CONCLUSION.
Je puis en terminant cet ouvrage répéter ce que je disais au commencement de ce chapitre: «Me voilà donc arrivé au but de toutes mes espérances!» Mais cette fois, s’il plaît à Dieu, comme disait mon guide Mohammed, aucune tentation ne viendra désormais modifier mes plans de félicité. J’espère longtemps encore (toujours s’il plaît à Dieu), jouir de cette douce et paisible existence que j’avais à peine goûtée, lorsque l’ambition et la curiosité m’ont conduit en Algérie.
Rentré chez moi, j’ai installé dans mon cabinet de travail les instruments de mes séances, mes fidèles compagnons, je dirais presque mes vieux amis. Je vais maintenant m’abandonner tout entier à mon goût, à ma passion pour les applications de l’électricité à la mécanique.
Qu’on ne croie pas cependant que, pour cela, je renie l’art auquel je dois tant de jouissances! Loin de moi cette pensée; plus que jamais je suis fier de l’avoir cultivé, puisque c’est à lui seul que je dois le bonheur de me livrer à mes nouvelles études. Du reste, je m’en éloigne peut-être moins qu’on ne serait tenté de le croire; il y a longtemps que je fais des applications de l’électricité à la mécanique et je dois avouer, si déjà mes lecteurs ne l’ont deviné, que l’électricité a joué un rôle important dans plusieurs de mes expériences. En réalité, mes travaux d’aujourd’hui ne diffèrent de ceux d’autrefois que par la forme; ce sont toujours des prestiges.
Un reste d’amour pour mon ancienne profession d’horloger m’a fait choisir les instruments chronométro-électriques pour but de mes travaux. J’ai adopté pour programme: Populariser les horloges électriques en les rendant aussi simples et aussi précises que possible. Et comme l’art suppose toujours un idéal que l’artiste cherche à réaliser, je rêve déjà ce jour où un réseau de fils électriques partant d’un régulateur unique, rayonnera sur la France entière et portera l’heure précise dans les plus importantes cités comme dans les plus modestes villages.
En attendant, dévoué à la cause du progrès, je travaille incessamment avec l’espoir que mes modestes découvertes seront de quelque utilité dans la solution de cet important problême.
Voici quelques-uns des résultats que j’ai obtenus jusqu’à ce jour:
NOUVELLES APPLICATIONS DE L’ÉLECTRICITÉ A LA MÉCANIQUE.
1º Appareil pour le transport d’un courant électrique et la reproduction successive, à l’aide de ce même courant, d’un nombre quelconque d’effets mécaniques.
2º Appareil contrôleur et distributeur des courants électriques pouvant obvier aux arrêts des courants formant un long circuit.
3º Régulateur électrique sans aucun rouage, à l’abri de toute influence des variations des courants électriques.
4º Pendule électrique populaire, marchant par un petit élément Daniel, et pouvant conduire, sans augmentation de dépense d’électricité, un cadran de deux mètres de diamètre.
5º Sonnerie électrique sans aucun rouage, pouvant être conduite à quelque distance que ce soit par la pendule électrique ci-dessus.
6º Cadran électrique pour clocher ou autre monument, marchant sans le secours d’horloge-type. Ce cadran, le premier de ce genre, a été placé au fronton de l’Hôtel-de-Ville de Blois, auquel j’en ai fait hommage. Il marche, depuis dix ans, avec la plus grande régularité.
7º Nouvelle disposition électrique servant à supprimer automatiquement, pendant la nuit, un courant électrique et à le rétablir pendant le jour. Ce système produit une économie de moitié et peut s’appliquer aux cadrans qui ne sont pas éclairés, la nuit.
8º Pile de Smee, ne plongeant dans le liquide que lorsque son courant est nécessaire à une action mécanique, et se relevant aussitôt qu’elle ne doit plus fonctionner.
9º Nouvelle sonnerie pour les grosses cloches, conduite par la petite pendule nº 4.
10º Répartiteur électrique, à l’aide duquel on peut centupler une attraction magnétique. Cet appareil a été présenté à l’Académie en 1856 (Rapporteur, M. Desprez).
Voici comment, dans le Cosmos, t. 8, p. 330, s’exprime l’abbé Moigno sur cette invention, après en avoir fait la description: «En résumé, le répartiteur, si petit et si humble en apparence, est l’une des grandes nouveautés de l’Exposition universelle de 1855.
«Au point de vue de la mécanique, c’est un organe entièrement nouveau, qui sera bientôt appliqué de mille manières différentes, à mille usages, et qui rendra d’innombrables services. Au point de vue de la physique et des applications de l’électricité, c’est une découverte immense. M. Robert-Houdin, dont les forces sont centuplées par son répartiteur, est seul aujourd’hui en mesure de résoudre le plus grand des problèmes à l’ordre du jour, de réaliser enfin le moteur électrique[25], etc., etc.»
Ma séance est terminée (il faut se rappeler que c’est sous ce titre que j’ai présenté mon récit); j’ai toutefois l’espoir de la reprendre bientôt. Il me reste encore tant de petits et de grands mystères à dévoiler! La prestidigitation est une immense carrière que la curiosité peut longtemps exploiter. Je ne prends donc point congé du public, ou pour mieux dire, du lecteur, car, sous cette seconde forme de représentation que j’ai adoptée, mes adieux ne seront définitifs que lorsque j’aurai épuisé tout ce qui peut être dit sur les prestidigitateurs et la prestidigitation; ces deux mots serviront de titre à l’ouvrage qui fera suite à mes Confidences.
UN COURS DE MIRACLES.
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.
Le vraisemblable peut aussi n’être pas vrai.
On a dit des Augures qu’ils ne pouvaient se regarder sans rire.—Il en serait de même des Aïssaoua si le sang musulman ne coulait pas dans leurs veines. Toutefois il n’est pas un seul d’entre eux qui se fasse illusion sur la nature des prétendus miracles exécutés par ses confrères; mais tous se prêtent la main pour l’exécution de leurs prestiges, comme le ferait une troupe de faiseurs de tours dont le Mokaddem serait l’impresario.
Leur troupe est divisée par spécialités de même que dans les spectacles forains: tel fait un tour de force qui ne peut en faire un autre, et l’on cite même de premiers sujets dont les miracles sont bien moins étonnants que ceux de certains acteurs du second ou du troisième ordre.
Lors même qu’on ne pourrait expliquer leurs prétendues merveilles, une simple réflexion devrait en détruire le prestige. Les Aïssaoua se disent incombustibles; qu’ils viennent donc franchement prier un des assistants de leur appliquer le fer rouge sur la joue ou sur toute autre partie du corps! Ils se prétendent invulnérables; qu’ils invitent quelques zouaves à leur passer leur sabre au travers du corps. Après un tel spectacle, les plus incrédules se prosterneront devant eux.
Ah! si j’étais incombustible et invulnérable, comme je me donnerais la satisfaction d’en offrir une preuve irréfragable! Je me ferais mettre à la broche devant une fournaise ardente, et, pendant que je rôtirais, j’occuperais mes loisirs à manger une salade de verre pilé, assaisonnée d’huile.... de vitriol[26]. Ce serait un spectacle à faire courir le monde entier et à le convertir à ma propre religion.
Mais les Aïssaoua ont des raisons pour être prudents dans l’exécution de leurs tours, ainsi que je vais le prouver. Leurs principaux mires sont les suivants:
1º S’enfoncer un poignard dans la joue;
2º Manger des feuilles de figuier de Barbarie;
3º Se mettre le ventre sur le côté tranchant d’un sabre;
4º Jouer avec des serpents;
5º Se frapper le bras, en faire jaillir du sang, et le guérir instantanément;
6º Manger du verre pilé;
7º Avaler des cailloux, des tessons de bouteille, etc.;
8º Marcher sur du fer rouge, et se passer la langue sur une plaque rougie à blanc.
Commençons par le tour le plus simple, qui consiste à s’enfoncer un poignard dans la joue.
L’Arabe qui fit ce tour me tournait le dos; je pus donc m’approcher très près de lui et distinguer comment il s’y prenait. Il appuya sur sa joue le bout d’un poignard dont la pointe était aussi émoussée et arrondie que celle d’un couteau à papier. La peau, au lieu de se percer, s’enfonça de trois centimètres environ entre les dents molaires, qui étaient entrouvertes, absolument comme le ferait une feuille de caoutchouc.
Ce tour réussit particulièrement aux personnes maigres et âgées, parce que chez elles la peau des joues est très élastique. Or l’Aïssaoua remplissait en tous points ces conditions.
L’Arabe qui mangea les feuilles de figuiers de Barbarie ne nous les donna pas à visiter. Je dois croire qu’elles étaient préparées de manière à ne pouvoir le blesser; autrement il n’aurait pas négligé ce point important qui pouvait doubler le prestige. Mais, quand même il les eût montrées, cet homme faisait tant d’évolutions inutiles qu’il lui eût été très facile de les changer contre d’autres feuilles inoffensives. C’eût été alors un escamotage de quinzième force.
Dans l’expérience suivante, deux Arabes tiennent un sabre, l’un par la poignée, l’autre par la pointe; un troisième arrive, relève ses vêtements de manière à laisser l’abdomen complètement nu, et se couche à plat ventre sur le côté affilé de l’arme, puis un quatrième monte sur le dos de celui-ci, et semble peser sur lui de tout le poids de son corps.
L’artifice de ce tour est très facile à expliquer.
On ne montre point au public que le sabre soit bien affilé; rien ne prouve que le tranchant en soit plus coupant que le dos, bien que l’Arabe qui le tient par la pointe affecte de l’envelopper soigneusement d’un foulard, imitant en cela les jongleurs qui feignent de s’être coupés au doigt avec un des poignards dont ils doivent se servir pour jongler.
