AVERTISSEMENT.

Surpris par la mort, avant que l'impression de son livre fût terminée, l'auteur de ce Glossaire n'a pu ni revoir les épreuves des dernières feuilles, ni rédiger la préface qu'il voulait placer à la tête de l'ouvrage. Dès la page 125 du second volume, on a dû se borner à reproduire avec une scrupuleuse exactitude le texte du manuscrit original, et s'abstenir d'y faire aucun des changements que l'auteur lui-même aurait peut-être jugé bon d'opérer.

On ne substituera pas davantage aux remarques préliminaires que l'auteur se proposait d'introduire dans sa préface, des considérations étrangères. Mais, grâce aux notes qu'il a laissées, on peut indiquer, de manière à les faire suffisamment connaître, les idées qu'il désirait développer lui-même.


Il voulait, d'abord, nettement établir le but qu'il s'était proposé. Il voulait indiquer ensuite la différence qui existe entre son Glossaire et celui qu'avait publié, pour la seconde fois, en 1827, M. Gaudy-Le Fort. Il voulait, après cela, repousser quelques-unes des objections et des critiques dont il pensait que son livre serait peut-être l'objet. Il voulait, enfin, signaler les difficultés de l'entreprise et les peines qu'il s'était données pour en triompher.

Il aurait dit, en premier lieu, que son but avait été de présenter dans le Glossaire la nomenclature complète des termes genevois, c'est-à-dire, des expressions qui ne se trouvent pas dans les dictionnaires français, et qui sont en usage dans la ville ou dans le canton de Genève; qu'il avait en même temps pris soin de relever les fautes de langage les plus grossières et les erreurs de grammaire les plus choquantes; qu'il avait enfin cherché à jeter quelque variété dans ce travail, par l'insertion de tous les proverbes nationaux qu'il avait pu recueillir, et par des rapprochements entre notre idiome et les dialectes français circonvoisins. C'est dans la même intention, et pour éveiller l'intérêt sur la langue des campagnes, qu'il a introduit dans le Glossaire quelques-uns des mots patois les plus répandus.

Quant aux différences qui distinguent le Glossaire actuel du Glossaire publié il y a vingt-quatre ans, elles portent sur les étymologies, les remarques grammaticales, le nombre et l'explication des mots. L'ancien Glossaire avait tiré du celtique ses principales origines; le nouveau s'est abstenu de remonter à cette source plus ou moins équivoque. L'ancien Glossaire avait abondé dans les observations souvent élémentaires de grammaire et de syntaxe; le nouveau Glossaire a été très-sobre de remarques de ce genre, parce que les grammaires suffisent à éclairer sur cette matière ceux qui veulent s'instruire. L'ancien Glossaire n'avait guère plus de deux mille mots, le nouveau en compte plus de quatre mille. Enfin, les mots de l'ancien Glossaire, que l'on a conservés dans celui-ci, ont reçu, quant à ce qui concerne l'explication et l'emploi de chaque terme, une rédaction nouvelle. Un très-petit nombre d'articles de peu d'importance ont été seuls reproduits sans changement.

