CIRCONSCRIPTION.
Les limites de cette paroisse ont excité, dans le dix-septième siècle, de vives contestations qu'il seroit fastidieux de rapporter. Il paroît qu'elle s'étendoit réellement d'un côté jusqu'aux confins de celle de Saint-Benoît; qu'elle avoit le terrain qui entouroit la porte Saint-Michel depuis le lieu dit anciennement le Parloir-aux-Bourgeois jusque vis-à-vis la rue de Vaugirard. Une transaction qu'elle fit avec l'abbaye Saint-Germain lui enleva quelques maisons dans les rues d'Enfer et Vaugirard, pour l'agrandir d'un autre côté, de manière que, dans les derniers temps, elle se renfermoit dans les rues suivantes:
À partir de l'église, elle avoit le côté droit de la rue de la Harpe, à l'exception du collége d'Harcourt; partie de la place Saint-Michel et de la rue Sainte-Hyacinthe, des deux côtés; la rue Saint-Thomas; la gauche de la rue d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Dominique; le côté droit de la rue Sainte-Catherine; en revenant, le côté droit de la rue des Fossés-de-Monsieur-le-Prince jusqu'à celle de l'Observance, qu'elle renfermoit en entier avec le couvent des Cordeliers; partie de la rue qui portoit ce nom, des deux côtés; la rue du Paon tout entière avec son cul-de-sac; partie de la rue du Jardinet et de celle du Battoir; la rue Mignon tout entière.
L'ACADÉMIE ROYALE DE CHIRURGIE.
L'importance et la beauté du monument consacré aux travaux de cette société savante nous déterminent à intervertir ici l'ordre naturel de cet ouvrage, qui semble lui assigner sa place parmi les écoles et les colléges. Cette exception, que nous avons déjà faite pour plusieurs maisons religieuses, sera renouvelée encore dans ce même quartier, en faveur de l'église et de la maison de Sorbonne.
La chirurgie fut d'abord en honneur dans l'Europe entière lors de la renaissance des lettres, parce que, dans la pratique comme dans la théorie, ceux qui exerçoient l'art de guérir l'avoient d'abord réunie à la médecine; mais elle tomba bientôt dans un profond avilissement, lorsque, par un dédain absurde, les médecins jugèrent à propos de la séparer de leur art, et de l'abandonner comme une profession purement mécanique, à la main des barbiers, qu'ils se contentoient de diriger dans les opérations chirurgicales et dans l'application des remèdes extérieurs. Cet arrangement bizarre la perdit sans ressource en Allemagne et en Italie, où elle avoit d'abord brillé du plus grand éclat. Il n'en fut pas de même en France, parce que, long-temps avant l'époque qui ramena les sciences et les arts en Occident, les chirurgiens formoient déjà un corps savant, à la vérité uniquement occupé de l'art chirurgical, mais à qui l'on avoit du moins accordé le droit d'unir la théorie à la pratique. Ce fut Jean Pitard, chirurgien de Saint-Louis, qui le premier pensa à réunir une société de gens de sa profession, à laquelle pût s'attacher la confiance publique que le charlatanisme d'une foule d'empiriques avoit alors fort indisposée contre l'art de la chirurgie. Il obtint d'abord de ce prince, en sa qualité de chirurgien du roi au Châtelet, une charte qui lui donnoit le pouvoir d'examiner et d'approuver, dans toute l'étendue de la ville, prévôté et vicomté de Paris, tous ceux qui voudroient y exercer l'art de la chirurgie. Cette charte fut bientôt suivie d'une permission de former un corps de chirurgiens, pour lequel il fit des statuts et des réglements. Ce corps toutefois ne fut entièrement établi qu'en 1278, sous le titre de confrérie; on en confirma pour lors les priviléges, et la nouvelle confrérie fut mise sous l'invocation de Saint-Côme et de Saint-Damien. Cette compagnie n'étoit alors composée que de gens lettrés et d'une capacité éprouvée; et une suite d'ordonnances de nos rois, depuis Philippe-le-Bel jusqu'à Charles VI[567], a pour objet de maintenir une juste sévérité dans l'examen de ceux qui se destinoient à exercer la chirurgie. En 1436, on trouve que le corps des chirurgiens fut agrégé à l'Université: ils avoient déjà adopté la pieuse et ancienne coutume introduite depuis long-temps parmi les médecins, de donner des consultations gratuites à l'entrée des églises. Un des statuts de la confrérie portoit qu'ils s'assembleroient le premier lundi de chaque mois à Saint-Côme, pour examiner les pauvres malades qui se présenteroient, et leur fournir les médicaments qui leur seroient nécessaires. Ce fut en conséquence de cette disposition que les curé et marguilliers de cette paroisse firent construire, vers 1561, au bas de leur église, un bâtiment destiné à cette œuvre de charité.
Cependant, l'orgueil ou la jalousie des médecins pensa détruire une aussi sage institution; et il ne tint pas à eux que la chirurgie ne retombât parmi nous dans l'avilissement complet où elle étoit chez nos voisins: car, après de longues dissensions, dont l'objet étoit de soutenir des prétentions déraisonnables, la faculté de médecine, par une imitation honteuse des médecins étrangers, appela les barbiers à l'exercice de la chirurgie, les initia ensuite aux grandes opérations de l'art, et parvint enfin à les faire unir au corps des chirurgiens. Le mépris dans lequel cette indigne alliance le fit tomber fut tel, qu'un arrêt solennel le dépouilla, en 1660, de tous les honneurs littéraires. Cependant, par une espèce de prodige, la théorie s'y conserva; une suite d'hommes aussi habiles que courageux transmit fidèlement les traditions, l'art fit chaque jour de nouveaux progrès, et ces progrès devinrent si remarquables, que le gouvernement sentit enfin qu'il étoit aussi juste qu'honorable de rétablir la chirurgie dans son état primitif. Une loi rendue en 1724 ordonna d'abord l'établissement de cinq professeurs royaux pour enseigner la théorie et la pratique de l'art; en 1731, l'académie royale de chirurgie fut formée dans l'association de Saint-Côme; enfin, en 1743, cette agrégation humiliante des chirurgiens-barbiers fut entièrement supprimée; et l'arrêt qui ordonnoit leur suppression, mettant la chirurgie au nombre des arts libéraux, et lui en accordant tous les honneurs, droits et prérogatives, assimile le collége des chirurgiens au collége Royal, et à celui de Louis-le-Grand.
L'augmentation de la confrérie et l'association des barbiers avoient forcé d'accroître les bâtiments qui lui étoient destinés. On avoit acheté quelques maisons voisines, élevé en 1671 un amphithéâtre anatomique, ajouté en 1706 une salle et de nouveaux bâtiments; mais toutes ces additions n'empêchant pas ce local d'être incommode et insuffisant, La Martinière, premier chirurgien de Louis XV, demanda l'emplacement du collége de Bourgogne, situé dans la même rue, pour y élever un plus vaste bâtiment. Il l'obtint; le collége fut démoli, et sur ce terrain on construisit l'école de chirurgie dont il nous reste à parler. Le roi en posa la première pierre en 1769, et l'exécution en fut confiée à M. Gondouin, architecte qui ne s'étoit encore fait connoître par aucuns travaux importants.
Un style pur, noble, simple, et qui ne ressembloit en rien à tout ce qui se bâtissoit alors, attira tous les yeux, réunit tous les suffrages. Les gens de l'art y reconnurent la majesté de l'architecture romaine, dépouillée de ses riches superfluités, et rapprochée de la simplicité des monuments de la Grèce.
Cet édifice se compose de quatre corps de bâtiments, formant une cour de onze toises de profondeur sur seize de largeur; la façade sur la rue en a trente-trois; un péristyle de quatre rangs de colonnes réunit les deux ailes: le bâtiment du fond est un amphithéâtre éclairé par en haut, et qui peut contenir douze cents personnes. Dans les deux ailes sont placées les diverses salles de démonstration et d'administration: elles renferment en outre un grand cabinet d'anatomie humaine, un autre de pièces anatomiques modelées en cire, une bibliothèque publique, une collection de tous les instruments employés dans la chirurgie.
La décoration extérieure consiste, dans toute l'étendue de la façade et au pourtour de la cour, en un ordre ionique qui n'excède pas la hauteur du rez-de-chaussée; au fond est un péristyle de six colonnes corinthiennes d'un plus grand module, couronné d'un fronton, dans le tympan duquel un bas-relief offre la Théorie et la Pratique se donnant la main, et jurant sur l'autel d'Esculape de demeurer unies pour le soulagement de l'humanité. Sur le mur du fond, dans la partie la plus élevée, cinq médaillons offrent les portraits de cinq chirurgiens célèbres[568].