D’ailleurs, dans l’exécution de son tour, l’invulnérable tourne le dos au public. Il sait le parti qu’il peut tirer de cette circonstance; aussi, au moment où il va pour se placer sur le sabre, ramène-t-il adroitement sur son ventre la partie de son vêtement qu’il avait écartée. Enfin, lorsque le quatrième acteur monte sur son dos, ce dernier appuie ses mains sur les épaules de deux Arabes qui tiennent le sabre. Ces derniers sont debout comme pour maintenir son équilibre, mais en réalité ils supportent tout le poids de son corps. Il ne s’agit donc dans ce tour que d’avoir le ventre plus ou moins pressé, et j’expliquerai un peu plus loin que cela peut se faire sans aucun mal ni danger.
Quant aux Aïssaoua qui mettent la main dans un sac rempli de serpents et qui jouent avec ces reptiles, je m’en rapporte au jugement du colonel de Neveu. Voici ce qu’il en dit dans l’ouvrage que j’ai déjà cité:
«Nous avons souvent poussé la curiosité et l’incrédulité jusqu’à faire venir chez nous des Aïssaoua avec leur ménagerie. Tous les animaux qu’ils nous désignaient comme des vipères (lefà) n’étaient que d’innocentes couleuvres (hanech); lorsque nous leur proposions de mettre la main dans le sac qui contenait leurs animaux, ils se hâtaient de se retirer, convaincus que nous n’étions pas dupe de leurs fraudes.»
J’ajouterai que ces serpents, fussent-ils même d’une espèce dangereuse, on pourrait leur avoir arraché les dents pour n’en plus rien redouter.
Ce qui viendrait à l’appui de cette assertion, c’est que ces animaux ne font aucune blessure lorsqu’ils mordent.
Je n’ai pas vu exécuter le tour qui consiste à se frapper le bras et à en faire sortir du sang; mais il me semble qu’une petite éponge imbibée de rouge et cachée dans la main qui frappe, suffirait pour accomplir le prodige. En essuyant le bras, la blessure se trouve naturellement guérie.
Étant jeune, j’ai souvent fait sortir du vin d’un couteau ou de mon doigt, en pressant une petite éponge, imbibée de ce liquide, que je tenais cachée.
J’avais vu plusieurs fois des étourdis broyer des verres à liqueur entre leurs dents sans se blesser; mais jamais aucun d’eux n’en avait mangé les fragments. Il m’était donc assez difficile d’expliquer ce tour des Aïssaoua, lorsque sur un renseignement qui me fut donné par un médecin de mes amis, je trouvai dans le Dictionnaire des Sciences médicales, année 1810, nº 1143, une thèse soutenue par le docteur Lesauvage, sur l’innocuité du verre pilé.
Ce savant, après avoir cité quelques exemples de gens auxquels il avait vu manger du verre, rapporte ainsi différentes expériences qu’il fit sur des animaux.
«Après avoir soumis un grand nombre de chiens, de chats et de rats au régime du verre pilé, dont les fragments avaient deux ou trois lignes de longueur, aucun de ces animaux ne fut malade et grand nombre d’entre eux ayant été ouverts, l’on ne trouva aucune lésion dans toute la longueur du canal alimentaire. Bien convaincu, d’ailleurs, de l’innocuité du verre avalé, je me déterminai à en prendre moi-même en présence de mon collègue M. Cayal, du professeur Lallemand et de plusieurs autres personnes. Je répétai plusieurs fois l’expérience et je n’en éprouvai jamais la moindre sensation douloureuse.»
Ces renseignements authentiques auraient dû me suffire; cependant, je voulus aussi voir de mes yeux ce singulier phénomène. Je fis alors manger à l’un des chats de la maison une énorme boulette de viande assaisonnée de moitié de verre pilé. L’animal l’avala avec infiniment de plaisir jusqu’à la dernière bribe, et sembla regretter la fin de ce mets succulent. On croyait le chat perdu, et l’on déplorait déjà ma barbarie, lorsqu’on le vit arriver le lendemain, dispos et bien portant, et flairant encore l’endroit où, la veille, il avait fait son repas.
Depuis cette époque, si je veux régaler un ami de ce spectacle, je régale également mes trois chats sans distinction, pour ne pas exciter de jalousie parmi eux.
Je fus assez longtemps, je l’avoue, avant de me décider à faire sur moi-même l’expérience du docteur Lesauvage; je n’y voyais aucune nécessité. Pourtant, un jour, en présence d’un ami, je fis cette bravade, si c’en est une; j’avalai aussi ma petite boulette; seulement j’eus soin d’y mettre du verre plus fin que celui que je donnais à mes chats. Je ne sais si c’est un effet de mon imagination, mais il me sembla qu’au dîner je mangeais avec un plaisir inaccoutumé; le devais-je au verre pilé? En tout cas, ce serait un procédé assez bizarre pour s’ouvrir l’appétit.
Quand il s’agissait d’avaler des tessons de bouteille et des cailloux, l’Aïssaoua, chargé de ce tour, les mettait réellement dans sa bouche: mais je crois pouvoir affirmer qu’il s’en débarrassait au moment où il se mettait la tête sous les plis du burnous du Mokaddem. Du reste, les eût-il avalés, qu’il n’eût rien fait d’extraordinaire, comparativement à ce que faisait, en France, il y a une trentaine d’années, un saltimbanque, surnommé l’avaleur de sabres.
Cet homme, qui donnait ses séances sur la place publique, rejetait sa tête en arrière de manière à présenter une ligne droite, et s’enfonçait réellement dans l’œsophage un sabre dont la poignée seule restait à l’ouverture de la bouche.
Il avalait aussi un œuf sans le casser, ou bien encore des clous et des cailloux, qu’il faisait ensuite résonner en se frappant l’estomac avec le poing.
Ces tours de force étaient le résultat d’une disposition phénoménale de l’œsophage chez le saltimbanque. Mais s’il avait vécu au milieu des Aïssaoua, n’eût-il pas été à coup sûr le premier sujet de la troupe?
Qu’auraient donc dit les Arabes s’ils avaient vu aussi cet autre bateleur qui se passait à travers le corps le premier sabre venu qu’on lui présentait, et qui, lorsqu’il était embroché, enfonçait encore la lame d’un couteau jusqu’au manche dans chacune de ses narines? J’ai été témoin du fait et d’autres ont pu l’être comme moi.
Ce tour était si effrayant de réalité, que le public ému en le voyant, criait: assez! assez! suppliant l’individu de cesser. Celui-ci, sans s’inquiéter de ces cris, répondait en parlant affreusement du nez que ça de dui faisait bas de bad, et chantait avec ce singulier accent la romance de Fleuve du Tage, qu’il accompagnait sur la guitare.
Je ne pus supporter la vue de ce spectacle, et je détournai la tête avec horreur, lorsque retirant le sabre, le troubadour enchifrené fit remarquer qu’il était empreint de sang.
Cependant en y réfléchissant, je compris que cet homme ne pouvait véritablement pas se percer ainsi impunément le ventre, et qu’il devait y avoir là-dessous un truc que je n’apercevais pas.
Mon amour pour le merveilleux me donna le désir de le connaître; je m’adressai à l’invulnérable, et, moyennant quelque argent, et la promesse que je n’en ferais pas usage, il me livra son secret.
Je puis à mon tour le communiquer au public sans avoir besoin d’exiger de lui la même promesse. Le truc est du reste assez ingénieux.
Le faiseur de tours était très maigre, particularité indispensable pour la réussite du prestige. Il se serrait fortement le ventre avec une ceinture étroite, et voici ce qui arrivait. La colonne vertébrale ne pouvant pas fléchir, servait de point d’appui; les intestins seuls pliaient et rentraient à peu près de moitié. Le saltimbanque remplaçait alors la partie comprimée par un ventre de carton qui le remettait dans son embonpoint normal, et le tout bien sanglé sous un vêtement de tricot couleur de chair semblait faire partie du corps. De chaque côté, au-dessus des hanches, deux rosettes de ruban cachaient les ouvertures par lesquelles devait entrer et sortir la pointe du sabre. A ces ouvertures aboutissait une sorte de fourreau qui conduisait avec sûreté l’arme d’un bout l’autre. Pour simuler le sang, une éponge imprégnée de couleur rouge se trouvait au milieu du fourreau. Quant aux couteaux dans le nez, c’était une réalité. L’invulnérable était très camard, ce qui lui permettait, pour l’introduction des couteaux, d’élever les cartillages du nez jusqu’à la hauteur des fosses nasales.
J’avais d’assez bonnes qualités physiques pour faire le tour du sabre, mais aucune pour celui des couteaux. Je n’essayai point le premier, et bien moins encore le second.
Du reste, je me suis amusé moi-même, dans ma jeunesse, à faire deux miracles qui pourront être utiles aux Aïssaoua, s’ils viennent jamais à en avoir connaissance. Je vais les expliquer ici:
Le pédicure Maous, qui m’avait montré à jongler, m’avait également enseigné un tour très curieux, qui consiste à se fourrer dans l’œil droit un petit clou que l’on fait ensuite passer à travers les chairs dans l’œil gauche, puis dans la bouche, et enfin revenir dans l’œil droit.
Que l’on juge à quel point j’avais le feu sacré du sortilége, puisque j’eus le courage de m’exercer à ce tour, que je trouvais ravissant!
Une circonstance assez désagréable vint cependant m’ôter mes illusions sur l’effet produit par ce prestige.
J’allais quelquefois passer la soirée chez une dame qui avait deux filles, pour l’amusement desquelles elle donnait souvent de petites fêtes. Je crus ne pouvoir pas mieux choisir le lieu de ma première représentation, et je demandai la permission de présenter un talent de société d’un genre tout nouveau. On y consentit avec plaisir, et l’on fit cercle autour de moi.
—Mesdames, dis-je avec une certaine emphase, je suis invulnérable; pour vous en donner la preuve, je pourrais me transpercer d’un poignard, d’un couteau ou de tout autre instrument tranchant; mais je craindrais que la vue du sang ne vous fît une trop grande impression. Je vais vous donner une autre preuve de mon pouvoir surnaturel. Et j’exécutai mon fameux tour du clou dans l’œil.