L'auteur voulait ensuite examiner les objections et les reproches dont il craignait que le choix et le fond même de son travail ne fussent l'objet. Il présumait que l'on regarderait comme puérile ou comme dangereuse l'entreprise de recueillir et de fixer les termes barbares ou vicieux de l'idiome genevois. Il aurait cherché à démontrer que ni ce mépris, ni cette inquiétude n'ont un solide fondement. A cette occasion, il aurait rappelé le favorable accueil déjà fait parmi nous au précédent Glossaire, et il aurait indiqué le grand nombre de travaux analogues, entrepris depuis quelques années sur les divers dialectes français. Il aurait fait observer que la connaissance de toutes ces variétés du langage sert à l'intelligence de la bonne langue française, et que des littérateurs du premier ordre, Charles Nodier, par exemple, ont signalé l'intérêt et l'utilité de ce genre de recherches. Il aurait montré que plusieurs des mots que nous employons, et qui sont tenus pour barbares, sont autant de débris de l'ancien français, restés parmi nous comme les traînards d'une armée en marche. A ce propos, il aurait présenté quelques remarques sur les transformations que subissent incessamment les langues vivantes, et il aurait cherché à éclaircir les origines du vocabulaire genevois. Il aurait montré qu'un grand nombre des expressions usitées parmi nous sont également employées dans la Suisse romane, en Savoie, en Franche-Comté et dans le midi de la France. Il aurait indiqué comment l'emploi de plusieurs des termes genevois est, en quelque sorte, justifié par la nécessité où nous sommes de désigner ainsi des objets qui n'existent pas hors de notre pays. Il aurait fait ressortir le caractère expressif, énergique, ou gracieux, de quelques-uns de nos mots, qui n'ont pas, dans le français classique, de véritable équivalent. Enfin, il se serait élevé contre le purisme exagéré qui voudrait bannir de la conversation familière toutes nos locutions indigènes; mais il aurait, en même temps, signalé les barbarismes grossiers, les erreurs de syntaxe et les fautes de prononciation, comme les défauts véritablement choquants, dont nous devons chercher à purger notre langage.

Après avoir ainsi prouvé la convenance et l'utilité du Glossaire, il aurait parlé des difficultés attachées à la composition de cette œuvre. Elles étaient de trois sortes: difficulté de donner une nomenclature complète et exacte des mots genevois, de n'omettre aucun de ceux qui sont réellement en usage, et de n'en point insérer qui fussent imaginaires ou exceptionnels; difficulté de rendre fidèlement le sens précis de chaque terme, et de trouver la véritable définition d'un certain nombre de mots; difficulté de rédiger le Glossaire de manière à le rendre utile et accessible à tout le monde (ce qui était le but essentiel de l'auteur), et à le rendre en même temps instructif pour les érudits versés dans l'étude des dialectes français, ce qui était la seconde destination du livre.

Le sentiment très-vif de ces diverses difficultés avait inspiré à l'auteur le désir de ne rien négliger pour parvenir à les vaincre. Il aurait dit comment, dans cette intention, il avait cherché à s'entourer d'une foule de secours, dont son prédécesseur n'avait point fait usage. Il aurait dit comment il avait pris en quelque sorte le public pour collaborateur; comment il avait recueilli à la ville et à la campagne, dans la bouche des artisans, des écoliers, des ouvrières, des paysans, des gens du monde, des ignorants et des hommes instruits, toutes les locutions propres au langage genevois. Il aurait dit, qu'indépendamment de cette consultation générale, il avait pu profiter des communications d'un très-grand nombre de personnes qui mettaient de l'intérêt à son travail. Il aurait voulu rendre un témoignage public de remerciements et de gratitude à tous ceux qui l'avaient secondé, et parmi lesquels il distinguait, pour l'abondance des renseignements qu'il en avait reçus: MM. O. Bourrit, Chaponnière, Oltramare, régent, A. Serre, Linder, Jullien frères, et surtout Mr Pierre Gaud (de Meyrin), dont les initiales accompagnent plus d'un des articles du Glossaire. Il aurait dit comment, grâce à tant d'auxiliaires, il s'était efforcé d'arriver à un dénombrement complet des mots genevois, sans se flatter toutefois d'avoir réussi, et comment il n'avait jamais admis dans son Glossaire une seule locution, sans l'avoir auparavant soumise à un contrôle sévère, et sans s'être assuré par une enquête exacte de son emploi et de sa signification précise. Aucun mot de fantaisie, aucun terme inventé n'a donc trouvé place dans ce recueil, et s'il en est qui ne sont pas à Genève connus de tout le monde, il n'en est point qui ne soit employé par une partie de la population.

A ces matériaux, qui composent en quelque sorte l'élément genevois du Glossaire, l'auteur en a ajouté d'autres destinés à établir entre nos termes nationaux et les locutions analogues des pays voisins une comparaison intéressante. Il aurait dit qu'il avait consulté, pour rendre ces rapprochements aussi complets qu'il était possible, plus de vingt Glossaires imprimés, et renfermant les mots usités dans plusieurs parties de la Suisse romane et dans certaines provinces de France. Il aurait ajouté qu'il devait à MM. de Bons, pour le dialecte du Valais; Favrod, pour celui du canton de Fribourg; Dubois et Barrelet, pour celui du canton de Vaud, des communications manuscrites, dont il avait utilement profité.

