UNIFORMES FRANÇAIS
(ARMÉES DE SAMBRE-ET-MEUSE ET RHIN-ET-MOSELLE)
Je tenais particulièrement à donner avec ce journal des dessins d'uniformes français dont l'authenticité fût égale à celle du texte. Bien qu'il n'y ait pas encore un siècle écoulé depuis 1792, la chose était malaisée. Il est plus facile de retrouver la tenue exacte d'un fantassin du quinzième siècle que celle d'un soldat de l'armée de Rhin-et-Moselle. Après l'avoir vainement cherchée en France, c'est en Allemagne que je l'ai rencontrée, grâce à mon confrère Raffet, du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale.
Pour bien connaître certains secrets de la vie parisienne, il convient souvent de lire les correspondances des journaux étrangers. De même, il faut voir les gravures allemandes de 1792 à 1802 pour se faire une idée de la tenue qu'avaient alors nos troupiers en campagne. Rien de plus imprévu ni de plus décousu; on se figure aisément la surprise des bons Germains habitués à la correction de tenue et de mouvements des armées disciplinées à la prussienne. Leurs dessinateurs ont aussitôt voulu en fixer le souvenir; ils n'ont rien dissimulé des habits déchirés, des chemises en lambeaux, des souliers troués; ils ont mis à nu toutes les misères de ces conquérants affamés, qu'ils personnifient souvent en la personne d'un maigre fantassin ouvrant la bouche pour avaler cette boule ronde qui représente le monde, avec l'inscription: il y passera.
Les Allemands devaient sentir cruellement la présence de ces bandes qui vivaient généralement sur leurs conquêtes, et cependant ils ne peuvent donner d'air féroce à leurs oppresseurs. Autant ils prêtent une mine grognonne à leurs compatriotes en armes, autant ils conservent un air souriant à ces endiablés qui veulent absolument boire leur vin et danser avec leurs filles, non sans leur prodiguer les caresses les plus cavalières. Ils ont même voulu sans doute faire honte aux faiblesses des femmes qui ont fini par sourire à ces gueux, car une de leurs caricatures favorites représente un pantalon d'uniforme français dont chaque jambe est tirée en sens contraire par deux commères rivales. D'autres sujets favoris sont le départ du régiment, les femmes en pleurs, et des petits berceaux où le nouveau-né montre une tête miraculeusement coiffée d'un bonnet de grenadier.
Il faut avouer que les séducteurs n'avaient que la figure pour eux et qu'il leur fallait une amabilité prodigieuse pour masquer les désastres de leur uniforme. Des artistes de talent ont, après coup, naturalisé en France un type correct du soldat républicain; il porte moustaches, a le cou découvert, la cravate noire; son chapeau est mis en colonne et son pantalon a des raies roses; mais en réalité c'est moins coquet. D'abord le chapeau à cornes, considéré comme gênant, est coiffé crânement en bataille comme celui des gendarmes, et le plus souvent à rebours, bien en arrière, cocarde et panache du côté du dos. La ganse de la cocarde sert de ratelier à divers menus objets. Tantôt c'est la pipe qu'on y passe; tantôt la cuiller et la fourchette à deux pointes s'y croisent en manière de pompon gastronomique. Quelquefois la cuiller change de place et se passe élégamment dans deux boutonnières du revers d'habit. Le casque et le bonnet de hussard sont également rejetés en arrière de la tête. La moustache est une exception. La cravate monte très haut, fait plusieurs tours et ses bouts retombent avec un gros noeud sur les buffleteries. Cette forte cravate, presque toujours rayée, est plus souvent jaunâtre que noire. Comme on le verra, l'habit boutonne peu et les coudes, parfois troués, donnent une triste idée de la blancheur que pouvaient avoir conservée les revers et le gilet.
