FONTAINES.
Fontaine Saint-Séverin.
Elle est située à l'angle que fait la rue Saint-Jacques avec celle de Saint-Séverin, et fournit de l'eau de la Seine. On y lit ces deux vers de Santeuil:
Dùm scandunt juga montis anhelo pectore nymphæ,
Hìc una è sociis, vallis amore, sedet.
Fontaine Saint-Côme.
Elle est située rue des Cordeliers[638], près de l'église dont elle porte le nom.
Fontaine des Cordeliers.
Cette fontaine fut bâtie en 1672 dans la rue dont elle a pris le nom, et aussitôt qu'on eut abattu la porte Saint-Germain. On la reconstruisit en 1717: elle n'avoit rien de remarquable que cette inscription de Santeuil:
Urnam nympha gerens dominam properabat in urbem:
Dùm tamen hìc celsas suspicit illa domus,
Fervere tot populos, quæsitam credidit urbem,
Constitit, et largas læta profudit aquas.
Fontaine Saint-Michel.
Cette fontaine fut élevée en 1684 sur les dessins de Bullet, architecte, à la place de la porte Saint-Michel, qu'on venoit d'abattre; elle se compose d'une niche surmontée d'un arc assez élevé, et accompagnée de deux colonnes doriques. Au-dessus est gravée cette inscription de Santeuil:
Hoc in monte suos reserat sapientia fontes;
Ne tamen hanc puri respue fontis aquam.
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS.
Rue Saint-André-des-Arcs. Elle aboutit d'un côté à la place du Pont-Saint-Michel et aux rues de la Huchette et de la Vieille-Bouclerie; de l'autre, au carrefour des rues Dauphine, Mazarine, de Buci et des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Les anciens titres offrent une grande variété, tant sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. On l'appeloit dans le principe rue de Laas, et ce nom lui étoit commun avec celle de la Huchette, dont elle fait la continuation, parce que c'étoit celui du territoire sur lequel elles sont situées. Il étoit encore planté de vignes lorsqu'en 1179, Hugues, abbé de Saint-Germain-des-Prés, le donna à cens, à la charge d'y bâtir et de payer 3 sous de redevance pour chaque maison. Ce fut alors qu'on perça les rues Saint-Germain, du Serpent, des Petits-Champs et des Sachettes, aujourd'hui nommées Saint-André, Serpente, Mignon et du Cimetière-Saint-André.
Lorsque l'enceinte méridionale de Philippe-Auguste eut été achevée, ce prince ayant accordé aux religieux de Saint-Germain-des-Prés la porte par laquelle on passoit pour aller à leur couvent, cette porte reçut le nom de Saint-Germain, et on le donna également à la rue de Laas, parce qu'elle y conduisoit. Vers le même temps on construisit l'église Saint-André, et la rue prit tantôt le nom de Saint-Germain, tantôt celui de Saint-André; mais le premier ayant été donné depuis à la rue des Cordeliers et à celle des Boucheries, il en est résulté que souvent les trois rues ont été confondues ensemble. Jaillot pense que l'abbé Lebeuf se trompe lorsqu'il conjecture que la rue dont nous parlons a porté à la fois ces deux noms; celui de Saint-André jusqu'à la rue de l'Éperon, celui de Saint-Germain depuis cet endroit jusqu'à la porte[639]. Ce dernier espace formoit alors une place vide, et resta ainsi jusqu'en 1350, qu'il fut vendu en partie à Simon de Buci. On donna pour lors le nom de porte de Buci à celle qu'on avoit fait construire au bout de la rue Saint-André, et de porte Saint-Germain à celle de la rue des Cordeliers[640].
Quant au nom de Saint-André, que cette rue doit à l'église à laquelle elle conduit, nous avons déjà dit qu'il avoit varié suivant les temps: on lit dans différents titres, Saint-Andri, Saint-Andrieu, Saint-Andrieu-des-Ars, Saint-André-des-Arts et des Arcs. Ces derniers noms semblent n'être qu'une altération de celui de Laas.
Rue du Cimetière-Saint-André. Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Sous le règne de saint Louis, on l'appeloit rue des Sachettes, à cause de certaines femmes dévotes, vivant ensemble proche le monastère Saint-André; elles-mêmes avoient reçu ce nom de leur vêtement, fait en forme de sac: Pauperes mulieres de saccis, saccitæ. Cette congrégation, qui n'étoit pas autorisée, ayant été détruite peu de temps après, la rue fut appelée des Deux-Portes, parce qu'il y en avoit une à chacune de ses extrémités: elle portoit ce nom en 1356, et l'a conservé encore pendant deux siècles avec celui qu'elle porte aujourd'hui, lequel provient du cimetière qu'on y plaça dans cette même année 1356.
