CHAPITRE LXXII.
[150] Cf. Jean le Bel, Chroniques, t. II, chap. LXXXV à LXXXVII, LXXXIX, p. 157 à 168, 173 à 175.
[151] Philippe de Valois mourut le dimanche 22 août 1350 à Nogent-le-Roi près Coulombs (auj. Nogent-Eure-et-Loir, ar. Dreux). Jean II fut couronné à Reims le dimanche 26 septembre suivant (p. 400 de ce volume). Le château de Nogent-le-Roi appartenait au roi de Navarre, mais Philippe de Valois mourut sans doute à l’abbaye de Coulombs d’où le roi Jean a daté des lettres de rémission du mois d’août 1350 (JJ80, p. 31).
[152] Quelques-uns de nos lecteurs s’étonneront peut-être des développements que nous donnons à ces notes. C’est que malheureusement beaucoup des erreurs, même grossières, que nous relevons dans les Chroniques de Froissart se retrouvent dans les ouvrages les plus estimés. Il faut bien le dire, l’histoire du quatorzième siècle, dans ses deux parties essentielles, la chronologie et la géographie, reste encore en grande partie à faire. Il n’entre pas dans notre plan de signaler les erreurs qui ont pu échapper à nos prédécesseurs; nous croyons seulement qu’il importe de donner une fois pour toutes l’idée de ces lacunes dont nous parlons; à ce titre, nous citerons les lignes suivantes que les auteurs de l’Art de vérifier les dates (t. I, p. 598) ont consacrées aux deux premières années du règne du roi Jean: «Nos armes n’avaient aucun succès contre les Anglais. Cette même année (1351), ils se rendirent maîtres de Guines au mois de septembre par la trahison de Beaucaurroy, lieutenant de la place, qui expia ce crime par une mort honteuse. Aimeri de Pavie, commandant de Calais, qui avait séduit Beaucaurroy, voulut surprendre l’année suivante Saint-Omer où commandait Charny. Il est pris lui-même dans une embuscade, et Charny le fait écarteler. Le roi d’Angleterre n’avait pas ainsi traité Charny, comme on l’a vu, lorsqu’ayant engagé l’an 1348 ce même Aimeri à lui livrer Calais, il fut surpris au moment où il allait s’emparer de la place. Édouard lui ayant pardonné généreusement, Charny, par reconnaissance, devait user de la même générosité.» Les Bénédictins ont commis dans ce peu de lignes presque autant d’erreurs qu’ils ont avancé de faits. Ce n’est pas au mois de septembre 1351, mais en 1352, entre le 6 et le 22 janvier, que les Anglais s’emparèrent par surprise du château de Guines. C’est Robert de Herle, et non Aimeri de Pavie, qui était capitaine de Calais lorsque le Lombard, devenu simple châtelain de Frethun, fut surpris à son tour par Geoffroi de Charny. Enfin, la tentative de ce dernier contre Calais eut lieu, non en 1348, mais dans la nuit du 31 décembre 1349 au 1er janvier 1350.
[153] Le roi Jean se mit en route pour Avignon dans les derniers jours de novembre 1350. Le dernier jour de novembre, il passait à Chateauneuf-sur-Loire (Loiret, ar. Orléans); il était arrivé à Villeneuve-lès-Avignon (Gard, arr. Uzès, sur la droite du Rhône) le 23 décembre (JJ80, p. 867; JJ81, p. 166, 167, 237, 760, 203, 460).
[154] Le roi de France, arrivé de Beaucaire à Montpellier le 7 janvier 1351, tint le lendemain 8 dans cette ville les états généraux de la province où avaient été convoqués les prélats, barons et communes des sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire et Rouergue, les évêques d’Agde, Béziers, Lodève, Saint-Papoul, Lombez et Comminges (dom Vaissette, Hist. du Languedoc, t. IV, p. 272). La présence de Jean à Montpellier du 9 au 21 janvier est attestée par divers actes (JJ80, p. 466, 761, 149, 759, 269, 532, 763, 356, 456, 457, 458). Le roi de France fit une excursion à Aigues-Mortes le 22 janvier et jours suivants (JJ80, p. 463, 459, 749, 771); il était le 26 (JJ80, p. 318, 455, 476) de retour à Villeneuve, où il donnait un tournoi magnifique et séjournait de nouveau jusque vers les premiers jours de février (JJ80, p. 476, 472, 587, 568).
