Le 23 Janvier.

J'ai manqué de périr.... d'une mort soudaine, affreuse, et j'aurais été surpris au milieu de mon coupable abattement. Dois-je encore appeler ceci un miracle?—Eh! que m'importe de savoir comment Dieu agit, pourvu que je ressente l'heureux effet des événements dont il est le maître!

J'avais remarqué, depuis quelques jours, que le temps était beaucoup plus doux, et que la fumée montait moins facilement: aujourd'hui, vers deux heures après midi, j'ai entendu un bruit sourd, comme le roulement du tonnerre; il s'est approché rapidement; il est devenu terrible, et tout à coup j'ai ressenti une violente secousse.

J'ai poussé un cri. Quelques ustensiles étaient tombés; une épaisse poussière remplissait la cuisine: le craquement des poutres m'avait d'ailleurs averti que le chalet avait reçu un choc violent; cependant je voyais tout en bon état autour de moi.

Je suis allé faire une ronde dans les autres parties de la maison. A peine entré à l'étable, j'ai vu des traces effrayantes de l'accident; beaucoup de plâtras couvraient la terre; la muraille avait cédé; elle était visiblement sortie de l'aplomb, mais elle restait debout; une partie de la toiture avait été brisée du côté de la montagne. C'était tout, et j'ai dû en conclure que la masse qui avait causé le dommage s'était arrêtée contre le chalet. Était-ce une roche détachée de l'escarpement qui le domine? N'était-ce pas plutôt une avalanche qui s'était formée un peu au-dessus, à la suite de l'adoucissement de la température, et qui, n'ayant pas encore assez de force et de volume, n'avait pu franchir l'obstacle opposé à sa chute?

Mon émotion a été grande; elle dure encore; je remercie avec ferveur le Tout-Puissant de l'avis qu'il a daigné me donner; puisse mon cœur se réveiller pour ne plus s'endormir! Oui, je le reconnais, cette nouvelle épreuve m'était nécessaire. Je tombais dans un lâche abattement; j'en suis heureusement délivré, et je vais en bénir mon Dieu sur la tombe de mon aïeul.