LE TÉMOIN

— 1914-1916 —

A la guerre, tout est force morale.

Napoléon.

Courage, j’ai vaincu le monde.

Jésus-Christ.

PARIS
ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR
26, RUE RACINE, 26

Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous les pays.

ŒUVRES DE JEAN AICARD

Collection in-18 jésus à 3 fr. 50 le volume

ROMANS

POÉSIE

THÉATRE

77572. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.

A MA SŒUR
Madame Jacqueline LONCLAS
morte le 12 juin 1915

Chère grande sœur,

J’avais commencé ce poème en 1913, et je t’en ai lu les douze premiers chants en 1914, à la veille de cette guerre, qui, toute une année, fut ton tourment. Elle te fit dire, le jour où l’on l’apprit qu’un de nos jeunes amis était tombé sous les balles allemandes : — « Je sacrifierais volontiers le temps qui me reste à vivre, si ma mort pouvait sauver pareille jeunesse ! » Je sais pourtant avec quel chagrin tu te sentais arrachée lentement à mon infinie tendresse…

Ce poème, dont la guerre a modifié le plan, sans rien modifier des conclusions, je te le dédie, comme je t’ai dédié tous mes ouvrages, — car la mort ne m’a pas séparé de toi : ton âme plus que jamais inspire et soutient la mienne.

Jean Aicard.

La Garde (Var), Décembre 1915.

CE POÈME A ÉTÉ LU
POUR LA PREMIÈRE FOIS
A BORD DU CUIRASSÉ PROVENCE
EN PRÉSENCE DE MM. LES OFFICIERS RÉUNIS
LE 30 DÉCEMBRE 1915
ET
LES DEUX STROPHES SUIVANTES
EN SOUVENIR D’UNE COMMUNE ÉMOTION
ONT ÉTÉ COMMUNIQUÉES
A L’ÉQUIPAGE
PUIS INSCRITES
DUNE FAÇON DURABLE
A BORD DU CUIRASSÉ.

AU CUIRASSÉ PROVENCE

TON PAVILLON ET TON CANON,

JE LES VOIS VAINQUEURS PAR AVANCE,

FIER VAISSEAU QUI PORTES LE NOM,

L’AME ET LE NOM DE LA PROVENCE.

AME FRANÇAISE, NOM LATIN,

C’EST LÀ DEUX GRANDEURS DE L’HISTOIRE ;

ELLES T’ASSIGNENT TON DESTIN :

TU VAS NAVIGUER VERS LA GLOIRE.

J. A.