SCENE IV.
LEPANTE, ISMENIE, FELICE, CELIE.
FELICE.
Et seuls ils ont pû faire une action si rare?
ISMENIE.
Oüy, Felice, il est vray, sans Lepante & Tenare
Vous seriez sans Maistresse errante sur le port,
Ou peut-estre à cette heure on vous diroit ma mort.
FELICE.
Vous me permettrez donc:
LEPANTE.
Quoy, que voulez-vous faire?
FELICE.
Je veux vous adorer comme un Dieu tutelaire,
Ou comme un sainct Genie à nostre ayde envoyé,
Digne instrument des Dieux qui vous ont employé.
LEPANTE.
Vostre zele est trop grand, je vous en remercie,
Levez-vous;
CELIE.
Vous voyez que l'on vous deïfie:
Et de fait, si les Dieux pouvoient estre mortels,
Mes compagnes & moy vous ferions des autels:
ISMENIE.
Vous auriez dans Marseille un temple magnifique,
LEPANTE.
Ou du moins une image à la place publique.
ISMENIE.
Non, je ne raille point: car si la verité
Se peut dire sans crime, & sans impieté,
Alcide à qui vos faits auroient servy d'exemples,
Par de moindres vertus a merité des temples.
LEPANTE.
Je ne veux pas icy d'un vol audacieux
M'eslever de la terre à la voûte des Cieux,
Ny faire de ma vie avec celle d'Hercule
Un rapport sacrilege autant que ridicule:
Mais aymant comme j'ayme en un si digne lieu,
Je brusle comme il fit d'un feu qui me fait Dieu,
Et si j'ay mon autel dans le cœur d'Ismenie,
Je brille comme luy d'une gloire infinie.
ISMENIE.
Oüy, mon cœur est pour vous un autel animé,
Un temple, un sanctuaire à tout autre fermé,
Où la lampe d'Amour nuict & jour allumée
Brusle d'un feu si pur qu'il n'a point de fumée.