L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE.
On ne trouve aucuns monuments qui puissent fournir quelques lumières sur l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf[267] pense qu'il faut en attribuer la construction au chapitre Saint-Marcel, propriétaire par succession d'une partie du clos Bruneau, et qui s'étoit acquis par-là le droit de nomination à cette cure, à laquelle il a effectivement présenté dès l'an 1200. Cette conjecture semble donc assez vraisemblable; mais lorsqu'il ajoute que la situation de cette église près de celle de Sainte-Geneviève pourroit faire penser que Clovis, qui se croyoit redevable à l'intercession de saint Hilaire de la victoire qu'il avoit remportée sur Alaric, auroit fait bâtir en cet endroit un oratoire sous son nom, il ne présente qu'une opinion vague et qui n'est fondée sur aucune autorité.
Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont, capella sancti Hilarii de Monte. Jaillot pense que les chanoines de Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers 1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de cette paroisse.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu.
Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint Jean et saint Joseph; par Belle.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur en droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en 1683.
Il y avoit dans cette paroisse une chapellenie instituée par un bedeau de l'université nommé Hamon Lagadon. Le chapitre de Saint-Marcel nommoit à la cure[268].
CIRCONSCRIPTION.
Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit très-circonscrit. Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur le collége d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce qu'avant la construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des vassaux de Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de cette paroisse.
L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE.
Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis Ier, sur une colline au sud-est de Paris, et dans un lieu qui servoit de cimetière public; mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis d'abord pour la desservir.
Cependant, quant à l'année de sa fondation, ces historiens ne diffèrent entre eux que depuis l'an 499 jusqu'à 511, c'est-à-dire d'un intervalle d'environ douze ans[269]. Il est certain que, dès la fin de l'année 496, Clovis avoit été baptisé, et que la plus grande partie des François avoit, à son exemple, embrassé le christianisme; mais on ne trouve aucun titre qui prouve que, vers cette époque, et même pendant les dix années qui la suivirent, ce prince ait fait bâtir d'église à Paris ni même en France. On sait que la guerre qu'il avoit déclarée à Gondebaud, roi de Bourgogne, les alliances qu'il contractoit avec d'autres souverains, et une foule de soins non moins importants l'occupoient alors tout entier; de manière que, sans pouvoir également offrir de preuves positives d'aucune autre date, il nous paroît plus vraisemblable de reculer cette fondation jusqu'à l'année 508, après la fameuse bataille qu'il livra, près de Poitiers, au roi des Visigoths, Alaric II. Trois historiens, Aimoin, Roricon et Frédégaire[270], rapportent qu'à la prière de Clotilde ce monarque avoit fait vœu, s'il revenoit vainqueur, de bâtir une église sous l'invocation de saint Pierre. La bataille fut livrée en 507; Clovis y tua Alaric de sa propre main, et revint l'année suivante à Paris, qu'il choisit alors pour la capitale de ses états. Il nous semble qu'aucune époque ne peut être plus convenable pour y placer la fondation de l'église de Sainte-Geneviève. Elle fut nommée dans le principe tantôt l'église de Saint-Pierre, tantôt la basilique des SS. Apôtres[271]. Nous dirons plus bas quand et à quelle occasion on la consacra à la patronne de Paris.
Le nom de basilique, dont se sert Grégoire de Tours en parlant de cette église, a fait penser qu'elle avoit d'abord été desservie par des religieux. Les noms de monastère, d'abbé, de frères, par lesquels les vieux titres désignent sans cesse et l'église et ceux qui la desservoient, mais surtout le témoignage d'un ancien livre, qui déclare formellement qu'elle avoit été bâtie pour y faire observer la religion de l'ordre monastique[272], semble fortifier cette opinion que les savants du premier ordre, dom Mabillon, l'abbé Fleuri, l'abbé Lebeuf, le P. Dubois, etc., ont embrassée.
Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a pas de peine à prouver que ces noms de basilique, de monastère, donnés à l'église, de frères et d'abbé, dont sont qualifiés les desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres, les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie monastique, n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines séculiers.