Rue des Grands-Augustins. Elle commence sur le quai des Augustins, et aboutit à la rue Saint-André-des-Arcs. Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, ayant acquis plusieurs maisons et jardins, dans l'intention d'y bâtir un collége pour ses religieux, le chemin qui traversoit ce terrain prit aussitôt le nom de son nouveau propriétaire. Dès 1269, on l'appeloit rue à l'Abbé-Saint-Denys, et successivement rue du Collége-Saint-Denys, des Écoles et des Écoliers-Saint-Denys. Elle prit ensuite le nom de rue de la Barre du côté de celle de Saint-André; et Jaillot pense qu'elle le dut à la galerie couverte qui joignoit ensemble l'hôtel de Saint-Cyr et le collége Saint-Denis, dont il étoit une dépendance. Elle conserva long-temps ce nom, car on le trouve encore dans un acte de 1546. Cette rue étoit alors distinguée en deux parties: du côté du quai on la nommoit rue des Augustins, quelquefois rue de l'hôtel de Nemours; dans l'autre partie, elle s'appeloit, en 1523, rue des Écoles-Saint-Denys, autrement dite de la Barre. Elle est aussi énoncée rue des Charités-Saint-Denys dans un acte de 1672[641].
Rue du Battoir. Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de l'Éperon. Guillot la nomme rue de la Platrière. Un terrier de Saint-Germain-des-Prés de 1523[642] la désigne sous le nom de Haute-Rue, dite rue du Battouer, autrement la Vieille-Platrière. Plusieurs autres titres lui donnent la même dénomination; et du reste tout ce qu'en a dit Sauval est erroné, comme Jaillot l'a très-bien prouvé.
Rue de la Vieille-Bouclerie. Elle commence au bout de la place du Pont-Saint-Michel, et finit à la rue de la Harpe, au coin de celle de Saint-Séverin, et il en est fait mention dès 1236[643], sous le nom de vicus Boclearia. Sauval prétend qu'en 1272 on l'appeloit l'abreuvoir Maçon[644]. Elle y conduisoit effectivement: du reste, ce qu'il en dit, et ce qu'en disent ceux qui l'ont copié ou critiqué est tellement embrouillé, qu'il est difficile de les suivre dans ces minutieuses discussions; ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il existoit en ce quartier deux rues de la Bouclerie, ainsi qu'il est prouvé par les vers de Guillot:
Assès tôt trouva Sacalie,
Et la petite Bouclerie,
Et la grand Bouclerie après,
Et Hérondale tout emprès.
La marche du poëte, ainsi que les titres, prouvent que la rue de la Petite-Bouclerie est celle dont il s'agit ici, et que la grande est la rue Mâcon, qui aboutissoit alors à la boucherie, située au coin de la rue de l'Hirondelle.
On trouve la petite Boucherie désignée encore sous le nom de la vieille Bouclerie. Jaillot pense que ce n'est point une faute d'impression, mais que cette dénomination vient de ce que la boucherie de Saint-Germain étoit établie, au douzième siècle, à la place dite depuis du Pont-Saint-Michel, laquelle n'existoit point encore. Quant à l'opinion de quelques historiens qui veulent que le nom de Bouclerie vienne de ce qu'on y faisoit de petits boucliers, elle n'est appuyée sur aucune preuve.
Rue Bout-de-Brie. Elle aboutit d'un côté à la rue du Foin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On lit dans plusieurs actes, Bourg-de-Brie, Bout-de-Brye, Bouttebrie, du Bourc-de-Brie, Boudebrie, et ce sont autant d'altérations du nom primitif qui étoit Erembourg ou Eremburge de Brie, vicus Eremburgis de Briâ et de Bratâ en 1284 et 1288, ainsi qu'on le lit dans un cartulaire de la Sorbonne. Avant la fin du quatorzième siècle on lui donnoit le nom de rue des Enlumineurs, sans doute à cause de ceux qui s'y étoient établis. On la trouve en 1371 et 1373 sous l'un et l'autre de ces deux derniers noms[645].