Le pantalon est à pont, plus ou moins bien boutonné; s'il est rayé, ses rayures affectent toutes les dispositions et toutes les couleurs; les carreaux, les losanges, les zébrures se remarquent dans l'uniforme des volontaires, et certains officiers, qui portent le sac au dos comme leurs soldats, ont de véritables chausses collantes, rayées horizontalement de rouge, blanc et bleu maintenues par des sous-pieds fort longs qui vont chercher le pantalon au-dessus de la cheville. Les chaussures, dont nous avons rempli tout exprès une page, sont presque toujours dans le plus triste état; un chasseur à pied que nous reproduisons plus loin, paraît n'avoir plus que des semelles fixées par des lanières. Un autre a les pieds complètement nus. La cavalerie n'en est pas encore aux habits à pans écourtés, même dans certains régiments de hussards, elle reste fidèle aux pans longs agrémentés de passepoils et de force boutons; la basane qui protège quelques pantalons a des contours à la grecque; le bonnet des hussards est surmonté d'un panache presque aussi long, et le casque sans visière des dragons disparaît avec une partie du visage sous une crinière échevelée qui leur donne un aspect féroce. L'artillerie ne se distingue que par sa tenue complète de drap bleu; son aspect sévère est relevé par les soutaches rouges du gilet dans l'artillerie à cheval.
Le havre-sac de beaucoup de soldats n'a rien de la forme régulière d'aujourd'hui. C'est un sac ordinaire en cuir ou en toile brune, serré à la gorge par une ficelle, maintenu par des bretelles; et il descend presque sur les reins du patient, ce qui devait augmenter le poids.
Un seul soldat porte le bonnet de police à flamme longue avec un havre sac vraiment militaire, mais dont les courroies retiennent tout un monde. Dans le haut s'étale une oie; son cou est serré par la bretelle, et sa tête retombe mélancoliquement dans la direction d'une marmite ballottant à hauteur de la giberne. Le centre est barré par un pain long, et un flacon pend sur le côté droit. On voit que l'assortiment est complet et que nos zouaves n'ont rien inventé. Les officiers ont des pistolets à la ceinture, et portent le hausse-col retenu par une chaînette ou par un cordon plus long qu'on ne l'a porté depuis; c'est avec le sabre le seul insigne qui annonce le grade sur la longue capote de campagne. Presque tous les tambours sont des enfants ou des adolescents; comme âge, Barras n'était pas une exception.
J'ai parlé de la surprise causée de l'autre côté du Rhin par l'apparition des armées républicaines. On a peine à croire qu'elle se soit traduite d'une façon flatteuse pour nos armes, et cela au coeur même des pays allemands. Rien n'est cependant plus certain quand on peut être mis en présence d'une sorte d'album, in-quarto oblong imprimé à Leipzig en 1794 pour le compte du libraire Friedrich August Leo. Le texte allemand et français est précédé des deux titres généraux que voici:
Abbildung und Beschreibung Verschiedener Truppen des franzosischen armee, mit illuminirten Kupfern.
Représentation et description de différentes troupes de l'armée française, avec des planches coloriées.
Le texte est sur deux colonnes. Voici le titre particulier de la partie française:
«Description des quelques corps composant les armées (françaises), par un témoin oculaire. Leipzig, bei Friedrich August Leo, 1794.»
Cette description nous a paru si intéressante et même si surprenante au point de vue politique que nous la reproduisons intégralement ici. Son rapport avec notre sujet est direct, et les détails donnés sont d'une exactitude précieuse [68].
L'auteur allemand s'exprime en ces termes:
«L'énergie, la bravoure et la constance avec laquelle les troupes françaises font une guerre qui n'a pas encore d'exemple dans l'histoire, doivent faire réfléchir toute tête à laquelle les intérêts de ce bas monde ne sont pas indifférents.
«Combien de choses jusqu'à présent a-t-on cru sur parole indispensables à une armée pour la rendre victorieuse et dont se sont passé depuis quatre ans les armées françaises?
«La sévère discipline que Frédéric II avait introduite parmi ses troupes a fait beaucoup d'imitateurs et trouvé une infinité de partisans. Trompé par l'apparence, on s'est imaginé que la sévérité poussée jusqu'à la plus inhumaine contrainte, rendait des automates invincibles ou victorieux. On en aurait jugé bien autrement dans le temps des succès de Frédéric, si on avait eu le mot de l'énigme...
«La guerre présente est bien capable de détruire une prévention qui fait généralement à chaque soldat une victime dévouée aux coups de bâton de toute une échelle de supérieurs.
