CIRCONSCRIPTION.
L'étendue de cette paroisse présentoit une forme oblongue, accompagnée de quelques branches. Le corps principal se composoit du petit Châtelet, des rues du Petit-Pont, Saint-Julien-le-Pauvre, du Plâtre, de la Parcheminerie, des Prêtres, de Boute-Brie, du Foin, des Maçons, auxquelles il falloit ajouter la place de Sorbonne, la rue Neuve-de-Richelieu, les rues Serpente, Percée, Poupée, Mâcon, de la Bouclerie, de la Huchette, Zacharie et Saint-Séverin.
Les branches se formoient des rues qui n'entroient qu'en partie dans cette paroisse, et qui en marquoient les limites; savoir, partie du côté gauche et du côté droit de la rue de la Bûcherie et de la rue Galande; le côté droit de la rue des Anglois; partie de la rue des Noyers; les deux côtés de la rue Saint-Jacques dans une certaine étendue; le couvent des Mathurins et quelques maisons dans la rue du même nom; deux maisons dans la rue de Sorbonne; la rue de la Harpe à gauche, jusqu'à la rue Neuve-de-Richelieu, à droite jusqu'à la rue Serpente; partie des rues d'Enfer, de Hautefeuille et Saint-André-des-Arcs; une seule maison dans la rue Sarrasin.
Il y avoit dans cette église un assez grand nombre de chapelles fondées à diverses époques, et dont l'abbé Lebeuf a donné le détail. Ce même auteur prétend que c'est une des premières églises de Paris où l'on ait vu des orgues; il y en avoit dès le règne du roi Jean[541].
La maison et le presbytère de cette communauté, destinée à l'instruction des pauvres filles, avoit son entrée dans la rue des Prêtres-Saint-Séverin, où est aussi la principale entrée de l'église paroissiale dont nous venons de parler.
LES RELIGIEUX DE LA SAINTE-TRINITÉ
DE LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS,
DITS LES MATHURINS.
Cet ordre fut institué par Jean de Matha et par Félix de Valois, ainsi nommé du lieu de sa naissance ou de celui de sa demeure. La pieuse simplicité d'un ancien historien a voulu répandre sur l'origine de cette fondation quelque chose de miraculeux, l'appuyer sur des visions, sur des révélations dont nous croyons inutile de parler[542]. Il est plus vraisemblable qu'il dut son établissement à la pitié qu'inspira aux deux fondateurs l'état malheureux auquel étoient réduits les chrétiens que le mauvais succès des croisades avoit rendus esclaves des Sarrasins. Jean de Matha conçut le premier le projet de consacrer sa vie à chercher les moyens de racheter ces pauvres captifs; et Félix de Valois, à qui il le communiqua, s'associa avec joie à une aussi charitable entreprise. Une bulle du pape Innocent III autorisa, en 1198, le nouvel institut; une seconde le confirma en 1199; et, dix ans après, ce même pontife donna à Jean de Matha la maison et l'église de Saint-Thomas sur le mont Célius. Cet ordre, qui ne tarda pas à s'introduire en France, s'y étendit par la protection de Philippe-Auguste, et par les libéralités de plusieurs personnages d'une haute distinction. Gaucher III de Chastillon donna d'abord à ces religieux un terrain propre à bâtir un monastère; mais le nombre de ceux qui se présentoient pour embrasser la règle nouvelle devenant trop considérable pour qu'il leur fût possible de se loger dans un lieu aussi resserré, ce seigneur ajouta au don qu'il leur avoit déjà fait, celui du lieu même où les deux fondateurs avoient concerté ensemble pour la première fois le dessein de racheter les captifs. Cet endroit, nommé Cerfroid, est situé entre Gandelu et la Ferté-Milon, sur les confins du Valois.
On ne sait point précisément en quelle année les Trinitaires vinrent s'établir à Paris; mais on voit par un acte de l'année 1209 qu'à cette époque ils y avoient déjà une maison[543]. Ils occupoient un hôpital ou aumônerie, appelée de Saint-Benoît; et un acte capitulaire de leur chapitre général, tenu à Cerfroid, en 1230[544], semble prouver qu'ils devoient cette demeure à la libéralité de l'évêque et du chapitre de Paris. La chapelle de cette aumônerie étoit sous le titre de Saint-Mathurin, dont elle possédoit quelques reliques: c'est de là que les religieux de la Sainte-Trinité en prirent le nom, qu'ils communiquèrent ensuite à la rue dans laquelle ils demeuroient, et à toutes les maisons de leur ordre établies en France.
Les bâtiments de cette maison furent augmentés peu à peu par les libéralités de saint Louis et de Jeanne, fille du comte de Vendôme, ainsi que par les acquisitions successives que firent les religieux. Le cloître, construit en 1219, par les soins d'un de leurs ministres[545], fut rebâti vers la fin du quinzième siècle, par Robert Gaguin, qui étoit aussi ministre ou général de l'ordre. Il fut encore reconstruit vers la fin du dix-huitième siècle. Ce même général avoit aussi fait rebâtir, agrandir et décorer l'église, dont l'ancien portail, élevé en 1406, étoit tourné du côté de la rue Saint-Jacques. Il fut détruit en 1610 pour élargir la rue, et en 1613 on acheva les bâtiments qui jusqu'alors étoient restés imparfaits. On n'y entroit alors que par une petite porte qui a subsisté jusqu'aux derniers temps dans la rue des Mathurins. Enfin on construisit, en 1729, un nouveau portail et une cour fermée par une grille[546].
L'Université tenoit ses assemblées dans une salle de cette maison depuis le treizième siècle. Mais elle les transféra en 1764 au collége de Louis-le-Grand, dont la possession venoit de lui être accordée.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES MATHURINS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Assomption; sans nom d'auteur. Sur les côtés, deux religieux de l'ordre, peints en grisaille, et sur les panneaux de menuiserie placés au-dessus des stalles du chœur, la vie de saint Jean de Matha et du B. Félix de Valois, en dix-neuf tableaux; par Théodore Van Tulden, élève de Rubens.
Plusieurs grands tableaux placés dans la nef; sans nom d'auteurs, et exécutés aux frais de Louis Petit, général de l'ordre.
SCULPTURES.
Sur le couronnement du tabernacle, lequel étoit richement décoré de pilastres et de bronzes dorés, un ange tenant les chaînes de deux captifs agenouillés sur les angles de l'entablement.
Sur l'entablement de la grille qui séparoit la nef du chœur, deux figures d'anges; par Guillain.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Robert Gaguin, historien du quinzième siècle, vingtième général de l'ordre, mort en 1501[547].
Jean de Sacro Bosco, célèbre mathématicien.
François Balduni, savant jurisconsulte.
Sur la droite du cloître de cette maison, à côté d'une petite statue de la Vierge, on trouvoit une tombe plate sur laquelle étoient représentés deux hommes enveloppés dans des suaires. Autour de la tombe étoit gravée l'épitaphe suivante:
Hìc subtùs Jacent Leodegarius du Moussel de Normaniâ, et Olivarius Bourgeois de Britanniâ oriundi, clerici scholares, quondam ducti ad justitiam sæcularem, ubi obierunt, restituti honorificè, et hìc sepulti. Anno Domini 1408 die 16 mensis maii[548].
La bibliothèque de ces chanoines réguliers étoit composée de cinq à six mille volumes, parmi lesquels il se trouvoit quelques manuscrits précieux[549].