L’effet de cette scène ne fut pas tel que je m’y attendais; l’opération était à peine terminée qu’une des demoiselles de la maison, sous l’émotion qu’elle éprouva, se trouva mal et tomba sans connaissance. La soirée fut troublée, comme on le pense bien, et craignant quelques récriminations, je m’esquivai sans mot dire, jurant qu’on ne me prendrait plus à de semblables exhibitions.
Voici toutefois l’explication du tour:
On peut, sans la moindre sensation douloureuse, introduire dans le coin de l’œil, près du réservoir lacrymal, entre la paupière inférieure et le globe, un petit clou cylindrique en plomb ou en argent, d’une longueur d’un centimètre et demi environ sur deux à trois millimètres de diamètre; et chose bizarre, une fois ce morceau de métal introduit, on ne s’aperçoit pas le moins du monde de sa présence. Pour le faire sortir, il suffit de presser avec le bout du doigt en remontant vers le coin de l’œil.
Veut-on ajouter du prestige à l’expérience, on s’y prend de la manière suivante:
On met secrètement à l’avance un de ces petits clous dans l’œil gauche et un autre dans la bouche. Cette préparation faite, on se présente pour exécuter le tour.
On introduit alors ostensiblement un clou dans l’œil droit, puis, en pressant sur la chair avec le bout du doigt, on feint de le faire passer à travers la naissance du nez dans l’œil gauche, d’où l’on retire celui qui y a été mis secrètement à l’avance. On remet ensuite ce dernier dans le même œil, et en jouant la même comédie, le clou semble passer successivement dans la bouche, d’où l’on sort celui qui y avait été mis, puis dans l’œil droit d’où l’on retire celui qui y avait été primitivement introduit.
Cela fait, on va à l’écart se débarrasser du clou qui reste dans l’œil gauche.
Mais revenons au dernier tour des Aïssaoua, qui consiste à marcher sur un fer rouge, et à se passer la langue sur une plaque rougie à blanc.
L’Aïssaoua qui marche sur du fer rouge ne fait rien de surprenant, si l’on considère les conditions dans lesquelles ce tour est exécuté.
Il passe vivement le talon en glissant sur le fer. Or, les Arabes de basse classe qui marchent tous sans chaussure, ont le dessous du pied aussi dur que le sabot d’un cheval; cette partie cornée seule grille sans occasionner la moindre douleur.
Et d’ailleurs, le hasard ne peut-il pas avoir enseigné aux Aïssaoua certaines précautions qui étaient connues de plus d’un jongleur européen, avant que le docteur Sementini n’en constatât l’emploi et ne les révélât au public? Ceci nous servira à expliquer de la manière la plus simple le tour le plus intéressant des prestidigitateurs arabes, celui qu’on regarde comme le plus étonnant, le plus merveilleux, l’application de la langue sur un fer rouge.
Citons d’abord quelques hauts faits de nos faiseurs de tours, et l’on pourra juger que, même sous le rapport du merveilleux, les sectaires d’Aïssa sont bien en arrière dans leurs prétendus miracles.
Au mois de février 1677, un Anglais, nommé Richardson, vint à Paris et y donna des représentations très curieuses, qui prouvaient, disait-il, son incombustibilité.
On le vit faire rôtir un morceau de viande sur sa langue, allumer un charbon dans sa bouche avec un soufflet, empoigner une barre de fer rouge avec la main ou la tenir entre ses dents.
Le valet de cet Anglais publia le secret de son maître, et on peut le voir dans le Journal des Savants (1677, première édition, page 41, et deuxième édition, 1860, pages 24, 147, 252).
En 1809, un Espagnol nommé Léonetto, se montra à Paris. Il maniait aussi impunément une barre de fer rouge, la passait sur ses cheveux, mettait les talons dessus, buvait de l’huile bouillante, plongeait ses doigts dans du plomb fondu, en mettait un peu sur sa langue, après quoi il portait un fer rouge sur cet organe.
Cet homme extraordinaire fixa l’attention du professeur Sementini, qui dès lors s’attacha à l’étudier.
Ce savant remarqua que la langue de l’incombustible était recouverte d’une couche grisâtre; cette découverte le porta à tenter quelques essais sur lui-même. Il découvrit qu’une friction faite avec une solution d’alun, évaporée jusqu’à ce qu’elle devînt spongieuse, rendait la peau insensible à l’action de la chaleur du fer rouge; il frotta de plus avec du savon les parties du corps rendues insensibles, et elles devinrent inattaquables à ce point que les poils mêmes n’étaient pas brûlés.
Satisfait de ces recherches, le physicien enduisit sa langue de savon et d’une solution d’alun, et le fer rouge ne lui fit éprouver aucune sensation.
La langue ainsi préparée pouvait recevoir de l’huile bouillante, qui se refroidissait et pouvait ensuite être avalée.
M. Sementini reconnut également que le plomb fondu dont se servait Leonetto n’était autre que le métal d’Arcet, fusible à la température de l’eau bouillante[27]. (Voir pour plus de détails la Notice historique de M. Julia de Fontenelle, page 161, Manuel des Sorciers, Roret.)
On pourrait trouver dans ces manipulations une explication satisfaisante de la prétendue incombustibilité des Aïssaoua; toutefois, je vais citer encore un fait qui m’est personnel et dont on tirera cette conséquence, qu’il n’est pas nécessaire d’être inspiré d’Allah ou d’Aïssa pour jouer avec des métaux incandescents.
Lisant un jour le Cosmos, revue scientifique, j’y vis le compte rendu d’un ouvrage intitulé: Etude sur les corps à l’état sphéroïdal, par M. Boutigny (d’Evreux). Le rédacteur de ce journal, M. l’abbé Moigno, citait quelques passages les plus intéressants de l’ouvrage, parmi lesquels était le fait suivant:
«Cowlet ayant pris l’initiative, nous avons coupé (c’est M. Boutigny qui parle) les jets de fonte avec les doigts. Nous avons plongé les mains dans les moules et dans les creusets remplis de la fonte qui venait de couler d’un Wilkinson, et dont le rayonnement était insupportable, même à une grande distance. Nous avons varié les expériences pendant plus de deux heures. Mme Cowlet, qui y assistait, permit à sa fille, enfant de huit à dix ans, de mettre la main dans un creuset plein de fonte incandescente; cet essai fut fait impunément.»
Vu le caractère du savant abbé et celui du célèbre physicien, auteur de l’ouvrage, il n’était pas permis de douter; cependant, je dois le dire, ce fait me paraissait tellement impossible, que mon esprit se refusait à l’accepter, et pour croire, ainsi que saint Thomas, je voulais voir.
Je me décidai à aller trouver M. Boutigny; je lui fis part de mon désir de voir une expérience aussi intéressante, en omettant toutefois d’exprimer le moindre doute sur sa réussite.
Le savant m’accueillit avec bonté, et me proposa de répéter le phénomène devant moi, et de me faire laver les mains dans de la fonte incandescente.
La proposition était attrayante, scientifiquement parlant; mais, d’un autre côté, j’avais bien quelques craintes que le lecteur appréciera, je le pense. Il y allait, en cas d’erreur, de la carbonisation de mes deux mains, pour lesquelles je devais avoir d’autant plus de soins qu’elles avaient été pour moi des instruments précieux. J’hésitai donc à répondre.
—Est-ce que vous n’avez pas confiance en moi, me dit M. Boutigny?
—Si, Monsieur, si, j’ai beaucoup de confiance, mais...
—Mais.... vous avez peur, avouez-le, interrompit en riant le physicien. Eh bien! pour vous tranquilliser, je tâterai la température du liquide avant que vous n’y plongiez les mains.
—Et quel est donc à peu près le degré de température de la fonte liquide?
—Seize cents degrés environ.
—Seize cents degrés! m’écriai-je, que cette expérience doit être belle! Je me décide.
Au jour indiqué par M. Boutigny, nous nous rendîmes à la Villette, à la fonderie de M. Davidson, auquel il avait demandé l’autorisation de faire son expérience.
En entrant dans ce vaste établissement, je fus vivement impressionné. Le bruit infernal produit par les immenses souffleries; les flammes s’échappant des fourneaux; des laves étincelantes transportées par de puissantes machines et coulant à flots dans d’immenses creusets; des ouvriers secs et nerveux, noircis par la fumée et le charbon; tout cet ensemble enfin d’hommes et de choses présentait un aspect fantastique et solennel.
Le chef d’atelier vint à nous et nous indiqua le fourneau, vers lequel nous devions nous diriger pour notre expérience.
En attendant qu’on donnât passage au jet de fonte, nous restâmes quelques instants debout et silencieux près de la fournaise, puis nous entamâmes la conversation suivante qui, certes, n’était pas propre à me rassurer.
—Il faut que ce soit vous, me dit M. Boutigny, pour que je répète cette expérience que je n’aime point faire. Je vous avoue que, bien que je sois sûr du résultat, j’éprouve toujours une émotion dont je ne puis me défendre.
—S’il en est ainsi, répondis-je, allons-nous en; je vous crois sur parole.
—Non, non; je tiens à vous montrer ce curieux phénomène. Ah ça! ajouta le savant physicien, voyons vos mains.
Il les prit dans les siennes.
—Diable! dit-il, elles sont bien sèches pour notre expérience[28].
—Vous croyez?
—Certainement.
—Alors, c’est dangereux?
—Cela pourrait l’être.
—Dans ce cas, sortons d’ici, dis-je en me dirigeant vers la porte.
—Ce serait maintenant dommage, reprit mon compagnon en me retenant. Tenez, trempez vos mains dans ce seau d’eau, essuyez-les bien, et votre peau conservera autant d’humidité qu’il est nécessaire[29].