[155] Le roi Jean ne se dirigea pas vers le Poitou, mais il regagna directement Paris, où le rappelaient les états généraux de la Languedoil et de la Languedoc convoqués pour le 16 février 1351, convocation qui fut, il est vrai, prorogée au 15 mars suivant. Au retour, il passa par Lyon, où il se trouvait le 7 février (JJ80, p. 216, 372); il était rentré à Paris le 19 février au plus tard (JJ80, p. 212).
[156] Froissart a commis une erreur en donnant dès cette époque à Arnoul d’Audrehem le titre de maréchal de France. Le sire d’Audrehem prit en effet, comme le dit notre chroniqueur, une part active à la campagne des Français en Saintonge pendant la première moitié de 1351, mais il n’était alors que capitaine du comté d’Angoulême pour Charles d’Espagne. Nous avons des lettres données à Angoulême le 5 janvier 1350 par Arnoul d’Audrehem, chevalier du roi et capitaine souverain deputé ou comté d’Angoulesme (JJ78, p. 87), et le 24 avril 1351 par le même Arnoul d’Audrehem, capitaine et gouverneur du comté d’Angoulesme pour Charles d’Espagne (JJ84, p. 224). Fait prisonnier au combat de Saintes, Arnoul d’Audrehem fut nommé maréchal de France après la mort d’Édouard de Beaujeu, entre le 21 et le 30 juin 1351. Il avait été mis en liberté et se trouvait à Paris dès le 25 mai, jour où dans l’hôtel des hoirs feu Vincent du Castel, près la porte Saint-Honoré, lui et Jeanne de Hamelincourt sa femme se firent une donation entre vifs de tous leurs biens meubles et immeubles; il n’est encore qualifié dans cet acte que noble homme et puissant Mgr Arnoul d’Odeneham, chevalier, seigneur du dit lieu, et dans la confirmation, en date du 21 juin suivant, de la dite donation, on l’appelle simplement dilectum et fidelem militem et consiliarium nostrum (JJ80, p. 495). Mais dans une donation que le roi Jean lui fit à Saint-Ouen au mois de juin 1351 de la ville et du château de Wassigny (Aisne, ar. Vervins), on donne déjà à Arnoul d’Audrehem le titre de maréchal de France (JJ81, p. 110). Le P. Anselme s’est donc trompé en faisant dater la promotion d’Arnoul d’Audrehem comme maréchal de France du mois d’août 1351. V. Hist. généal., t. VI, p. 751 et 752.
[157] D’après Robert de Avesbury, les forces anglo-gasconnes, envoyées au secours de Saint-Jean-d’Angély, étaient commandées par le sire d’Albret. Hist. Ed. III, p. 186.
[158] L’historien du règne d’Édouard III, qui tend à diminuer l’effectif des forces anglaises, toutes les fois qu’il s’agit d’une affaire où elles ont donné, ne prête que six cents hommes d’armes au sire d’Albret. Ibid.
[159] Nous avons des lettres de Gui de Nesle, sire de Mello, maréchal de France, lieutenant du roi en Poitou, Limousin, Saintonge, Angoumois et Périgord par deçà Dordogne, datées de Niort le 4 novembre 1349 (JJ78, p. 87), le 18 décembre 1350 (JJ80, 577), de Chizé (Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux) le 19 février 1351 (JJ81, p. 118). Par acte daté de Paris le 16 mars 1351 «presente domino constabulario» (Charles d’Espagne), le roi Jean donne à son amé et féal cher et cer Gui de Nesle, maréchal de France, mille livres tournois de rente annuelle sur les forfaitures qui viendront à échoir (JJ83, p. 344).