Mais l'élaboration de ces riches matériaux créait pour l'auteur, qui voulait donner à son livre cette double destination, une difficulté nouvelle. Satisfaire tous ses lecteurs, c'est-à-dire tous ses concitoyens, en étant clair, complet, varié, instructif, et sans pédanterie; satisfaire les érudits, en leur fournissant tous les éléments d'une étude sérieuse sur l'un des dialectes français; voilà ce que voulait l'auteur. Il aurait dit que la poursuite de ce double but, une santé affaiblie, et le constant désir de perfectionner son travail, avaient contribué à retarder l'apparition de cet ouvrage dès longtemps annoncé. Il aurait témoigné la crainte de n'avoir que très-incomplétement rempli sa tâche, et après avoir réclamé l'indulgence pour les imperfections de son livre, il aurait terminé en sollicitant, afin de l'améliorer plus tard, toutes les critiques propres à lui faire reconnaître les défauts qu'il n'avait pu corriger.


Aujourd'hui le livre se présente seul; celui qui l'a composé ne l'améliorera plus. Si le public genevois l'accueille, le goûte et le consulte, ce succès sera la récompense à laquelle son auteur aurait attaché le plus de prix.

A. R.

EXPLICATION
DES ABRÉVIATIONS ET DES SIGNES EMPLOYÉS DANS L'OUVRAGE.

Expression ou prononciation très-vulgaire.
[Acad.]Dictionnaire de l'Académie française.
adj.Adjectif.
adv.Adverbe, adverbial, adverbialement.
[Ch.]Mr Chaponnière.
conj.Conjonction.
dém.Démonstratif.
(fig.)Au sens figuré.
[G. G.]Glossaire de Gaudy.
indéf.Indéfini.
invar.Invariable.
interj.Interjection.
loc.Locution.
part.Participe.
[P. G.]Mr Pierre Gaud.
pl.Pluriel.
prép.Préposition.
pron.Pronom.
R.Racine.
rel.Relatif.
s.Substantif.
s. m.Substantif masculin.
s. f.Substantif féminin.
v.Verbe.
v. a.Verbe actif.
v. n.Verbe neutre.
v. pron.Verbe pronominal.
v. récip.Verbe réciproque.
v. réfl.Verbe réfléchi.

NOUVEAU
GLOSSAIRE GENEVOIS.

A

À, prép. Aller à âne, aller à mulet, ne sont pas des expressions correctes; il faut dire: Aller sur un âne, aller sur un mulet, comme on dit: Aller sur un chameau, aller sur un dromadaire. Mais l'expression Aller à cheval est consacrée.

À, prép. Est mis pour «comme» dans les exemples suivants, qui appartiennent au langage le plus populaire. Il n'y en a point à lui pour rendre service. Il n'y en a point à elle pour être gentille et amusante. Pour faire les petits pains au beurre, il n'y en avait point à Mme George.

À, prép. Est vicieux dans les exemples suivants: Tu mettras ce livre à ta poche. Au moment même où il mettait son foulard à sa poche, un filou le lui enleva. Substituez la préposition «dans» et dites: Dans sa poche.

À, prép. Est mis pour «de» dans les phrases suivantes et phrases analogues: Le cheval à Jean-Pierre. La servante à Pilate. La fête à Rousseau. Cette faute, non moins répandue en France qu'en Suisse, nous vient du vieux français; et un poëte fameux, Ronsard, qui vivait au milieu du seizième siècle, était correct à cette époque, en écrivant: La guerre à Troie, pour: La guerre de Troie; les victoires aux dieux, pour: Les victoires des dieux.

À, prép. Acheter à quatre sous de cerises; prendre à deux sous de lait, etc.; dites: Acheter pour quatre sous de cerises; prendre pour deux sous de lait.

