Le 28 Décembre.

Mon grand-père aime à présent à se lever plus tard et à se coucher plus tôt. Il estime qu'après avoir fait un peu d'exercice, la bonne chaleur qu'il trouve, dit-il, sous la laine et la paille lui convient mieux. Il est impossible de se ménager avec plus d'attention et d'une manière plus désintéressée. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, m'instruit et me touche. Que de progrès j'ai fait avec lui en quelques semaines! Je ne me reconnais plus; j'ai quitté la plaine avec les sentiments et les idées d'un enfant: je me suis formé ici avec une rapidité qui m'étonne.

La journée qui vient de s'écouler n'a été marquée par aucun événement. J'ai travaillé, comme à l'ordinaire, et presque toujours au milieu de l'obscurité. J'acquiers tant de facilité à cet exercice, qu'il me semble que ma vue a passé au bout de mes doigts. Le toucher m'avertit des moindres erreurs, et ses avis excitent chez moi la réflexion d'une manière tout nouvelle. Je trouve quelque chose de si intéressant dans cette façon d'être, que je conseillerais d'en essayer à ceux mêmes qui n'en ont pas besoin. La vue est un serviteur trop empressé et trop complaisant, qui ne nous laisse pas le temps d'exiger de nous-mêmes tout ce que nous en pourrions obtenir. Le toucher est aussi un aide fidèle, mais il attend que la volonté commence, pour se mettre à sa disposition; il laisse à l'intelligence le soin de le diriger et de la reprendre. Ainsi chacun reste à sa place: l'esprit gouverne, le corps obéit.

Voilà mes réflexions sur ce qui se passe en moi. Je ne m'attendais pas, il y a quelque temps, à porter mon attention sur de pareils sujets: je me suis mieux étudié en trente jours de prison qu'en toute une vie de liberté.