Ces chanoines subsistèrent dans le même état jusqu'au douzième siècle; et pendant ce long espace de temps on les voit sans cesse l'objet d'une protection spéciale de la part des rois de France et des plus grands princes. Un diplôme du roi Robert, de 997, confirme les donations qui leur ont été faites, en ajoute de nouvelles, leur donne le droit de nommer leur doyen[273], de disposer de leurs prébendes. Par une charte donnée en 1035, Henri Ier se déclare le protecteur de la vénérable congrégation des chanoines de Sainte-Geneviève. Une autre charte, datée de 1040 ou environ, contient d'autres donations faites en leur faveur par Geoffroi Martel, comte d'Anjou; des bulles de divers papes confirment tous ces priviléges, etc.; mais en 1148 il se fit un changement notable dans leur administration intérieure: Eugène III, qui occupoit alors le trône pontifical, et qu'un événement fâcheux avoit forcé de se réfugier en France dès l'année précédente, étoit depuis quelque temps informé du relâchement qui existoit dans cette communauté; peut-être même pensoit-il déjà à y introduire la réforme. Une scène scandaleuse, qui se passa sous ses propres yeux, dans l'église de Sainte-Geneviève[274], le confirma dans cette résolution, que le peu de séjour qu'il fit en France l'empêcha toutefois d'exécuter lui-même. Louis-le-Jeune, entrant dans ses vues, en confia le soin à Suger, qu'il venoit de nommer régent de son royaume avant son départ pour la Terre-Sainte. Cette réforme n'eut point lieu, suivant toutes les apparences: car on voit l'année suivante (en 1148) le même pape Eugène former d'abord le projet de substituer à ces chanoines huit religieux de l'ordre de Cluni, et ensuite, vaincu par les prières et les représentations qu'ils lui firent, se contenter d'introduire dans leur maison douze chanoines de Saint-Victor[275], qui opérèrent enfin cette réforme si nécessaire. C'est ainsi que les chanoines de Sainte-Geneviève, de séculiers qu'ils étoient, devinrent réguliers.
Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui du titulaire d'une église.
La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et Charles VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir, ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon, qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en 1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a donné de chanoines réguliers de la congrégation de France.
L'église de Sainte-Geneviève ne présente pas dans ses antiquités moins d'obscurités et d'incertitudes que son clergé. On ne peut pas assurer que l'édifice bâti par Clovis et par sainte Clotilde subsistât encore lorsqu'en 857 les Normands, qui, depuis douze ans, n'avoient pas cessé de ravager les bords de la Seine, débarquèrent dans la plaine de Paris, et mirent le feu à cette basilique, ainsi qu'à toutes les autres églises, excepté celles de Saint-Vincent et de Saint-Denis, qui furent rachetées de ces barbares à prix d'argent. Peut-être avoit-elle été déjà reconstruite au huitième siècle, en même temps que cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que les murailles de l'édifice que détruisirent les Normands subsistèrent encore en partie, quoiqu'en très-mauvais état, jusque vers l'an 1190. Elles furent alors réparées par Étienne, qui en étoit abbé; et ces réparations, dont une partie a subsisté jusque dans les derniers temps, étoient encore très-visibles sur le côté extérieur et méridional de la nef. Suivant l'abbé Lebeuf, cette partie extérieure de la carcasse étoit un débris des constructions qui existoient même du temps des barbares. Quant à tout le travail du dedans, piliers, voûtes, petites colonnades, on y reconnoissoit le caractère de l'architecture gothique du treizième siècle; mais leur disposition singulière, l'élévation des ailes et leur peu de largeur, la ceinture du sanctuaire formée en rotonde, sembloient prouver que la nouvelle église avoit été rebâtie sur les anciens fondements; et un pilier, placé près de la porte qui communiquoit avec l'église Saint-Étienne, indiquoit par son chapiteau plus ancien de deux siècles, que le sol de ce monument avoit été relevé. Les trois portiques[276] du frontispice étoient aussi du treizième siècle. Enfin les constructions de la tour qui servoit de clocher annonçoient deux époques: la partie inférieure étoit du onzième siècle, l'autre avoit été réparée[277] à la fin du quinzième, sous le règne de Charles VIII.
Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; et chaque fois que les barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une crypte, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la crypte, qui fut alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du chœur, et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans l'église supérieure.