ABADER (S'), v. pron. Terme des campagnards. Prendre son essor, prendre sa course, courir les champs, s'affranchir de toute entrave et de toute gêne, se sauver, s'enfuir. Il faut nous abader, car voici la pluie. Leurs vaches s'étaient abadées dans les blés. Notre petite Marguerite commence à s'abader; c'est-à-dire: Commence à faire quelques pas seule. A l'actif, abader signifie: Bouger, remuer, soulever. Abader un chariot, abader une grosse pierre. Dans le patois du Dauphiné, Abadà lo tropè veut dire: Lâcher les troupeaux qu'on mène paître, leur donner la clef des champs. Voyez le mot BADE.

ABANDONNER (S'), v. pron. Se dit des enfants qui commencent à faire quelques pas seuls et sans être soutenus. Notre petit John ne marche pas encore, mais il s'abandonne.

† ABANLIEUE, s. f. Banlieue.

ABASSOURDIR, v. a. Écrivez «Abasourdir,» et prononcez abazourdir.

ABATTANT, s. m. Nous appelons ainsi cette partie du pupitre ou du bureau sur laquelle on écrit, et qui, étant à charnière, se lève et s'abat à volonté.

ABÉCHER, v. a. Abéquer. Tâche d'abécher les deux bouts. Cette tringle ne peut abécher l'anneau.

ABEILLER, s. m. Terme des campagnards. Rucher. Un coup de vent emporta les deux ruches et renversa l'abeiller.

ABERGER, v. a. Héberger. M. G**, curé de La Roche, nous accueillit et nous abergea. Terme vieux français.

ABOMINER, v. a. Avoir en abomination. Terme vieux français.

ABONDANCES, s. f. pl. Betteraves.

ABONNER (S'), v. pron. Nous disons figurément: Je m'abonnerais bien pour avoir un commis aussi intelligent et aussi sage que le vôtre. On s'abonnerait pour avoir, pendant huit jours, un aussi beau temps qu'aujourd'hui; c'est-à-dire: On ferait volontiers quelque sacrifice, on donnerait de l'argent pour, etc.

ABORD (D'), adv. A l'instant, sur l'heure, tout de suite. Je suis obligé de sortir; mais je reviens d'abord. Ma commission est-elle faite, Jenny?—Non, Madame, mais je la ferai d'abord. Il est huit heures d'abord. Nous déjeunerons d'abord. L'adverbe D'abord signifie: «Dès l'abord, premièrement, en premier lieu,» mais il n'a pas le sens que nous lui donnons dans les exemples ci-dessus.

ABORD APRÈS (D'), loc. adv. Aussitôt après, immédiatement après. Je vais à la poste, et je vous rejoins d'abord après. «Il n'est pas rare de voir d'abord après une bise noire ou un séchard, se lever un vent de midi.» [Fatio de Duiller.] Cette expression, d'abord après, fort usitée chez nous et dans le midi de la France, n'est pas française.

ABORD QUE (D'), conj. Aussitôt que, dès l'instant que. D'abord que vous le pourrez, venez me voir. D'abord qu'ils entendirent le tocsin, ils coururent chacun à leur poste. Expression suisse, savoisienne et méridionale.

ABOUCHER, v. a. Mettre sur la bouche, mettre sur l'ouverture, mettre à bouchon, tourner en sens contraire. Aboucher un pot, aboucher une seille pour l'égoutter.

ABOUCHER (S'), v. pron. Se dit des personnes et de certains animaux. Un tel ne dort jamais sur le dos: il s'abouche. Quand vous retirez de l'eau un noyé, ne l'abouchez pas. En parlant d'un cheval, s'aboucher signifie: Tomber sur les genoux.

À BOUCHON ou D'ABOUCHON, loc. adv. Renversé, sens dessus dessous. L'enfant souffrait du ventre; on le mit à bouchon, on le mit d'abouchon. Mettez cette caisse à bouchon; elle nous servira de table. Terme lyonnais, etc., qu'on trouve dans le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave [1609].

ABOUCLER, v. a. Boucler. Aboucler des souliers; aboucler une ceinture.

