LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE SAINT-MICHEL.

À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire, dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.

Cet établissement fut commencé à Caen le 25 novembre 1641. Mais le P. Eudes eut bientôt acquis la conviction qu'il ne pourroit atteindre complétement le but qu'il s'étoit proposé, qu'en le faisant diriger par des religieuses qui se consacreroient spécialement à cette œuvre de charité. Il sollicita donc et obtint, en 1642, des lettres-patentes par lesquelles il lui fut permis de rassembler à Caen une communauté de religieuses qui feroient profession de la règle de saint Augustin, et dont l'occupation particulière seroit d'instruire les filles pénitentes qui voudroient se mettre sous leur conduite. Le P. Eudes choisit les religieuses de la Visitation pour former les sujets de ce nouvel institut: il rédigea les statuts et les règlements que devoient observer les religieuses pénitentes, et voulut que, quoique logées dans le même monastère, elles fussent séparées de celles qui les dirigeoient, surtout qu'elles ne pussent jamais être reçues à faire profession, quelque solide que pût être leur conversion, accordant toutefois, dans le cas d'une vocation décidée, qu'on leur procurât des facilités pour entrer dans d'autres couvents. À l'égard de celles qui n'étoient point appelées au cloître, elles devoient être rendues à leurs parents, ou placées avantageusement, après avoir été suffisamment instruites. M. Leroux de Langrie, président au parlement de Normandie, se déclara fondateur de l'établissement; il fut approuvé, en 1666, par le pape Alexandre VII, et se répandit bientôt en Bretagne, où il se forma successivement trois maisons. Ce fut du monastère de Guingamp qu'on fit venir quelques-unes de ces religieuses pour diriger la maison des Filles de la Magdeleine, dont nous avons déjà parlé[347]. M. le cardinal de Noailles, touché du zèle que ces saintes filles mirent dans l'exercice de ces pénibles fonctions, frappé du talent particulier qu'elles avoient pour conduire ce troupeau encore indocile; convaincu d'ailleurs de la triste nécessité de multiplier de semblables asiles dans une aussi grande ville que Paris, résolut de leur procurer un second établissement dans cette capitale. S'étant associé, pour cette œuvre pieuse, une charitable personne (mademoiselle Marie-Thérèse Le Petit de Vernon de Chausserais), ils achetèrent conjointement, le 3 avril 1724, une grande maison et un jardin dans la rue des Postes; et la même année ces filles y furent établies. Ce prélat leur obtint en même temps des lettres-patentes qui furent confirmées en 1741 et en 1764. Leur chapelle fut bénite sous le nom de saint Michel.

Conformément à leur institut, les filles pénitentes qui s'y présentoient volontairement, ou qu'on y renfermoit en vertu d'ordres supérieurs, étoient logées dans des bâtiments séparés de ceux des religieuses, et il y en avoit d'autres destinés aux jeunes demoiselles dont on leur confioit l'éducation[348].

Communauté de Sainte-Anne-la-Royale.

Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en 1640, sous le titre de Sainte-Anne-la-Royale, titre qu'elles avoient pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi, par décret du 19 mars 1689.