CHAPITRE XIV.
1381, juillet. LE COMTE DE FLANDRE ASSIÈGE DE NOUVEAU GAND.—MORT DE GAUTHIER D’ENGHIEN.—Octobre. CONFÉRENCES D’HAERLEBEKE.—1382, janvier. MEURTRES DE SIMON BETTE ET DE GILBERT DE GRUTERE; PUISSANCE DE PHILIPPE D’ARTEVELDE. (§§ [228] à [234][226]).
Philippe d’Artevelde, une fois maître du pouvoir à Gand[227], suit les conseils de Pierre du Bois, qui le pousse à la cruauté, et fait tuer douze des meurtriers de son père; il consolide sa puissance en s’appuyant surtout sur les gens sans aveu. Du reste, tous les partis sont d’accord dans la ville et se soutiennent mutuellement.
Tandis que le doyen des tisserands, chez qui on trouve de la poudre de mine toute mouillée, est accusé de trahison et mis à mort[228], le comte de Flandre s’apprête à faire de nouveau le siège de Gand et convoque ses vassaux. Sa mère, la comtesse d’Artois, vient de mourir[229]. P. [139] à [141], [345].
Gauthier d’Enghien se garde de manquer à l’appel et, durant le siège de Gand, il se distingue dans maintes escarmouches, lui et ses chevaliers de Hainaut. C’est ainsi qu’un dimanche de juin, il prend et brûle la ville de Grammont, y tue plus de 500 hommes, et vient recevoir les félicitations du comte sous les murs de Gand[230]. P. [141], [142], [346].
Un mois après, un jeudi, accompagné de plusieurs chevaliers, il est surpris par une embuscade de Gantois et massacré[231]. Avec lui sont tués le seigneur de Montigni, son fidèle compagnon, le bâtard d’Enghien, son frère, et Gilles du Trisson. Blessé grièvement, Michel de la Hamaide, cousin de Gauthier d’Enghien, n’est sauvé que grâce à Hustin du Lai. Le corps du seigneur d’Enghien est rendu par les Gantois contre paiement de 1,000 francs: on l’enterre à Enghien[232]. P. [142] à [145], [346], [347].
Désespéré de la mort de Gauthier d’Enghien, le comte lève le siège de Gand et s’en retourne à Bruges, après avoir établi des garnisons dans les villes voisines. Il ne peut obtenir des Liégeois qu’ils renoncent à ravitailler les Gantois; il est plus heureux auprès du duc de Brabant. Le duc Aubert transmet ses ordres à son bailli de Hainaut, Simon de Lalaing[233], qui les fait exécuter en Hainaut, mais non en Hollande et en Zélande[234].
Cependant, des conférences s’ouvrent à Haerlebeke, où le comte et les villes de Flandre envoient des représentants[235], comme aussi les pays de Brabant, de Hainaut et de Liège. Les Gantois sont au nombre de douze, parmi eux Gilbert de Grutere[236] et Simon Bette. La paix, désirée par tous les gens paisibles, est décidée sous certaines conditions; et les Gantois rentrent dans leur ville. Gilbert de Grutere et Simon Bette annoncent à leurs amis que bientôt la paix sera signée, joyeuse pour les honnêtes gens, mais funeste pour les mauvais citoyens. P. [145] à [147], [347], [348].
Informé de ce qui se passe et voyant dans les paroles de Gilbert de Grutere et de Simon Bette une menace pour lui, Pierre du Bois, d’accord avec Philippe d’Artevelde, convoque ses gens pour le jour où le traité doit être rendu public dans la halle de Gand. P. [147] à [149], [348], [349].
Le jour dit, à neuf heures du matin, les échevins et les notables de la ville se réunissent pour entendre ceux d’entre eux qui sont allés à Haerlebeke. Gilbert de Grutere et Simon Bette prennent la parole et expliquent comment, grâce à l’intervention des ducs de Brabant et de Bavière, le comte consent à la paix, sous la condition que dans les quinze jours on lui livre 200 otages, qu’il désignera lui-même, pour aller à Lille se mettre à sa merci. Pierre du Bois se montre alors et reproche à Gilbert Grutere d’avoir trahi la ville en disposant ainsi de la vie de 200 de ses concitoyens: tirant sa dague, il le frappe à mort; Philippe d’Artevelde poignarde de son côté Simon Bette. Une émeute semble poindre; elle se calme bientôt, tandis que le comte, apprenant à Bruges ces deux meurtres, jure de se venger[237]. P. [149] à [151], [349], [350].
Les Gantois pleurent tout bas ces deux victimes, mais ils sont terrorisés[238] et continuent à souffrir de la guerre, exposés à être faits prisonniers par les garnisons qui les guettent, et ne recevant plus de vivres ni du Brabant ni du Hainaut. P. [151], [152], [350].