SIDI LE JUGE

(ALGER)

La cour joyeuse est blanche, blanche ;

Un figuier vert est au milieu,

Dont la tête ronde se penche…

L’ombre est le plus beau don de Dieu.

Au fond, est ouvert le prétoire

Où siège seigneur le Cadi ;

La salle non plus n’est pas noire,

Surtout vers l’heure de midi.

Les plaideurs, leurs jambes croisées,

Attendent sous le figuier vert…

De fines ombres irisées

Consolent d’un procès qu’on perd.

Dans la salle, sous un grillage,

Les femmes, oiseaux criailleurs,

Montrent un coin de leur visage…

L’une sourit ; l’autre est en pleurs.

L’une réclame le divorce ;

L’autre dit qu’on la bat trop fort ;

Toutes se plaindront avec force…

Le Cadi sera le plus fort ;

Car la puissance du silence

A raison d’un bavard puissant ;

C’est la force par excellence :

On se repose en l’exerçant…

Et Sidi le juge s’apprête,

L’œil sur l’ombrage du figuier,

A humer une cigarette

Que lui tend Sidi le greffier.