«Partout on prétend que les armées agissent et partout le soldat est une créature passive qui ne peut ni se mouvoir ni agir. En garnison on accoutume le soldat à s'humilier sous le bâton, et quand on a la guerre on prétend qu'il soit sensible à l'affront d'une défaite dont la honte ne retombe jamais sur lui.
«C'est cependant avec des hommes ainsi dégradés qu'on prétend vaincre des troupes qui ne connaissent de différences entre les individus que celles des fonctions qui leurs sont confiées; de discipline que le devoir du degré où chacun se trouve placé, et de subordination que celle qu'imposent la loi et l'avantage du service. Jamais en avilissant l'homme on ne lui fera faire de grandes choses; ce n'est qu'en lui montrant qu'il est digne de cet honneur qu'on lui fait venir l'envie de l'acquérir.
«Les hommes sont ce qu'on les fait. C'est à ceux qui les emploient à savoir les manier, les former tels qu'ils doivent être pour remplir ce qu'on en attend. Mais on ne doit pas s'attendre qu'on les intéresse à faire réussir des projets qui ne leur offrent aucune perspective avantageuse pour eux ou les leurs contre des hommes qui se sont donné une manière d'être qu'ils trouvent bonne et qu'ils croient avoir droit de défendre envers et contre tous...
«Entre princes, la guerre est un jeu de hasard où le dernier écu décide. Entre princes et nation c'est le lion enveloppé d'un filet: la souris n'est pas toujours là pour en ronger les mailles. On perd quelquefois de vue que l'on ne peut rien si l'on n'est soutenu de cet accord général qui fait voler toutes les volontés vers un même but. Vouloir agir dans cet état d'erreur, c'est s'exposer à des disgrâces, ou tout au plus à des succès éphémères. C'est ce que prouve l'expérience de tous les temps. Les princes créent des armées, mais que de peines et de dépenses il leur en coûte... combien d'intérêts privés il faut ménager dans la levée des recrues! Combien de temps s'écoule avant que ces nouvelles levées puissent entrer en campagne! Le mal n'est pas grand si c'est contre un prince que l'on est en guerre. Est-ce au contraire contre une nation? Elle se lève et marche, et il est facile de voir de quel côté sera l'avantage.
«Une nation levée ainsi n'a pas, il est vrai, ce coup d'oeil flatteur qu'offre un ancien régiment lorsqu'il est rangé en parade, où tous les soldats semblent coulés dans le même moule. Cette rigoureuse uniformité en impose, mais elle n'est pas, comme on le voit à présent, indispensablement nécessaire à la victoire. La garde nationale n'est pas une troupe moins courageuse, bien qu'irrégulièrement vêtue, que celles de cette ligne, où cette régularité s'observe plus exactement.
«Animés du même esprit, ces diverses troupes combattent avec la même bravoure, bravent la mort avec le même courage, supportent en commun travaux et fatigues.
«L'on ose donc croire que le public ne verra pas avec indifférence l'image de quelques-uns des corps dont les armées républicaines sont composées. Les figures enluminées sont représentées au naturel, telles que les a vues un témoin oculaire. Nous nous sommes contenté d'en multiplier les copies sans y rien changer.
«Les dragons font en France un service tout autre que dans les armées des autres souverains. On les place sur les ailes, dans des postes avancés, au passage des rivières, aux défilés ou aux têtes de pont. Mais leur véritable place, un jour de bataille, est au corps de réserve, à cause de la vitesse avec laquelle on peut les faire mouvoir et de la vivacité avec laquelle ils chargent l'ennemi. On les emploie encore diversement dans les sièges et dans une infinité de cas où on les fait suppléer à l'infanterie aussi bien qu'à la cavalerie. Aussi leur fait-on également bien apprendre les exercices de ces deux armes. Jusqu'à la fin de la guerre de Sept ans, ils furent habillés de rouge; mais depuis on les a habillés de vert. Leur uniforme est: habit vert, parements, revers, collet et doublure rouges, veste et culotte blanches ou ventre de biche, casque de laiton poli surmonté d'une touffe de crins noirs pendant sur l'arrière de la tête, bottes molles et sabres recourbés à la housarde. Leurs chevaux sont ordinairement de quatre pieds à quatre pieds deux pouces. À cheval, leurs armes sont un fusil, deux pistolets et le sabre; à pied, ils n'ont que le fusil et le sabre. On n'y admet que des jeunes gens vigoureux, lestes, bien faits et qui montrent beaucoup d'adresse.