La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un grand nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart furent détruites ou changées de forme par le cardinal de La Rochefoucauld, lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église et la maison. La plus remarquable de celles qui furent conservées étoit une grande et belle chapelle située au côté méridional du cloître, et connue dans l'ancien temps sous le nom de Notre-Dame-de-la-Cuisine, parce qu'elle étoit effectivement placée auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit été construite par ce même abbé Étienne à qui l'on devoit les réparations de l'église, et portoit, depuis environ deux cents ans, le nom de Notre-Dame-de-la-Miséricorde.
C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de maître-ès-arts.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE.
TABLEAUX.
Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient des vœux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient été peints par de Troy père et fils, Largillière et de Tournière.
Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on remarquoit un Ecce Homo et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés en tapisserie.
Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des pains; par Clermont.
Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs tableaux, sans noms d'auteurs.
Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques tableaux.
Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin, par Restout père, et un morceau de perspective peint sur un des murs; par La Joue.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont les quatre faces principales étoient ornées de colonnes composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses, telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait aux frais du cardinal de La Rochefoucauld.
À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul en métal doré.
Au milieu du chœur, un lutrin d'une composition élégante et ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle. Le dessin de ce morceau étoit attribué à Lebrun.
Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles du roi et de celles de l'abbaye; par Germain.
Près de la porte par laquelle les chanoines entroient dans le chœur, sous deux arcades enfoncées, deux figures en terre cuite, représentant Jésus-Christ dans le tombeau et ressuscité; par Germain Pilon[278].
Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les prophètes.
Dans la galerie dite l'oratoire, une Nativité en plomb bronzé.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans l'église.
Derrière le maître-autel, la châsse qui renfermoit le corps de sainte Geneviève. Cette châsse, que plusieurs historiens de Paris ont faussement attribuée à saint Éloi[279], étoit de vermeil doré, d'un travail gothique, couverte de pierreries dues à la piété et à la libéralité de nos rois. Elle étoit soutenue par quatre statues de vierges plus grandes que nature, portées elles-mêmes sur des colonnes d'un marbre antique et rare; un bouquet de diamants d'un très-grand prix couronnoit ce monument: c'étoit un don de la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.
Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.
Derrière le chœur, une châsse renfermant les reliques de sainte Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir, assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également inhumés dans cette église.
Dans une chapelle près de la sacristie, le tombeau du cardinal de La Rochefoucauld, abbé commandataire de cette église, mort en 1645. Ce monument a été exécuté par un sculpteur nommé Philippe Buyster[280].
Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans après sa mort.
Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le cœur de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription composée par Santeuil.
Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des Cabochiens sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.
Dans la chapelle souterraine.
Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun ornement, et entouré de grilles de fer.
Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit été inhumée dans cette même chapelle.
Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde.
Le tombeau de Joseph Foulon, abbé de Sainte-Geneviève, mort en 1607. On y voyoit la représentation en bronze doré de ce prélat, revêtu de ses habits pontificaux[281].
Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur de Foulon, mort en 1619.
Dans le chapitre.
Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P. Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.
Dans le petit cimetière.
Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en 1706.
L'ancien cloître de cette abbaye, qui tomboit en ruine, avoit été reconstruit à la moderne en 1744[282]. Il étoit soutenu d'un côté par des colonnes doriques; la porte d'entrée de la maison et le péristyle qui le précédoit, avoient été bâtis au commencement du même siècle, sur les dessins du père de Creil, religieux de cette communauté. Il étoit aussi l'auteur du grand escalier, que l'on admiroit pour la hardiesse de sa coupe. La galerie dite l'Oratoire, ornée de pilastres corinthiens, présentoit alternativement des figures de demi-relief en plomb doré, et des tableaux offrant divers sujets de la vie de la sainte Vierge.
La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M. Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin, Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou, etc.
