Restauration intérieure.
Un débadigeonnage complet nous paraît être la première opération à faire à l'intérieur de Notre-Dame, et pour connaître l'état des voûtes qui peuvent être moins bonnes qu'on ne le suppose, et pour retrouver les traces de peinture qui pourraient exister, ainsi qu'il est permis de l'espérer d'après les résultats obtenus par quelques essais partiels. Toutefois le mode d'exécution de ce travail nous paraît être de la plus grande importance. Il est évident que dans ce cas la brosse et l'éponge peuvent être seuls employées, et que le grattage doit être totalement exclu. Nous devons dire cependant qu'à moins que ce lavage ne nous donne la preuve positive d'un système général de peinture adopté autrefois à l'intérieur de Notre-Dame, nous ne pensons pas que ce parti doive être adopté. Jusque là nous n'avons admis la peinture que comme décoration des chapelles, ou de certaines parties de l'église.
Quant à la peinture sur verre, quoique dans notre devis nous lui ayons réservé un chapitre à part, nous croyons cependant que l'exécution de verrières peintes serait un des plus splendides moyens de décoration intérieure, rien ne pouvant égaler la richesse de ces peintures transparentes, complément indispensable des monumens de cette époque. Aussi parmi nos dessins en avons-nous donné un spécimen exécuté d'après les vitraux de la cathédrale de Bourges. Vous avez bien voulu, Monsieur le Ministre, nous communiquer une demande de Monseigneur l'archevêque, relativement à l'abaissement de la tribune de l'orgue. Nous sommes les premiers à reconnaître tous les inconvéniens de l'état actuel signalés par Monseigneur; mais malheureusement cette tribune a été construite dès le treizième siècle dans le but de maintenir la poussée des arcs des galeries qui portent les deux énormes tours; la destruction, ou même l'abaissement simple de cette tribune, pourrait donc présenter de grands dangers qu'il serait imprudent de provoquer. Quant à la question archéologique, elle a trop peu d'importance, relativement à celle que nous venons de donner, pour que nous en parlions.
Dans une restauration comme celle de Notre-Dame, il est impossible de ne pas chercher à mettre en harmonie avec l'architecture de l'édifice tous les objets accessoires, surtout lorsqu'ils ont une importance réelle. Ainsi, nous remplaçons les grilles contournées et de mauvais goût des tribunes par des grilles plus en rapport avec l'architecture qu'elles accompagnent. Les exemples de serrurerie ne nous manquent pas à Rouen, à Saint-Denis, à Saint-Germer, à Notre-Dame de Paris même, sur les belles portes de la façade occidentale.
Nous avons donné, dans nos dessins, une restauration du chœur de Notre-Dame, tel qu'il était avant 1699; mais ce travail n'est qu'une étude archéologique dont nous n'admettons pas l'exécution; car nous pensons qu'il serait fâcheux de détruire, sans de bonnes raisons, un souvenir historique aussi important que celui-là. D'ailleurs, il serait peut-être hasardeux de détruire une chose exécutée avec un semblable luxe, sinon avec goût, pour la remplacer par des formes sur lesquelles il ne reste plus que quelques descriptions ou quelques renseignemens assez vagues. Dans tous les cas, si l'on devait changer quelque chose à la décoration actuelle du chœur de Notre-Dame, ce ne pourrait être qu'après l'achèvement de la restauration extérieure et l'entière exécution des travaux intérieurs. Alors, pourrait-on peut-être dégager seulement les colonnes et les ogives du rond-point enveloppées dans ces massifs revêtemens de marbre rouge, puis enlever les tableaux et déboucher les ogives au-dessus des bas-reliefs du XIVe siècle. Quant aux stalles, bien qu'elles ne soient nullement en harmonie avec l'édifice, tant de raisons plaident en faveur de leur conservation, qu'il n'est pas permis de songer à les détruire ou à les déplacer. Si nous n'avons pas donné dans nos dessins le chœur de Louis XIV, c'est qu'il ne présentait aucun intérêt sous le rapport de l'art, et qu'il n'y avait aucune utilité à le reproduire.
Quoique le dallage de la nef de Notre-Dame ait été surélevé, nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de le baisser. Cette opération, fort coûteuse, et qui n'ajouterait que peu d'effet à la grandeur du vaisseau, aurait encore l'inconvénient de diminuer le nombre de marches que nous sommes parvenus à placer au-devant du portail; car c'est avec beaucoup de peine, à l'aide d'un travail consciencieux sur le nivèlement des abords de la cathédrale, que nous avons pu replacer quatre marches seulement devant les trois portes de la façade occidentale. Ce travail, que nous avons indiqué dans un plan général, présentait de grandes difficultés, parce qu'il fallait, avant tout, éviter le déchaussement des maisons de la rue d'Arcole, déchaussement qui ne pourrait être exécuté qu'à l'aide d'indemnités considérables.