Rue des Trois-Chandeliers. On nomme ainsi une des descentes de la rue de la Huchette à la rivière, en face de la rue Zacharie. Sauval[646], confondant cette rue avec une autre, qui lui est parallèle, lui donne en conséquence plusieurs noms qu'elle n'a point portés. Elle est nommée, dans le quatorzième siècle, rue Berthe, et rue et port aux Bouticles. Ce dernier nom lui venoit des boutiques ou bateaux placés à son extrémité, dans lesquels on conservoit le poisson. On l'appela ensuite Bertret par corruption. Depuis ce temps, quelques chandeliers s'y étant établis, la firent nommer rue Chandelière[647]. Enfin elle prit le nom des Trois-Chandeliers, de l'enseigne d'une maison qui en faisoit le coin[648].
Rue du Chat-qui-Pêche. Elle commence à la rue de la Huchette, et aboutit à la rivière. Le censier de Sainte-Geneviève l'appelle, en 1540, ruelle des Étuves; on la trouve aussi désignée sous le nom de rue de Renard[649].
Rue Christine. Elle traverse de la rue Dauphine dans celle des Grands-Augustins. On l'ouvrit, en 1607, sur une partie de l'emplacement de l'hôtel et des jardins du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de Christine de France, seconde fille de Henri IV.
Rue du Cloître-Saint-Benoît. Elle donne d'un bout dans la rue des Mathurins, et de l'autre vient tourner par un passage voûté dans la rue Saint-Jacques. (Voyez [rue des Mathurins].)
Rue de Cluni. Elle commence à la place de Sorbonne, et finit à la rue des Cordiers. Son nom lui vient du collége de Cluni, qu'elle avoisine: elle le portoit dès la fin du treizième siècle. Guillot l'appelle rue à l'abbé de Cluni.
Rue Contrescarpe. Elle traverse de la rue Dauphine dans celle de Saint-André-des-Arcs, et tire son nom de son ancienne situation, le long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Dans le procès-verbal de 1636, on la trouve sous la dénomination de rue de Basoche.
Rue des Cordeliers. Cette rue, ainsi nommée des religieux qui s'y sont établis, aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à celle de Condé, vis-à-vis la rue des Boucheries. Guillot l'appelle rue des Cordèles, et elle prit le nom de rue Saint-Germain lorsque la rue Saint-André-des-Arcs cessa de le porter[650]. En 1304, un acte la présente sous celui de rue Saint-Cosme et Saint Damian. Elle finissoit anciennement au-dessus de la rue du Paon, à la place où étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste.
Rue des Cordiers. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Jacques, et de l'autre à celle de Cluni. On ne peut guère douter, dit Jaillot, qu'elle ne doive ce nom à des cordiers auxquels on avoit permis d'y filer du chanvre. Guillot l'appelle rue as Cordiers. Il y a quelque apparence qu'anciennement elle se prolongeoit jusqu'à la rue de la Harpe, et que le passage des Jacobins en a occupé depuis une partie.
Rue Dauphine. Elle commence au bout du Pont-Neuf, et aboutit au carrefour que forment les rues Saint-André-des-Arcs, de la Comédie, Mazarine et de Buci. Henri IV ayant fait achever le Pont-Neuf, et voulant en faciliter la communication avec le faubourg Saint-Germain, fit ouvrir cette rue, en 1607, sur le jardin des Augustins, et sur les bâtiments du collége Saint-Denis. Le nom qu'elle portoit lui fut donné en l'honneur du Dauphin. On le donna également à une porte que l'on fit bâtir à son extrémité. Cette porte, située presque vis-à-vis la rue Contrescarpe, fut abattue en 1672.
Rue de l'Éperon. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, de l'autre à celle du Jardinet. Le plus ancien nom sous lequel on la trouve désignée est celui de rue Gaugain, vicus Galgani. Elle le portoit en 1269[651], et l'a conservé jusqu'au commencement du quinzième siècle; Guillot l'appelle rue Cauvain. Ce nom est également dans plusieurs titres de l'abbaye, dans lesquels on lit Gongan, Gongain, Gongaud, Gorigand, etc. Ce sont des fautes de copistes. Au quinzième siècle on la trouve désignée rue Chapron, de Chaperon et Chapon; enfin, dans le procès-verbal de 1636, on lit rue de l'Éperon. Ces derniers noms viennent de plusieurs enseignes.
