroît que c'est elle que Corrozet indique sous celui de ruelle du Petit-Port-Saint-Gervais.
Rue des Deux-Portes. Elle traverse de la rue de la Tixeranderie dans celle de la Verrerie. Cette rue doit son nom aux portes qui la fermoient anciennement à ses extrémités, et non aux portes d'une ancienne enceinte, comme l'ont pensé quelques auteurs modernes. En 1281 elle se nommoit rue entre deux Portes, et en 1300 rue des Deux-Portes. On la trouve aussi quelquefois sous le nom de rue Galiace ou des Deux-Portes.
Rue de la Poterie. Elle donne d'un bout dans la rue de la Verrerie, et de l'autre au carrefour Guillori. Sauval[254] et quelques autres disent que cette rue s'appeloit autrefois de Vieille-Oreille, et par corruption Guigne-Oreille et Guilleri. Nous avons déjà remarqué qu'on avoit confondu cette rue et d'autres avec le carrefour où elles aboutissent. Le cartulaire de Saint-Maur de 1263 et 1264 indique et distingue le carrefour et les deux rues, in vico qui dicitur Poteria, in vico veteris Auris, in quadrivio veteris Auris. Sauval a avancé que le nom de cette rue étoit dû à Guillaume et Gui Potier, qui avoient leur maison en cet endroit dans le treizième siècle, ainsi qu'on le lit dans le cartulaire cité ci-dessus. Jaillot pense qu'il ne vient ni d'eux ni de leurs ancêtres, attendu qu'on trouve dans les archives de Saint-Martin-des-Champs un acte de donation fait en 1172, dans lequel cette rue est nommée Figularia[255], ce qui prouve qu'elle le tenoit des potiers qui s'y étoient établis long-temps auparavant. Le nom de la rue de la Poterie n'a pas varié depuis: on la nommoit Poteria dès 1228[256].
Rue du Pourtour. On donne ce nom à la continuation de la rue du Monceau-Saint-Gervais jusqu'à la place Baudoyer. On l'appeloit anciennement le Monceau-Saint-Gervais, et en 1300 rue du Cimetière, parce que l'enclos du cimetière s'étendoit alors jusqu'à la place; ce n'est qu'en 1473 qu'on en prit une partie pour y bâtir des maisons. Corrozet la nomme rue Saint-Gervais. Elle fut élargie de sept pieds en 1583, ainsi que l'indiquoit une inscription rapportée par le même auteur.
Rue Renaud-Le-Fèvre. Elle aboutit à la place Baudoyer et au cimetière ou marché Saint-Jean. Ce n'étoit qu'une ruelle au seizième siècle, laquelle n'étoit alors désignée que sous ce nom général de ruelle par laquelle on va au cimetière Saint-Jean, ainsi qu'on le voit dans la déclaration de l'abbaye Saint-Antoine, en 1522. Le nom de cette rue n'a varié depuis que dans l'orthographe, Regnault, Regnaud Le Feure, Le Fèvre. La Caille la nomme Renard-le-Fèvre.
Rue de la Tâcherie. Elle aboutit d'un côté à la rue de la Coutellerie, et de l'autre à la rue Jean-Pain-Mollet. C'étoit anciennement le lieu de la demeure et des écoles ou synagogue des Juifs[257]: aussi n'est-elle désignée, dans les anciens titres, que sous le nom de Juiverie. Dans les lettres de l'official de Paris de 1261, elle est nommée Judæaria sancti Boniti[258]; dans l'accord de Philippe-le-Bel avec le chapitre de Saint-Merri, Judæaria; et vetus Judæaria en 1284, dans le cartulaire de Saint-Maur[259]. Dès 1300 elle avoit pris le nom de la Tâcherie, comme on peut le voir dans Guillot, et il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis[260].
Rue de la Tannerie. Elle va de la rue Planche-Mibrai à la place de Grève. Cette rue portoit ce nom en 1300, puisque Guillot en fait mention. Sauval dit, sans en donner de preuves bien solides, qu'en 1348 elle s'appeloit ruelle de la Planche-aux-Teinturiers, et depuis rue de l'Écorcherie[261].
Rue de la Vieille-Tannerie. Cette rue, qui aboutit de la rue de la Tannerie au bord de la rivière en passant sous le quai, portoit aussi le nom de Simon-Finet, qu'elle vient de reprendre dans la nouvelle nomenclature faite depuis quelques années. Elle le devoit à Simon Finet, dont le père obtint, le 5 juin 1481, la permission de ficher quatre pieux en la rivière de Seine, pour soutenir un quai derrière sa maison, faisant le coin d'une petite ruelle qui va à Seine. (Arch. de l'archevêché.)
Rue des Teinturiers. Elle traverse de la rue de la Vannerie à celle de la Tannerie. Les censiers du quinzième siècle et le compte des Anniversaires de Notre-Dame de 1482 ne la désignent que comme une ruelle qui va de la Tannerie en la Vannerie. Il paroît, par le plan de Gomboust, qu'on lui donnoit un nom qui n'est pas honnête, et qui ne devoit s'appliquer qu'au bout qui donne sur la rivière; car, suivant de Chuyes, cette rue s'appeloit depuis long-temps des Teinturiers, à cause des artisans de cette profession que le voisinage de la rivière avoit engagés à s'y établir. L'autre bout étoit nommé de l'Archet, comme nous l'avons remarqué dans l'article de la rue de la Tannerie. On l'a depuis appelé Navet et des Trois-Bouteilles, à cause d'une enseigne.
Rue de la Tixeranderie[262]. Elle aboutit d'un côté au carrefour Guillori, de l'autre à la place Baudoyer. Le commencement de cette rue, du côté du carrefour jusqu'à la rue du Mouton, se nommoit rue de Vieille-Oreille[263], nom qui, comme nous l'avons remarqué, fut donné à plusieurs des rues qui aboutissoient au carrefour Guillori; le reste s'appeloit de la Tixeranderie, comme on le voit dans un contrat du mois de décembre 1263, inséré dans le Trésor des chartes. Il ne paroît pas qu'elle ait porté d'autre nom que celui-ci, nom qu'elle devoit probablement aux tisserands qui l'habitoient. En 1300 on l'appeloit la Viez-Tisseranderie; on la trouve même indiquée dès 1293 dans un amortissement fait à Saint-Nicolas-du-Louvre[264].
Rue de la Vannerie. Elle va de la rue Planche-Mibrai à la place de Grève. Sauval dit que cette rue s'appeloit en 1269 vicus in Avenariâ, et rue de l'Avoinerie en 1296. Jaillot croit que c'est une faute du copiste, parce que, dit-il, dans une transaction entre le sieur Saint-Germain et le prieur de Saint-Éloi[265], passée au mois de novembre 1162, elle est appelée Vaneria; elle porte le même nom dans l'accord de Philippe-le-Hardi avec le chapitre de Saint-Merri; Guillot et le rôle des taxes de 1313, la nomment la Vannerie. On l'a quelquefois distinguée en Haute et Basse-Vannerie[266].