3° AU DELÀ LA SECONDE CATARACTE:

Sennèh, Sohleb, Barkal, Assour, Naga, et autres lieux où existent des monuments antiques jusqu'à la frontière du Sennaâr, où il n'en existe plus.

2e Les monuments antiques creusés et taillés dans les montagnes sont tout aussi importants à conserver que ceux qui sont construits en pierres tirées de ces mêmes montagnes. Il est urgent d'ordonner qu'à l'avenir on ne commette aucun dégât dans ces tombeaux, dont les fellahs détruisent les sculptures et les peintures, soit pour se loger ainsi que leurs bestiaux, soit, afin d'enlever quelques petites portions de sculptures pour les vendre aux voyageurs, en défigurant pour cela des chambres entières. Les principaux points à recommander sont, en particulier, Les grottes (magarah) des montagnes voisines de:

C'est dans les monuments de ce genre qu'ont journellement lieu les plus grandes dévastations; elles sont commises par les fellahs, soit pour leur propre compte, soit surtout pour celui des marchands d'antiquités qui les tiennent à leur solde; je sais même, à n'en pas douter, que des édifices ont été détruits par ces spéculateurs européens, sur l'espoir de découvrir quelque objet curieux dans les fondations; mais les grottes sculptées ou peintes, et que l'on découvre chaque jour à Sakkarah, à El-Arabah, à Kourna, sont à peu près détruites presque aussitôt qu'on en a fait l'ouverture, par l'ignorance et l'avidité des fouilleurs ou de leurs employés. Il serait plus que temps de mettre un terme à ces barbares dévastations, qui privent à chaque instant la science de monuments d'un haut intérêt, et désappointent la curiosité des voyageurs, lesquels, après tant de fatigues, n'ont souvent ainsi que des regrets à exercer sur la perte de tant de sculptures ou de peintures curieuses.

En résumé, l'intérêt bien entendu de la science exige, non que les fouilles soient interrompues, puisque la science acquiert chaque jour, par ces travaux, de nouvelles certitudes et des lumières inespérées, mais qu'on soumette les fouilleurs à un règlement tel que la conservation des tombeaux découverts aujourd'hui, et à l'avenir, soit pleinement assurée et bien garantie contre les atteintes de l'ignorance ou d'une aveugle cupidité.


N° III.

LETTRES ÉCRITES PAR MOHAMMED, MAMOUR OU PRÉFET DE TAHTA, A CHAMPOLLION.

N° 1, LETTRE DU MAMOUR.

Lui (Dieu). le plus cher des amis, le trésor des compagnons, notre ami chéri, le très-honoré, le général, le seigneur, le respectable, que le Dieu très-haut le conserve.

Après la présentation de mes salutations avec le plus vif désir (de vous voir), le but de cet écrit est: 1° de m'informer de votre glorieuse personne; 2° hier nous convînmes avec Votre Excellence qu'au jour de la date (de cette lettre) nous resterions ensemble, pour nous voir et pour augmenter l'amitié. Au jour de la date, nous fîmes les préparatifs convenables; mais nous sommes allés le matin à Terrah pour une affaire, et au retour nous avons vu que vous étiez parti en bonne santé. Par suite de cela, vous avez une dette à acquitter envers nous; mais nos réclamations sont pour l'époque de votre heureux retour, lorsque nous vous reverrons dans la plus parfaite santé. Vous recevrez Salamè et Nicolas (deux serviteurs du mamour, l'un arabe, l'autre grec). Que le Dieu très-haut vous ramène sains et saufs, et puissions-nous vous revoir eux et Votre Excellence doués de la plus parfaite santé; que le Dieu très-haut vous conserve.

Écrit le 3 de djoumadi premier de l'année 44 (ou 1244 de l'hégire, 14 novembre 1828 de J.-C.).

De la part de l'ami Mohammed, mamour de Tahta et de Djerdjé.

N° 2. AUTRE LETTRE DU MAMOUR.

Lui (Dieu).

O le plus cher des amis, le trésor des compagnons, notre ami chéri, le bey magnifique, que sa vie soit longue.

Après vous avoir présenté mes salutations avec le plus vif désir de vous voir, l'objet de cet écrit est: 1° de m'informer de l'état de votre glorieuse personne, et de votre tempérament agréable, élégant et fort; 2° de faire parvenir à Votre Excellence la lettre que vous avez demandée pour Son Excellence notre frère chéri, le mamour d'Esné. Plaise au Dieu très-haut que vous voyagiez en bonne santé et que vous arriviez de même. Puissions-nous revoir Votre Excellence comblée de toutes sortes de biens; présentez nos salutations à nos honorables amis qui sont en votre compagnie, et envoyez-nous de vos nouvelles; que le Dieu très-haut vous conserve. Ecrit le 4 de djomnadi premier, etc.

Les lettres qu'on vient de lire étaient enfermées dans une enveloppe avec l'adresse suivante:

«Qu'elle parvienne au plus honorable des amis, au trésor des compagnons, notre ami chéri, le Français fils de bey, le magnifique, qu'il vive longtemps au sein du bonheur.»

N° 3. LETTRE DE CHAMPOLLION LE JEUNE AU MAMOUR.

Monsieur cher et unique ami, Monsieur Mohammed-Bey, que le Dieu très-haut le conserve!

Après les salutations précieuses et le grand désir de votre agréable présence, le motif de la présente est que, dans ce moment, nous recevons votre chère lettre, et votre discours m'a réjoui, et je remercie le Ciel de votre santé, dont je désire la continuation, et à laquelle je dois la lettre dont vous m'avez gratifié pour le commandant d'Esné, de laquelle nous vous sommes infiniment obligé. Or, ma présente servira: 1° à m'informer de votre chère santé; 2° si vous désirez des nouvelles de la nôtre, grâce au Ciel, nous sommes parfaitement bien portant, et nous en désirons autant et plus à vous, et nous ne serions jamais en état de vous manifester le grand chagrin que nous éprouvâmes de votre séparation; mais nous prions le Ciel que, comme il nous a séparés, il daigne nous réunir de nouveau, car il est le très-puissant, et alors, à notre heureux retour, s'il plaît à Dieu, et possédant votre chère présence, nous nous acquitterons de ce qui est de notre devoir. Cela et rien de plus. Que Dieu allonge votre vie. Mes salutations à qui vous croirez de convenance.

Votre ami,

CHAMPOLLION.

15 novembre 1828.