Il faut savoir que pour la réussite de cette merveilleuse expérience, il n’y a d’autre condition à observer que celle d’avoir les mains légèrement moites. Je regrette de ne pouvoir donner des explications sur le principe du phénomène qui se produit dans cette circonstance, car il me faudrait pour cela de longs chapitres. Je renvoie à l’ouvrage de M. Boutigny. Il suffira de dire que le métal en fusion est tenu à distance de la peau par une force répulsive, qui lui oppose une barrière infranchissable.
J’avais à peine terminé d’essuyer mes mains, que sous les coups d’une lourde barre de fer, le fourneau s’ouvrit et donna passage à un jet de fonte de la grosseur du bras. Des étincelles volèrent de tous côtés, comme un feu d’artifice.
—Attendons quelques instants, dit M. Boutigny, que la fonte s’épure; il serait peu prudent de faire notre expérience en ce moment.
Cinq minutes après, la source de feu cessa de bouillonner et de lancer des scories; elle devint même si limpide et si brillante, qu’elle nous brûlait les yeux à la distance de quelques pas.
Tout-à-coup mon compagnon s’approche vivement du fourneau, enfourche en quelque sorte le jet métallique, et sans plus de façon, se lave les mains avec de la fonte liquide, comme si c’eût été de l’eau tiède.
Je ne ferai pas le brave; j’avoue qu’à cet instant le cœur me battait à rompre ma poitrine, et pourtant lorsque M. Boutigny eut terminé sa fantastique ablution, je m’avançai à mon tour avec une détermination qui attestait une certaine force de volonté. J’imitai les mouvements de mon professeur; je barbotai littéralement dans la lave brûlante, et dans la joie que m’inspirait cette merveilleuse opération, je pris une poignée de fonte que je lançai en l’air, et qui retomba en pluie de feu sur le sol.
L’impression que j’éprouvai en touchant ce fer en fusion ne peut être comparée qu’à celle que j’aurais ressentie en touchant du velours de soie liquide, si je puis m’exprimer ainsi. C’est, du reste, un toucher très délicat et très agréable.
Je demande maintenant ce que sont les plaques de fer rouge des Aïssaoua auprès de la haute température à laquelle mes mains venaient d’être soumises?
Les vieux et les nouveaux miracles des incombustibles se trouvent donc expliqués par l’expérience du savant physicien qui, lui, n’a aucune prétention aux tours de force, et n’apprécie ces phénomènes qu’en raison des lois immuables en vertu desquelles ils s’accomplissent.
PROGRAMME GÉNÉRAL
DES
EXPÉRIENCES INVENTÉES ET EXÉCUTÉES
PENDANT LE COURS DE MES REPRÉSENTATIONS
LA BOUTEILLE INÉPUISABLE.
Ce tour est un des plus brillants que j’aie jamais exécutés. Il est toujours très chaleureusement applaudi.
Je me présente en scène ayant en main une petite bouteille remplie de vin de Bordeaux. Je la vide complètement en versant son contenu dans des verres et je la rince ensuite avec un peu d’eau, en ayant soin de la bien faire égoutter.
Ce préambule terminé, je m’avance au milieu des spectateurs et, tenant toujours la bouteille renversée, je leur offre d’en faire sortir toute liqueur qu’ils pourront désirer.
Ma proposition est généralement accueillie avec une grande faveur. De tous côtés des demandes me sont aussitôt faites par des gens aussi désireux de s’assurer de la réalité du tour que de la qualité des liqueurs.
Ces liqueurs sont aussitôt fournies que demandées. Il n’en est aucune, spiritueuse ou aromatique, de quelque pays qu’elle puisse être, qui ne soit versée avec la plus grande libéralité.
La distribution ne se termine que lorsque le spectateur, craignant de ne pouvoir consommer tout ce qui sortirait de la bouteille, et trouvant aussi que plus il ferait prolonger l’expérience, moins sa raison pourrait lui rendre des comptes, se détermine enfin à cesser ses demandes.
Pour terminer ce tour d’une manière saisissante, en donnant une preuve de la libéralité inépuisable de ma bouteille, je prends un grand verre à boire pouvant contenir au moins la moitié du flacon, et je l’emplis jusqu’aux bords avec une liqueur qui m’est encore demandée.
La Bouteille inépuisable a été représentée pour la première fois à mon théâtre le 1er décembre 1847.
L’ORANGER FANTASTIQUE.
Cette pièce mécanique était précédée de plusieurs tours d’escamotage qui motivaient son introduction sur la scène.
J’empruntais le mouchoir d’une dame; j’en faisais une boule que je mettais à côté d’un œuf, d’un citron et d’une orange rangés sur ma table.
Je faisais ensuite passer ces quatre objets les uns dans les autres, et lorsqu’enfin ils étaient tous réunis dans l’orange, je me servais de ce fruit pour composer une liqueur fantastique.
Pour cela, je pressais l’orange entre mes mains, et je la réduisais de grosseur en la montrant de temps à autre sous ses différentes formes, et je finissais par en faire une poudre que je faisais passer dans un flacon où il y avait de l’esprit de vin.
On m’apportait alors un oranger dépourvu de fleurs et de fruits. Je versais dans un petit vase un peu de la liqueur que je venais de préparer; j’y mettais le feu; je le plaçais au-dessous de l’arbuste, et aussitôt que l’émanation atteignait le feuillage, on le voyait se charger de fleurs.
Sur un coup de ma baguette, ces fleurs étaient remplacées par des fruits que je distribuais aux spectateurs.
Une seule orange était restée sur l’arbre; je lui ordonnais de s’ouvrir en quatre parties, et l’on apercevait à l’intérieur le mouchoir qui m’avait été confié. Deux papillons battant des ailes le prenaient par les angles et le déployaient en s’élevant en l’air.
LA PÊCHE MERVEILLEUSE.
On se rappelle le tour chinois intitulé par Philippe: Le Bassin de Neptune. J’ai dit que le prestidigitateur du bazar Bonne-Nouvelle, à l’exemple des habitants du Céleste-Empire, s’était revêtu d’une robe nécessaire à l’exécution du tour. J’ai dit aussi ma répulsion pour tout vêtement en dehors de nos usages. Il devait donc sembler impossible de me voir jamais reproduire cette merveilleuse expérience, lorsqu’un jour, on vit sur mes affiches l’annonce d’un tour intitulé: la Pêche miraculeuse.
Ce n’était pas autre chose que le tour chinois que je me proposais d’exécuter, mais dans des conditions beaucoup plus difficiles.
J’arrivais en scène ayant en main un pied de guéridon qui se terminait par une pointe aiguë. Je le posais devant moi, et près des spectateurs.
Je me saisissais d’un châle que j’étalais en tous sens, et que je secouais avec force afin de bien prouver qu’il ne contenait rien.
—Voici d’abord comment on doit prendre et poser son épervier. Je ramassais les plis du châle et je le jetais sur mon épaule. Figurez-vous maintenant, Messieurs, que la pointe de ce pied de guéridon soit un étang, je sais qu’il faut se faire une grande illusion pour cela, mais enfin admettez cette fable pour un instant. Dans cette circonstance, on s’approche silencieusement de l’étang, on lance son épervier comme cela sur l’endroit où l’on suppose trouver du poisson, on le relève, et l’on montre, ainsi que je le fais maintenant, une pêche vraiment merveilleuse.
A cet instant, un bocal beaucoup plus grand que celui de Philippe, contenant d’énormes poissons rouges, apparaissait en équilibre sur la pointe du guéridon, et lorsqu’on voulait l’enlever de cet endroit, il était impossible de le bouger de place sans répandre de l’eau.
LA PENDULE AÉRIENNE.
Parmi les expériences que je présentai au public en 1847, ma pendule fut une de celles qui produisirent le plus d’effet, et même maintenant que l’on suppose à tort ou à raison que l’électricité y joue un certain rôle, on ne peut se dispenser de l’admirer.
Il y a certains spectateurs qui vont aux séances de prestidigitation, moins pour jouir des illusions que pour faire parade d’une perspicacité très souvent douteuse. Pour ceux-là, l’expérience de la Pendule aérienne est vite expliquée: c’est de l’électricité. C’est plutôt fait.
Mais pour l’observateur consciencieux, pour le savant, pour le connaisseur enfin, il est très difficile de se prononcer sur ce sujet, parce qu’ils savent que pour qu’un effet électro-magnétique se produise, il ne suffit pas d’un courant électrique, il faut encore des appareils matériels qui représentent un certain volume. Ainsi dans le télégraphe même le plus simple, ce sont des roues dentées, un électro-aimant, une palette, des leviers, des supports, etc.
Dans ma pendule aérienne on ne voyait rien de tout cela; il n’y avait qu’un cadran de cristal transparent, au milieu duquel était une aiguille.
Ce cadran était suspendu par de légers cordons et complétement isolé, ce qui n’empêchait pas que l’aiguille tournait à droite et à gauche, s’arrêtait ou reprenait sa marche à la volonté des spectateurs.
Un timbre également en cristal, suspendu en dessous, sonnait l’heure que marquait la pendule, ou bien encore celle qu’on lui désignait. Ces objets, avant et après l’expérience, étaient présentés au public pour être examinés.
Pour terminer, je remettais à un spectateur un cordon auquel tenait le crochet; il y suspendait le timbre et le faisait sonner à son commandement.
LA SECONDE VUE,
Ou la Clochette Mystérieuse.
L’expérience représentée par la gravure ci-contre est un perfectionnement apporté à la Seconde vue, que j’ai décrite au commencement de ce volume. Les résultats sont exactement les mêmes; le principe seul est changé.
Au lieu de faire à mon fils cette question: «Dites ce que je tiens à la main?» à chaque objet qui m’était remis, je frappais un coup sur une petite clochette, et malgré cette uniformité du signal, l’enfant dépeignait l’objet comme si l’eût eu sous les yeux.
Mais ce qui pouvait intriguer les intrépides scrutateurs de mes secrets, c’est que peu d’instants après, je mettais la clochette de côté, et bien que j’observasse le silence le plus complet, tous les objets présentés n’en étaient pas moins immédiatement désignés par l’enfant.