ABOULER, v. a. Apporter, donner promptement, rendre. Aboule ça; aboule-moi vite ça; c'est-à-dire: Donne cela lestement et sans faire d'observation. Dans un sens plus restreint, abouler est synonyme de Financer, solder, boursiller. Terme français populaire.

ABOUTONNER, v. a. Boutonner. Aboutonne-toi, Jean-Marie, tu prendras froid. Terme français populaire.

ABRAS, s. m. pl. Grand empressement, grande hâte, air affairé, air empressé. Il est dans tous ses abras; il fait beaucoup d'abras pour peu de chose. Il fait des abras de tout; c'est-à-dire: Il s'agite, il se met toujours en avant, et sans que la chose en vaille la peine.

† ABRE, s. m. Arbre. Avante-nous des pommes sur l'abre. Prononciation vulgaire dans la moitié de la France. Le grammairien Vaugelas assure que de son temps [1610-1650] un grand nombre de personnes instruites prononçaient abre, quoiqu'elles écrivissent arbre.

ABREUVOIR, s. m. Auget, petite auge pour les oiseaux. La cage et les abreuvoirs. Terme limousin, bordelais, etc.

ABSENTER, v. n. S'absenter. Toute la famille absenta trois jours. Terme vieux français. Nous faisons aussi d'absenter un verbe actif. Il a absenté l'école. Si tu absentes encore une seule fois ta classe, je te punirai.

ABSURDE, s. des 2 genres. Nigaud, sot, borné, stupide. Tu es un absurde, Jean-Louis, avec ta croyance aux almanachs. Français populaire. «Absurde» est un adjectif.

À ÇÀ, interj. Çà! çà donc! eh bien! eh! À çà! Messieurs, un peu moins de bruit. À çà! Frédéric, puisqu'on se quitte aujourd'hui de si bonne heure, on se reverra demain. À çà! qu'ai-je donc fait de ma clef d'armoire?

† ACACHONS, loc. adv. En cachette, clandestinement, à la sourdine. Faire quelque chose acachons. On dit aussi d'acachons. Notre Étienne est un garçon ouvert, qui ne fait jamais rien d'acachons. Il fait chaud d'acachons, se dit, chez les campagnards, de cette grande chaleur que l'on sent quelquefois en été, lors même que le ciel est couvert et le soleil entièrement caché.

ACAGNARDIR (S'), v. pron. S'acagnarder; c'est-à-dire: Rester oisif, faire le paresseux, croupir nonchalamment. S'acagnardir au coin du feu. Français populaire.

ACAGNER (S'), v. pron. Se blottir. Il s'était acagné dans un coin. Acagne-toi bien dans le lit pour n'avoir pas froid. [P. G.]

ACARRER (S'), v. pron. Se blottir, se serrer contre. [P. G.]

† À CAUSE? adv. Pourquoi? Mama, la Betsi m'a battue.—Et à cause?—À cause de rien; à cause que c'est une méchante.

ACCOMPARER, v. a. Comparer.

ACCORDER, v. n. Accorder une démission, accorder à un fonctionnaire public sa démission, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire: Recevoir une démission, ou Accepter une démission. «Le gouvernement a accepté la démission de M. le professeur N***.»

† ACCOURAGER, v. a. Encourager. Accourage-toi, mon valet, tu auras une bonne dimanche. En vieux français, acorager.

ACCOURCIR, v. n. Les jours commencent d'accourcir. Dites: Les jours commencent de s'accourcir.

ACCOURIR (S'), v. pron. Se pourvoir de denrées et autres objets de consommation, en attendant le moment, peu éloigné, où se fera la provision. As-tu assez de gros bois et de fascines pour t'accourir? Notre chariot de pommes de terre n'arrivera que dans quinze jours, Lisette: va donc en acheter une corbeille pour nous accourir. Le dîné sera sans doute retardé, et je vais prendre un bouillon pour m'accourir. Mon bon Monsieur, c'est aujourd'hui le premier du mois; je viens recevoir ma petite rente.—Aujourd'hui, Madame Pignolet, cela ne m'est pas possible, mais revenez dans cinq jours.—Eh bien, Monsieur, donnez-moi, s'il vous plaît, dix francs pour m'accourir; c'est-à-dire, Pour que je puisse suffire pendant ce temps à mes dépenses ordinaires. Dans certains cas on peut employer ce verbe à l'actif, et dire, par exemple: Prêtez-moi un quarteron de paille pour accourir mes bêtes jusqu'à la moisson.

