LIVRE II.

CONTINENT DE L'INDE.

FIN DE LA TABLE.

[1]: Ce mélange continuel de piété et de vengeance, de brigandage et de dévotion, est un caractère trop singulier pour échapper aux lecteurs; et c'est partout dans cette histoire celui des Espagnols et des Portugais.

[2]: Pinto confesse que, depuis Adam, on n'avait pas vu d'armée semblable. «Il y avait, dit-il, vingt-sept rois qui, tous ensemble, menaient dix-huit cent mille hommes, dont six cent mille étaient de cheval, avec un prodigieux nombre de rhinocéros qui tiraient les chariots du bagage. Quant aux douze cent mille hommes de pied, on les tenait arrivés par mer en dix-sept mille vaisseaux.» On peut soupçonner quelque exagération dans ce récit; mais au fond rien n'est mieux prouvé, du temps immémorial, que le prodigieux nombre de combattans qui ont toujours composé les armées d'Orient. Observez que le récit de Pinto est antérieur à la conquête de la Chine par les Tartares.

[3]: On sent ici plus que jamais le ridicule abus de ce nom de roi donné au chef de quelques misérables pêcheurs d'une petite île des Malais, qui se trouvait trop heureux de se faire l'esclave d'un malheureux corsaire européen, dépouillé lui-même et manquant de tout.

[4]: Ce détail mérite d'être rapporté dans les propres termes de l'auteur. «Comme il reconnut Cayero, incontinent il se laissa cheoir sur le col de l'éléphant; et s'arrêtant sans vouloir passer outre, il dit les larmes aux yeux à ceux dont il était environné: Mes frères et bons amis, je vous proteste que ce m'est une moindre douleur de faire de moi-même ce sacrifice, que la justice du ciel permet que je fasse aujourd'hui, que de voir des hommes si ingrats et si méchans que ceux-ci. Qu'on me tue donc, ou qu'ils se retirent de là, ou bien je n'irai pas plus avant. Cela dit, il se tourna trois fois pour ne nous point voir, par le ressentiment qu'il avait contre nous. Aussi, le tout considéré, ce ne fut peut-être pas sans raison qu'il nous traita de cette sorte. Durant ce temps-là, le capitaine de la garde voyant le retardement qu'il faisait, et la cause pour laquelle il ne voulait passer outre, sans que néanmoins il pût s'imaginer pourquoi il se plaignait ainsi des Portugais, tournant fort à la hâte son éléphant vers Cayero, et le regardant d'un œil de travers: Passe promptement, lui dit-il, car de si méchans hommes que vous êtes ne méritent pas de marcher sur la terre qui porte du fruit; et je prie Dieu qu'il pardonne à celui qui a mis dans l'esprit du roi que vous lui pouviez être utiles à quelque chose. C'est pourquoi rasez vos barbes pour ne pas tromper le monde comme vous faites, et nous aurons des femmes à votre place qui nous serviront pour notre argent. Là-dessus les Bramas de la garde commençant déjà à s'irriter contre nous, nous jetèrent hors de là avec assez d'affront et de blâme. Aussi, pour ne point mentir, jamais rien ne me fut si sensible que cela pour l'honneur de mes compatriotes.»

[5]: On doit prévenir le lecteur qu'il est fort difficile de rapporter à la géographie connue plusieurs pays cités dans cette ancienne relation, et dont les noms ont été sans doute défigurés par le temps ou par la diversité des langues.

[6]: Vingt-sept royaumes, dans le style des voyageurs que nous transcrivons, ne signifient que vingt-sept provinces, sans quoi il faudrait compter presque autant de royaumes en Asie qu'il y a de villes en Europe.