Le 7 Janvier.

L'obscurité est plus triste pour les malades; on dit même qu'elle peut nuire à la meilleure santé. La lumière est faite pour l'homme et l'homme pour la lumière. Nous nous sommes avisés ce matin d'un moyen de ménager l'huile, sans demeurer tout à fait dans les ténèbres. Nous avons fabriqué un lumignon avec une tranche mince de bouchon de liége, à laquelle nous avons fixé une mèche très menue. Cette faible clarté suffit à mon travail; elle réjouit un peu mon grand-père. Nous en userons ainsi à l'avenir, et nous n'allumerons guère la lampe, car je reconnais, dans ce moment, qu'il m'est à la rigueur possible d'écrire sans cela.

Sans doute, les personnes accoutumées à l'éclairage de la plus modeste cabane, pendant les soirées d'hiver, trouveraient notre demeure bien sombre; mais, après les ténèbres où nous avons vécu si longtemps, il nous semble assez doux de nous entrevoir l'un l'autre, d'aller et de venir sans marcher à tâtons, et de pouvoir enfin distinguer, par cette lueur paisible, notre jour de notre nuit.

Une couche d'huile nage dans un verre d'eau, rempli aux trois quarts, et sur cette huile flotte notre petit soleil. Nous l'avons placé sur la table, et, à sa clarté, il n'est pas impossible d'entrevoir les objets qui garnissent notre cuisine. Ce demi-jour, semblable aux premières blancheurs de l'aube, porte au recueillement et dissipe la tristesse; il rappelle ces églises où la lampe veille pour inviter à la prière. Aucune des actions de mon grand-père ne m'échappe; je le vois souvent joindre les mains, et lever les yeux ou les fixer sur moi. Ah! je devine alors sa pensée, et, sans nous consulter, nous formons ensemble le même vœu.