Le mérite de ce péristyle, bien supérieur à toutes les décorations de ce genre que peuvent offrir d'autres monuments de la capitale, consiste principalement dans le juste rapport des parties avec l'ensemble. Les colonnes posent seulement sur quelques marches élevées au-dessus du sol, et ne sont point anéanties dans leur effet, comme dans le fameux péristyle du Louvre, par un soubassement d'une hauteur excessive. La masse de l'entablement et du fronton qui le couronne ne présente pas, comme au péristyle de Sainte-Geneviève, dont les colonnes sont placées à de trop grands intervalles, un poids énorme qui fatigue l'œil. Rapprochées ici les unes des autres dans une juste proportion, on voit qu'elles supportent sans effort le couronnement de cet élégant édifice.
Le grand bas-relief placé au-dessus de la porte représente, dans une composition allégorique, le Gouvernement accordant des grâces et des priviléges à la chirurgie; il est accompagné de la Sagesse et de la Bienfaisance: le génie des arts lui présente le plan de l'école. Toutes ces sculptures, extrêmement médiocres, sont de Berruer.
Pour l'intérieur du monument, l'architecte a adopté un genre de décoration qui peut remplacer avantageusement la sculpture: c'est la peinture à fresque. On voit dans l'escalier la statue d'Hygie, déesse de la santé; dans une salle du rez-de-chaussée, six figures imitant le bas-relief; dans l'amphithéâtre un grand morceau en grisaille, offrant un sujet allégorique, le tout exécuté par Gibelin. Au-dessous de ce dernier tableau sont les bustes des deux fondateurs de l'académie de chirurgie, La Peyronie et La Martinière, tous les deux de la main de Le Moine. Cette école possédoit autrefois une statue de Louis XV par Tassaer.
Il est peu d'édifices conçus avec autant de goût et distribués aussi heureusement que celui-ci. La critique, réduite à ne pouvoir attaquer que certains détails de la décoration extérieure, est forcée de se taire en considérant l'ensemble élégant et majestueux du monument. Placé dans une rue étroite, il étoit impossible autrefois de jouir du développement de sa façade; la démolition de l'église des Cordeliers a formé devant lui une place vague qui en détruit également l'effet[569].
L'académie de chirurgie, dirigée par le ministre de Paris, se composoit d'un président, premier chirurgien du roi; d'un directeur, d'un vice-directeur et de plusieurs autres officiers tirés des quarante conseillers qui formoient le comité perpétuel de l'académie. Il y avoit vingt adjoints à ce comité; tous les autres maîtres en chirurgie du collége étoient académiciens libres.
Dix-sept professeurs donnant tous les jours des leçons sur les diverses parties de la chirurgie, étoient distribués de la manière suivante:
- Deux pour la physiologie.
- Deux pour la pathologie chirurgicale.
- Deux pour l'hygiène.
- Deux pour l'anatomie.
- Deux pour les opérations.
- Deux pour les maladies des yeux.
- Deux pour les accouchements.
- Un pour la chimie.
- Deux pour l'école pratique de dissection.
Cette compagnie avoit une assemblée publique, dans laquelle elle distribuoit des prix fondés par plusieurs de ses membres les plus célèbres[570].
LES CORDELIERS.
Cet ordre religieux, institué en 1208 par saint François, près d'Assise en Ombrie, et approuvé l'année suivante, fit des progrès si rapides, qu'au premier chapitre, tenu en 1219, on comptoit déjà plus de cinq mille députés. Ils avoient d'abord pris le nom de Prédicateurs de la Pénitence, mais leur instituteur voulut, par humilité, qu'ils s'appelassent Frères Mineurs; il ordonna même que le chef ou général de l'ordre ne prît que le simple titre de ministre. Nos historiens s'accordent à fixer leur arrivée à Paris de 1216 à 1217[571]; mais Jaillot présume qu'il y a ici quelque erreur: car il en résulteroit que ces religieux seroient restés treize à quatorze ans à Paris sans établissement fixe, puisque c'est seulement en 1230 qu'ils se fixèrent dans le lieu qu'ils ont occupé jusque dans les derniers temps. Cet emplacement leur fut cédé à titre de prêt par l'abbé et le couvent Saint-Germain, sous la condition qu'ils ne pourroient avoir ni chapelle publique, ni cimetière, ni cloches pour appeler les fidèles au service divin, et que si par la suite ils venoient à quitter cette demeure, le couvent de Saint-Germain rentreroit dans la propriété des lieux cédés, et des augmentations qu'on y auroit faites. Telle est la forme de l'acte de concession[572]; mais Jaillot prétend et prouve, ce nous semble, très-bien que ce prétendu prêt étoit une cession véritable que l'on avoit déguisée sous ce titre, pour ne pas violer en apparence le vœu de pauvreté absolue si rigoureusement ordonné par saint François à ses religieux; et qu'en effet ce fut saint Louis qui acheta de l'abbaye tout ce qu'elle paroissoit prêter aux Cordeliers. Plusieurs actes cités par lui viennent à l'appui de son opinion.
Les religieux de Saint-Germain ne tardèrent pas à se relâcher de ces conditions sévères qu'ils avoient imposées d'abord aux frères mineurs; et dès 1240 on voit que non-seulement ils leur permirent d'avoir une église, un cimetière et des cloches, mais encore qu'ils consentirent en leur faveur à l'aliénation de deux pièces de terre que des personnes pieuses vouloient acquérir pour eux, dont l'une étoit contiguë à leur couvent, et l'autre située au-delà des murs. Saint Louis se chargea de faire bâtir leur église, et y consacra une partie de l'amende de dix mille livres, à laquelle il avoit condamné Enguerrand de Couci[573]. Elle ne fut dédiée que le 6 juin 1262, sous le titre de Sainte-Magdeleine. Depuis, ces religieux firent encore, sur les terres de l'abbé de Saint-Germain, diverses acquisitions que celui-ci voulut bien leur amortir; et en 1298, Philippe-le-Hardi leur donna la rue qui régnoit le long des murs, depuis la porte d'Enfer jusqu'à celle de Saint-Germain. Mais dans le siècle suivant, la nécessité où l'on se trouva de fortifier la ville, lors de la prison du roi Jean, ayant forcé d'abattre les maisons qu'ils avoient bâties sur ce terrain, et de détruire une partie de leurs vignes pour creuser des fossés, Charles V crut devoir les en dédommager en leur donnant la propriété de deux maisons situées rue de la Harpe et de Saint-Côme, qu'il avoit achetées des religieux de Molême; et de ses propres deniers fit construire pour eux de grandes écoles et plusieurs autres bâtiments. Ils reçurent à différentes époques des marques non moins éclatantes de la générosité de plusieurs illustres personnages. Ce fut Anne de Bretagne qui fit rebâtir leur réfectoire, lequel avoit cent soixante-douze pieds de long sur quarante-trois de large. Un incendie, arrivé en 1580, ayant détruit leur église presque de fond en comble[574], elle fut reconstruite sur les mêmes fondements par les libéralités de Henri III, des chevaliers du Saint-Esprit et autres personnes de considération. On commença les travaux en 1582. En 1585 le chœur fut fini, et dédié sous l'invocation de Sainte-Magdeleine. Les largesses du président de Thou, de son fils Jacques-Auguste de Thou et de quelques autres, fournirent les moyens de continuer la nef, qui fut achevée en 1606. En 1672 on bâtit la chapelle du tiers-ordre de Saint-François, laquelle fut dédiée sous le nom de Sainte-Élisabeth; enfin, en 1673, ces religieux firent reconstruire leur cloître et élever au-dessus de vastes dortoirs. On mit alors sur la porte cette inscription: le grand couvent de l'observance de Saint-François, 1673[575]. Toutefois ces bâtiments ne furent achevés que dix ans après.
L'église des cordeliers passoit pour une des plus grandes de Paris: c'étoit un immense vaisseau de trois cent vingt pieds de long sur plus de quatre-vingt-dix de large, sans compter les chapelles des bas-côtés. Le bâtiment n'en étoit point voûté, mais seulement plafonné d'une charpente dont la couleur enfumée par le temps y répandoit une grande obscurité et la rendoit d'un aspect désagréable; mais elle contenoit un assez grand nombre d'illustres sépultures qui la rendoient digne de l'attention des curieux[576].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CORDELIERS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, décoré d'un très-beau tabernacle en marbre, la Nativité de Notre-Seigneur; par Franck.
Dans la chapelle des Gougenot, une Annonciation; par Vien.
Dans une frise qui régnoit autour de la salle du chapitre, des têtes de cardinaux, patriarches, généraux, saints et saintes de l'ordre de Saint-François, peintes dans de petits compartiments.
SCULPTURES.
Dans deux niches qui accompagnoient le jubé, les statues de saint Pierre et de saint Paul.
Dans la chapelle des Gougenot, sur le devant de l'autel, un bas-relief en pierre de liais représentant l'ensevelissement de Notre-Seigneur; par Jean Goujon. (Ce morceau de sculpture venoit de la démolition de l'ancien jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois)[577].