Rue du Foin. Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue Saint-Jacques. On ignore à quelle occasion elle a reçu ce nom; mais dès la fin du treizième siècle elle étoit appelée rue O Fain; de la Fennerie en 1332; au Foin en 1383 et 1386[652]. Cependant, en 1383, on la trouve aussi sous la dénomination de rue aux Moines de Cernai, parce que les abbés des Vaux de Cernai y avoient leur hôtel. Depuis elle a repris son premier nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui.
Rue Gilles-Cœur. Elle commence à la rue Saint-André-des-Arcs, et aboutit au quai des Augustins. Les titres de Saint-Germain du quatorzième siècle l'indiquent sous les noms de Gilles-Queux, Gui-le-Queux, et, peut-être, par faute de copiste, Gui-le-Preux. Jaillot observe que ce nom de Gui-le-Queux a été aussi donné à la rue des Poitevins, et cherchant son étymologie, il pense qu'il vient de quelqu'un de ses plus notables habitans[653]. Un acte de 1397, cité par Sauval, lui donne le nom de Gui-le-Comte. Ceux de Gilles-le-Cœur et de Gist-le-Cœur sont évidemment des fautes de copistes.
Rue de la Harpe. Elle commence au bout de la rue de la Vieille-Bouclerie, au coin des rues Mâcon et Saint-Séverin, et aboutit à la place Saint-Michel. Un titre de 1247 lui donne déjà ce nom, vicus Cithare[654]. Dix ans après on la trouve sous celui de la Juiverie; la rue des Juifs, domus in Judearia ante domum Cithare, vicus Judeorum[655]; en 1262, vetus Judearia[656]. On l'appeloit ainsi parce que les juifs y avoient leurs écoles. En 1270 le cartulaire de Sorbonne fait mention de la rue du Harpeur; toutefois d'autres actes du même cartulaire l'indiquent à cette époque sous le nom de la Harpe: in vico de Citharâ en 1270, et vicus Harpe en 1281. Elle doit ce nom à l'enseigne de la seconde maison à droite, au-dessus de la rue Mâcon.
Cette rue, divisée autrefois en deux parties, s'appeloit rue de la Harpe ou de la Herpe depuis la rue Saint-Séverin jusqu'à celle des Cordeliers; et depuis cet endroit jusqu'à la porte Saint-Michel, on la nommoit tantôt rue Saint-Côme, tantôt rue aux Hoirs d'Harecour[657]. Jaillot, qui cite les actes où elle porte cette dénomination, dit que la distinction des deux parties de la rue de la Harpe subsistoit encore dans le procès-verbal de 1636[658].
Rue Hautefeuille. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à celle des Cordeliers. Nous ne nous arrêterons point à cette tradition ridicule, qui veut que cette rue doive son nom à un château de Hautefeuille, lequel appartenoit, dit-on, à un petit-neveu de Charlemagne, véritable personnage de roman[659]. En supposant même, dit Jaillot, que le vieux château mentionné par nos historiens[660], et dont on trouva des vestiges en 1358, lorsqu'on creusa les fossés qui bordoient l'enceinte de Philippe-Auguste, fût appelé de Hautefeuille, ce qui n'est qu'une simple conjecture, sa situation vis-à-vis les Jacobins, entre les portes Saint-Michel et Saint-Jacques eût fait naturellement donner son nom aux rues qui y conduisoient directement, comme celles de la Harpe et de Saint-Jacques ou autres rues intermédiaires qui en étoient plus proches que la rue de Hautefeuille, éloignée de cet endroit d'environ dix-huit cents toises. Du reste elle portoit ce nom dès 1252, et se prolongeoit alors jusqu'aux murs. Il en restoit encore des traces sensibles, à la fin du siècle dernier, dans le jardin des Cordeliers. Quant à l'étymologie de cette dénomination, Jaillot pense qu'elle pourroit venir des arbres hauts et touffus dont cette rue ou chemin pouvoit être bordé, et cette conjecture il l'appuie sur un passage des premiers statuts faits pour les Cordeliers, dans lesquels on défend aux religieux de jouer à la paume sous la Haute-Feuillé.
Il faut observer qu'au treizième siècle elle n'étoit pas appelée rue de Hautefeuille dans toute son étendue actuelle: du côté de la rue Saint-André, et jusqu'aux rues Percée et des Poitevins on la nommoit rue Saint-André et du Chevet-Saint-André. Au commencement du quinzième, une foule d'actes la désignent dans cette partie sous le nom de la Barre[661]: on suppose qu'elle le devoit à Jean de La Barre, avocat, qui demeuroit dans le voisinage[662].