[160] D’après Robert d’Avesbury, ce combat se livra près de Saintes, le 8 avril 1351, et trois cents chevaliers français y furent faits prisonniers (Hist. Ed. III, p. 186 et 187). D’après les Grandes Chroniques de France (v. p. 401 de ce volume), cette affaire eut lieu le 1er avril 1351; et Gui de Nesle, maréchal de France, Guillaume son frère, Arnoul d’Audrehem tombèrent au pouvoir des Anglais. Ce qui est certain, c’est que le combat de Saintes eut lieu avant le mois de juin 1351, puisque Gui de Nesle avait déjà recouvré sa liberté, sous caution ou autrement, à cette date, comme on le voit par des lettres du roi Jean données à Paris en juin 1351, presente Guidone de Nigella marescallo Francie (JJ80, p. 552). On lit dans d’autres lettres datées du Val Coquatrix le 15 juillet 1351 que le roi Jean donne à Gui de Beaumont, pour l’aider à payer sa rançon, trente huit arpents de bois dans la forêt de Halate «cum prædictus miles nuper cum dilecto et fideli milite et marescallo nostro Guidone de Nigella, cujus dictus Guido de Bellomonte marescallus erat, in nostro servicio in partibus Xantonensibus per regni nostri inimicos captus fuerit et adhuc eorum prisonarius existat» (JJ80, p. 719). D’un autre côté, ce combat se livra, comme le dit Robert d’Avesbury, près de Saintes, car nous lisons dans des lettres de rémission accordées par Gui de Nesle le 24 septembre 1351 à Renoul de Saint-Pardoulf, écuyer, que le dit Renoul avait été pris darrainement en la bataille de Sainctes (JJ81, p. 62). Sismondi, M. H. Martin et tous les historiens contemporains se trompent donc à la suite de Froissart en plaçant l’affaire de Saintes à l’époque où le roi Jean vint en Poitou et en Saintonge pour renforcer le siége de Saint-Jean-d’Angély, c’est-à-dire au mois d’août 1351. V. Sismondi, t. X, p. 392 et 393, et M. H. Martin, éd. de 1839, t. V, p. 450.
[161] L’affaire de Saintes eut lieu, comme nous venons de le voir, dans les premiers jours d’avril 1351, et le roi Jean n’était pas alors à Poitiers. Il est même fort douteux que le siége fût déjà mis devant Saint-Jean-d’Angély à cette date. La noblesse de la sénéchaussée de Beaucaire, placée sous les ordres de Guillaume Rolland, sénéchal de ce pays, ne servit en Poitou, sous Charles d’Espagne, connétable de France, que de la mi-juillet à la mi-septembre 1351 (dom Vaissette, Hist. du Languedoc, t. IV, p. 274). Nous avons des lettres de Charles d’Espagne, connétable de France, lieutenant du roi entre Loire et Dordogne, datées de ses tentes devant Saint-Jean-d’Angély, le 26 juillet 1351 (JJ81, p. 575), du siége devant Saint-Jean-d’Angély, le 30 août 1351 (JJ82, p. 202).
[162] La dernière pièce, citée dans la note précédente, prouve que la reddition de Saint-Jean-d’Angély n’a pu avoir lieu le 7 août, puisque Charles d’Espagne assiégeait encore cette ville le 30 août 1351. Dans tous les cas, cette reddition n’aurait pu être faite au roi Jean, qui était encore à Chanteloup (auj. hameau de Saint-Germain-lès-Arpajon, Seine-et-Oise, ar. Corbeil, c. Arpajon) le 10 août 1351 (JJ81, p. 160). Le roi de France ne dut arriver devant Saint-Jean-d’Angély qu’à la fin d’août; il délivra des lettres de rémission le 29 août 1351 à Jean de Pontallier, chevallier, in tentis nostris ante Sanctum Johannem Angeliacensem (JJ81, p. 917). D’après les Grandes Chroniques (v. p. 401 de ce volume), Saint-Jean-d’Angély se rendit au mois de septembre. La reddition de cette ville dut avoir lieu entre le 29 août et le 5 septembre; à cette dernière date, le roi de France avait déjà repris le chemin de Paris, comme on le voit par des lettres datées de Niort le 5 septembre 1351, auxquelles Jean fit apposer le sceau de son cousin Charles d’Espagne in nostrorum magni et secreti absencia (JJ81, p. 145). Jean était de retour à Paris au plus tard le 17 septembre (JJ81, p. 935).