Sur le portail de l'église, du côté de la rue de l'Observance, une statue de saint Louis, estimée des antiquaires, et que l'on disoit très-ressemblante.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans cette église ont été inhumés:
Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, décapité en place de Grève le 19 décembre 1475.
Derrière le chœur et à côté du grand autel, Pierre Filhol, archevêque d'Aix, lieutenant général du roi au gouvernement de Paris, mort en 1540. (Sa statue étoit couchée sur son tombeau)[578].
Albert Pio, prince de Carpi, mort à Paris en 1535. (Il étoit représenté en bronze, à demi couché sur son tombeau)[579].
Alexandre de Hales, religieux de cet ordre, dit le docteur irréfragable et maître de saint Thomas et de saint Bonaventure, mort en 1245.
Jean de La Haye, du même ordre, prédicateur ordinaire d'Anne d'Autriche, mort en 1661.
Bernard de Beon et du Massé, seigneur de Bouteville, conseiller et lieutenant du roi, etc., mort en 1607.
André Thevet, cosmographe de quatre rois, mort en 1590.
François de Belleforêt, écrivain du seizième siècle, mort en 1583.
Dans une chapelle, Gilles-le-Maître, premier président au parlement de Paris, mort en 1562. (On voyoit sa statue sur son tombeau)[580].
Dans la chapelle de Gondi, don Antoine, prétendu roi de Portugal, mort en 1595.
Don Diego Bothelh, seigneur portugais qui s'étoit attaché à sa fortune, mort en 1607.
Dans la chapelle des Longueil, plusieurs membres de cette famille, entre autres Antoine de Longueil, évêque de Saint-Pol-de-Léon, mort en 1500. (Sa statue étoit couchée sur une tombe placée dans l'épaisseur du mur)[581].
Dans la chapelle des Besançon, plusieurs magistrats de ce nom et des familles de Bullion et de Lamoignon, qui en descendent. (Dans cette chapelle on voyoit sur un tombeau de marbre noir le buste de M. de Bullion, surintendant des finances, mort en 1640)[582].
Dans la chapelle des Briçonnet, plusieurs membres de cette famille illustre dans la magistrature. (Quatre bustes chargés d'inscriptions offroient les images de quatre d'entre eux[583], et à l'un des piliers on voyoit un squelette qui tenoit entre ses mains l'épitaphe de Catherine Briçonnet, épouse d'Adrien du Drac, morte en 1680.)
Vis-à-vis la chapelle du Saint-Sépulcre, Jean de Rouen, savant professeur de langues anciennes, mort en 1615.
Dans la chapelle Sainte-Élisabeth, Claude-Françoise de Pouilly, marquise d'Esne, etc., femme d'Alexandre, marquis de Redon, etc., morte en 1672.
Dans la chapelle des Gougenot, plusieurs membres de cette famille, et entre autres l'abbé Gougenot, prieur de Maintenay, associé libre de l'académie de peinture et sculpture, mort en 1767[584].
Plusieurs autres familles distinguées, telles que celles des Aîmeret, des Riantz-Villeray, des Hardi-la-Trousse, des La Palu-Bouligneux, des Vertamon, des Faucon-de-Ris, etc., avoient leurs sépultures dans cette église.
Dans la salle du chapitre:
Sous une tombe plate, Nicolas de Lyre, docteur en théologie, religieux Cordelier, et l'un des plus savants hommes de son siècle, mort en 1340.
Le couvent des Cordeliers occupoit un très-vaste emplacement, mais se composoit d'un mélange de bâtiments anciens et sans symétrie, et de bâtiments modernes et réguliers. Le cloître étoit le plus vaste et le plus beau qu'il y eût à Paris. Le réfectoire, les dortoirs méritoient d'être vus. La bibliothèque, composée d'environ vingt-quatre mille volumes, étoit répartie en deux grandes pièces et trois cabinets. On y conservoit des manuscrits précieux donnés à cette maison par saint Louis, qui, comme on sait, légua ses livres, par égale portion, à ces pères et aux Jacobins de la rue Saint-Jacques. Ils possédoient aussi une collection de manuscrits grecs qui leur avoit été donnée par Marie de Médicis.
Deux confréries fameuses, celle du tiers ordre de Saint-François et celle du Saint-Sépulcre avoient été établies ou transportées dans l'église de ce couvent: saint Louis fut de la dernière, laquelle existoit avant l'arrivée des Cordeliers à Paris. C'étoit aussi dans une des salles de leur maison que se tenoient régulièrement, deux fois par an, les assemblées des chevaliers de l'ordre royal de Saint-Michel.
Ce monastère servoit de collége aux jeunes religieux de l'ordre qui venoient à Paris étudier la théologie. Parmi le grand nombre de ceux qui s'y sont illustrés, on distingue Alexandre de Hales, saint Bonaventure, Nicolas de Lyre, Jean Duns, dit Scot, surnommé le docteur subtil, etc. Cet ordre a aussi donné à l'église quelques papes et plusieurs cardinaux[585].
LA SORBONNE.
Cette belle institution devoit son origine à Robert, dit de Sorbon ou Sorbonne, lieu de sa naissance, situé dans le Rhételois. Né dans l'obscurité, il étoit parvenu par sa science et par ses vertus à mériter l'estime et les faveurs de saint Louis, dont il fut le chapelain et non le confesseur, comme quelques-uns l'ont avancé. Dans ce haut degré de fortune, Robert se ressouvint des obstacles que sa pauvreté avoit apportés à ses études, et surtout des difficultés qu'on éprouvoit à parvenir au doctorat quand on étoit né comme lui absolument sans biens. Ce fut pour aplanir ces difficultés qui pouvoient enlever à l'Église un grand nombre d'habiles défenseurs, qu'il forma le dessein d'établir une société d'ecclésiastiques séculiers qui, vivant en commun et dégagés de toute inquiétude sur les besoins de la vie, ne seroient occupés que du soin d'étudier et de donner gratuitement des leçons. Du Boulai et ceux qui l'ont suivi ne nous présentent ce collége que comme un établissement fondé en faveur de seize pauvres écoliers; mais le titre seul qu'il portoit prouve le contraire: on voit qu'il s'appeloit dès le principe la Communauté des pauvres maîtres, et que ses membres étoient, quelques années après, désignés ainsi: Pauperes magistri de vico ad portas[586]. «C'étoit, dit l'historien de l'Université[587], aux pauvres que Robert prétendoit fournir des secours. La pauvreté étoit l'attribut propre de la maison de Sorbonne; elle en a conservé long-temps la réalité avec le titre, et depuis même que les libéralités du cardinal de Richelieu l'ont enrichie, elle a toujours retenu l'épithète de Pauvre, comme son premier titre de noblesse.» Elle la conserva jusque dans les derniers temps, et les actes publics l'ont toujours qualifiée pauperrima domus, exemple rare et vraiment admirable d'humilité chrétienne, humilité dont son fondateur lui avoit du reste fourni le modèle: car on ne voit point qu'il ait voulu faire porter son nom à ce collége, et l'on sait qu'il se contenta du titre de Proviseur, plus simple alors qu'il ne l'est aujourd'hui.
Nos historiens ont extrêmement varié sur l'époque de la fondation de cet établissement; et la plupart, rapportant les lettres de concession accordées par saint Louis et datées de Paris l'an 1250, n'ont pas fait attention en adoptant cette date qu'alors saint Louis étoit en Afrique depuis deux ans, et par conséquent qu'elle ne pouvoit être qu'une erreur de copiste. L'abbé Ladvocat, docteur et bibliothécaire de ce collége, est tombé dans une erreur à peu près semblable, lorsque, d'après des inscriptions gravées dans la maison même de Sorbonne, il fixe cette fondation à l'année 1253, puisque saint Louis ne revint en France que l'année suivante. Il a du reste reconnu cette erreur; et en examinant avec attention tous les actes relatifs à la fondation de la Sorbonne, il faut, avec raison, la reculer jusqu'à l'année 1256.
Une erreur plus grave est celle de Piganiol[588], qui présente comme fondateur de cette maison Robert de Douai, chanoine de Senlis et médecin de la reine Marguerite de Provence. Il cite à ce sujet le testament de ce personnage; mais, s'il l'avoit lu avec attention, il eût reconnu d'abord que ce titre, daté de 1258, est postérieur à l'érection du collége, ensuite que le testateur n'a d'autre intention, en faisant un legs, que d'augmenter une fondation déjà faite. Robert de Douai fut le bienfaiteur de la nouvelle institution et non son fondateur; et ce titre il le partagea avec Guillaume de Chartres, chanoine de cette ville, Guillaume de Némont, chanoine de Melun, tous deux chapelains de saint Louis, et même avec ce prince, qui, malgré toutes les libéralités dont il combla ce collége, n'en fut jamais appelé le fondateur[589].