Rue de l'Hirondelle. Elle aboutit d'un côté à la rue Gilles-Cœur, de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On trouve ce nom écrit de diverses manières dans différents actes; en 1200, rue d'Arrondale en Laas, et d'Arondelle en Laas en 1222; en 1263, d'Hirondale; dans Guillot, d'Hérondale; enfin on a dit rue de l'Hirondelle. Il est probable que ce nom provenoit de quelque enseigne.
Rue de la Huchette. Cette rue commence au carrefour que forment la place du pont Saint-Michel et les rues Saint-André-des-Arcs et de la Vieille-Bouclerie, pour venir aboutir à la rue du Petit-Pont. Elle faisoit partie du territoire de Laas, lequel appartenoit à l'abbaye Saint-Germain. En 1179 l'abbé Hugues ayant aliéné la plus grande partie de ce territoire à la charge d'y bâtir, on construisit, des deux côtés du chemin, des maisons qui formèrent une rue, nommée d'abord rue de Laas; c'est ainsi qu'elle est indiquée en l'année 1210. Mais dès 1284 plusieurs titres lui donnent le nom de rue de la Huchette, qui probablement venoit de quelque enseigne.
Rue de Hurepoix. Elle aboutissoit d'un côté au quai des Augustins, et de l'autre à la place du pont Saint-Michel. On ne la distinguoit pas anciennement du quai, et elle étoit nommée rue de Seine-allant-aux-Augustins. En 1636 on l'appeloit rue du Quai-des-Augustins. Vers ce temps-là elle prit le nom qu'elle porte aujourd'hui d'un hôtel garni situé à l'extrémité du quai, où venoient loger les marchands du Hurepoix[663].
Rue du Jardinet. Cette rue donne d'un côté dans la rue Mignon, de l'autre dans le cul-de-sac de la cour de Rouen, au coin des rues du Paon et de l'Éperon. Elle se prolongeoit anciennement jusqu'à la rue Hautefeuille, et de ce côté portoit le nom des Petits-Champs; ce nom fut ensuite donné à la rue entière. Depuis on l'appela rue de l'Escureul et des Escureux; enfin rue du Jardinet; peut-être, dit Jaillot, à cause du jardin de l'hôtel et collége de Vendôme, compris entre cette rue et celle du Battoir[664].
Rue Mâcon. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-André-des-Arcs, et de l'autre à la rue de la Harpe, au coin de celle de la Vieille-Bouclerie, laquelle a porté le même nom. Toutes les deux le devoient à l'hôtel des comtes de Mâcon, dont nous avons déjà parlé.
Rue de l'Abreuvoir-Mâcon. C'est une descente du carrefour des rues Saint-André-des-Arcs, de la Vieille-Bouclerie et de la Huchette, à la rivière. C'étoit par ce passage que l'on menoit abreuver les chevaux des comtes de Mâcon, et son nom a la même origine que celui de la rue. Il est fait mention de cet abreuvoir dès 1272[665].
Rue des Maçons. Elle donne d'un côté dans la rue des Mathurins, et aboutit de l'autre à la place de Sorbonne. Corrozet l'appelle rue du Palais-au-Terme, autrement des Maçons. Le premier de ces noms appartenoit d'abord à la rue des Mathurins, et ne fut donné à celle des Maçons que lorsque l'autre eut pris le nom des religieux qui s'y sont établis. Piganiol l'appelle seul rue aux Bains et aux Étuves.
Celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient, selon Jaillot, d'un bourgeois nommé Le Masson, lequel y demeuroit au commencement du treizième siècle. On trouve, en 1254, vicus Cementariorum[666], et dans plusieurs actes subséquents jusqu'en 1296, vicus Lathomorum. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Poitevins; on en a retranché une partie pour faire la place de Sorbonne.
