LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE.
Cette communauté fut établie en 1687 par M. Gardeau, curé de Saint-Étienne-du-Mont[338]. Sa première intention avoit été uniquement de procurer un asile et la subsistance à plusieurs jeunes filles de sa paroisse que la misère avoit plongées dans le libertinage. Il les avoit réunies dans une maison de la rue des Poules, sous la protection d'un saint prêtre de son clergé, nommé Labitte, lequel avoit donné la première idée de cet établissement. Il fut d'abord fondé sous le nom de sainte Théodore. Quelque temps après, M. de Harlai ayant jugé à propos de donner un autre directeur à ces filles, il s'en fallut peu que ce changement n'amenât la destruction de la communauté. Le plus grand nombre d'entre elles refusa de reconnoître son autorité; elles sortirent même de la maison, sans garder aucune mesure de bienséance. Il fallut toute la prudence et toute la douceur de ce nouveau directeur (M. Lefevre)[339] pour ramener une partie de ce troupeau dispersé. De ces restes qu'il avoit si heureusement réunis, il forma la communauté de Sainte-Aure, qu'il plaça dans une maison commode, rue Neuve-Sainte-Geneviève. Leur chapelle fut bénite en 1700, et M. le cardinal de Noailles donna des constitutions à ces filles en 1705. M. Lefevre ne se contenta pas de leur procurer des secours spirituels, il affermit encore leur établissement par plusieurs acquisitions qu'il fit pour leur communauté, et par la construction d'une église plus vaste, commencée en 1707. Le roi fit expédier, en 1723, des lettres-patentes en leur faveur[340].
Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré cœur de Jésus.
LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ.
Tel est le titre de cette communauté, et non celui des Cent Filles, que plusieurs nomenclateurs lui ont donné. L'abbé Lebeuf dit «qu'elle fut fondée vers 1710, pour de pauvres orphelines de la campagne.»[341] Piganiol recule cette date jusqu'à 1735. Jaillot prétend que cet établissement est antérieur de plusieurs années à la première de ces deux dates, et qu'il prit naissance vers 1700, par le soin de quelques personnes pieuses qui le commencèrent dans le cul-de-sac des Vignes, sous la protection de l'archevêque et des officiers municipaux. La maison qu'occupoient ces orphelines avoit été prise à loyer; elles en firent l'acquisition en 1711, ainsi que d'une autre maison voisine, et y firent construire des classes, un réfectoire et une chapelle. L'acquisition fut amortie, et l'établissement confirmé par lettres-patentes en 1717. Plusieurs personnes charitables y fondèrent des places qui restèrent à la nomination de leurs familles[342].
Outre les filles que la charité y plaçoit, on en recevoit d'autres avec de bonnes recommandations, moyennant une pension modique. Il suffisoit, pour être admise dans cette maison, qu'une fille fût orpheline de père ou de mère, de la ville ou de la campagne: elle pouvoit y entrer dès l'âge de sept ans, et y demeurer jusqu'à vingt. Dans le commencement de l'établissement, la direction et l'administration en avoient été confiées à des filles pieuses, qui formoient entre elles une société purement séculière; mais en 1754 on leur substitua des filles de la communauté de Saint-Thomas-de-Villeneuve[343].
Communauté de Saint-Siméon-Salus.
Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en démence, à laquelle on avoit donné le titre de communauté de Saint-Siméon-Salus. On y avoit ménagé une petite chapelle sous l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance. Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient employés pour procurer leur guérison.