J’imitais aussi certains phénomènes produits par quelques sujets magnétisés. Je lui couvrais les yeux d’un épais bandeau, et sans prononcer une parole, je lui remettais entre les mains un verre plein d’eau; le liquide prenait sous ses lèvres le goût d’un autre liquide quelconque sur lequel un spectateur avait fixé sa pensée, quelque bizarre que fût ce choix.
Toujours sans que je lui parlasse, je lui faisais porter un bouquet à une dame qu’un spectateur avait secrètement désignée, ou bien il exécutait un ordre qui m’était confié à voix basse, tel que celui-ci:
Aller prendre une tabatière dans la poche d’une personne désignée; en ôter une prise de tabac pour la porter ensuite dans le porte-monnaie d’une autre personne.
LE FOULARD AUX SURPRISES.
Un principe fondamental de la prestidigitation, c’est de produire de grands effets avec de petites causes; autrement dit, il faut produire, avec de petits objets, des objets d’un gros volume.
Qu’y-a-t-il d’étonnant en effet de faire sortir d’une boîte à double fond ce qui peut y être contenu? La difficulté consiste uniquement dans l’ingéniosité de l’appareil, et tout le mérite revient à l’ébéniste ou au ferblantier qui a fabriqué la boîte.
Mais le foulard aux surprises est un tour qui ne pouvait laisser croire à aucune combinaison mécanique, parce que l’instrument qui devait produire des objets si volumineux pouvait être réduit à de bien petites proportions.
Ce foulard était confié par un spectateur. Aussitôt que je l’avais entre les mains, je le pressais, l’étirais et le retournais en tous sens pour prouver qu’il ne contenait rien, puis, le prenant par le milieu, je le secouais et j’en faisais sortir un plumet. En retournant le foulard du côté opposé, j’en retirais un second, un troisième, un quatrième plumet et jusqu’à un panache de tambour-major. Enfin une véritable pluie de plumets venait couvrir la scène.
Ces subtilités étaient le préambule d’un tour beaucoup plus surprenant encore, et qu’on pourrait appeler à plusieurs titres le bouquet de l’expérience.
Je m’approchais des spectateurs, et après avoir une dernière fois bien secoué et retourné le foulard de tous côtés, j’en faisais sortir une énorme corbeille de fleurs que je distribuais aux dames.
Ce tour faisait partie des expériences annoncées sur ma première affiche.
LA SUSPENSION ÉTHÉRÉENNE.
Dans l’année 1847, on se le rappelle, il n’était question que de l’éther et de ses merveilleuses applications. J’eus alors l’idée d’user à mon profit l’engouement du public pour en faire un à-propos qui eut un succès prodigieux.
—Messieurs, disais-je avec le sérieux d’un professeur de la Sorbonne, je viens de découvrir dans l’éther une nouvelle propriété merveilleuse.
Lorsque cette liqueur est à son plus haut degré de concentration, si on la fait respirer à un être vivant, le corps du patient devient en peu d’instants aussi léger qu’un ballon.
Cette exposition terminée, je procédais à l’expérience. Je plaçais trois tabourets sur un banc de bois. Mon fils montait sur celui du milieu, et je lui faisais étendre les bras, que je soutenais en l’air au moyen de deux cannes qui reposaient chacune sur un tabouret.
Je mettais alors simplement sous le nez de l’enfant un flacon vide que je débouchais avec soin, mais dans la coulisse on jetait de l’éther sur une pelle de fer très chaude, afin que la vapeur s’en répandît dans la salle. Mon fils s’endormait aussitôt, et ses pieds, devenus plus légers, commençaient à quitter le tabouret.
Jugeant alors l’opération réussie, je retirais le tabouret de manière que l’enfant ne se trouvait plus soutenu que par les deux cannes.
Cet étrange équilibre excitait déjà dans le public une grande surprise. Elle augmentait encore lorsqu’on me voyait retirer l’une des deux cannes et le tabouret qui la soutenait; et enfin elle arrivait à son comble, lorsqu’après avoir élevé avec le petit doigt mon fils jusqu’à la position horizontale, je le laissais ainsi endormi dans l’espace, et que pour narguer les lois de la gravitation, j’ôtais encore les pieds du banc qui se trouvait sous cet édifice impossible, tel que le représente la gravure ci-dessus.
La première représentation eut lieu le 10 octobre 1849.
LA GUIRLANDE DE FLEURS.
Ce tour était très compliqué et formait à son dénouement un très joli tableau.
J’empruntais deux mouchoirs et trois montres; j’en faisais un paquet que je mettais dans une sorte de pistolet-tromblon, et j’y joignais trois cartes choisies dans un jeu par un des spectateurs. Pendant ce temps, on apportait une guirlande de fleurs que l’on suspendait à de petits rubans placés au milieu de la scène.
J’annonçais alors que ces fleurs allaient me servir de point de mire, et que lorsque je ferais feu de ce côté, les montres, les mouchoirs et les cartes iraient se grouper autour d’elles.
En effet, lorsque le coup partait les cartes apparaissaient sur la guirlande, les montres en dessous et les mouchoirs pendaient sur le côté.
(Un erratum à signaler sur le dessin ci-dessus, c’est que le graveur a oublié d’y mettre les mouchoirs).
Au commencement du tour, bien que je n’eusse besoin que de deux mouchoirs, j’en empruntais trois, parce que j’en gardais un pour faire un autre tour sous forme d’intermède, dans le but d’allonger cette petite scène qui, sans cela, eût été beaucoup trop courte.
Je mettais de l’esprit de vin sur ce mouchoir, je l’enflammais et je montrais les ravages du feu en passant mon bras par un énorme trou. Puis sous le prétexte de me servir de ce principe des homœopathes: similia similibus curantur, je versais encore de l’esprit de vin sur le linge brûlé, je l’enflammais de nouveau, et en frappant seulement avec la main sur le mouchoir incendié, je le faisais reparaître dans son état primitif.
Le tour de la guirlande a été représenté pour la première fois le 18 janvier 1850.
LE CARTON DE ROBERT-HOUDIN.
La plus simple des lois naturelles veut que le contenant soit plus grand que le contenu; ici c’est le contraire. On peut donc appeler ce tour impossibilité réalisée.
En effet, j’apportais sous mon bras un carton à dessin qui n’avait pas plus d’un centimètre d’épaisseur et je le posais sur de légers tréteaux placés dans le plus complet isolement au milieu de la scène; puis j’en retirais successivement:
1º Une collection de gravures;
2º Deux charmants chapeaux de dame garnis de fleurs et de rubans, aussi frais que s’ils sortaient à l’instant même des mains de la modiste;
3º Quatre tourterelles vivantes;
4º Trois énormes casseroles en cuivre remplies, l’une de haricots, l’autre d’un feu ardent, et la troisième d’eau bouillante.
5º Une grande cage remplie d’oiseaux voltigeant de bâtons en bâtons[30].
6º Enfin, après que le carton avait été fermé une dernière fois, mon plus jeune fils, le héros de la suspension éthéréenne, soulevait le couvercle, montrait au public sa tête souriante et sortait aussi de cette étroite prison.
L’IMPRESSION INSTANTANÉE,
Ou la communication des couleurs par la volonté.
Je présentais au public plusieurs flacons remplis de diverses couleurs, et j’annonçais que, par un procédé nouveau, je pouvais faire passer des liquides colorés à travers un faible ruban de soie, à quelque distance que ce fût.
Je mettais alors au milieu des spectateurs un petit pupitre sur lequel j’étendais un linge.
Messieurs, disais-je, voici un cachet communiquant par un léger cordon à cette bouteille qui est pleine d’une liqueur rouge; veuillez essayer d’en imprimer l’empreinte en pressant sur l’étoffe.
Un des spectateurs essayait, mais en vain; l’étoffe restait entièrement blanche.
—Pour faire passer le liquide jusque dans le cachet, ajoutais-je avec un grand sérieux, il manque une formalité; il faut que j’en donne le commandement. Je le fais en ce moment. Essayez maintenant, je vous prie.
En effet, le nom gravé sur le cachet s’imprimait en beaux caractères rouges; mais sitôt que je donnais un ordre contraire, on avait beau appliquer le cachet, le liquide ne passait plus.
Je prenais ensuite un autre flacon contenant du bleu, j’y attachais le ruban par une de ses extrémités, et afin qu’on fût bien assuré qu’il n’y avait aucune préparation dans le cachet, je priais un spectateur d’attacher une clé à l’autre bout du ruban. Ces conditions remplies et le commandement en étant donné, on pouvait écrire sur le linge avec la clé comme si c’eût été un pinceau.
Je terminais cette expérience en faisant subitement changer un bouquet de roses blanches en roses d’un rouge très vif.
LE COFFRE TRANSPARENT,
Ou les Pièces voyageuses.
Ce tour avait pour but de montrer avec quelle facilité je pouvais faire passer invisiblement des pièces de monnaie d’un endroit à un autre.
J’empruntais huit pièces de cinq francs que je faisais marquer avec beaucoup de soin par les spectateurs, puis je les mettais ostensiblement dans un vase en cristal que je tenais à la main.
Je posais un autre vase sur une table à l’extrémité de ma scène et j’annonçais qu’en frappant avec ma baguette sur celui où se trouvaient les pièces, une d’elles en sortirait à chaque coup pour passer dans le verre vide.
Effectivement, au son que ma baguette produisait sur le cristal, une pièce en sortait pour passer dans l’autre vase, et l’on en entendait le son argentin.
Au lieu de faire passer la huitième comme les autres, je la sortais du vase et je la remettais entre les mains d’une dame, en la priant de bien la serrer pour l’empêcher de s’échapper.
Mais à l’instant où frappant sur la cloche, je disais: partez, la pièce emprisonnée sortait de la main et on l’entendait rejoindre ses compagnes.