Rue des Mathurins. Elle traverse de la rue de la Harpe à la rue Saint-Jacques. Elle avoit pris, dans l'origine, des Thermes de Julien qui y sont situés, le nom de rue du Palais-du-Therme, du Palais-des-Thermes; en 1220, vicus de Termis, de Terminis. Piganiol lui donne encore, mais mal à propos, le nom de rue des Bains ou des Étuves. Il paroît que l'abbé Lebeuf s'est aussi trompé en la désignant sous celui de rue Saint-Mathelin, qui alors étoit effectivement synonyme de Mathurin. C'est à la partie de la rue Saint-Jacques qui l'avoisine que ce nom appartenoit; celle dont nous parlons est encore nommée rue du Palais-du-Therme et rue du Palaix dans des titres de 1421 et 1450. Il n'y a guère que trois siècles qu'on lui a donné sa dernière dénomination[667]. Vis-à-vis des Mathurins est une rue qui conduit au cloître Saint-Benoît: Jaillot croit le reconnoître, dans le cartulaire de Sorbonne et à l'année 1243, sous le nom de vicus Andriæ de Macolis; elle est indiquée rue d'André-Machel dans un acte de 1254. Aujourd'hui elle se confond avec l'ancien cloître sous le nom commun de rue du Cloître-Saint-Benoît.
Rue Mignon. Elle traverse de la rue du Battoir dans celle du Jardinet, qui, comme nous l'avons remarqué, a porté le nom de rue des Petits-Champs. Il fut aussi donné à la rue Mignon, qui fait équerre avec l'autre. Quant à sa dernière dénomination, elle la doit au collége du même nom dont nous avons déjà parlé.
Rue de l'Observance. Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, fut percée en 1672. Elle a pris le nom qu'elle porte de l'église et de la principale porte des Cordeliers, dits de l'Observance, qui y étoient situées.
Rue du Paon. Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordiers, de l'autre à celle du Jardinet. Ce nom lui vient d'une enseigne, et elle le portoit dès 1246[668]. Sauval s'est trompé en lui donnant celui de rue de l'Archevêque-de-Reims[669], lequel ne convient qu'au cul-de-sac situé dans cette rue, comme Jaillot l'a démontré[670].
Rue de la Parcheminerie. Elle traverse de la rue Saint-Jacques à celle de la Harpe. Suivant le cartulaire de Sorbonne, on la nommoit rue des Écrivains, vicus Scriptorum en 1273[671]. Guillot l'appelle rue as Écrivains. Comme le parchemin étoit la seule matière sur laquelle on écrivît, elle en prit son dernier nom; et l'on trouve en 1387 vicus Pergamenorum[672], et dans tous les titres du siècle suivant, rue des Parcheminiers et de la Parcheminerie.
Rue Pavée. Cette rue, qui traverse du quai des Augustins à la rue Saint-André-des-Arcs, étoit ainsi nommée dès le treizième siècle. Au seizième on l'appeloit rue Pavée-d'Andouilles, dénomination dont l'origine est entièrement inconnue.
Rue Percée. Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de la Harpe. Guillot ne nomme pas cette rue; elle existoit cependant au temps où il écrivoit. On la trouve indiquée, en 1262, 1266 et 1277, sous le nom de vicus Perforatus. Dans plusieurs actes du siècle suivant, elle est nommée rue Percée, dite des Deux-Portes.
Rue Pierre-Sarrasin. Cette rue, qui traverse de la rue Hautefeuille à celle de la Harpe, doit son nom à un bourgeois, lequel possédoit, au treizième siècle, plusieurs maisons en cet endroit. Dans un compte de 1511[673] elle est appelée rue Jean-Sarrasin; mais elle ne tarda pas à reprendre son premier nom, qu'elle a conservé jusqu'à présent.
Rue des Poirées. Elle commence à la rue Saint-Jacques; et faisant un retour d'équerre, sous le nom de rue Neuve-des-Poirées, elle vient aboutir à la rue des Cordiers. L'ancien nom de cette rue étoit Thomas et ensuite Guillaume-d'Argenteuil; c'est ainsi qu'elle est indiquée, en 1236, dans le cartulaire de Sorbonne[674]. On trouve ensuite vicus ad Poretas en 1264, et vicus Poretarum en 1271. Cette rue se prolongeoit autrefois jusqu'à celle des Maçons, et avoit reçu populairement le nom de rue aux Écoliers-de-Rhétel, à cause du collége de ce nom qui y étoit situé; mais dans tous les actes on la trouve désignée sous celui de rue Porée, des Porées et des Poirées.
Rue des Poitevins. Elle forme un équerre, et aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle du Battoir. On la nommoit, en 1253, rue Gui-le-Gueux, ensuite Gui-le-Queux dite des Poitevins, enfin simplement des Poitevins en 1288. Plusieurs auteurs tels que Sauval, Dom Bouillart, Dom Félibien la nomment Ginart-aux-Poitevins et Gerard-aux-Poitevins; deux titres de 1356 l'appellent Guiard-aux-Poitevins[675].