[163] Jean de Beauchamp était capitaine du château de Calais dès le 19 juillet 1348 (Rymer, vol. III, p. 165). Fait prisonnier à l’affaire d’Ardres, au commencement de juin 1351, il fut remplacé le 20 de ce mois par Robert de Herle (Ibid., p. 222).
[164] Édouard, sire de Beaujeu, maréchal de France depuis 1347 par la démission de Charles, sire de Montmorency, ne fut pas envoyé à Saint-Omer après la reddition de Saint-Jean-d’Angély, puisque, comme nous le verrons, il était certainement mort avant le 30 juin 1351.
[165] Ce combat passe pour s’être livré le 27 mars, quatrième dimanche de carême 1351, sur le territoire de la commune de la Croix-Helléan (Morbihan, ar. Ploërmel, c. Josselin, à 10 kil. de Ploërmel). Une pyramide de granit a été élevée en 1823 en remplacement du Chêne de Mivoie, à 150 mètres environ de l’endroit où se livra le combat. Une croix, reconstruite après la Révolution avec les débris d’une croix plus ancienne, porte une vieille inscription commémorative de ce fait d’armes (art. de M. Rosenzweig dans le Dictionnaire de la France de M. A. Joanne). Le combat des Trente a donné lieu à un curieux poëme, publié en 1819 par Fréminville, en 1827 par Crapelet, et enfin par Buchon. V. l’ouvrage intitulé: Le Combat de trente Bretons contre trente Anglais, d’après les documents originaux des quatorzième et quinzième siècles, suivi de la biographie et des armes des combattants, par Pol de Courcy. Saint-Brieuc, 1857, impr. Prud’homme, in-4º, 76 p., 3 pl.
[166] Ce curieux passage est emprunté au ms. B6 dont le texte est très-corrompu. Peut-être le copiste a-t-il mis un X de trop, et faut-il lire: «XII ans puissedy» au lieu de: «XXII ans puissedy,» ce qui placerait ce séjour de Froissart à Paris vers 1364, au lieu de 1374. C’est précisément en cette année 1364 que, d’après un fragment de compte découvert par M. Caffiaux, Froissart rapporta de Paris des nouvelles d’un procès de la ville de Valenciennes pendant devant le Parlement «.... pour yaus moustrer les nouvielles que Froisars avoit rapportées au prouvost et as jurés dou plait que li ville a à Paris à l’encontre Monseigneur.» Compte de 1364. V. Nicole de Dury, par H. Caffiaux, Valenciennes, 1866, in-12, p. 34 et 100.
[167] Sismondi (t. X, p. 398), M. Henri Martin (édit. de 1839, t. V, p. 457) et tous les historiens placent l’affaire d’Ardres en 1352; c’est une erreur qu’ils ont empruntée à Froissart (v. p. [115] de ce volume). Un érudit distingué, M. René de Belleval, s’écarte un peu moins de la vérité en disant que ce combat suivit immédiatement la reddition de Saint-Jean-d’Angély (La grande guerre, Paris, Durand, 1862, in-8, p. 48, note 1). Le sire de Beaujeu était certainement mort avant le 30 juin 1351, puisqu’à cette date l’official de Lyon et le juge ordinaire de Beaujeu font citer les témoins qui ont souscrit le testament d’Édouard, sire de Beaujeu, ainsi que les principaux parents et amis du défunt, à comparaître, le lundi après l’octave de Saint-Pierre et Saint-Paul, à Villefranche, pour assister à la publication et à l’ouverture du testament dudit Édouard (Arch. nat., orig. lat. sur parchemin jadis scellé, sect. adm., P1362^2, cote 1498. V. Huillard-Bréholles, Titres de la maison de Bourbon, t. I, p. 449). Édouard, sire de Beaujeu, est mentionné comme décédé dans un acte du 8 juillet 1351: «dilectum et fidelem nostrum Eduardum, dominum de Bellojoco, tunc viventem.» (JJ80, p. 504). Le combat d’Ardres dut même se livrer avant le 20 juin 1351, car Robert de Herle fut nommé à cette date Capitaine du château de Calais en remplacement de Jean de Beauchamp, fait prisonnier dans cette rencontre (Rymer, vol. III, p. 222).
