Le 5 Décembre.
Nous pouvons sortir de chez nous: le chemin est fait; il est battu; j'ai eu le plaisir de le faire parcourir à mon grand-père, en le soutenant d'un côté, pendant qu'il s'appuyait de l'autre sur une barrière que j'ai fixée par un bout à la maison, et par l'autre à un pieu enfoncé dans la neige.
Nous sommes restés quelques moments au bout de notre avenue, qui n'est pas longue; mais le jour était sombre, et nous nous sommes trouvés fort tristes en voyant cette forêt noire, ce ciel nuageux et cette neige qui nous environne d'un silence de mort. Un seul être vivant s'est montré à nos regards: c'était un oiseau de proie, qui a passé loin de nous, en poussant un cri rauque. Il gagnait la vallée, et volait dans la direction de notre village.
—Chez les païens, a dit mon grand-père avec un triste sourire, on aurait expliqué ce que signifiait cet oiseau, son vol et son cri; les hommes superstitieux auraient vu dans sa rencontre des sujets de crainte ou d'espérance. Suivrons-nous bientôt la route que cet oiseau paraît nous tracer? Dieu le sait; mais il est trop bon et trop sage pour nous révéler notre sort, et, s'il voulait le faire, il ne se servirait pas de la brute pour prophétiser. Tiens, mon cher Louis, allons attendre l'effet de sa volonté. Je te remercie de la peine que tu as prise pour moi. Un autre jour j'en profiterai mieux.
Nous sommes rentrés, et, contre mon attente, nous avons été plus sérieux qu'à l'ordinaire; malgré nos efforts, la conversation languissait. Ainsi l'effet ne répond pas toujours à notre espérance. Le temps sombre ne suffit pas pour expliquer notre chagrin; il vient, je crois, d'avoir pu sortir de chez nous, de nous être figuré que nous étions libres, et de nous être sentis prisonniers comme auparavant.