ACCOUTUMER, v. a. Nous disons: Accoutumer une chose. Accoutumer une place. J'ai accoutumé cette promenade, cette église, etc. Dites: Je suis accoutumé à cette place; je suis accoutumé à cette église, etc.; ou trouvez un équivalent meilleur.

ACCOUVASSER, v. n. Se dit des poules et signifie: Couver, cacher, mettre à l'abri, chercher à couver. Dans le vieux français, accouveter a presque le même sens.

ACCROCHER, v. a. (fig.) Gagner, attraper, saisir. Hier, en patinant, j'ai accroché un gros rhume. Tiens, accroche ce bâton. Il lui appliqua un soufflet et lui dit: Accroche! Terme français populaire.

ACCULER, v. a. Acculer un soulier; souliers acculés. Terme français populaire et vieux français. Dites: Éculer; souliers éculés.

ACCUSER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Annoncer. J'accuse un mariage en carreau. J'accuse vingt en trèfle.

ACCUSER À. Dénoncer à. Finis, Antoine, ou bien je t'accuse; je t'accuse à M'sieu.

ACCUSEUR, s. m. Rapporteur, écolier qui se plaît à dénoncer ses camarades. Terme vieux français.

ACENSER, v. a. Prendre à cens ou à ferme, affermer. Ce terme, peu connu en France, et qui n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie, doit s'écrire «Accenser.»

ACHAPER (S'), v. pron. Terme des campagnards. S'accrocher à, se cramponner à, s'attacher à. S'achaper au cou de quelqu'un. [P. G.]

ACHATIR, v. a. Voyez ASSATIR.

ACHOUTER (S'), v. pron. Le temps s'achoute, signifie: Le temps commence à s'éclaircir, le temps s'amende et devient meilleur. Voyez les mots SIOUTE ou CHOUTE.

ACOI ou ACOUÉ, s. m. Puissance, courage, force physique, audace. Tu n'as pas l'acoi. Terme vaudois. Dans le patois de Neuchâtel on dit acout. Voyez le Glossaire neuchâtelois de M. le professeur Guillebert, 2e édition, p. 74.

À CRA ou À CRAS, loc. adv. Être à cra, signifie: N'en pouvoir plus, être rendu, être aux derniers expédients, être aux abois.

† ACRASER, v. a. Écraser. En remuant ce gros poutre, le charpentier vient de s'acraser le gros arteuil.

AD HOC POUR CELA. Il est venu ad hoc pour cela. Dites: Il est venu ad hoc; ou, Il est venu pour cela; car les mots ad hoc et les mots pour cela ont exactement le même sens. Si vous les employez ensemble, vous dites deux fois la même chose; une fois en latin, et une fois en français.

ADIEU. A Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, à Chambéry et dans le midi de la France on dit adieu à une personne que l'on aborde et qu'on est dans l'usage de tutoyer. Adieu, cousin, comment te va? Adieu, ma sœur, viens-tu dîner avec nous? Il faut dire: «Bonjour,» et réserver le terme d'adieu pour le moment où l'on se sépare. «Il se fait tard; adieu, Messieurs; adieu, Mesdames.»

ADIEU, JE T'AI VU! Sorte d'exclamation facétieuse, à l'occasion d'une mésaventure, d'une perte, d'une espérance trompée. Le canari s'envola, et adieu, je t'ai vu! La diligence était partie, et adieu, je t'ai vu!

ADMONESTER, v. a. Admonéter, faire une réprimande. Admonester appartient au vieux français.

ADOMÉCHER, v. a. Apprivoiser. Adomécher un chamois. Terme vieux français. Dans les Alpes on dit: Adometzi. R. domus ou domo.