Place du Pont-Saint-Michel. Elle est située à l'extrémité du quai des Augustins. L'abbaye Saint-Germain y avoit autrefois un pressoir pour faire vin et verjus; et c'étoit sur cette place que se faisoient les ventes par ordonnance de justice; depuis elles ont été transportés sur la place du Châtelet.
Rue des Deux-Portes. Elle traverse de la rue Hautefeuille à celle de la Harpe, et doit ce nom aux portes qui la fermoient à ses extrémités. Elle le portoit des 1450.
Rue Poupée. Elle aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, de l'autre à celle de Hautefeuille. Dans le douzième siècle, elle est désignée sous le nom de Popée[676]; en 1300 on l'appeloit Poupée, et depuis, par altération ou par faute de copiste, Poinpée et Pompée.
Rue Neuve-de-Richelieu. Elle conduit de la rue de la Harpe à la place et à l'église de Sorbonne. Ce fut pour donner un point de vue à ce monument que, dès 1637, on projeta de faire une place vis-à-vis, et d'ouvrir une rue qui donneroit dans celle de la Harpe. Cette rue fut effectivement ouverte en 1639 sur un terrain formé de quelques dépendances des colléges de Cluni et du Trésorier. Elle a été quelquefois désignée sous les noms de rue des Thrésoriers et de Sorbonne.
Rue de Savoie. Elle traverse de la rue des Grands-Augustins dans la rue Pavée, et doit son nom à l'hôtel de Savoie situé dans cette dernière rue, lequel en occupoit tout l'espace jusqu'à celle des Grands-Augustins.
Rue Serpente. Elle aboutit d'un côté à la rue Hautefeuille, de l'autre à celle de la Harpe. Elle devoit ce nom aux sinuosités qu'elle formoit avant d'avoir été redressée. Dès 1250 on l'appeloit rue de la Serpente et vicus Serpentis. Guillot écrit, pour la rime, de la Serpent.
Rue Saint-Séverin. Cette rue, qui aboutit d'un côté à la rue de la Harpe, et de l'autre à la rue Saint-Jacques, est fort ancienne et doit son nom à l'église que nous y voyons. On la trouve, on ne sait pourquoi, indiquée, dans un compte du domaine de 1574, rue Colin-Pochet, autrement dite Saint-Séverin[677].
Rue des Prêtres-Saint-Séverin. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Séverin, de l'autre à celle de la Parcheminerie. On l'appeloit, en 1244, ruelle devant ou près Saint-Séverin. En 1260 et 1264, les titres de Sorbonne la nomment strictus vicus sancti Severini; les actes du temps, ruelle et ruellette Saint-Séverin, ruelle de l'archiprêtre. En 1489, on disoit ruelle Saint-Séverin dite au Prêtre, et simplement ruelle au Prêtre en 1508.
Rue de Sorbonne. Elle commence à la rue des Mathurins, et aboutit à la place de Sorbonne. Le nom le plus connu que cette rue ait porté est celui des Portes et des Deux-Portes; on le lui donnoit encore en 1283, quoique, suivant le cartulaire de Sorbonne, on l'appelât, dès 1281, vicus de Sorboniâ et de Sorbonio. Guillot la nomme rue as Hoirs de Sabonnes; Du Breul l'a confondue avec la rue de Coupegueule.
Place de Sorbonne. Elle fut formée du retranchement d'une partie de la rue des Poirées, qui, comme nous l'avons dit, se prolongeoit alors jusqu'à la rue des Maçons.
Rue de Touraine. Elle aboutit d'un côté à la rue des Cordeliers, de l'autre à celle des Fossés-de-Monsieur-le-Prince. C'est mal à propos que sur les plans modernes elle est nommée rue de Turenne. On l'ouvrit, vers la fin du dix-septième siècle, presque sur le même alignement que la rue du Paon, et comme elle sembloit en faire la continuation, on lui donna le nom de Touraine, à cause de l'hôtel de Tours situé dans cette dernière rue.
Rue Zacharie. Elle traverse de la rue Saint-Séverin à celle de la Huchette. Ce nom est altéré; on disoit en 1219 rue Saqualie, vicus qui dicitur Sachalia[678]; les cartulaires de Sorbonne et de Saint-Germain lui donnent le même nom en 1262 et 1276. Ce nom étoit celui d'une maison qui y étoit située. La négligence des copistes en a altéré l'orthographe, et ils écrivirent successivement sac-alie, saccalie, sac-à-lie, sac-alis, saccalit. Cette rue est nommée Zacharie dans le procès-verbal de 1636, et depuis a toujours conservé cette dernière dénomination[679].