Pour terminer l’expérience d’une manière concluante, je suspendais à de minces cordons de soie accrochés au plafond, un coffre de cristal transparent. Je le faisais balancer dans l’espace et lorsqu’il se trouvait à son plus grand éloignement de la scène, j’y envoyais les pièces que l’on voyait parfaitement arriver dedans.
A chacune de ces expériences, l’identité des pièces était constatée.
Représenté pour la première fois le 4 septembre 1849.
LE GARDE-FRANÇAISE,
Ou la Colonne au gant.
On apportait sur une table un petit automate revêtu du costume de Garde-Française: il portait un mousquet et se tenait au port d’arme prêt à recevoir un commandement.
En automate bien appris, il commençait par saluer respectueusement l’assemblée, et après s’être débarrassé de son arme, il envoyait de la main droite quelques baisers aux jeunes enfants qu’il apercevait dans la salle.
J’empruntais à plusieurs dames de l’assemblée quatre bagues et un gant blanc, j’en faisais un paquet et je le mettais dans le petit fusil que j’avais préalablement chargé et amorcé.
—Tenez, disais-je à mon Garde-française, je vous rends votre arme contenant un gant et quatre bagues; montrez maintenant votre adresse, en envoyant tous ces objets sur ce point de mire. Je lui montrais une colonne en cristal qui se trouvait sur une autre table.
L’automate mettait en joue, posait le doigt sur la gâchette, visait et, au signal que je lui en donnais, faisait feu. Les objets contenus dans le fusil étaient projetés sur la colonne, et le gant, gonflé comme s’il eût été porté par une main invisible se dressait sur le sommet du cristal, étalant à chacun de ses doigts une des bagues qui m’avaient été confiées.
Je variais quelquefois l’expérience. Je mettais dans le fusil une seule bague et deux cartes choisies secrètement par des spectateurs. L’automate dirigeait son arme vers un vase de fleurs que je lui indiquais, et lorsqu’il faisait feu, un petit amour sortait du milieu des roses en battant des ailes et portait à la main une torche allumée au bas de laquelle la bague était accrochée. Quant aux deux cartes, elles avaient dévié de leur chemin et s’étaient fixées sur ma poitrine.
LE PATISSIER DU PALAIS-ROYAL.
Voyez ce charmant petit automate; à l’appel de son maître il vient sur le seuil de sa porte, et, fournisseur aussi poli que pâtissier habile, il salue et attend les commandes de sa clientèle. Des brioches chaudes et sortant du four, des gâteaux de toute espèces, des sirops, des liqueurs, des glaces, etc., sont aussitôt apportés par lui que commandés par les spectateurs, et quand il a satisfait à toutes les demandes, il aide son maître dans ses tours d’escamotage.
Une dame, par exemple, a-t-elle mis secrètement sa bague dans une petite boîte qu’elle ferme à clé et qu’elle garde entre ses mains? à l’instant même le pâtissier lui apporte une brioche dans laquelle se trouve la bague qui vient de disparaître de la boîte.
Voici une autre preuve de son intelligence.
Une pièce d’or lui est remise dans une petite corbeille par un spectateur, qui lui dit ce qu’il doit prendre sur cette pièce en francs et centimes. Il s’enferme chez lui, et quelque compliqué que soit son compte, il fait son calcul et rapporte en monnaie le reste de la somme.
Enfin une loterie comique est tirée, et c’est encore le pâtissier qui est chargé de la distribution des lots.
Aussi intéressante par sa complication que par la gaîté qu’elle apportait parmi les spectateurs, cette pièce était la mieux goûtée de mes expériences et terminait toujours brillamment ma séance.
Le pâtissier du Palais-Royal a été représenté pour la première fois à l’ouverture de mon théâtre.
DIAVOLO ANTONIO,
Le Voltigeur au Trapèze.
J’avais donné à cet automate le nom de Diavolo Antonio, célèbre acrobate, dont j’avais cherché à imiter les périlleux exercices. Seulement l’original était un homme, et la copie n’avait que la taille et les traits d’un enfant.
J’apportais mon jeune artiste de bois entre mes bras, comme je l’eusse fait pour un être vivant, je le posais sur le bâton d’un trapèze, et là je lui adressais quelques questions auxquelles il répondait par des signes de tête.
—Vous ne craignez pas de tomber?
—Non.
—Etes-vous bien disposé à faire vos exercices?
—Oui.
Alors, aux premières mesures de l’orchestre, il saluait gracieusement les spectateurs, en se tournant vers toutes les parties de la salle, puis se suspendant par les bras, et suivant la mesure de la musique, il se faisait balancer avec une vigueur extrême.
Venait ensuite un instant de repos, pendant lequel il fumait sa pipe, après quoi il exécutait des tours de force sur le trapèze, tels que de se soulever à la force des bras et de se tenir la tête en bas, tandis qu’il exécutait avec les jambes des évolutions télégraphiques.
Pour prouver que son existence mécanique était en lui-même, mon petit Diavolo abandonnait la corde avec ses mains, se pendait par les pieds, et quittait bientôt entièrement le trapèze.
Cet automate a paru pour la première fois sur mon théâtre le 1er octobre 1849.
LE VASE ENCHANTÉ,
Ou le Génie des Roses.
Au commencement de cette petite scène, qui tenait de la féerie, on apercevait sur une table placée au milieu de ma scène, un vase étrusque orné de pierreries, d’un travail et d’un goût exquis. Il était surmonté de branches et de feuilles de rosier.
Je priais une dame de choisir une carte dans un jeu et de l’enfermer dans une petite boîte que je lui présentais. Aussitôt la carte sortait de la boîte, revenait entre mes mains et se trouvait remplacée par un charmant canari.
J’enfermais ce petit oiseau dans une cage.
—Mesdames, disais-je ensuite, ce serin est tellement obéissant, que lorsque je vais lui en donner l’ordre, il sortira à travers les barreaux de sa cage pour aller se percher sur le bouquet qui couronne ce vase. Afin de le mieux attirer, je vais faire pousser des fleurs sur ce feuillage.
J’étendais alors ma baguette sur le rosier et l’on voyait apparaître de petits boutons qui grossissaient à vue d’œil, s’épanouissaient insensiblement, et devenaient de magnifiques roses.
Ce prestige ne s’était pas plus tôt accompli, que le serin disparaissait de la cage et se montrait sur le sommet du rosier en gazouillant de toute la force de son gosier.
Là, selon le désir des spectateurs, il chantait tel air qu’on lui désignait. Lorsque chacun avait entendu le morceau de son choix, le musicien s’envolait, et rentrait dans la coulisse.
Pour terminer cette charmante scène, le vase s’ouvrait en plusieurs parties, formait un élégant kiosque dans lequel un Indien exécutait, avec la plus rare perfection, sur une corde raide, des danses acrobatiques.
LA CORNE D’ABONDANCE.
Parmi les modifications que j’avais apportées aux séances des prestidigitateurs qui m’avaient précédé, j’ai signalé, dans le cours de cet ouvrage, le genre de cadeaux que j’offrais au public comme souvenir de mes séances.
Comte et ses émules faisaient des distributions de jouets d’enfants et de sucreries qui se trouvaient invariablement dans un chapeau. Je pensai qu’il était peu convenable d’offrir des éventails, des fleurs et des bonbons, en les faisant sortir d’une source qui n’était pas toujours d’une propreté irréprochable, et pour obvier à cet inconvénient, j’inventai la corne d’abondance.
Je présentais au public une sorte de grand cornet qui s’ouvrait en deux parties, afin qu’on pût mieux en visiter l’intérieur, puis dès qu’il était refermé, j’en retirais des bonbons et des fleurs.
C’est aussi de ce cornet que je faisais sortir des journaux comiques, des albums, des quadrilles illustrés, etc.
Je m’étais exercé à lancer ces différents objets avec une sûreté de direction telle qu’ils arrivaient immanquablement aux personnes même les plus éloignées de ma scène.
Cette distribution, ainsi que celle de la bouteille inépuisable, produisait dans la salle une animation des plus plaisantes. C’était à qui posséderait un de ces cadeaux, et l’on m’adressait de tous côtés des supplications télégraphiques auxquelles je me faisais un devoir de répondre.
TABLE.
