III

Eh bien, ce mot-là, le P. Ventura l'a-t-il fait entendre? On le cherche, et un tel mot ne se cherche pas, dans cet énorme volume de cinq cent soixante pages où la lumière passe sur toutes, mais ne se condense dans aucune de manière à former ce noyau qu'il faudrait pour tout éclairer! Certes! il y a là des accents superbes, un style étonnant, remuant et remué, et français à nous faire penser que nous avons là, dans cet Italien, un éloquent compatriote; mais est-ce tout? Que l'illustre théatin nous le pardonne: si la franchise est le devoir du prédicateur vis-à-vis des puissances, elle est le devoir rigoureux de la part du chrétien vis-à-vis du prédicateur. C'est l'instrument de l'observatoire catholique à mettre au point du firmament. Dans ces cinq cent soixante pages, y a-t-il autre chose que des généralités vagues, dans une excellente direction il est vrai, mais n'aboutissant pas au conseil précis que le législateur veut entendre puisque, dans la magnanimité de son intelligence, il vient s'asseoir là devant vous? Or, le conseil a-t-il immergé dans le champ du télescope? Le sol de l'observation n'a-t-il pas tremblé sous les pas de l'observateur?

Le P. Ventura, qui veut enseigner le pouvoir politique au détenteur providentiel de ce pouvoir, qui l'a ramassé sur la plage comme une épave en miettes dont il faut rapprocher et réorganiser les débris, le P. Ventura, publiciste après coup après le sermon, puisqu'il le fixe sous nos yeux dans un livre qu'il revoit, corrige, orne de notes, et qui est enfin un traité, ni plus ni moins que le livre du premier publiciste venu écrivant dans la confiance de sa pensée, le P. Ventura ne serait-il pas un peu embarrassé si on lui disait: «C'est bien! mais prenez la plume encore et formulez vos conseils en lois. Voyons! allez! rédigez le décret. Il faut léguer la paix au monde avec une dynastie. Écrivez le testament politique qui va assurer cette survivance nécessaire au monde, si le monde n'est pas condamné. Nous sommes attentifs, mais vous, soyez formel. Publiciste de Celui qui a dit: Gardez mes commandements et vous vivrez, sur quel article du Décalogue baserez-vous la longévité politique de l'établissement impérial? Tout est là, sans doute, pour vous, prêtre. Ce n'est pas tout que de descendre du Sinaï; il faut y remonter. Le Pater noster a-t-il des échos ici-bas? Éclairez-nous... Est-ce trop demander? N'êtes-vous pas le canal de la Constituante éternelle, le truchement de Dieu, son porte-voix?»

Encore une fois, si les sermons du P. Ventura n'étaient que des sermons, nous aurions dit: Ils ont la force persuasive, ils ont l'accent pénétrant, ils ont l'onction, ils ont... ce qu'ils auraient! Ce ne serait là qu'un compte à régler sur les qualités et les richesses du talent de l'orateur; mais dans la pensée évidente, catégorique et même exprimée dans ce titre que vous avez pris, c'est bien autre chose. C'est une réponse aux questions des novateurs du temps. C'est une panacée. Or, qu'on nous pardonne l'expression vulgaire! une panacée ne consiste pas à dire aux gens: Portez-vous bien, et je paierai le médecin. Or, encore, à part la vérité morale et dogmatique du christianisme qui circule dans ces discours et qui appartient au premier curé de village autant et au même titre qu'au R. P. Ventura, il n'y a véritablement pas là d'inspiration réelle et efficace dont on puisse affirmer que ceci n'est pas le bien de tous, la généralité catholique dans son ampleur flottante et détachée, mais la propriété exclusive et positive d'un esprit meilleur que les autres parce que le christianisme l'a plus profondément éclairé!...