Si nous reprenons l'histoire de cette fondation, nous trouvons que Robert de Sorbonne, ayant acquis ou échangé avec saint Louis quelques maisons dans la rue Coupe-Gueule et dans la rue voisine[590], y fit bâtir les premiers édifices de son collége et une chapelle. Il acquit ensuite de Guillaume de Cambrai ce qui restoit de terrain et de maisons jusqu'à la rue des Poirées; et, considérant que l'établissement qu'il venoit de former n'étoit destiné que pour des théologiens, il imagina de faire élever sur une partie de l'emplacement qu'il venoit d'acquérir un collége dans lequel on enseigneroit les humanités et la philosophie, et où l'on prépareroit ainsi des élèves propres à entrer dans les écoles de Sorbonne. Ce collége, achevé en 1271, reçut le nom de Calvi ou la Petite-Sorbonne; la chapelle, dédiée d'abord à la sainte Vierge, fut rebâtie en 1326, et mise, en 1347, sous la même invocation et sous celle de sainte Ursule et de ses compagnes, dont l'église célébroit la fête le 21 octobre, jour de la dédicace.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au ministère du cardinal de Richelieu. Ce ministre, qui aimoit tout ce qui avoit de l'éclat, pensa qu'il feroit une chose utile pour sa gloire s'il faisoit rebâtir avec une magnificence digne de lui le collége dans lequel il avoit étudié la théologie. L'architecte Le Mercier, qui avoit déjà bâti pour lui le Palais-Royal, fut chargé de lui présenter un plan, tant pour la construction d'une église que pour celle des bâtiments qui devoient l'accompagner. La première pierre de la maison[591] fut posée en 1627 par l'archevêque de Rouen; il posa lui-même celle de l'église en 1635. Cependant elle ne fut achevée que long-temps après sa mort, en 1653, comme le constatoit une inscription attachée au portail du côté de la cour.
Cette église, dont l'architecture a été présentée par tous les historiens de Paris comme un chef-d'œuvre digne de la plus grande admiration, se compose du côté de la place d'un portail décoré de deux ordres corinthien et composite élevés l'un sur l'autre, et assez semblable pour la masse à celui du Val-de-Grâce. Du côté de la cour, l'édifice est également terminé par un portail qui n'a qu'un seul ordre; il est élevé sur des marches, couronné d'un fronton, et, à quelques égards, conçu d'après le système du portique du Panthéon à Rome; mais l'espacement inégal des colonnes et leur accouplement aux angles de cette construction nuisent beaucoup à sa beauté. Le reste de cette façade, ouverte par deux étages de croisées, manque de caractère; la multiplicité des corps et des profils en détruit l'effet, et lui donne autant l'air d'un palais que d'une église. Au milieu de ces deux morceaux d'architecture s'élève un dôme dont les campanilles trop petites ne donnent point à l'ensemble cette forme pyramidale qui rend si agréable l'aspect de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres. Au total, il y a plus de richesse et de prétention que de véritable beauté dans cette composition.
L'intérieur, décoré d'un ordre de pilastres couronné par une corniche, étoit remarquable par l'éclat des marbres qui brilloient dans le pavement et dans les deux autels placés en face de chaque portail, ainsi que par les belles peintures que Philippe de Champagne avoit exécutées dans quelques parties du dôme; mais les curieux y admiroient surtout le mausolée du cardinal de Richelieu, lequel passoit pour le chef-d'œuvre de Girardon[592].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SORBONNE.
TABLEAUX.
Au-dessus du grand autel, le Père Éternel dans une gloire; par Le Brun.
Dans une des petites chapelles pratiquées dans l'épaisseur des piliers du dôme, la prédication de saint Antoine; par Noël-Nicolas Coypel.
Dans une autre, saint Hilaire, évêque de Poitiers; par le même.
Dans une troisième, saint Paul recouvrant la vue; par Brenet. Dans les pendentifs du dôme, les quatre Pères de l'église, peints à fresque par Philippe de Champagne.
Dans la grande salle des actes, les portraits des papes depuis Benoît XIV, donnés successivement à la Sorbonne par chacun des pontifes régnant; ceux de Louis XV, du roi Stanislas, de Louis XVI et de quelques proviseurs de la maison, depuis le cardinal de Richelieu.
Dans la bibliothèque, le portrait en pied du cardinal; celui de Michel Le Masle, son secrétaire; un portrait très-ressemblant du célèbre Érasme, et ceux de plusieurs autres hommes célèbres.
SCULPTURES.
Sur le grand autel, construit d'après les dessins de Bullet, et décoré de six colonnes corinthiennes avec bases et chapiteaux de bronze doré, un Christ de marbre blanc de six à sept pieds de proportion sur un fond de marbre noir; par Michel Anguier.
Sur le fronton qui couronnoit cette ordonnance, deux anges; par Tuby et Vancleve.
Entre les colonnes, une statue de la Vierge en marbre; par Louis Le Comte; un saint Jean l'Évangéliste; par Cadène.
Entre les pilastres de la nef, les statues des douze Apôtres et plusieurs anges de grandeur naturelle; par Berthelot et Guillain.
Dans la chapelle de la Vierge, une statue de cette mère du Sauveur tenant l'enfant Jésus entre ses bras; par Desjardins.
Dans la bibliothèque, le buste en bronze du cardinal de Richelieu; par Jean Varin[593].
SÉPULTURES.
Au milieu du chœur, le mausolée de ce fameux ministre, exécuté par Girardon[594]. Le corps du cardinal étoit déposé dans un caveau pratiqué au-dessous de ce monument.
La bibliothèque, l'une des plus nombreuses et des plus précieuses de Paris, contenoit près de soixante mille volumes et cinq mille manuscrits, parmi lesquels dominoient les ouvrages de théologie. On y comptoit environ huit cents bibles différentes, dont plusieurs étoient des premiers temps de l'imprimerie; plusieurs manuscrits sur vélin ornés de miniatures et de vignettes dorées; une collection d'estampes très-rares; des globes d'une grande dimension; une sphère armillaire en cuivre, etc., etc.
Quant au régime intérieur de cette maison, il paroît certain que, dès les premiers temps, on y admit des docteurs, des bacheliers, boursiers et non boursiers, de pauvres étudiants: il y en avoit même encore à la fin du siècle dernier. Ceux qui l'habitoient furent dès-lors distingués par les noms d'hôtes et d'associés, et on les recevoit de quelque pays qu'ils pussent être. Ce premier réglement n'a pas cessé un moment d'être en vigueur: les hôtes restoient dans la maison jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu le bonnet de docteur, ou l'espace de deux années après avoir reçu la bénédiction de licence; seulement leur nom avoit été changé en celui de docteurs ou bacheliers de la maison de Sorbonne, tandis que les associés-boursiers portoient celui de docteurs ou bacheliers de la maison et société de Sorbonne. Du reste l'égalité la plus parfaite régnoit entre tous les membres; ils n'admettoient ni maîtres ni disciples, et cette sagesse de leurs réglements ne s'est pas démentie un seul instant[595].
Les écoles extérieures étoient situées sur la place de Sorbonne. C'étoit un vaste bâtiment dans lequel se faisoit la distribution des prix de l'Université, en présence du parlement[596].
COLLÉGES, ÉCOLES, etc.
Collége d'Autun (rue Saint-André-des-Arcs).
Ce collége avoit été fondé par Pierre Bertrand, d'abord évêque de Nevers, ensuite d'Autun, et depuis cardinal; c'est la raison pour laquelle dans plusieurs actes il est indiqué sous le nom de collége du cardinal Bertrand. Dès l'année 1336, ce prélat, dans l'intention de faire une fondation de ce genre, avoit acheté quelques bâtiments contigus à une maison qu'il possédoit dans la rue et vis-à-vis l'église Saint-André. Les formalités nécessaires pour consolider son entreprise ne lui permirent pas de la commencer avant l'année 1341; et c'est en effet en cette année et non en 1337, comme l'ont prétendu divers historiens, que fut passé l'acte de fondation pour un principal, un chapelain et quinze boursiers, dont cinq devoient étudier en théologie, cinq en droit et cinq en philosophie. Leur nombre s'augmenta depuis de trois boursiers, par les libéralités d'Oudard de Moulins, qui les fonda en 1398, et de trois autres fondés en 1644 par François de Sazéa, évêque de Bethléem et principal de ce collége. La réunion qu'on en fit en 1764 au collége de Louis-le-Grand fit naître l'idée de placer l'école de dessin dans ses bâtiments, ce qui fut exécuté quelques années après[597].
Collége de Boissi (rue du Cimetière-Saint-André).
