FONTAINES.

Fontaine de Sainte-Avoie.

Elle est située dans la rue de ce nom. On y lisoit l'inscription suivante:

Civis aquam petat his de fontibus: illa benigno
De patrum patriæ munere jussa venit.—1687.

Fontaine de Braque.

Elle est située rue du Chaume, et tire son eau de l'aquéduc de Belleville.

Fontaine des Blancs-Manteaux.

Elle est située dans la rue dont elle a pris le nom.

Fontaine du Paradis.

Elle tire son nom de la rue où elle est située, et donne de l'eau de l'aquéduc de Belleville.

RUES ET PLACES
DU QUARTIER SAINTE-AVOIE.

Rue Sainte-Avoie. Elle fait la continuation de la rue Barre-du-Bec, et aboutit à celle du Temple, au coin de la rue Michel-le-Comte. Anciennement on ne la connoissoit que sous le nom de la grande rue du Temple, dont elle faisoit partie. On lui a donné celui qu'elle porte à cause de la chapelle et de l'hôpital Sainte-Avoie qui y étoient situés[387].

Rue Barre-du-Bec. Elle commence à la rue de la Verrerie, et aboutit à celle de Sainte-Avoie, au coin des rues Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie et Neuve-Saint-Merri.

Guillot l'appelle rue de l'abbaye-du-Bec-Hellouin. Sauval a hésité sur l'orthographe du nom de cette rue et sur son étymologie; il vient, dit-il, ou d'une maison appelée, en 1273, Domus de Barra, ou d'une autre qui, au milieu du seizième siècle, se nommoit l'hôtel de la Barre-du-Bec, ou enfin de l'hôtel de l'Abbé-de-Notre-Dame-du-Bec-Hellouin en Normandie. On ne voit pas trop la raison de cette hésitation; car il cite l'accord passé entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri, en 1273, lequel ne laisse à ce sujet aucune incertitude. Cet acte fait mention de la maison de la Barre, qui avoit appartenu à Simon de Paris, et qui étoit alors en la possession de l'abbé du Bec. Il paroît donc certain que c'est du séjour que les abbés du Bec y ont fait qu'elle a pris son nom[388]. À l'égard de celui de la Barre, on peut également en rapporter l'origine à cette maison, qui étoit le siége de la justice que l'abbaye du Bec possédoit en ce quartier[389]. Ce nom, ainsi que celui de Barreau, vient d'une barre de fer ou d'une barrière de bois qui séparoit le lieu où se tenoient les plaideurs de celui qui étoit réservé aux juges; et c'étoit à cette barrière que se plaçoient ceux-ci pour recevoir les mémoires et les requêtes qu'on avoit à leur présenter. Le chapitre de Saint-Merri avoit une semblable barre, qu'on nommoit les barres de Saint-Merri[390].

Rue des Billettes. Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Au treizième siècle elle s'appeloit rue des Jardins. Piganiol se trompe en disant qu'en 1290 on la nommoit vicus Hortorum. Nos aïeux n'étoient pas si puristes, ils disoient simplement, vicus Jardinorum, vicus de Jardinis, comme on le voit dans les lettres de Philippe-le-Bel, du mois de décembre 1299[391]; dans d'autres actes du quinzième siècle, on la trouve indiquée sous le nom de rue où Dieu fut bouilli, du Dieu Bouliz; enfin, dans Corrozet, sous celui des Billettes.

On a cherché et donné différentes étymologies de ce nom: Sauval insinue qu'il pourroit bien venir d'une espèce de péage qu'on appeloit encore de son temps billette, à cause d'un billot de bois qu'on suspendoit à la porte de la maison où ce péage devoit être acquitté. Pour autoriser cette idée, il pense que, la rue de la Verrerie conduisant à l'ancienne porte Saint-Merri, on payoit peut-être le péage dans quelque maison de cette rue, située au coin de celle des Jardins, et que c'est de là que celle-ci aura reçu le nom de rue des Billettes. Jaillot trouve que cette conjecture est un peu hasardée: «Il est vrai, dit-il, qu'on a appelée billette une petite enseigne posée aux lieux où on devoit payer le péage; mais la rue de la Verrerie n'étoit point un chemin royal où l'on pût établir un bureau pour la perception d'un pareil droit; les marchandises qui y étoient sujettes devoient le payer avant que d'entrer dans la ville: ainsi les droits étoient perçus, de ce côté, à la porte Baudoyer, et de l'autre à celle de Saint-Merri.» Plusieurs autres auteurs ont aussi proposé leurs conjectures, qui ne nous paroissent pas mieux fondées. Ce qui nous a paru le plus vraisemblable, après avoir examiné toutes les discussions qui se sont élevées à ce sujet, c'est que le nom de cette rue est dû aux religieux hospitaliers de la Charité de Notre-Dame qui précédèrent les Carmes dans le couvent situé dans cette rue, et qui étoient connus sous le nom de Billettes dès les premiers temps de leur établissement à Paris. Il n'est pas même hors de vraisemblance que ces hospitaliers, qui, dans leur origine, n'étoient ni tout-à-fait religieux ni tout à fait séculiers, portassent des billettes[392] sur leurs habits comme un signe propre à les faire reconnoître, et que ce soit à cette occasion que le peuple leur ait donné ce nom.