«Les grenadiers à cheval durent leur première création à Louis XIV. Pour mettre le lecteur à même de juger de quels hommes cette troupe a toujours été composée, c'est que, pour la former chaque capitaine de grenadiers fut tenu de fournir un homme de la taille requise, généralement reconnu pour fort et brave et portant moustache. Cet esprit de corps, ce courage à toute épreuve ne se sont jamais démentis. Leur uniforme est bleu foncé, parements, revers et collet écarlates, boutons blancs sur lesquels est imprimé l'arbre de la liberté avec le bonnet et autour l'inscription: République française; veste et culottes blanches blanc d'argent et aussi des culottes de peau. Bonnet de poil à fond rouge, cordons et crépines tressés des couleurs nationales. Au milieu du front, une plaque sur laquelle est imprimé en relief le sceau constitutionnel avec des trophées et à chaque côté de la plaque une grenade enflammée. Le poil de ces bonnets est renversé de haut en bas, afin que l'eau de la pluie s'y arrête moins. La doublure de l'habit est de serge blanche. Au bas des pans où sont les crochets pour les retrousser, il y a une grenade de drap rouge, et, au lieu de flamme, il y a de petits glands qui en descendent pendus à des cordons de la même couleur. Ils ont des aiguillettes tressées de rouge et de blanc, des cols noirs, des bottes molles, mais des genouillères fortes. Leurs armes sont la carabine, deux pistolets, et un sabre dont la lame droite a près de deux pouces de large et se termine en pointe très aiguë, dont le double tranchant a environ huit pouces de long, et tout le sabre entre quarante et quarante-cinq. Ils le portent en bandoulière. Ils ont un porte-cartouches de cuir brun avec une plaque blanche sur laquelle est imprimé en relief l'arbre de la liberté avec le bonnet, mais sans inscription. Enfin, ils ont un grand manteau bleu bordé d'un cordonnet rouge, muni d'un ample rabat qui leur sert de capuchon. Dans l'action, principalement quand ils sont attaqués, ils s'abaissent fort avant sur leurs chevaux et savent adroitement se servir de la pointe de leur sabre, au maniement duquel ils s'appliquent singulièrement dans leurs moments de loisir, ce qui leur procure un avantage décisif sur leurs ennemis, qui n'ont ni la même dextérité ni la même vitesse quand même ils auraient la même bravoure.
«Les chasseurs à cheval sont de création moderne et forment dans les armées françaises une très nombreuse cavalerie. Leur service approche assez de celui des dragons, excepté qu'on les employe plus communément à la découverte; à battre les bois toujours en avant de l'armée. Leur uniforme est un habit vert foncé à collet droit, parements, revers et boutons blancs comme ceux des grenadiers à cheval, culotte de peau et veste blanche. Leur habit un peu court a la doublure blanche, les poches en long avec trois boutons sur les pattes. Ils portent des bottes molles, genouillères de même. Il n'est pas possible de donner une description exacte de leur bonnet ou casque. Il a la forme du bonnet de liberté, il est de cuir fortement battu et surmonté d'une touffe de crins de cheval ou de peau d'ours de la largeur de la main. Cette coiffure est entourée d'une bande de toile cirée jaune et tigrée. De chaque côté, une chaîne de laiton qui, en remontant, forme un angle aigu. Autour du cou, ils ont des cols ou des cravates noires. Les bas officiers se distinguent dans ce corps comme dans celui des grenadiers à cheval par quelques ganses sur les manches, mais qui dans ce corps-ci sont tressées des couleurs nationales. Leurs armes sont le mousqueton carabine, deux pistolets, un long sabre à monture de laiton dont la pointe a huit pouces de double tranchant. Ils le portent en bandoulière à un ceinturon de cuir. Le porte-cartouches est de cuir noir avec une plaque jaune et le sceau constitutionnel en relief. Ils ont des manteaux de la couleur de l'habit: l'un et l'autre sont bordés d'un cordonnet rouge. Ils ont des chevaux de douze à treize paumes. C'est la partie la plus nombreuse de la cavalerie.
