LA GAZELLE

Gazelle, gazelle, gazelle,

Ma gazelle, vous avez l’air

D’une petite demoiselle.

Votre œil profond est doux et fier.

Vous êtes frêle, délicate,

Avec un si joli museau,

La finesse de votre patte

Et vos jambes en fin roseau.

Gazelle, gazelle mignonne,

Vous avez l’air, — eh ! oui, vraiment ! —

D’être une petite personne…

Quel rêve emplit votre œil aimant ?

Gazelle, adorable gazelle,

Gazelle, je sais, quelque part,

Une mignonne demoiselle

Dont vous imitez le regard.

Elle a, comme vous, une grâce

Fragile ! on craint de la briser !

Pour elle, on craint, lorsqu’on l’embrasse,

Le mal que peut faire un baiser.

Que vous avez, lorsqu’on vous touche,

Gazelle, de jolis frissons !

Un oiseau n’est pas plus farouche.

Cependant, nous nous connaissons !

Et vous prenez l’herbe fleurie

Que vous tend ma terrible main !

Ne fuyez pas, je vous en prie,

Ma gazelle au grand œil humain !

C’est une si profonde joie,

Où se mêle un si tendre orgueil,

De toucher votre fine soie

Et de baiser votre grand œil.

Quand votre bouche fraîche, humide,

Cherchant des fleurs, me frôle un doigt,

On dirait un baiser timide

Qui rêve, ne sachant s’il doit.

Et l’on pense : « Elle est si petite

Qu’elle a peur ! Oh ! si tu voulais,

Tu serais bien loin ! et bien vite !

Mais tu restes là… je te plais ? »

Gazelle, gazelle, gazelle,

Je suis bien fier d’apprivoiser

Une petite demoiselle

Avec mes fleurs et mon baiser !