La plupart de ceux qui ont écrit sur Paris ont également varié et sur la date et sur l'auteur et sur les clauses de cette fondation. En rétablissant les faits d'après les actes les plus authentiques, on trouve que Godefroi ou Geoffroi Vidé, prêtre, chanoine de l'église de Chartres, et clerc du roi, mort en 1354, avoit ordonné par son testament que ce qui resteroit de son bien, après les legs payés, fût distribué aux pauvres de Paris et à ceux de Boissi-le-Sec, lieu de sa naissance, si toutefois les exécuteurs testamentaires ne jugeoient pas à propos d'en disposer autrement. La fondation d'un collége leur parut une chose plus utile que cette distribution; et Étienne Vidé, l'un d'eux, neveu du testateur, chanoine de Laon et de Saint-Germain-l'Auxerrois, offrit à cet effet la maison qu'il occupoit rue Saint-André et des Deux-Portes, et deux autres maisons contiguës. Cette fondation fut faite pour six écoliers, dont le plus ancien devoit être appelé maître, et un chapelain, avec cette clause que tous seroient pris dans la famille de Geoffroi et d'Étienne; à leur défaut, parmi les pauvres du village de Boissi-le-Sec; enfin s'il ne s'en trouvoit point dans ceux-ci qui eussent la capacité suffisante, ces boursiers devoient être choisis sur la paroisse Saint-André par les exécuteurs testamentaires, et après eux par le chancelier de l'église de Paris et le prieur des Chartreux. Par le même acte, Étienne Vidé déclare expressément qu'il veut que ces boursiers soient pauvres, et de basse extraction, comme lui et ses ancêtres avoient été, quí non sint nobiles, sed de humili plebe, et pauperes, sicut nos et prædecessores nostri fuimus, ce qui détruit sans réplique l'opinion de quelques auteurs qui veulent que Geoffroi et Étienne fussent seigneurs de Boissi-le-Sec. Le fondateur désiroit aussi qu'après sa mort le nombre des boursiers fût porté à douze, si ses facultés le permettaient; mais ce vœu n'eut point son exécution, et l'on ne voit d'autre augmentation que celle d'une septième bourse dont ce collége fut redevable, en 1717, à Guillaume Hodei. En 1519, Michel Chartier, principal de ce collége, y avoit fait bâtir une chapelle sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Michel et de saint Jérôme.
Le collége de Boissi est un de ceux qui furent réunis à l'Université à la fin du siècle dernier[598].
Le Collége Mignon, dit depuis de Grandmont (rue Mignon).
Ce collége fut fondé, en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois dans l'église de Chartres[599], et maître des comptes à Paris. Il l'institua pour douze écoliers qui devoient être pris, autant qu'il seroit possible, dans sa famille, et acquit dans cette intention, rue de l'Écureuil et des Petits-Champs, quelques maisons qu'il fit amortir; mais la mort l'empêcha d'exécuter ce projet, dont l'entier achèvement fut confié à ses exécuteurs testamentaires. Ils y mirent assez de lenteur pour que l'Université se crût autorisée à en porter des plaintes au roi Jean, qui régnoit alors. Par un arrêt du conseil rendu en 1353[600], huit ans après la mort du testateur, il fut ordonné que Robert Mignon, exécuteur du testament de son frère, achèteroit avant Noël des rentes suffisantes pour l'entretien de douze écoliers, leur abandonnerait la maison qu'occupoit Jean Mignon, ou une autre de même valeur; y construiroit une chapelle, etc., etc. Par ce même arrêt le roi amortit les biens destinés à la fondation de cette chapelle, et s'en déclara le fondateur, se réservant tous les droits d'administration. La chapelle, bâtie par les soins de Michel Mignon, fils de Robert, fut dédiée sous l'invocation de saint Gilles et saint Leu[601].
Les choses restèrent en cet état jusqu'au règne de Henri III. Ce prince, voulant procurer un établissement aux Hiéronymites qu'il avoit amenés de Pologne, les plaça d'abord dans un logement qu'il avoit fait construire sur une partie de l'emplacement du palais des Tournelles, et, peu de temps après, jugea à propos de les transférer au bois de Vincennes à la place des religieux de Grandmont. Ceux-ci reçurent alors, en échange de l'habitation qu'on leur enlevoit, le collége de Mignon et 12000 livres de rente. Il fut convenu qu'on y mettroit un prieur et sept religieux, lesquels feroient les études convenables pour céder ensuite la place à d'autres, arrangement qui fut confirmé par des lettres-patentes données en 1584, et par des bulles du pape de 1585. Malgré les oppositions que l'Université crut mal à propos devoir y mettre[602], ce collége, connu depuis ce temps sous le nom de Grandmont, fut occupé par ces religieux jusqu'en 1769, époque à laquelle il fut réuni à celui de Louis-le-Grand. Vingt ans auparavant, en 1749, la chapelle avoit été agrandie et décorée d'un portail[603].
Collége de Vendôme (rue du Jardinet).
Ce collége, qui occupoit avec l'hôtel du même nom l'espace compris entre la rue du Jardinet et celle du Battoir, fut démoli en 1441. Le procès-verbal fait à l'occasion de cette démolition ne donne aucun renseignement au sujet de sa fondation.
Collége de Tours (rue Serpente).
Il doit sa fondation à Étienne de Bourgueil, archevêque de la ville dont il a pris le nom. Tous les historiens en fixent l'époque à l'année 1333. Jaillot seul prétend avoir lu un acte qui en fait remonter l'existence jusqu'en 1330. Ce collége avoit été fondé pour un principal et six boursiers dont l'archevêque de Tours s'étoit réservé la nomination pour lui et pour ses successeurs. La mauvaise administration de ceux qui le dirigeoient, et les dettes qu'ils avoient successivement contractées, avoient forcé de vendre une partie des biens destinés à la fondation et de suspendre les bourses, lorsque ce collége fut enfin réuni à celui de l'Université[604].
Collége de Suède (même rue).
Ce collége existoit en 1333, et il en est fait mention dans l'acte de fondation de celui des Lombards, daté de la même année. Nous n'avons pu découvrir ni quand il a été fondé, ni quand il a été détruit.
Collége de Notre-Dame de Bayeux (rue du Foin).
Ce collége, plus communément appelé collége de Maître Gervais, fut fondé par maître Gervais Chrétien, chanoine des églises de Bayeux et de Paris, physicien, c'est-à-dire médecin de Charles V. Les libéralités de ce prince l'avoient rendu propriétaire de trois maisons situées rue Erembourg-de-Brie, et de deux autres rue du Foin, qui étoient contiguës aux premières. Ce fut par leur réunion qu'il forma son collége, auquel il assigna des revenus pour l'entretien de vingt-quatre boursiers. Le contrat de fondation est, suivant Jaillot, du 20 février 1370. Charles V l'approuva par ses lettres données en 1378, augmenta la fondation de deux bourses destinées à des étudiants en mathématiques, y ajouta la concession des dîmes de Saineville et de Caenchi, etc., et voulut mettre le comble à ses bienfaits en honorant ce collége du titre de fondation royale.
L'année même de sa création, on avoit réuni aux écoliers du collége de Bayeux ceux d'un petit collége que Robert Clément avoit fondé, rue Hautefeuille, quelques années auparavant, et auxquels le fondateur n'avoit laissé que la maison qu'ils habitoient et 18 livres de rente, somme insuffisante pour les faire subsister. Le collége de Bayeux fut lui-même réuni, dans le siècle dernier, au collége de l'Université[605].
Collége de Bourgogne (rue des Cordeliers).
Ce collége s'honoroit d'avoir pour fondatrice Jeanne, comtesse de Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long. Cette princesse avoit ordonné par son testament, fait en 1329, que son hôtel de Nesle seroit vendu, et que le prix qui en proviendroit serviroit à l'établissement d'un collége, dans lequel on recevroit vingt pauvres écoliers de la province de Bourgogne, auxquels elle léguoit en outre une somme de 200 livres. Ses exécuteurs testamentaires, ayant vendu l'hôtel de Nesle au duc de Berri, achetèrent en conséquence une maison vis-à-vis les Cordeliers, dans laquelle ils établirent, en 1331, un collége tel qu'elle l'avoit prescrit, sous le nom de Maison des écoliers de madame Jeanne de Bourgogne, reine de France. Cette fondation fut approuvée par le pape Jean XXII et par Guillaume de Chanac, évêque de Paris, en 1334 et 1335. Vers le même temps on érigea dans ce collége une chapelle sous l'invocation de la Vierge.
Cette fondation avoit été faite pour vingt boursiers étudiant en philosophie et non en d'autres facultés; et parmi eux devoient être choisis le principal et le chapelain. En 1340 on fonda un second chapelain. Par arrêt donné en 1536 il fut ordonné que les boursiers ne pourroient rester plus de cinq ans dans la maison; enfin, le 6 novembre 1607, le nombre des bourses fut réduit à dix, y compris le principal et les deux chapelains, par ordonnance du chancelier de l'église de Paris et du gardien des Cordeliers, proviseurs et administrateurs nés de ce collége; toutefois avec cette clause qu'on y donneroit le logement seulement à dix autres écoliers du comté de Bourgogne, lesquels seroient choisis de préférence pour remplir les places de boursiers qui viendroient à vaquer.