† ADOPTER, v. a. Adapter. Adopter une console, adopter une polie. Terme des ouvriers.

AFFAIRE, s. m. Objet, ustensile, chose. Un gros affaire en bois. Solécisme universellement répandu, et qui vient du vieux français. Ce mot est aujourd'hui féminin.

AFFAIRE, s. m. Nous disons dérisoirement d'un homme ou d'un jeune garçon petit et chétif: Ce petit affaire. Voyez ce petit affaire, qui n'a que huit ans et qui veut conduire un cheval.

AFFAIRE, s. f. Il y a l'affaire de trois mois, signifie: Il y a environ trois mois. Il y a une affaire de deux ans que je ne l'ai vu, signifie: Il y a environ deux ans que je ne l'ai vu.

AFFANER, v. a. Gagner avec peine, se tourmenter de travail, obtenir à la sueur de son front. J'ai bien affané cet argent. Ces ouvriers ont bien affané un pauvre écu. Terme suisse-roman. Affaner est l'ancien verbe ahaner, qui signifiait: Travailler avec fatigue, comme le bûcheron qui soupire, et laisse entendre, à chaque coup de hache, le son ahan. Selon le dictionnaire de Roquefort, le vieux mot affan est synonyme des mots Travail, peine, effort. Dans le dialecte languedocien, s'afana veut dire: S'empresser à faire quelque chose.

AFFAUTIR, v. a. Priver de nourriture. S'emploie surtout au passif. Un enfant affauti est celui à qui la nourriture a manqué. Allons, camarades, encore un morceau; il ne faut pas se laisser affautir. Se dit aussi des animaux et des plantes. Terme suisse. Dans le dialecte lorrain, affautrir signifie: Rendre maigre.

AFFITS, AFFITIAUX, s. m. pl. Affiquets, petits ajustements d'une femme, surcharge d'ornements sans goût, colifichets. «Affûtiaux» est français, mais n'a pas le sens de notre mot affitiaux.

AFFRANCHISSAGE, s. m. L'affranchissage d'une lettre, d'un paquet, etc. Terme français populaire. On doit dire: «Affranchissement.»

AFFRE, s. f. Grande peur, effroi. Je me fais une affre de cette entrevue. Ce jeune étudiant se faisait une affre de son examen d'Algèbre. Ne vous faites pas une affre de si peu de chose. En français, affre ne s'emploie qu'au pluriel et dans cette seule locution: Les affres de la mort. A Genève, affre, au singulier, est une expression fort répandue.

AFFÛTER, v. n. Être à l'affût, se poster pour attendre le gibier. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. Dans le vieux français on disait: S'affûter.

AGACIA, s. m. Écrivez et prononcez «Acacia.»

AGACIN, s. m. Durillon, cor aux pieds. Extirper un agacin. Son agacin l'empêchait de marcher. Terme méridional et vieux français. Dans le Valais on dit: Agaçon. R. agacer, irriter, faire souffrir.

AGAFFER, v. a. Gaffer, accrocher quelque chose avec une gaffe.

AGETS (LES), s. m. pl. Les êtres d'une maison, les dégagements, issues, corridors, escaliers, passages. Savoir les agets; étudier les agets. Ce voleur connaissait bien les agets de l'appartement. Terme rouchi. A Reims on dit: les agis; en vieux français: les agiz, les agès, ou les agiers. Dans la basse latinité, agestus a le même sens.

AGILETÉ, s. f. Il se déroba à nos yeux avec une incroyable agileté. Le mot français est «Agilité.»

AGIR (S'), v. pron. Quand il a s'agi de se mettre à table, rien n'était prêt. Quand il a s'agi de payer l'écot, la moitié des convives avait disparu. Dites, en conjuguant ce verbe avec l'auxiliaire être: Quand il s'est agi.

AGLAN, s. m. Mot patois, qui signifie: Gland. La saison des aglans. Ramasser des aglans. Terme savoisien, méridional et vieux français.

AGLÉTIR, v. a. Agglutiner, agglomérer, coller. Ce miel s'est agléti à mes doigts. En Savoie, dans le Jura et en vieux français, on dit: Agléter.