[168] Édouard de Beaujeu était mort depuis trois mois environ lorsque Saint-Jean-d’Angély se rendit aux Français. Le sire de Beaujeu n’avait d’ailleurs pris aucune part, quoi qu’en dise Froissart, à la campagne des Français en Saintonge pendant la première moitié de 1351. Il se tenait pendant ce temps à Saint-Omer et à Guines en qualité de gardien de la frontière et de lieutenant du roi ès parties de Picardie, tandis que Pierre, duc de Bourbon, comte de Clermont et de la Marche, chambrier de France, résidait au même titre à Arras (JJ80, p. 607).
[169] Auj. Nordausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Ardres et Zudausques, Pas-de-Calais, ar. Saint-Omer, c. Lumbres, au nord-ouest de Saint-Omer et au sud-est d’Ardres, sur la route de Saint-Omer à Calais, passant par Ardres.
[170] Hames fut cédé aux Anglais en 1360 par le traité de Brétigny; et le roi Jean, par acte daté de Hesdin en novembre 1360, pour indemniser ses amés et féaux Guillaume, seigneur de Hames, et Enguerrand son frère, leur assigna cinq cents livrées de terre en rente perpétuelle sur sa recette d’Amiens. JJ118, p. 92.
[171] Voy. plus haut, p. XIII, note [62].
[172] Voy. plus haut, p. XII, note [56].
Si le combat d’Ardres avait eu lieu en 1352, comme l’avancent tous les historiens, la garnison de Guines ne serait pas venue au secours des Français, puisque cette forteresse tomba au pouvoir des Anglais dès le commencement de janvier de cette année.
[173] Ce fut Jean de Boulogne, qui succéda à Édouard de Beaujeu et fut envoyé à Saint-Omer dès le mois de juillet 1351 comme lieutenant du roi ès parties de Picardie et sur les frontières de Flandre (JJ82, p. 276).
[174] Ce ne fut pas Thomas de Beauchamp, comte de Warwick, qui succéda à Jean de Beauchamp son frère; Robert de Herle fut nommé capitaine du château de Calais le 20 juin 1351 (Rymer, vol. III, p. 222).
[175] Jean de Beauchamp ne fut pas échangé contre Gui de Nesle; il était encore prisonnier le 4 décembre 1351 (Rymer, vol. III, p. 236).
[176] Étienne Aubert, ancien évêque de Clermont, cardinal d’Ostie, fut élu pape sous le nom d’Innocent VI le 18 décembre 1352 en remplacement de Clément VI mort le 6 décembre précédent.
[177] Une trêve fut en effet conclue, grâce à la médiation du cardinal Gui de Boulogne, entre le château et la bastide de Guines, le 10 mars 1353 (n. st.); elle devait durer jusqu’au 1er août suivant (Rymer, vol. III, p. 254).