Le collége de Bourgogne avoit suivi le sort des autres petits colléges qui n'étoient pas de plein exercice, et sa réunion à l'Université avoit été faite en 1764. L'académie royale de chirurgie, placée dans la même rue entre l'église des Cordeliers et celle de Saint-Côme, se trouvant trop resserrée, et n'ayant pu jusqu'alors accroître ses bâtiments, profita de cette circonstance pour obtenir, en 1768, un arrêt du conseil qui nomma des commissaires et les autorisa à faire au nom du roi l'acquisition de ce collége et de quatre maisons qui en dépendoient, afin d'y placer les écoles de cette compagnie. Cette acquisition fut faite le 9 mars 1769.
Collége de Dainville (rue des Cordeliers).
Michel de Dainville, archidiacre d'Ostrevant, au diocèse d'Arras, fonda ce collége en 1380, tant en son propre nom que comme exécuteur testamentaire de Gérard et de Jean de Dainville ses frères. Cette fondation fut faite pour douze boursiers, parmi lesquels on devoit choisir le principal et le procureur, et dont six devoient être du diocèse d'Arras, six de celui de Noyon. Le fondateur les établit dans une maison qu'il possédoit à l'angle que forme la rue de la Harpe avec celle des Cordeliers; et sur le mur on plaça une sculpture qui représentoit les rois Jean et Charles V, avec les fondateurs, présentant à la sainte Vierge le principal et les boursiers de ce collége; il a été réuni en 1763 à celui de l'Université[606].
École gratuite de dessin (même rue).
Cette école, érigée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et placée d'abord dans les bâtiments du collége d'Autun, rue Saint-André-des-Arcs, fut ensuite transférée dans la rue des Cordeliers, à l'ancien amphithéâtre de Saint-Côme. Elle avoit été ouverte en faveur de cent cinquante jeunes gens que l'on y recevoit, quelle que fût leur profession, et même sans aucune profession, pourvu qu'ils eussent atteint l'âge de huit ans. Ils y apprenoient, suivant que leurs dispositions les y portoient, quelque branche de cet art, telles que l'architecture, la figure, les animaux, les fleurs, l'ornement, etc.; et, tous les ans, on y distribuoit de grands prix avec beaucoup de solennité.
Le roi étoit le protecteur de cette école, dont le lieutenant de police présidoit le bureau d'administration[607].
Collége de Séez (rue de la Harpe).
Ce collége fut fondé en 1427 par Jean Langlois, exécuteur testamentaire de Grégoire Langlois son oncle, évêque de Séez, pour huit boursiers, y compris le principal et le chapelain, dont quatre devoient être du diocèse de Séez et quatre de celui du Mans. La nomination de ces bourses se partageoit entre l'évêque de Séez et l'archidiacre de Passais. Jean Aubert, principal du collége de Laon, et commissaire député de l'évêque de Séez, y joignit depuis deux bourses nouvelles qui furent prises sur les sommes économisées par le principal de ce collége.
En 1737, le prélat qui tenoit alors le siége de cette ville donna par contrat une somme de 40,000 livres à rente à ce collége, sous la condition que la moitié du revenu seroit mise en réserve et accumulée jusqu'à ce qu'elle formât 10,000 livres pour chacune des trois bourses, à la fondation desquelles cette somme étoit réservée. Il paroît que la première somme avoit été fournie par le diocèse de Séez, et par conséquent que la rente lui en appartenoit.
La plus grande partie des bâtiments de ce collége, qui a été réuni à celui de l'Université, avoit été reconstruite en 1730, ainsi que le témoignoit une inscription placée au-dessus de la porte. On prétend que ces constructions nouvelles, dues aux libéralités de M. Charles-Alexandre Lallemand, évêque de Séez, avoient coûté près de 100,000 livres[608].
Collége de Bayeux (même rue).
Le nom de ce collége, et la qualité du fondateur qui étoit alors évêque de Bayeux, pourroient faire penser qu'il avoit été destiné pour des écoliers de ce diocèse; cependant ils n'y avoient aucun droit. Guillaume Bonnet, ce fondateur dont nous parlons, étoit né dans un lieu dépendant de l'archidiaconé de Passais, au diocèse du Mans; ce fut dans celui d'Angers qu'il fut élevé. Il y posséda des bénéfices et des dignités; et ce fut pour donner un témoignage éclatant de sa reconnoissance qu'il résolut, lorsqu'il fut monté sur le siége de Bayeux, de fonder à Paris un collége en faveur de douze boursiers, dont six seroient pris dans le diocèse du Mans et six dans l'évêché d'Angers. L'acte est daté de l'année 1308, et contient le détail des rentes et maisons qu'il affectoit à l'entretien de ce collége[609]. Robert Benoît, son exécuteur testamentaire, en dressa les statuts en 1315. D. Félibien dit qu'il ajouta quatre nouveaux boursiers aux douze anciens: cette nouvelle fondation est en effet ordonnée par le premier article des statuts; mais on ne trouve aucune preuve qu'elle ait été exécutée. Le collége de Bayeux a été réuni à l'Université[610].
Collége de Justice (même rue).
Ce collége a pris le nom de Jean de Justice, chantre de Bayeux, chanoine de Paris et conseiller du roi. Dans l'intention de faire cette fondation, il avoit acheté quelques maisons appartenant à l'Hôtel-Dieu et situées rue de la Harpe, entre l'hôtel de Clermont et les dépendances du collége de Bayeux[611]; mais sa mort, arrivée en 1353, l'ayant empêché de consommer son ouvrage, ses exécuteurs testamentaires se trouvèrent chargés de ce soin, qu'ils remplirent dès l'année suivante. Les historiens de Paris ne sont pas d'accord sur cette date, qui cependant doit être la bonne par plusieurs raisons, et principalement parce qu'elle est celle de l'acte d'amortissement qui se trouvoit autrefois dans les archives de Saint-Germain. Ce collége avoit été destiné pour douze boursiers, étudiant en médecine et en philosophie, parmi lesquels étoient choisis le principal, le chapelain et le procureur, et dont huit devoient être pris dans le diocèse de Rouen et quatre dans celui de Bayeux. Six nouvelles bourses furent fondées à diverses époques et par divers particuliers; et toutes furent suspendues en 1761, à l'exception de deux, pour fournir aux frais de la reconstruction des bâtiments. En 1764 ce collége fut réuni à l'Université.
Collége de Narbonne (même rue).
Ce collége avoit été fondé, en 1317, par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, dans une maison qu'il occupoit rue de la Harpe. Ce fut là qu'il voulut retirer neuf pauvres écoliers de son diocèse, à l'entretien desquels il assigna les revenus du prieuré rural de Sainte-Marie-Magdeleine, situé dans les environs de la ville archiépiscopale. Un jurisconsulte nommé Amblard Cérène, désira participer à cette bonne œuvre, et y fonda peu de temps après une bourse pour un chapelain. Mais sa plus grande illustration lui vint d'un pauvre écolier qu'on y avoit reçu par grâce, vu qu'il n'étoit pas du diocèse de Narbonne, et que par conséquent il n'avoit aucun droit d'y être admis. Cet écolier, nommé Pierre Roger, devenu pape sous le nom de Clément VI, après avoir passé par toutes les dignités de l'église, eut assez de grandeur d'âme pour ne point rougir de la bassesse de son premier état, et pour reconnoître hautement ce qu'il devoit à l'asile hospitalier où il avoit été élevé. Voulant laisser à ce collége un monument perpétuel de sa reconnoissance[612], il y fonda dix bourses, auxquelles il affecta pour dotation le prieuré de Notre-Dame de Marseille près de Limoux. Les premiers statuts n'y admettoient que des étudiants dans la faculté des arts et dans celle de théologie[613]; on y fit entrer depuis, en 1379, des élèves en médecine, et en droit civil et canon[614]. Ceux-ci en furent exclus en 1544 par les nouveaux réglements que donna le cardinal de Lorraine, archevêque de Narbonne[615]. Ce prélat fixa le nombre des boursiers à seize, y compris le principal, le procureur et le chapelain, et fit aussi quelques dispositions nouvelles dans les sommes assignées pour leur entretien.
La modicité du revenu de ces bourses et la caducité des bâtiments de ce collége l'avoient fait insensiblement abandonner au point qu'il n'y restoit que le principal, lorsqu'en 1760 on commença à le rebâtir. Il a été réuni à l'Université[616].
Collége de Harcour (même rue).