| Pages. | |
| [I] | |
| [1] | |
[CHAP. Ier.] Un horloger raccommodeur de soufflets.—Intérieur d’artiste.—Lesleçons du colonel Bernard.—L’ambition paternelle.—Premierstravaux mécaniques.—Ah! si j’avais un rat!—L’industried’un prisonnier.—L’abbé Larivière.—Une paroled’honneur.—Adieu mes chers outils! | [5] |
[CHAP. II.] Un badaud de province.—Le docteur Carlosbach, escamoteuret professeur de mystification.—Le sac au sable, le coup del’étrier.—Je suis clerc de notaire, les minutes me paraissent bienlongues.—Un petit automate.—Protestation respectueuse.—Jemonte en grade dans la basoche.—Une machine de la force...d’un portier.—Les canaris acrobates.—Remontrance de Me Roger.—Monpère se décide à me laisser suivre ma vocation | [15] |
[CHAP. III.] Le cousin Robert.—L’événement le plus important de mavie.—Comment on devient sorcier.—Mon premier escamotage.—Fiascocomplet.—Perfectibilité de la vue et du toucher.—Curieuxexercice de prestidigitation.—Monsieur Noriet.—Uneaction plus ingénieuse que délicate.—Je suis empoisonné.—Untrait de folie | [31] |
[CHAP. IV.] Je reviens à la vie.—Un étrange médecin.—Torrini etAntonio: un escamoteur et un mélomane.—Les confidences d’unmeurtrier.—Une maison roulante.—La foire d’Angers.—Unesalle de spectacle portative.—J’assiste pour la première fois àune séance de prestidigitation.—Le coup de piquet de l’aveugle.—Uneredoutable concurrence.—Le signor Castelli mange unhomme vivant | [45] |
[CHAP. V.] Confidences d’Antonio.—Comment on peut provoquer lesapplaudissements et les ovations du public.—Le comte de ....,banquiste.—Je répare un automate.—Atelier de mécaniciendans une voiture.—Vie nomade: heureuse existence.—Leçonsde Torrini; ses principes sur l’escamotage.—Un grec du grandmonde, victime de son escroquerie.—L’escamoteur Comus.—Duelaux coups de piquet.—Torrini est proclamé vainqueur.—Révélations.—Nouvellecatastrophe.—Pauvre Torrini! | [65] |
[CHAP. VI.] Torrini me raconte son histoire.—Perfidie du chevalierPinetti.—Un escamoteur par vengeance.—Course au succès entredeux magiciens.—Mort de Pinetti.—Séance devant le papePie VII.—Le chronomètre du cardinal M***.—Douze cents francssacrifiés pour l’exécution d’un tour.—Antonio et Antonia.—Laplus amère des mystifications.—Constantinople | [84] |
[CHAP. VII.] Suite de l’histoire de Torrini.—Le Grand-Turc lui faitdemander une séance.—Un tour merveilleux.—Le corps d’unjeune page coupé en deux.—Compatissante protestation du Sérail.—Agréablesurprise.—Retour en France.—Un spectateurtue le fils de Torrini pendant une séance.—Folie: Décadence.—Mapremière représentation.—Fâcheux accident pour mes débuts.—Jereviens dans ma famille | [115] |
[CHAP. VIII.] Des Acteurs prodiges.—J’arrive à Paris.—Mon mariage.—Comte.—Etudessur le public.—Un habile directeur.—Lesbillets roses.—Un style musqué.—Le Roi de tous les cœurs.—Ventriloquie.—Lesmystificateurs injustifiés.—Le père Roujol.—Julesde Rovère.—Origine du mot prestidigitateur | [131] |
[CHAP. IX.] Les automates célèbres.—Une mouche d’airain.—L’hommeartificiel.—Albert-le-Grand et saint Thomas-d’Aquin.—Vaucanson;son canard; son joueur de flûte; curieux détails.—L’automatejoueur d’échecs; épisode intéressant.—Catherine IIet M. de Kempelen.—Je répare le Componium.—Succès inespéré | [153] |
[CHAP. X.] Les supputations d’un inventeur.—Cent mille francs par anpour une écritoire.—Déception.—Mes nouveaux automates.—Lepremier physicien de France; décadence.—Le choriste philosophe.—Bosco.—Lejeu des gobelets.—Une exécution capitale.—Résurrectiondes suppliciés.—Erreur de tête.—Le serin récompensé.—Uneadmiration rentrée.—Mes revers de fortune.—Unmécanicien cuisinier | [178] |
[CHAP. XI.] Le pot-au-feu de l’artiste.—Invention d’un automateécrivain-dessinateur.—Séquestration volontaire.—Une modestevilla.—Les inconvénients d’une spécialité.—Deux Augustesvisiteurs.—L’emblême de la fidélité.—Naïvetés d’un maçonérudit.—Le gosier d’un rossignol mécanique.—Les Tiou et lesrrrrrrrrouit.—Sept mille francs en faisant de la limaille | [193] |
[CHAP. XII.] Un grec habile.—Ses confidences.—Le Pigeon cousu d’or.—Tricheriesdévoilées.—Un magnifique truc!—Le génie inventifd’un confiseur.—Le prestidigitateur Philippe.—Ses débutscomiques.—Description de sa séance.—Exposition de 1844.—LeRoi et sa famille visitent mes automates | [215] |
[CHAP. XIII.] Projets de réformes.—Construction d’un théâtre au Palais-Royal.—Formalités.—Répétitiongénérale.—Singuliereffet de ma séance.—Le plus grand et le plus petit théâtre deParis.—Tribulations.—Première représentation.—Panique.—Découragement.—Unprophète infaillible. Réhabilitation.—Succès | [239] |
[CHAP. XIV.] Etudes nouvelles.—Un journal comique.—Inventionde la seconde vue.—Curieux exercices.—Un spectateur enthousiaste.—Dangerde passer pour Sorcier.—Un sacrilége ou lamort.—Art de se débarrasser des importuns.—Une touche électrique.—Unereprésentation au théâtre du Vaudeville.—Toutce qu’il faut pour lutter contre les incrédules.—Quelques détailsintéressants | [258] |
[CHAP. XV.] Petits malheurs du bonheur.—Inconvénients d’un théâtretrop petit.—Invasion de ma salle. Représentation gratuite.—Unpublic consciencieux.—Plaisant escamotage d’un bonnet desoie noire.—Séance au château de Saint-Cloud.—La cassettede Cagliostro.—Vacances.—Etudes bizarres | [281] |
[CHAP. XVI.] Nouvelles expériences.—La Suspension éthéréenne,etc.—Séance à l’Odéon.—Un double accroc.—La protectiond’un entrepreneur de succès.—1848.—Les théâtres aux abois.—Jequitte Paris pour Londres.—Le directeur Mitchell.—Lapublicité anglaise.—Le grand Wizard.—Les moules à beurreservant à la réclame.—Affiches singulières.—Concours publicpour le meilleur calembour | [298] |
[CHAP. XVII.] Le théâtre Saint-James.—Invasion de l’Angleterre parles artistes français.—Une fête patronnée par la reine.—Le Diplomateet le Prestidigitateur.—Une Recette de 75,000 francs.—Séanceà Manchester.—Les spectateurs au carcan.—Wat à capitalcuraçao.—Montagne humaine.—Cataclysme.—Représentationau palais de Buckingham.—Un repas de Sorciers | [316] |
[CHAP. XVIII.] Un régisseur optimiste.—Trois spectateurs dans unesalle.—Une collation magique.—Le public de Colchester et lesnoisettes.—Retour en France.—Je cède mon théâtre. Voyaged’adieu.—Retraite à Saint-Gervais.—Pronostic d’un Académicien | [344] |
[CHAP. XIX.] VOYAGE EN ALGÉRIE.—Convocation des chefs de tribus.—Fêtes.—Représentationdevant les Arabes.—Enervation d’unKabyle.—Invulnérabilité.—Escamotage d’un Maure.—Paniqueet fuite des spectateurs.—Réconciliation.—La secte des Aïssaoua.—Leursprétendus miracles.—Excursion dans l’intérieurde l’Algérie.—La demeure d’un Bach-Agha.—Repas comique.—Unesoirée de hauts dignitaires Arabes.—Mystification d’unMarabout.—L’Arabe sous sa tente, etc. etc.—Retour enFrance.—Conclusion | [356] |
Un cours de miracles.—S’enfoncer un poignard dans la joue;—Mangerdes feuilles de figuier de Barbarie;—Se mettre le ventresur le côté tranchant d’un sabre;—Jouer avec des serpents;—Sefrapper le bras, en faire jaillir du sang, et le guérir instantanément;—Mangerdu verre pilé;—Avaler des cailloux, destessons de bouteille, etc.;—Marcher sur du fer rouge, et se passerla langue sur une plaque rougie à blanc | [406] |
Gravures et description des expériences | [421] |
| FIN DE LA TABLE. | |
Imp. Lechene, à Blois.
