CHAPITRE LIX.
1346, 14-25 AOÛT. ÉDOUARD III DANS L’ÎLE DE FRANCE, LA PICARDIE, LE VIMEU ET LE PONTHIEU; PRÉLIMINAIRES DE LA BATAILLE DE CRÉCY[163] (§§ [263] à [273]).
Édouard III arrive à Poissy[164] dont le pont a été rompu par les Français. Incendie de Saint-Germain-en-Laye, de Montjoie[165], de Saint-Cloud, de Boulogne, de Bourg-la-Reine, par les Anglais.—Frayeur et murmures des Parisiens: Philippe de Valois se rend à Saint-Denis à la tête d’une puissante armée, tandis qu’Édouard III se tient à Poissy où il célèbre solennellement la fête de l’Assomption. P. [149] et [150], [382] à [384].
Rencontre entre l’avant-garde de l’armée anglaise commandée par Godefroi de Harcourt et des gens d’armes de la Commune d’Amiens[166] qui se rendent à Paris pour obéir au mandement de Philippe de Valois; les Amiénois sont mis en déroute. Départ de Poissy[167] et chevauchée des Anglais à travers le Beauvaisis: incendie de l’abbaye de Saint-Lucien[168] de Beauvais, malgré la défense expresse d’Édouard III; halte à Milly[169]; incendie des faubourgs de Beauvais après un assaut infructueux tenté contre cette ville défendue par son évêque[170]; halte à Grandvilliers[171]; prise et incendie de Dargies[172] et de Poix[173]; arrivée des Anglais à Airaines[174].—Sur ces entrefaites, Philippe de Valois, parti de Saint-Denis à la poursuite des Anglais, fait une halte à [Coppegueule[175]], à trois lieues d’Amiens, pour attendre ses gens d’armes qui de toutes parts accourent le rejoindre. P. [150] à [155], [384] à [388].
Pendant que le roi d’Angleterre se tient à Airaines, il envoie l’avant-garde de son armée, sous les ordres du comte de Warwick et de Godefroi de Harcourt, tenter le passage de la Somme à Longpré[176], à Pont-Remy[177], à Fontaine-sur-Somme[178], à Long-en-Ponthieu[179] et à Picquigny[180]. Repoussés sur tous ces points par les Français qu’ils trouvent partout en force pour garder les ponts et défendre le passage de la rivière, les coureurs anglais retournent à Airaines.—Ce même soir, le roi de France vient coucher à Amiens[181] à la tête d’une armée de plus de cent mille hommes. P. [155] et [156], [388] à [390].
Le lendemain, dès le matin, Édouard III part d’Airaines et chevauche à travers le Vimeu[182] en se dirigeant vers Abbeville. Incendie d’Aumale[183], de Senarpont[184], du château et de l’abbaye de Mareuil[185] par les Anglais; les flammes de ces incendies volent jusqu’à Abbeville[186]; engagement près d’Oisemont entre les Anglais et les gens d’armes de tout le pays de Vimeu ayant à leur tête le sire de Boubers, chevalier banneret. Défaite des Français. Le sire de Boubers est pris par Jean Chandos; et les seigneurs de Brimeux, de Sains, de Louville et de Sempy sont aussi faits prisonniers par les Anglais. Édouard III entre dans Oisemont et y passe la nuit dans le «grand hôpital[187].» Ce même jour, Godefroi de Harcourt est repoussé de Saint-Valery[188] par le comte de Saint-Pol et Jean de Ligny, capitaines de la garnison. Pendant ce temps, Philippe de Valois, qui désire acculer les Anglais entre son armée et la Somme, charge Godemar du Fay d’aller par la rive droite avec douze mille hommes garder les ponts et les passages de cette rivière depuis Abbeville jusqu’au Crotoy et notamment le passage de Blanquetaque[189] situé en aval d’Abbeville; lui-même prend le chemin d’Airaines d’où les Anglais sont partis le matin et où il arrive à midi. Le roi d’Angleterre, voyant que son armée ne peut passer la Somme ni à Saint-Valery ni à Abbeville, promet cent nobles à qui lui fera connaître un gué entre ces deux villes; c’est alors qu’un habitant de Mons en Vimeu, fait prisonnier par les Anglais, nommé Gobin Agache, pour recouvrer sa liberté et gagner la récompense promise, indique à Édouard III le gué de Blanquetaque. P. [156] à [160], [390] à [395].
Édouard III part le jeudi[190] à une heure du matin d’Oisemont et arrive vers le lever du soleil au gué de Blanquetaque; ayant trouvé la marée haute, il est obligé d’en attendre le reflux jusqu’après prime (six heures du matin). Godemar du Fay, qui se tient de l’autre côté, sur la rive droite de la Somme, à la tête de douze mille hommes, la plupart gens d’Abbeville, de Saint-Riquier[191], de Saint-Esprit-de-Rue[192], de Montreuil[193] et du Crotoy[194], après avoir disputé de toutes ses forces[195] le passage aux Anglais, voit les siens fuir dans toutes les directions; atteint lui-même d’une blessure[196], il se replie sur Saint-Riquier.—Ce même jour, le roi de France, parti le matin d’Airaines, arrive à Oisemont à l’heure de tierce (9 heures du matin) et après y avoir fait halte une heure seulement, il se remet à la poursuite des Anglais dans la direction de Blanquetaque, situé à environ cinq lieues d’Oisemont, lorsqu’il apprend, en passant à Mons, que le corps d’armée de Godemar du Fay a été taillé en pièces et qu’Édouard III vient de passer la Somme: ne pouvant plus dès lors traverser cette rivière que sur le pont d’Abbeville, il y va coucher le soir même. P. [160] à [163], [395] à [399], [403].
Édouard III, une fois parvenu sur la rive droite de la Somme, s’étend dans la direction de Noyelles[197], qu’il épargne en considération de la comtesse d’Aumale, [fille[198]] de Robert d’Artois; mais ses maréchaux chevauchent jusqu’au port du Crotoy[199] qu’ils pillent et brûlent et où ils trouvent quantité de navires chargés de vins du Poitou et d’autres vivres et denrées dont ils s’emparent pour l’approvisionnement de l’armée[200]. Le lendemain matin (vendredi 25 août), le roi d’Angleterre s’avance avec le gros de ses gens vers Crécy-en-Ponthieu[201], tandis que ses deux maréchaux chevauchent, l’un dans la direction de Rue pour couvrir la gauche, l’autre dans la direction d’Abbeville et de Saint-Riquier, pour couvrir la droite de l’armée; le roi anglais vient camper le soir assez près de Crécy. Arrivé là en plein Ponthieu, pays qui doit lui appartenir comme ayant été donné en mariage à sa mère, il prend la résolution d’attendre les Français le lendemain pour leur livrer bataille et fait occuper à ses troupes une position très-avantageuse choisie par ses maréchaux.—Pendant ce temps, le roi de France, arrivé à Abbeville le jeudi soir, passe la journée du vendredi à concentrer ses troupes; informé le soir par ses maréchaux du changement survenu dans l’attitude des Anglais, il réunit à souper les princes et hauts seigneurs de sa suite, heureux de leur annoncer une bataille pour le lendemain.—Le vendredi soir, le roi d’Angleterre donne aussi à souper aux comtes et barons de son armée. P. [163] à [168], [399] à [405].