Ce collége, également fameux par son antiquité et par une suite non interrompue d'excellents professeurs, fut fondé en 1280 par Raoul de Harcour, chanoine de Paris. Issu d'une des plus illustres familles de la Normandie, et successivement élevé à plusieurs dignités ecclésiastiques dans les villes de Coutances, d'Évreux, de Bayeux et de Rouen, il résolut de procurer à de pauvres écoliers de sa province le moyen de s'instruire dans les arts et dans la théologie. Il acquit à cet effet quelques vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme, dite aujourd'hui de la Harpe, et y plaça aussitôt quelques écoliers. Son intention étoit de les faire abattre pour élever un collége sur leur emplacement; mais la mort vint le surprendre avant qu'il eût accompli son dessein. Son frère Robert de Harcour, évêque de Coutances, qu'il avoit chargé de remplir ses intentions, acheva ce qui étoit commencé, et augmenta les bâtiments par l'acquisition de trois maisons, situées vis-à-vis les premières[617], et qu'il fit rebâtir à neuf, ajoutant à ce don celui de 250 livres de rente amortie, pour l'entretien de vingt-quatre boursiers, seize artiens et huit théologiens, tous pris dans les diocèses nommés ci-dessus. Clément V accorda, en 1313, à ce collége, la permission d'avoir une chapelle et d'y faire célébrer l'office divin[618]. Les artiens occupoient alors les premiers bâtiments donnés par Raoul de Harcour, et les théologiens avoient été logés vis-à-vis dans ceux qu'avoit achetés son frère Robert. Comme la chapelle étoit située de ce côté, on pratiqua sous la rue un passage de communication d'une maison à l'autre.
Le cartulaire de ce collége et les historiens de Paris font mention de plusieurs autres bourses fondées dans ce collége par divers particuliers[619]. Elles subsistèrent jusqu'en 1701, que de nouveaux réglements en réduisirent le nombre, pour les mettre dans un juste rapport avec les revenus qui y étoient affectés. Long-temps auparavant l'introduction de l'exercice des classes, la réputation des professeurs et le nombre toujours croissant des pensionnaires avoient fait penser aux moyens de l'agrandir: on y parvint par l'acquisition des maisons contiguës qui appartenoient au collége de Bayeux, et de l'hôtel des évêques d'Auxerre, qui tenoit aux murs et à la porte d'Enfer. Cet espace fut encore augmenté en 1646 par le don que fit Louis XIII d'une place, d'une tour, du mur, du rempart, du fossé, de la contrescarpe et des matériaux provenant de la démolition des murailles, qui l'avoisinoient, à la charge d'y faire construire et édifier une chapelle sous l'invocation de la Vierge et de saint Louis. Lorsque les bâtiments élevés sur cet emplacement furent achevés, on loua à des particuliers ceux qui jusqu'alors avoient été occupés par des artiens. En 1675 on construisit de nouveaux bâtiments et l'on éleva un portail énorme, chargé d'ornements d'architecture du plus mauvais goût, pour servir d'entrée à ce collége.
Il étoit de plein exercice et s'est soutenu jusqu'à la fin avec une grande et juste réputation[620].
Collége du Trésorier (rue Neuve de Richelieu).
Il est redevable de son nom et de sa fondation à Guillaume de Saône, trésorier de l'église de Rouen. L'acte qui constate cette fondation est daté du mois de novembre 1268. Quelques auteurs la placent par erreur une année plus tard, et l'un d'entre eux, Le Maire, ajoute que ce collége ne fut formé que pour douze boursiers, six grands et six petits. Le fait est que cette fondation fut faite en faveur de vingt-quatre boursiers, douze dans la faculté de théologie et douze dans celle des arts, lesquels devoient être pris dans les archidiaconés du grand et du petit Caux, diocèse de Rouen. Il n'y restoit plus que quatre grands boursiers et quatre petits, lorsqu'il fut réuni en 1763 au collége de l'Université[621].
Collége de Cluni (place de Sorbonne).
Ce collége fut fondé en faveur des religieux de cet ordre qui viendroient étudier à Paris. Jusque là ils n'avoient point eu de maison, et demeuroient dans l'hôtel des évêques d'Auxerre, attenant à la porte dite depuis de Saint-Michel. Nos historiens varient sur l'époque de sa fondation, qu'il faut vraisemblablement fixer à l'année 1269, ainsi que le portoit une inscription gravée dans le cloître. Les annales de Cluni nomment Yves de Poyson comme fondateur de ce collége; il pourroit bien y avoir erreur dans ce nom, car tous les auteurs et l'inscription même que nous venons de citer en font honneur à Yves de Vergi, abbé de Cluni, et à Yves de Chassant, son neveu et son successeur, lequel fit achever ce que son oncle avoit commencé[622]. Vers l'an 1308 Henri de Fautières, aussi abbé de Cluni, mit la dernière main à cette fondation, en donnant à cette maison des statuts pleins de sagesse, et auxquels on se conformoit encore dans les derniers temps[623].
Le Collége Notre-Dame-des-Dix-Huit (rue des Poirées).
Dans le projet qu'il avoit d'agrandir l'emplacement de la Sorbonne, le cardinal de Richelieu avoit acheté un ancien hôtel jadis possédé par les abbés du Bec, ainsi que quelques maisons voisines, accompagnées de jardins. La rue des Poirées fut alors coupée, et vint tourner en équerre dans celle des Cordiers. Sur le terrain qui restoit entre ce retour et la rue de Cluni, terrain qui a servi depuis de jardin à la maison de Sorbonne, étoit le petit collége dont nous parlons. Aucun historien n'a donné sur son origine de renseignements satisfaisants, et nous n'aurions que des conjectures vagues sur ce point d'antiquité, si Jaillot n'eût découvert un mémoire manuscrit fait par Jean-Jacques de Barthes, docteur en droit et principal de ce collége[624], dans lequel il expose «qu'en 1171 Jocius de Londonna, de retour de Jérusalem, étant allé à l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, de toute ancienneté, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta 52 livres du proviseur dudit Hôtel-Dieu, de l'avis, conseil et permission de Barbe d'or, doyen de Notre-Dame. Il la laissa audit Hôtel-Dieu, à la charge qu'il fourniroit des lits à ces pauvres écoliers, auxquels il assigna douze écus par mois, provenant des deniers qui se recevroient de la confrérie, et à la charge que lesdits clercs porteroient, chacun à leur tour, la croix et l'eau bénite devant les corps morts dudit Hôtel-Dieu, et qu'ils réciteroient chaque nuit les psaumes pénitentiaux et les oraisons pour les morts.» Dans ce même mémoire, il est fait mention de lettres du prévôt de Paris données en 1384, lesquelles rappellent une ordonnance du roi Charles VI, dont l'objet est de faire payer à ces écoliers une somme de 200 livres pour arrérages de celle de 20 livres qu'ils avoient le droit de prendre tous les ans sur le trésor du roi. Ils étoient redevables de cette rente à Gaucher de Chastillon, connétable de France, qui la leur avoit donnée en 1301.
Il paroît par quelques actes qu'ils furent d'abord logés dans une maison vis-à-vis l'Hôtel-Dieu. On les transféra ensuite rue des Poirées. Le chapitre Notre-Dame avoit l'inspection sur ce collége, auquel il avoit donné son nom; et les boursiers, réduits, dans les derniers temps, au nombre de huit, étoient à la nomination du chapitre. Depuis la destruction de leur collége, ils n'avoient plus de lieu affecté pour leur demeure.
Il avoit été fondé dans la rue des Poitevins, par Jean Mignon, pour y recevoir vingt-cinq bonnes femmes, et portoit son nom, ainsi que le collége dont il étoit fondateur.
HÔTELS.
Hôtel des Abbés de Saint-Denis (rue des Grands-Augustins).
Cet hôtel ou collége, bâti par Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, couvroit tout l'espace renfermé entre les rues Contrescarpe et Saint-André, partie de la rue Dauphine, et le terrain sur lequel on a depuis ouvert les rues d'Anjou et Christine. Il avoit en outre pour dépendances, de l'autre côté de la rue des Grands-Augustins, une grande maison avec jardins que l'on a successivement appelée la maison des Trois Charités Saint-Denis, l'hôtel des Charités Saint-Denis, enfin l'hôtel Saint-Cyr, nom qu'elle portoit à la fin du siècle dernier. Une galerie couverte, et qui traversoit la rue, servoit de communication de l'un à l'autre bâtiment.
Hôtel de Savoie (rue de Savoie).
Cet hôtel s'étendoit en partie jusqu'à la rue des Grands-Augustins. Il fut vendu, en 1670, à divers particuliers par madame Marie-Jeanne-Baptiste, épouse de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, prince de Piémont, à laquelle il appartenoit, comme seule héritière de Charles-Amédée de Savoie son père, duc de Génevois, de Nemours et d'Aumale; et de Henri de Savoie son oncle, etc.
Hôtel de Gaucher de Châtillon et de l'évêque de Noyon (rue Pavée).
L'hôtel de Gaucher de Châtillon, connétable de France, étoit situé à droite en entrant par le quai. Il passa ensuite aux évêques d'Autun en 1331, à ceux de Laon en 1393; l'un d'eux le donna à son église en 1552; son successeur le céda à rente au duc de Nemours, qui le fit rebâtir. Ce fut dans cet hôtel que logea le duc de Savoie lorsqu'il vint à Paris en 1599 pour traiter avec Henri IV, qui demandoit la restitution du marquisat de Saluces.