Fautes corrigées:
- poussant la rorte=> poussant la porte {pg v}
- surgit tout à coup dans esprit=> surgit tout à coup dans mon esprit {pg 12}
- soulier dans de mes bas=> soulier dans un de mes bas {pg 12}
- aussi ne se passsait-il=> aussi ne se passait-il {pg 16}
- très habilemement embouchée=> très habilement embouchée {pg 16}
- sembla se recueilir=> sembla se recueillir {pg 17}
- l’homme de cette affreuse calamnité=> l’homme de cette affreuse calamité {pg 20}
- la scène est tranformée=> la scène est transformée {pg 21}
- O Carlorsbach=> O Carlosbach {pg 21}
- des câhteaux voisins=> des châteaux voisins {pg 21}
- mais, plus je résistai=> mais, plus je résistais {pg 27}
- j’aillais demander=> j’allais demander {pg 27}
- art pourle quel=> art pour lequel {pg 33}
- mon irristible penchant=> mon irrésistible penchant {pg 34}
- au seul de sa boutique=> au seuil de sa boutique {pg 35}
- bonlanger de rentrer=> boulanger de rentrer {pg 36}
- de la sience=> de la science {pg 37}
- de la prestidigition=> de la prestidigitation {pg 37}
- frappe de la falicité=> frappé de la facilité {pg 37}
- faire une promade=> faire une promenade {pg 42}
- balloté dans une voiture=> ballotté dans une voiture {pg 44}
- je ne pus reprimer un mouvement=> je ne pus réprimer un mouvement {pg 48}
- un aveu si innatendu=> un aveu si inattendu {pg 50}
- complément rétabli=> complétement rétabli {pg 51}
- Je vous le dirai vololontiers=> Je vous le dirai volontiers {pg 58}
- plus grands théâtres l’Italie=> plus grands théâtres d’Italie {pg 67}
- je cédasse pas=> je ne cédasse pas {pg 74}
- Les confidences de Zilbermann=> Les confidences de Zilberman {pg 75}
- au devant au moi=> au devant de moi {pg 98}
- une représentation que dois donner=> une représentation que je dois donner {pg 88}
- terme de théâtre, s’apelle=> terme de théâtre, s’appelle {pg 92}
- s’apelle le=> s’appelle le {pg 92}
- s’intalla dans le théâtre=> s’installa dans le théâtre {pg 97}
- C’est ainsi que j’écraisai=> C’est ainsi que j’écrasai {pg 98}
- rigeurs extrêmes=> rigueurs extrêmes {pg 98}
- nous goutâmes pendant=> nous goûtâmes pendant {pg 115}
- mon viel ami=> mon vieil ami {pg 130}
- prestiditateur=>prestidigitateur {pg 131}/li>
- ma convocation pour=> ma vocation pour {pg 131}
- d’une bien petit fortune=> d’une bien petite fortune {pg 132}
- montres et des pendule=> montres et des pendules {pg 134}
- l’eutrême prudence=> l’extrême prudence {pg 137}
- ainsi que celui prestidigitation=> ainsi que celui de prestidigitation {pg 151}
- Qus d’actions de grâce=> Que d’actions de grâce {pg 154}
- barbotte avec son bec=> barbote avec son bec {pg 157}
- qde le lecteur se rassur=> que le lecteur se rassur {pg 160}
- snr 80 centimètres=> sur 80 centimètres {pg 163}
- qne ses courtisans=> que ses courtisans {pg 168}
- le fait de tout ceux=> le fait de tous ceux {pg 179}
- de ma petite fortune=> de sa petite fortune {pg 183}
- un pigon blanc=> un pigeon blanc {pg 191}
- je fis servis=> je fis servir {pg 216}
- un constraste=> un contraste {pg 217}
- effet de douner un nom=> effet de donner un nom {pg 217}
- épanchement famillier=> épanchement familier {pg 217}
- tant de grace=> tant de grâce {pg 219}
- loin de moi de sur la table=> loin de moi sur la table {pg 221}
- eu suivant pour le dix=> en suivant pour le dix {pg 224}
- galeries et un amphitéâtre=> galeries et un amphithéâtre {pg 231}
- compâtissait à la douleur=> compatissait à la douleur {pg 228}
- la plus importance de toutes=> la plus importante de toutes {pg 240}
- je tremblais comme un fant=> je tremblais comme un enfant {pg 247}
- ce mal n’était rien comparaison=> ce mal n’était rien en comparaison {pg 254}
- une ces dispositions=> une de ces dispositions {pg 262}
- de la suprise=> de la surprise {pg 265}
- le pallier du théâtre=> le palier du théâtre {pg 274}
- sur le devant la scène=> sur le devant de la scène {pg 274}
- signes auquels on peut=> signes auxquels on peut {pg 279}
- j’eus réelment=> j’eus réellement {pg 294}
- dont les effet=> dont les effets {pg 299}
- aux appplaudissements qui=> aux applaudissements qui {pg 303}
- bouteillle inépuisable=> bouteille inépuisable {pg 312}
- les dames patronesses=> les dames patronnesses {pg 324}
- féérique=> féerique {pg 325}
- jettasse=> jetasse {pg 325}
- et l’afflence était=> et l’affluence était {pg 326}
- demander une réprésentation=> demander une représentation {pg 338}
- la plus haute distiction=> la plus haute distinction {pg 340}
- Mou régisseur=> Mon régisseur {pg 346}
- mon établisssement=> mon établissement {pg 353}
- Wiesbaden, Hombourg=> Wiesbaden, Hambourg {pg 353}
- Retour en Ffance=> Retour en France {pg 356}
- répondit que le Gouvernenement=> répondit que le Gouvernement {pg 360}
- malheureureux offret=> malheureux coffret {pg 368}
- face a face=> face à face {pg 373}
- et et ensuite=> et ensuite {pg 374}
- adresssant à chacun=> adressant à chacun {pg 374}
- marque d’approbabation=> marque d’approbation {pg 375}
- pour nos étonner=> pour nous étonner {pg 378}
- notre bachelier ès-ciences=> notre bachelier ès-sciences {pg 382}
- sur la tapis=> sur le tapis {pg 386}
- Bon-Allem a deviné=> Bou-Allem a deviné {pg 387}
- à à se débarrasser=> à se débarrasser {pg 388}
- Tu n’a rien=> Tu n’as rien {pg 392}
- marmotaient des prières=> marmottaient des prières {pg 394}
- Quant la stéarine fut=> Quand la stéarine fut {pg 394}
- parmi lequels était=> parmi lesquels était {pg 410}
- J’ai dit que le prestigitateur=> J’ai dit que le prestidigitateur
- pièces de monaie=> pièces de monnaie
- l’idendité des pièces=> l’identité des pièces
- sur un autre table=> sur une autre table
- sur la gachette=> sur la gâchette
- Seulement l’orinal=> Seulement l’original
- Le prestigitateur Philippe=> Le prestidigitateur Philippe
- le guérir instanténément=> le guérir instantanément
NOTES:
[1] Comus eut plus tard un concurrent redoutable dans Cotte dit Conus, qui était également doué d’une extrême habileté.
[2] Le jeu est divisé en quatres parties égales, par quatre cartes plus larges que les autres, de sorte que l’on peut couper où cela est nécessaire pour l’organisation du jeu.
Voici l’ordre des cartes avant d’être coupées: Dame, neuf, huit, sept de trèfle. As, roi, valet, dix, dame, neuf, huit, sept de cœur. As, roi, valet, dix, dame, neuf, huit, sept de pique. As, roi, valet, dix, dame, neuf, huit, sept de carreau. As, roi, valet, dix de trèfle. Les quatre sept sont des cartes larges.
Lorsque l’adversaire a nommé la couleur dans laquelle il veut être repic et que nous supposerons être trèfle, on coupe au sept de cette couleur et on lui laisse la liberté de donner par deux ou par trois. De plus, les cartes étant une fois données, on laisse l’adversaire choisir celui des deux jeux qu’il préfère. Si celui-ci a donné les cartes par deux et qu’il ait gardé son jeu, on écarte: les neuf de pique, de cœur et de carreau et deux dames quelconques. La rentrée donne quinte majeure en trèfle, quatorze d’as et quatorze de rois.
Si, au contraire, l’adversaire a choisi le jeu du premier en cartes, on écartera: les sept de cœur, de pique et de carreau et deux huit quelconques. La rentrée produira la même quinte en trèfle, quatorze de dames et quatorze de valets.
Si l’adversaire a préféré donner les cartes par trois, et qu’il garde son jeu, on écartera: le roi, le huit et le sept de cœur, le neuf et le huit de pique, afin d’avoir par la rentrée: la quinte majeure en trèfle, une tierce à la dame en carreau; trois as, trois dames et trois valets.
Si, au contraire, il choisit le jeu du premier en cartes, on écartera: la dame et le neuf de cœur, le valet et le sept de pique et l’as de carreau. On aura par la rentrée cette même quinte majeure en trèfle, une tierce au neuf en carreau, trois rois et trois dix qui feront soixante.
[3] Cette séance valut à Comte le titre de Physicien du Roi.
[4] Voir un ouvrage intitulé: Machines approuvées par l’Académie Royale des Sciences. Tome VI, pages 133 et 137.
[5] Les secrets du Grand-Albert, ouvrage rempli d’absurdités, et faussement attribué à Albert-le-Grand.
[6] Après la mort de Vaucanson, ses œuvres furent dispersées et se perdirent; Le canard seul, après être resté longtemps dans un grenier à Berlin, revit le jour en 1840, et fut acheté par un nommé Georges Tiets, mécanicien, qui employa quatre ans à le remettre en état.
[7] L’automate joueur d’échecs jouait de la main gauche, défaut que l’on a faussement attribué à l’inadvertance du constructeur.
[8] J’ai cette affiche en ma possession; je la tiens de M. Hessler, neveu du docteur Osloff, qui m’a communiqué également ces détails et ceux qui suivent.
[9] Maëlzel était grand mangeur et non gastronome, comme on l’a dit; cette mort par suite d’indigestion le prouve.
[10] Depuis cette époque Bosco a modifié l’ornementation de sa scène. Ses tapis ont changé de couleur, les bougies sont moins longues, mais la tête de mort, la boule, le costume et la séance sont restés invariablement les mêmes.
[11] C’est une sorte de panacée universelle pour le peuple anglais.
[12] Instrument que l’on met dans la bouche pour imiter la voix de Polichinelle.
[13] Ce tour, ainsi que celui de l’éclairage électrique, avaient été imaginés par un physicien nommé Her Dôbler; c’est de lui que Philippe les tenait.
[14] Voir la figure et la description de l’expérience à la fin du volume.
[15] Petite trappe.
[16] Je n’ai jamais donné de séance sans avoir, en cas d’événement, un double de mes vêtements.
[17] Les théâtres possèdent un privilége émané du ministère de l’Intérieur; les spectacles ont une permission de la préfecture.
[18] Ce petit incident n’empêcha pas le jury de m’accorder une médaille d’argent pour mes automates. Onze ans plus tard, à notre exposition universelle de 1855, je recevais une médaille de première classe pour de nouvelles applications de l’électricité à la mécanique.
[19] J’avais cru jusque-là que le type du cheval arabe était d’être petit et délicat. On trouve en Algérie d’excellents chevaux de toute grandeur et de toute force.
[20] En terme de théâtre, on désigne les spectateurs par le nom de la place qu’ils occupent. Ainsi une ouvreuse dira: mon avant-scène vient de sortir avec sa dame sous le bras; ma stalle nº 20 s’est trouvée malade, etc.
[21] Village arabe.
[22] Maisonnette construite en branches d’arbre.
[23] L’Arabe ne boit jamais pendant son repas; il attend pour cela qu’il soit fini.
[24] Pièces de cinq francs.
[25] Voir pour la description des instruments désignés ci-dessus: Le Traité d’électricité de M. E. Becquerel; Exposé de l’électricité, par M. le Cte du Moncel; et le Cosmos.
[26] Acide sulfurique.
[27] On peut aussi mettre impunément ses doigts dans du plomb fondu en les trempant préalablement dans l’éther.—(Note de l’auteur).
[28] On se rappelle que j’ai signalé cette particularité à propos de mes études sur l’escamotage.
[29] Sauf cette précaution, qui était indispensable, je soupçonne fort M. Boutigny d’avoir voulu m’effrayer un peu pour me punir de mon incrédulité.
[30] Un de mes bons amis, M. Bouly, de Cambrai, avocat distingué, auteur de plusieurs ouvrages archéologiques très estimés, amateur passionné des arts en général et de l’escamotage en particulier, est l’auteur de ce tour ingénieux. La cage sortant du carton est entièrement de son invention. Les autres prestiges que j’ai ajoutés à cette expérience ne peuvent rien ôter au mérite de l’idée première.