LES PRÉMONTRÉS.
Personne n'ignore que l'institution de cet ordre de chanoines réguliers est due au zèle pieux de saint Norbert. Barthélemi, évêque de Laon, qui connoissoit les talents et les vertus de cet homme apostolique, l'avoit appelé près de lui pour l'aider à introduire la réforme parmi les chanoines de Saint-Martin, qui habitoient sa ville épiscopale. Le succès n'ayant pas répondu à ses efforts, saint Norbert, qui vouloit se livrer à la vie pénitente et contemplative, se retira dans un vallon de la forêt de Couci, que l'on nommoit Prémontré. Une chapelle de Saint-Jean-Baptiste qu'il trouva dans ce lieu, et que les religieux de Saint-Vincent-de-Laon, à qui elle appartenoit, avoient abandonnée, lui fit naître le projet de s'associer quelques personnes, et d'établir en cet endroit un monastère[558]. L'évêque Barthélemi, entrant dans ses vues, fit l'acquisition du vallon et de la chapelle, qu'il donna en 1120 à saint Norbert; et cette même année celui-ci jeta les fondements d'un ordre régulier, qu'il mit sous la règle de Saint-Augustin, et dont treize chanoines firent profession le jour de Noël en 1121[559]. L'ordre s'accrut assez rapidement; et dans le siècle suivant, Jean, abbé de Prémontré, voulant que ses religieux joignissent à la sainteté de leur vie une science suffisante pour instruire les fidèles qu'ils édifioient, prit la résolution de faire établir pour son ordre un collége à Paris. Il y acquit en conséquence plusieurs maisons dans les années 1252, 1255, 1256 et 1286[560]. On voit par une bulle d'Urbain IV, adressée à Renaud de Corbeil, évêque de Paris, que ces religieux obtinrent en 1263 la permission d'avoir un autel portatif[561]; mais on n'a pu découvrir dans quel temps on leur permit d'élever une chapelle. Celle qu'on leur avoit accordée fut démolie en 1618, et l'on bâtit alors à la place l'église qui a subsisté jusqu'à la fin du dernier siècle. Elle fut dédiée sous l'invocation de Saint-Jean-Baptiste et de Sainte-Anne. En 1672 on y fit plusieurs changements, et la nef fut agrandie par la suppression d'une maison située entre cette église et la rue Hautefeuille.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÉMONTRÉS.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, décoré de colonnes ioniques accouplées et chargées d'ornements d'assez mauvais goût, deux anges de grandeur naturelle, soutenant un petit temple placé au-dessus du tabernacle.
Dans deux niches et sur l'arrière-corps, deux autres statues également de grandeur naturelle; le tout sans nom d'auteur.
Dans l'église, qui n'avoit rien de remarquable sous le rapport de l'architecture, la menuiserie des orgues, des stalles et la grille du chœur passoient pour d'assez bons ouvrages.
La maison des Prémontrés à Paris portoit le titre de prieuré, et étoit destinée à servir de collége aux jeunes chanoines de leur ordre. Elle a produit un grand nombre de sujets distingués, qui ont été l'ornement et la lumière de l'église[562].