QUAIS.
Quai des Augustins. Il aboutit d'un côté au Pont-Neuf, de l'autre à la rue du Hurepoix. Jusqu'au règne de Philippe-le-Bel il n'y avoit entre les Augustins et la rivière qu'un terrain en pente douce, planté de saules, et qui servoit de promenade aux habitants du voisinage; toutefois la moindre inondation rendoit le passage difficile, souvent même impraticable, et ruinoit les maisons qu'on y avoit bâties. Ces inconvénients devinrent si graves que ce prince donna ordre au prévôt des marchands de détruire cette saussaie, et de faire construire un quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de Chartres. Cet ordre fut exécuté en 1313[680]; en 1389 on l'appeloit rue de Seine par où l'on va aux Augustins, et depuis rue du Pont-Neuf (Saint-Michel) qui va aux Augustins; en 1444 rue des Augustins. Ce quai, ainsi que la rue des Augustins, doit le nom qu'il porte aux religieux qui s'y sont établis. Les marchés à la volaille et au pain y avoient été établis par arrêt du conseil de 1676, et une inscription placée au coin de la rue témoignoit qu'il avoit été entièrement reconstruit en 1708[681].
MONUMENTS NOUVEAUX
Et réparations faites aux anciens monuments depuis 1789.
Église Saint-Séverin. Cette église est décorée de deux nouveaux tableaux qui lui ont été donnés par la ville en 1819. L'un représente la mort d'Ananie et Saphire; l'autre, saint Pierre guérissant un boiteux. Ces deux tableaux sont de feu Pallière, et font honneur à son pinceau.
Le Marché à la Volaille. Ce marché, bâti en 1810 par M. Happe, sur l'emplacement qu'occupoient auparavant l'église et le couvent des Grands-Augustins, présente, entre quatre murs percés d'arcades, trois nefs parallèles, dont celle du milieu est plus large et plus élevée que les deux autres. L'aspect de ce monument a de la grandeur, et les dispositions intérieures sont aussi commodes qu'il étoit possible de le désirer.
Fontaine de l'École de Chirurgie. Cette fontaine, située en face de l'école de chirurgie, doit former le centre d'un ensemble de constructions destinées à circonscrire et à décorer la place que la démolition de l'église des Cordeliers a ouverte devant ce monument.
Elle se compose de quatre colonnes d'ordre dorique, de proportion très-élégante, qui supportent un entablement mutulaire, dont la composition, bien qu'elle soit peu correcte, a de la grâce et de la légèreté. Au-dessus s'élève un attique orné d'une grande table renfoncée sur laquelle doit être gravée une inscription. Entre les colonnes on aperçoit une vaste niche cintrée, du sommet de laquelle s'échappe et tombe en cascade un volume d'eau considérable: il remplit un bassin demi-circulaire, et se divise ensuite d'une manière commode pour l'usage au moyen d'un mécanisme ingénieux.
Les constructions latérales déjà commencées, et propres à former des habitations particulières, rappellent les proportions de masses et les principales lignes de la façade de l'école. L'auteur de ce bel édifice, chargé d'en coordonner les accessoires, avoit conçu à cet effet un plan très-heureux: il est à souhaiter que ce plan soit suivi, et que ce qu'il avoit commencé soit achevé.
Collége Saint-Louis. Il est établi dans les anciens bâtiments du collége de Harcour, auxquels on a fait des augmentations considérables.
Les Thermes. La maison de la rue de la Harpe qui masquoit cette ruine antique a été démolie; on l'a couverte d'un toit, et encadrée dans des constructions qui l'entourent de toutes parts et la mettent désormais à l'abri des injures du temps et des dégradations nouvelles qu'elle auroit pu éprouver. L'emplacement qu'occupoit la maison formera au-devant une espèce de cour. Ces travaux, interrompus depuis quelque temps, ne sont point encore achevés.
La Sorbonne. Ce vaste édifice, rendu à l'université, est devenu le chef-lieu de l'académie de Paris. On achève en ce moment d'en réparer l'église, dans laquelle le tombeau du cardinal de Richelieu sera remis à la place qu'il occupoit avant la révolution. Cette église sera sans doute consacrée aux solennités religieuses de cette compagnie.