Il paroît que l'évêque de Noyon avoit aussi son hôtel dans cette rue, et quelques actes en font mention; mais on ignore dans quel endroit il étoit situé[625].
Hôtels de la duchesse d'Étampes, et d'Hercule (quai des Augustins).
Le premier de ces deux hôtels étoit situé au coin de la rue Gilles-Cœur, et s'étendoit jusqu'à celle de l'Hirondelle, où étoit sa principale entrée. Il avoit appartenu à Louis de Sancerre, connétable, et il est probable qu'avant lui on y avoit réuni un hôtel des évêques de Chartres. Ceux-ci le possédèrent encore depuis, ainsi que les évêques de Clermont; enfin il appartenoit à M. Dauvet, maître des requêtes, lorsque Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, vint y demeurer, et engagea François Ier à en faire l'acquisition. Ce prince en fit démolir une partie, qui fut rebâtie avec plus de luxe et d'élégance, et ornée de chiffres et de devises. Au commencement du dix-septième siècle, il s'appeloit l'hôtel d'O et appartenoit à M. Séguier. Le mariage de sa fille avec le duc de Luines lui fit prendre ce dernier nom. Il le conserva jusqu'en 1671, qu'on le démolit en grande partie, pour le vendre à des particuliers. C'est dans cet hôtel que le chancelier Séguier se réfugia le 7 août 1648, pour éviter la fureur de la populace lors des barricades.
Le nom d'Hercule que portoit le second hôtel lui avoit été donné parce qu'on avoit peint dans les appartements, et même à l'extérieur, les aventures de ce héros fabuleux. Ces peintures avoient été faites aux frais de Jean de La Driesche, président de la chambre des comptes, qui le vendit à M. Louis Hallevin, seigneur de Piennes et chambellan du roi. Auparavant il avoit été possédé par le comte de Sancerre. Charles VIII l'acheta ensuite de M. de Piennes, avec tous les meubles de fer et de bois qui s'y trouvoient, moyennant la somme de 10,000 livres.
Sous Louis XII, cet hôtel étoit occupé par Guillaume de Poitiers, seigneur de Clerieu, auquel ce prince l'avoit probablement abandonné. François Ier le donna ensuite au chancelier du Prat[626] et à ses descendants. Cet hôtel, qui étoit extrêmement vaste, puisqu'il s'étendoit depuis la rue des Augustins jusqu'à la seconde maison de la rue Pavée, et dans l'autre dimension jusqu'aux jardins de l'abbé de Saint-Denis, avoit été habité par des hôtes du rang le plus illustre. L'archiduc Philippe d'Autriche, allant de Flandres en Espagne, y logea en 1499; il servit de demeure à Jacques V, roi d'Écosse, lorsqu'il vint à Paris, en 1536, pour épouser Magdeleine de France; ce fut dans cet hôtel qu'on remit à Henri III l'ordre de la Jarretière; et Favier dit que, de son temps, tous les chapitres de l'ordre du Saint-Esprit s'y sont tenus.
Hôtel de Thouars (rue des Trois-Chandeliers).
Cet hôtel, nommé depuis la maison des Carneaux, faisoit le coin de la rue où il étoit situé, et appartenoit aux vicomtes de Thouars, depuis créés ducs de La Trémouille. Ils le laissèrent tomber en ruines, et l'abandonnèrent, en 1379, à la fabrique de Saint-Germain-le-Vieux.
Les abbés de Clairvaux avoient à côté, dans la rue de la Huchette, une maison avec jardins, qui fut appelée d'abord la maison de Pontigni: elle étoit située vis-à-vis celle d'Arnauld de Corbie, chancelier de France.
Hôtels divers (rue Saint-André-des-Arcs).
Cette rue renfermoit un assez grand nombre d'hôtels remarquables. Auprès de la rue Gilles-Cœur étoit celui d'Arras ou d'Artois; celui des comtes d'Eu étoit situé entre les rues Pavée et des Grands-Augustins; au coin de la première de ces deux rues on trouvoit la maison du chancelier Poyet. Enfin on y voyoit deux hôtels de Navarre: le premier, situé entre la rue de l'Éperon et la porte Buci, appartenoit à Philippe de France, duc d'Orléans, ce qui lui fit donner le nom de Séjour d'Orléans; on le voit successivement passer à Louis d'Orléans, son petit-neveu; à Charles VI, qui le donna, en 1400, au comte de Savoie; ensuite au duc de Berri; à Louis, duc de Guyenne, en 1411; il appartint depuis à Louis XI, qui en donna une partie à Jacques Coytier, son médecin; enfin à Louis XII, qui le vendit en 1489. Le second hôtel de Navarre étoit situé de l'autre côté: Jeanne, reine de France, le légua pour la fondation d'un collége, que ses exécuteurs testamentaires préférèrent transporter à la montagne Sainte-Geneviève[627]. L'hôtel fut alors vendu, et celui de Buci s'éleva sur son emplacement. Il a formé depuis les grand et petit hôtels de Lyon, situés rues Saint-André et Contrescarpe, dans lesquels étoient établies des messageries.
Hôtel de Besançon (rue Gilles-Cœur).
Les titres qui font mention de cet hôtel l'indiquent comme faisant le coin de cette rue et de la rue de l'Hirondelle.
Hôtel des comtes de Mâcon (rue de Mâcon).
Cet hôtel, situé dans cette rue, s'étendoit sur celle de la Vieille-Bouclerie. On ne dit point en quel temps il a été démoli.
Hôtels divers (rue Hautefeuille).
On y remarquoit, 1o l'hôtel de Forez, lequel s'étendoit depuis la rue Pierre-Sarrasin jusqu'à celle des Deux-Portes; 2o une maison au coin de cette rue, qui a été occupée par M. Joly de Fleury; 3o une troisième au coin de la rue Percée, où l'on voyoit une tourelle sur laquelle on avoit sculpté des fleurs-de-lis, les armes de France, et la salamandre, devise ordinaire de François Ier.
Maisons diverses (rues du Foin et Serpente).
Dans la première de ces deux rues étoit située la maison des religieux des Vaux de Cernai, laquelle s'étendoit jusqu'à celle de la Parcheminerie. On trouvoit dans la seconde une maison qui avoit appartenu, en 1330, à l'abbé et aux religieux de Fécamp.
Hôtel de Tours (rue du Paon).
Cet hôtel, changé depuis en une maison garnie, qui portoit pour enseigne l'hôtel de Tours, étoit situé vis-à-vis le cul-de-sac de la rue du Paon. Sauval dit que les archevêques de Tours avoient leur hôtel dans cette rue, sans indiquer en quel temps. Jaillot ne trouve aucune preuve qu'ils aient acquis ni vendu une maison dans ce quartier, mais il cite un rôle de 1640, dans lequel on indique, rue du Paon: «une maison appartenant à M. Boutillier, surintendant des finances; tenue par M. l'archevêque de Tours.» La demeure de ce prélat, et peut-être de quelqu'un de ses successeurs, aura pu faire donner à cet hôtel le nom qu'il a porté jusqu'au moment de la révolution.
Hôtel de l'archevêque de Rouen (cul-de-sac de la cour de Rouen).
Cet hôtel étoit situé à l'extrémité de ce cul-de-sac, qui en avoit reçu le nom, et qui le porte encore aujourd'hui.
Hôtel de Saint-Jean-en-Vallée (rue des Cordeliers).
Cet hôtel, appartenant à l'abbé et aux religieux du monastère que nous venons de nommer, étoit situé dans cette rue, et s'étendoit jusqu'à la rue du Paon; il avoit été bâti, ainsi que partie du collége de Bourgogne, sur un terrain assez étendu, appartenant à l'abbaye Saint-Germain, lequel s'appeloit, au quatorzième siècle, le fief du couvent.
Hôtel des comtes de Harcour (rue des Maçons).
À la fin du siècle dernier, on voyoit encore au coin de cette rue, du côté des Mathurins, les restes d'une chapelle qui avoit fait partie d'un grand hôtel appartenant aux comtes de Harcour. Il passa depuis à la maison de Lorraine, car il est indiqué, en 1574, dans le compte du receveur du domaine de la ville: «L'hôtel de Harcour, dit de Lorraine appartenant de présent à M. Gilles Le Maistre, président en la cour de parlement.» Il fut occupé depuis par M. Le Maistre de Ferrières.
Le Parloir aux Bourgeois (rue de la Harpe).
Nous avons déjà dit que c'étoit ainsi que l'on appeloit autrefois le lieu d'assemblée des officiers municipaux. Il fut établi successivement dans divers endroits de la ville, et notamment dans une salle construite au-dessus de la porte de la ville située à l'extrémité de cette rue.