Le cabinet de curiosités, bâti en 1753, deux ans avant la bibliothèque, faisoit suite à ce monument. Il renfermoit une grande quantité de morceaux précieux d'histoire naturelle, des antiquités étrusques, grecques, égyptiennes, romaines; une collection de médailles anciennes et modernes, dont plusieurs parties étoient complètes, et qui jouissoit de la plus grande estime parmi les antiquaires, etc., etc.[283]
L'abbaye de Saint-Geneviève relevoit immédiatement du saint-siége; ses abbés portoient, depuis 1256, les ornements pontificaux, et leur autorité s'étendoit sur un grand nombre d'églises paroissiales dépendantes de cette abbaye; ils jouirent même pendant long-temps de tous les droits épiscopaux sur la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont. On sait que, dans les grandes calamités publiques, on descendoit la châsse de la patronne de Paris pour la porter processionnellement à Notre-Dame; à cette procession[284] où assistoient les cours supérieures et tout le clergé de Paris, les religieux de Sainte-Geneviève marchoient pieds nus, prenant la droite sur le chapitre de l'église métropolitaine, comme leur abbé la prenoit en cette occasion sur l'archevêque de Paris.
Palais de Clovis.
Une ancienne tradition veut que Clovis ait fait bâtir un palais en même temps que la basilique de Saint-Pierre; et cette tradition, adoptée par une foule d'historiens de Paris, se trouve confirmée par le témoignage de l'auteur des annales manuscrites de Sainte-Geneviève, qui lui-même étoit membre de cette abbaye. Sauval va plus loin: il prétend que de son temps on a détruit la chambre de Clotilde; et peu d'années avant la révolution, on dit qu'il existoit encore un bâtiment appelé la chambre de Clovis. Cependant ces assertions vagues ne forment point un corps de preuves suffisantes pour persuader que Clovis eût fait bâtir un palais si proche des Thermes, qu'il habitoit, sans qu'il en restât aucun vestige ni dans les archives de Sainte-Geneviève ni dans les monuments que nous ont laissés les historiens du moyen âge. Entre plusieurs objections très-fortes qu'il seroit possible d'élever contre l'existence de ce monument, il en est une surtout qui nous semble décisive, et on la tire d'un passage de Grégoire de Tours, qui, rendant compte d'un concile[285], où il avoit lui-même assisté, et qui fut tenu en 577 dans la basilique de Saint-Pierre, dit que Chilpéric reçut les évêques, et leur offrit un repas dans un endroit construit à la hâte et couvert de feuillages: Stabat rex juxta tabernaculum ex ramis factum..... et erat ante scamnum pane desuper plenum, cum diversis ferculis. «Chilpéric, dit Jaillot, respectoit trop les évêques pour les recevoir dans une semblable tente s'il eût eu un palais dans le voisinage; et, s'il fit construire ce pavillon, ce ne fut que pour leur éviter la peine de venir jusqu'au palais des Thermes, quoique peu éloigné du lieu de leur assemblée.» Il n'y a donc rien de plus incertain que l'existence de ce palais de Clovis.
Chapelle de Saint-Michel et porte papale.
Il n'en est pas ainsi de la chapelle Saint-Michel: elle a réellement existé. C'étoit, comme nous l'avons déjà dit, l'usage d'en bâtir une dans les cimetières, sous le vocable de cet archange; et tout s'accorde à prouver que, dans les premiers siècles de notre monarchie, la montagne Sainte-Geneviève étoit un lieu destiné aux sépultures[286]. Cette chapelle fut vraisemblablement érigée peu de temps après la grande basilique, et aura eu le même sort lors de l'invasion des Normands. L'abbé Lebeuf[287] la place au-delà de la porte du monastère qui regardoit le sud-ouest; et les annales de Sainte-Geneviève que nous venons de citer disent qu'elle étoit située près la porte qui regardoit la campagne.
Sans nous déterminer pour l'un ou pour l'autre de ces deux situations, nous remarquerons que, dans la dernière, qui est le lieu que depuis on a nommé l'Estrapade, on voyoit encore au dix-septième siècle la place d'une porte qu'on appeloit la porte papale, et dont l'origine et le nom ont fort exercé la sagacité de nos antiquaires. Parmi ces opinions diverses, nous préférons encore celle de Jaillot, qui pense que cette porte fut ouverte à l'instar de ces portes dorées dont parle du Cange[288], et qu'elle le fut pour faire honneur au pape Eugène III, lorsqu'il vint à Sainte-Geneviève en 1147. On en ouvrit une semblable dans les murs de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, lorsqu'en 1163 le pape Alexandre III y vint faire la dédicace de l'église.
Bailliage de Sainte-Geneviève.
Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de l'église.