Rue des Blancs-Manteaux. Elle traverse de la rue Sainte-Avoie dans la vieille rue du Temple. Au treizième siècle elle n'étoit connue que sous le nom de la Parcheminerie et de la Petite-Parcheminerie. On la trouve ainsi nommée, en 1268, dans les archives du Temple; mais les religieux qui s'y établirent vers le milieu du même siècle, portant des manteaux blancs, le peuple prit l'habitude de les appeler les Blancs Manteaux, et l'on en donna le nom à la rue; elle le portoit dès 1289, et l'a toujours conservé depuis.

Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé Pequai; il tire cette dénomination d'un particulier nommé Piquet, qui y avoit une maison, et dont on a altéré le nom. Il a porté aussi celui de Novion, parce que M. de Novion a occupé la maison Piquet, et enfin celui des Blancs-Manteaux, parce que ce monastère en étoit voisin. Sauval l'appelle rue Piquet, et ajoute que c'étoit autrefois la rue Molard. Comme il n'est point fait mention de cette rue dans Guillot ni dans les listes des rues des quatorzième et quinzième siècles, Jaillot a conjecturé que la rue Pernelle-Saint-Pol, qui y est distinguée de la rue de l'Homme-Armé, pouvoit bien être cette rue Molard, laquelle seroit enfin représentée aujourd'hui par ce cul-de-sac.

Rue Bourg-Thiboud. Elle donne d'un côté dans le marché du Cimetière-Saint-Jean, et de l'autre dans la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. On trouve dans les archives de l'archevêché un contrat de vente du mois de juillet 1220, où elle est appelée rue Bourtibou; dans un acte de 1280, vicus Burgi Thiboudi. Ce même nom se trouve dans un arrêt de 1300. Guillot écrit rue Bourc-Tibout. Ainsi les autres noms de cette rue, tels que Beautibourg, Bourtibourg, Bourg-Thiébaut ne sont que des altérations de celui-ci. Quoique Sauval prétende[393] que les rues Bourg-l'Abbé, Beau-Bourg, Bourg-Thiboud, ne viennent pas du mot bourg, mais de noms de famille, il paroît cependant plus vraisemblable de l'attribuer à des amas de maisons hors de la ville, qui ont formé peu à peu de petits bourgs, et auxquels on a donné le nom de l'église qui y étoit située, du seigneur ou du particulier le plus remarquable qui y demeuroit. Telle est sans doute l'origine des bourgs Saint-Germain, du bourg de l'Abbé de Saint-Magloire, du bourg Thiboud, etc. Cette rue n'a pas changé de nom.

Rue de Braque. Elle traverse de la rue Saint-Avoie à celle du Chaume. Il paroit qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la Vieille rue du Temple; elle portoit alors le nom de rue des Bouchers et des Boucheries-du-Temple, à cause d'une boucherie que les chevaliers du Temple y établirent en 1182. Arnoul de Braque y fit bâtir, en 1348, un hôpital et une chapelle, et alors on la nomma rue des Boucheries-au-Braque, rue de Braque, et de la Chapelle-de-Braque[394].

Rue du Chaume. Elle aboutit d'un côté dans la rue des Blancs-Manteaux, et de l'autre dans celle du Grand-Chantier, au coin de la rue des Quatre-Fils. Cette rue est ancienne, car il en est fait mention dans les actes de 1290. Il paroît qu'elle donna son nom à une porte que Philippe-le-Bel permit d'ouvrir dans l'enceinte de Philippe-Auguste; et c'est pourquoi elle est souvent indiquée, dans les titres des quatorzième et quinzième siècles, sous le nom de la rue de la Porte-du-Chaume. Il faut observer que quand cette rue (ou chemin) eut été prolongée jusqu'aux murs du Temple, elle prit dans toute son étendue le nom de rue du Chantier-du-Temple, à cause d'un bâtiment ainsi nommé que les Templiers y avoient fait construire, et qui fait aujourd'hui partie de l'hôtel de Soubise; elle le conserve encore dans une de ses extrémités. Lorsque la porte eut été percée, la rue prit le nom de rue de la Porte-Neuve, rue Neuve-Poterne et rue d'Outre-la-Porte-Neuve. Elle reprit depuis le nom de rue du Chaume; on la retrouve ensuite sous le nom du Vieil-Braque. Sur le plan de Saint-Victor, elle est nommée grande rue de Braque; et dans Corrozet rue de la Chapelle-de-Braque. Quelques modernes lui ont donné le nom de rue de la Merci, à cause de la maison et de l'église de ces religieux; mais elle n'a jamais été inscrite sous cette dénomination à aucune de ses extrémités.

Rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Elle fait la continuation de la rue Neuve-Saint-Merri, depuis la rue Barre-du-Bec jusqu'à la Vieille rue du Temple. Cette rue fut ouverte sur un terrain qu'on appeloit le Champ aux Bretons et la Bretonnerie. Il a porté aussi, comme nous l'avons déjà dit, celui de la Terre aux Flamands; en 1232 on nommoit le chemin qui le traversoit, rue de Lagny dite la Grande-Bretonnerie, parce qu'il étoit en partie sur le fief de l'abbé de Saint-Pierre de Lagny. Ce terrain devoit sans doute son nom à une famille des Bretons ou Lebreton[395], connue par différents actes du treizième siècle, ce qui le fit donner ensuite à la rue et même aux chanoines réguliers qui s'y établirent. On y a depuis ajouté celui de Sainte-Croix qu'elle a reçu de ces mêmes chanoines. Il paroît, par tous les titres du Temple, que le commencement de cette rue s'appeloit, au quatorzième siècle, rue Agnès-la-Buschère. Elle aboutissoit au carrefour du Temple, formé par celle-ci et par les rues Neuve-Saint-Merri, Barre-du-Bec et Sainte-Avoie[396].

Rue de la Croix-Blanche. Elle aboutit au cimetière ou marché Saint-Jean et à la Vieille rue du Temple. À la fin du treizième siècle, elle étoit connue sous le nom d'Augustin-le-Faucheur. Elle est indiquée ainsi dans des lettres de Philippe-le-Hardi du mois d'août 1280, cuneum sancti Augustini Falcatoris. Ce nom a été altéré depuis par les copistes, qui ont écrit Anquetin, Anquetil, Huguetin, Annequin, Hennequin, Otin-le-Fauche, etc. Elle doit à une enseigne de la Croix-Blanche le nom qu'elle porte, nom sous lequel elle est énoncée dans un bail du 8 juillet 1448, et dans une sentence de licitation du 27 août 1639, laquelle se trouvoit dans les archives de l'archevêché.

Rue de l'Homme-Armé. Elle traverse de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie dans celle des Blancs-Manteaux. Sauval et l'abbé Lebeuf[397] avancent qu'anciennement on l'appeloit rue Pernelle-Saint-Pol. Jaillot pense qu'ils se sont trompés, attendu que cette rue Pernelle-Saint-Pol est distinguée de celle de l'Homme-Armé dans différents actes. (Voyez [cul-de-sac Pequai], rue des Blancs-Manteaux.) On ignore l'étymologie du nom de cette rue.

Rue de Moussy. Elle traverse de la rue de la Verrerie dans celle de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. À la fin du treizième siècle, elle étoit connue sous le nom du Franc-Mourier, Morier et Meurier[398]; elle est ainsi désignée sur tous les anciens plans. Corrozet ne l'appelle que ruelle descendant à la Verrerie. Les papiers censiers de l'archevêché prouvent qu'elle portoit le nom de Moussi dès 1644, quoiqu'on trouve quelques actes postérieurs qui lui conservent son premier nom.

Rue de Paradis. Elle traverse de la Vieille rue du Temple dans celle du Chaume. Son nom est dû à l'enseigne d'une maison dont il est fait mention dès 1291; et même, suivant quelques titres du Temple, dès 1287; on la nommoit rue de Paradis ou des Jardins.

Rue du Plâtre. Elle aboutit d'un côté à la rue Sainte-Avoie, et de l'autre à celle de l'Homme-Armé. Sauval dit avec raison qu'en 1240 elle s'appeloit rue Jehan-Saint-Pol, en 1280, la rue au Plâtre, et depuis rue de la Plâtrière et du Plâtre[399].

Rue du Puits. Elle traverse de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie dans celle des Blancs-Manteaux. On la connoissoit sous ce nom au treizième siècle; il ne paroît pas qu'elle en ait changé.

Rue des Singes. Elle est parallèle à la précédente, et aboutit dans les mêmes rues. Suivant Sauval[400], elle s'appeloit, en 1269, la rue Pierre-d'Estampes. Le peuple avoit altéré et changé ce nom en celui de Perriau, Perrot, Perreau-d'Estampe. On voit, dans le Dit des rues de Guillot, que, dès 1300, on l'appeloit rue à Singes, à cause d'une maison ainsi nommée. Ce nom n'a pas varié depuis[401].

Rue de la Verrerie. La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence à la rue Barre-du-Bec, et aboutit à la rue Bourg-Thiboud et au marché Saint-Jean. Dès le treizième siècle on la trouve ainsi nommée. Sauval dit que son nom vient d'une ou plusieurs verreries qui ont existé en cet endroit. Dans des lettres du chapitre de Notre-Dame, de 1185[402], il est fait mention du terrain qui va depuis la maison de Robert de Paris, rue du Renard, jusqu'à celle de Gui le Verrier ou le Vitrier, usque ad domum Guidonis Vitrearii. Il est vraisemblable que c'est du nom de ce particulier que dérive celui de la rue où il demeuroit[403].