JARDIN DU LUXEMBOURG.
Ce jardin, considéré maintenant comme le plus beau jardin public de l'Europe, sans en excepter celui des Tuileries, qu'il surpasse par l'élégance du dessin et l'heureuse harmonie de toutes ses parties, mérite que nous nous arrêtions un moment sur les changements que le génie de Chalgrin y a opérés, et qui en ont fait, comme par enchantement, ce qu'il est aujourd'hui.
Planté sur un terrain irrégulier, toutes les irrégularités de l'espace dans lequel il est circonscrit se trouvent entièrement perdues dans les parties les plus reculées du bois qui l'environne, et ce bois, élevé en terrasse, vient se dessiner circulairement autour d'un parterre également circulaire dans sa partie centrale, et qui, à partir de la terrasse du château, se prolonge jusqu'à une seconde terrasse, laquelle précède une immense allée percée en face du palais. Cette allée, ouverte sur l'ancien terrain des Chartreux, termine, de ce côté, le jardin, et présente pour perspective le monument de l'Observatoire, dont l'axe s'est trouvé, par le plus heureux des hasards, absolument le même que celui du monument élevé par Desbrosses. Des deux côtés, et dans la partie basse de ce terrain, que l'on a fort élevé au dessus de son niveau, mais seulement sur l'espace où l'allée a été pratiquée, sont des pépinières expérimentales qui dépendent du palais, et sont renfermées dans l'enceinte du jardin.
Le bois symétriquement percé de larges allées, et dont la lisière forme, de tous les côtés, des terrasses en amphithéâtre d'où la vue embrasse tout le jardin, a, pour ces allées, des issues sur toutes les rues qui l'environnent[295], de manière que les promeneurs peuvent y aborder de tous les côtés. Le milieu du parterre, dont les compartiments sont dessinés avec goût et simplicité, est occupé par un grand bassin octogone avec jet d'eau; des pentes douces en fer à cheval lient cette partie du jardin, à son extrémité méridionale, avec les terrasses sur lesquelles s'élève le bois dont elle est entourée; les murs de ces terrasses sont revêtus de massifs disposés en talus et revêtus d'un gazon sur lequel on a planté des rosiers qui forment autour du jardin comme une immense ceinture de fleurs. On communique encore du parterre aux terrasses par plusieurs escaliers.
Enfin les deux entrées, du côté de la rue de Vaugirard où se trouve la façade du château, offrent un couvert d'arbres par lequel on arrive à la grande terrasse placée vis-à-vis de la façade opposée. De l'un et de l'autre côté, cette terrasse est accompagnée de deux grands espaces entourés de grillages et remplis de rosiers greffés sur des églantiers, et des espèces les plus rares et les plus variées. Ainsi, de quelque côté qu'on entre dans ce jardin, on y trouve de l'ombrage et les aspects les plus séduisants.
Sur les terrasses et dans la partie circulaire du parterre, on a placé comme ornement un assez grand nombre de statues.
| STATUES ET AUTRES ORNEMENTS DU JARDIN DU LUXEMBOURG. | ||
| Sur la terrasse, à droite. | Sur la terrasse, à gauche. | |
| Vulcain. | Flore. | |
| La Pudicité. | Mars. | |
| Romain. | Guerrier romain. | |
| Cérès. | Bacchus. | |
| Bacchus. | L'Été. | |
| Méléagre. | Vertumne. | |
| L'Été. | Mercure. | |
| Guerrier romain. | Apollon. | |
| Romain. | Bacchus. | |
| Vénus. | Vénus. | |
| Cérès. | Méléagre. | |
| Le Gladiateur Borghèse. | Diane chasseresse. | |
| Autour du parterre. | Autour du parterre. | |
| Minerve. | Diane. | |
| Junon. | Diane. | |
| Vénus. | Bacchus. | |
| Flore. | Vénus. | |
Dans le parterre, aux angles des grands tapis de verdure.
Quatre grands vases en marbre, forme de Médicis.
À l'origine des balustrades qui bordent le fer à cheval.
Des groupes d'enfants supportant des cuvettes.
Aux deux extrémités du fer à cheval.
Des copies des lutteurs, d'après les deux groupes antiques de la galerie de Florence.
Au milieu du tapis de verdure, dans la partie du bois, à droite.
Un grand vase, forme de Médicis.
Dans le carré de rosiers, du même coté.
Une statue de Mercure.
À l'entrée de la grande allée.
Sur deux piédestaux carrés, deux lions en marbre. Les deux portes qui donnent sur les rues de Fleurus et d'Enfer sont ornées des mêmes animaux sculptés en pierre.
Dans la partie du bois qui borde la rue d'Enfer.
Trois statues allégoriques.
La plupart de ces statues sont copiées d'après l'antique. Les meilleures de ces copies sont médiocres, ce qui ne peut choquer dans des figures destinées à l'ornement d'un jardin public; mais plusieurs d'entre elles offrent des nudités, et ces nudités sont choquantes, même pour l'œil le moins scrupuleux.
Les honnêtes gens s'étonnent avec juste raison que, dans la capitale d'un royaume où la religion chrétienne est du moins reconnue comme religion de l'État, on laisse encore subsister, dans des lieux ouverts à toute une population[296], et dont n'écartent ni le sexe ni l'âge, ces monuments hideux de la licence du paganisme, sur lesquels du moins on jettoit autrefois un voile, lorsque, très imprudemment encore, on les exposoit aux regards de la multitude. Puisqu'on juge à propos de ne point les y soustraire, la pudeur publique exigeroit qu'on leur rendît du moins ce voile, qui en a été arraché pendant les saturnales de la révolution.