[178] Raoul de Brienne, comte d’Eu et de Guines, connétable de France, fait prisonnier à la prise de Caen par les Anglais le 26 juillet 1346, était encore en Angleterre le 20 octobre 1350, jour où Édouard octroya des lettres de sauvegarde à quinze personnes envoyées en France pour rassembler l’argent destiné à la rançon du connétable (Rymer, vol. III, p. 206). Le 8 novembre 1350, Raoul d’Eu était encore dans les bonnes grâces du roi Jean qui ordonna, par un mandement en date de ce jour, d’exproprier Jean Morier, changeur, qui avait pris la fuite, emportant quatre cents deniers d’or à l’écu qui appartenaient à son très cher et féal cousin le connétable de France du fait de sa charge (JJ80, p. 312). Il dut être exécuté le 18 novembre au matin, car il est déjà mentionné comme défunt dans un acte de ce jour par lequel le roi Jean donne à Gautier duc d’Athènes, marié à Jeanne d’Eu, sœur du connétable, l’hôtel que Raoul d’Eu possédait à Paris dans le quartier Saint-Paul (JJ80, p. 168). Sauf le château et la châtellenie de Beaurain concédés le 23 décembre 1350 à Robert de Lorris (JJ81, p. 220), le comté d’Eu donné en février 1351 à Jean d’Artois (JJ81, p. 282) et la reprise en mars 1351 (JJ80, p. 348) par Catherine de Savoie, fille de feu Louis de Savoie et veuve de Raoul d’Eu, d’un apport dotal de quatre mille florins d’or assis sur la terre de Sauchay (Seine-Inférieure, arr. Dieppe, c. Envermeu), le reste de la succession de Raoul passa, en vertu de donations faites par le roi Jean en février (JJ80, p. 368) le 16 mars (JJ80, p. 659) et le 26 septembre 1351 (JJ80, p. 464), à Gautier de Brienne-Châtillon, duc d’Athènes, comte de Braisne, beau-frère, et à Jeanne d’Eu, duchesse d’Athènes, sœur de l’infortuné connétable. Villani dit (l. II, c. 50) que le roi Jean fit mettre à mort Raoul d’Eu parce que, n’ayant pu se procurer l’énorme somme exigée pour sa rançon, le comte de Guines promit de livrer au roi d’Angleterre en échange de sa liberté le comté et la forteresse de Guines. Ce qui rend la version du chroniqueur florentin très-vraisemblable, c’est que Jean confisqua au profit de la couronne et ne donna à personne le comté de Guines.
[179] Cette trêve fut conclue entre Guines et Calais le soir du 11 septembre 1351 et devait durer jusqu’au matin du 12 septembre 1352 (Rymer, vol. III, p. 232). D’après les Grandes Chroniques de France (V. p. 401 de ce volume) et la Chronique des Valois (p. 24), le château de Guines fut pris par les Anglais pendant la première fête de l’Étoile à laquelle s’était rendu le sire de Bouvelinghem, capitaine de ce château. Or cette fête se tint le 6 janvier 1352. Le rédacteur des Grandes Chroniques rapporte, il est vrai, la fête dont il s’agit au mois de novembre 1351: mais il aura confondu sans doute l’ordonnance de fondation en date du 16 novembre 1351 avec la première fête de l’Ordre qui eut lieu, comme nous venons de le dire, le 6 janvier 1352. D’un autre côté, Robert de Avesbury place la prise de Guines vers la Saint-Vincent (22 janvier) 1352: tunc instante festo Sancti Vincentii (Hist. Ed. III, p. 188). D’où il suit que la prise de Guines par les Anglais eut lieu du 6 au 22 janvier 1352. Un archer anglais, nommé Jean de Dancaster, s’empara-t-il de ce château par surprise, suivant le témoignage de Robert de Avesbury; ou la forteresse française fut-elle livrée par la trahison de Guillaume de Beaucaurroy, suivant la version de la plupart des chroniqueurs français? C’est ce que le silence des actes ne nous permet pas de décider.
[180] L’ordonnance de fondation est du 16 novembre 1351, et la première fête se tint le 6 janvier 1352. Du reste, pour tout ce qui concerne l’ordre de l’Étoile, il nous suffit de renvoyer à l’excellent ouvrage de M. Léopold Pannier, La Noble Maison de Saint-Ouen, Paris, 1872, in-12, p. 84 à 127.
[181] Froissart désigne ici le combat de Mauron (Morbihan, arr. Ploërmel, au nord-est de Ploërmel, à l’est de Rennes et de Montfort-sur-Meu), livré le 14 août 1352, où Gautier de Bentley, capitaine pour le roi d’Angleterre en Bretagne, à la tête de trois cents hommes d’armes et d’un égal nombre d’archers, battit Gui de Nesle, sire d’Offémont, maréchal de France, qui se fit tuer ainsi que le sire de Bricquebec et Gui de Nesle, châtelain de Beauvais. Robert de Avesbury cite en outre parmi les morts, du côté des Français, le vicomte de Rohan, Jean Frère, les seigneurs de Quintin, de Tinténiac, de Rochemont, de Montauban, Renaud de Montauban, Robert Raguenel, Guillaume de Launay, etc., en tout quatre-vingts chevaliers et cinq cents écuyers. V. Grandes Chroniques, p. 402 de ce volume, et Robert de Avesbury, p. 189 à 191.