«L'on n'a rien changé au reste de la cavalerie, l'ajustement et les armes sont les mêmes, aux boutons près qui sont comme ceux des grenadiers et des chasseurs; les cavaliers ont une cocarde avec une aigrette tricolore à leur chapeau.
«L'habillement des chasseurs à pied est peu différent de celui des chasseurs à cheval, si ce n'est que l'habit est plus long et va jusqu'aux genoux. Ils ont les mêmes casques, ainsi que vestes et culottes; et des bottines très légères de cuir de boeuf. Les bas officiers ont deux épaulettes pour les distinguer des simples chasseurs. Ils ont pour armes un fusil avec une baïonnette et un sabre comme celui des grenadiers qu'ils portent en bandoulière. Le porte-cartouches est de cuir noir avec une plaque jaune aux armes de la patrie. Les chasseurs et les troupes de ligne forment l'élite de l'infanterie. Il y a par bataillon ou par compagnie un certain nombre de chasseurs de profession, armés de carabines et de poignards; au lieu de giberne, ils ont une flasque (poire à poudre). Ils sont distingués des autres par un collet rouge sur l'habit et une épaulette tricolore sur l'épaule droite. Cette troupe rend de très grands services en ce qu'elle est également propre au service des troupes de ligne et des troupes légères.
«Il n'est pas aisé de donner une description exacte des gardes nationales ni de les ranger dans une classe quelconque. Mais l'on doit être convaincu qu'elles se battent bien, quoiqu'il s'en trouve parmi qui ne sont vêtus que de jaquettes et chemisolles, de sareaux de toile ou d'habits de toute couleur, des vestes de piqué ou d'indienne, et des culottes de toute façon. La plupart cependant ont des habits d'un bleu foncé avec collets rouges ou blancs, boutons jaunes ou blancs, où le bonnet ou l'arbre de la liberté est empreint. En partie, ils portent des gamaches ou guêtres; beaucoup vont en souliers et en bas de soye; mais tous généralement portent à leur chapeau de petits objets qui font allusion à la Liberté et à l'Égalité. Ils ont tous un fusil et une baïonnette; quelques uns ont des porte-cartouches, d'autres n'en ont point, il en est de même de l'épée. Au lieu de havre-sac, ils ont un sac de poche dans quoi ils portent leurs hardes.
«L'on appelle à présent légion des troupes de cultivateurs français, partie mis en réquisition et partie gens de bonne volonté. Leur habillement n'est autre que le vêtement ordinaire aux gens de la campagne. Ils sont coiffés de bonnets, de chapeaux de différentes formes, mais toujours avec la cocarde nationale. Tous ont des bas bleus avec une jarretière bouclée de façon que le bas fait auprès du genou une espèce de petit bourrelet. Leurs culottes sont toutes différentes les unes des autres: de drap, de toile de toute sorte de couleur jusqu'à de peau noire. Leurs souliers sont fermés avec des attaches bleues ou noires. Leurs armes sont la lance ou la pique dont le manche a à peu près six pieds et est peint des couleurs nationales. Quelques-uns ont un fusil avec la baïonnette. D'autres ont autour du corps une ceinture, à la gauche de laquelle est attaché un pistolet. Ce sont pour la plupart ceux qui portent des piques. Plusieurs ont, outre cela, des épées de parade, des poignards ou autres armes blanches pendues au côté. Il y a auprès de chaque armée une ou deux légions, selon que l'armée est nombreuse. Chaque légion est forte d'environ sept mille hommes. Ce sont des officiers et des bas officiers tirés des invalides qui les commandent, avec quelques autres qu'ils ont élus eux-mêmes parmi eux. À chaque légion se trouve un général de brigade ou un brigadier.
«Ces légions ne reçoivent ni pain ni paye; elles pourvoyent elles-mêmes à leur entretien. Les hommes y sont tenus à un an de service; elles ne se montrent jamais en rase campagne et ne se rangent point en bataille. Elles ne laissent pas que d'inquiéter beaucoup les armées ennemies...»