AGNOTI, s. m. (gn mouillés.) Nigaud, esprit lourd.

AGONISER, v. a. Insulter, injurier, outrager de paroles. Après avoir agonisé sa femme, il la chassée du logis. Terme suisse, savoisien, comtois, lorrain, etc. Nous disons aussi, avec un complément indirect, agoniser de sottises, agoniser d'injures. Dans le langage parisien populaire on dit: Agonir. Agonir quelqu'un de mauvais propos.

AGONISSANT, ANTE, adj. et s. Qui est à l'agonie. Écrivez par un seul s «Agonisant,» et prononcez agonizant.

AGOUILLARDIR ou AGOUILLARDER, v. a. Affriander, rendre friand. En donnant tant de bonbons à cette petite fille, vous finirez par l'agouillardir. Voyez GOUILLARD.

† AGOÛTER, v. a. Goûter. Agoûte-moi ce fromage. Terme vieux français.

AGOÛTION, s. m. Mouchoir tressé ou noué dru, avec lequel les écoliers se donnent des coups. Faire un agoûtion; se battre à coups d'agoûtion. Terme formé peut-être du verbe agoûter.

AGOUTTER, v. a. Mettre à goutte, mettre à sec, tarir. Agoutter un puits; agoutter une pompe. Les sources sont agouttées. Dans la langue provençale on dit: Agouta. Dans le canton de Fribourg on appelle agot une vache qui n'a plus de lait ou qui n'en a pas encore.

AGRÈS, s. m. pl. Nous disons que les raisins sont en agrès, lorsqu'ils ont passé fleur, et que les grains commencent à poindre. Dans notre canton, c'est vers les derniers jours du mois de juin que les raisins sont en agrès. Dans le canton de Vaud on appelle agrès, «les petites grappes de raisin qui poussent plus tard que les autres et ne mûrissent pas.» En languedocien agras, et en vieux français égret, signifient: verjus. R. agrestis ou acer.

† AGRIABLE, adj. Agréable. Agriable comme une porte de prison. On retrouve ce barbarisme en Savoie et dans divers patois du nord de la France.

AGUENETTES, s. f. pl. (Prononcez aghenettes.) Argent monnayé. Avoir des aguenettes; palper des aguenettes. Selon le Glossaire de Gaudy, ce mot vient de agnels, ancienne monnaie d'or du temps de saint Louis, dont l'empreinte était un agneau.

AGUILLAGE, s. m. (Prononcez aghillage, et voyez le mot suivant.)

AGUILLER, v. a. (Prononcez aghiller.) Mettre, jeter, lancer un objet sur un lieu élevé, qui n'est pas à la portée de la main. Nos garçons avaient aguillé leur paume sur le toit; c'est-à-dire: L'avaient jetée sur le toit par étourderie ou par maladresse. Leur cerf-volant resta aguillé sur l'arbre. Quelquefois le verbe aguiller veut dire simplement: Placer, mettre un objet dans un lieu élevé et peu convenable. Quand les domestiques desservent, elles ont la manie d'aguiller, d'échafauder les assiettes et les plats. Au lieu de pendre ton coquemar, Jeanette, pourquoi l'aguilles-tu ainsi sur les bûches? Est-ce étonnant que notre Madelon casse et brise tout? Elle vous fait de ces aguillages!... S'aguiller, v. pron., se dit des personnes, et signifie: Se percher, se hucher, se jucher. Resteras-tu une fois tranquille, Adrien, et cesseras-tu de grimper partout et de t'aguiller partout? Les voyez-vous, ces deux étourdis, s'aguiller sur le char de foin? Ce verbe est d'un emploi continuel chez nous, et nous le considérons comme un terme expressif, qui n'a point d'équivalent en français.

AHVOUA ou AVOUA! interj. Bah! ah bah! allez donc! laissez donc! Allons-nous ce soir à la Somnambule?—Ahvoua! C'est tout du charlatanisme et de la farce.

AIGLE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne abjecte et méprisable: Elle est bonne à donner aux aigles; c'est-à-dire: Elle ne vaut pas plus que la tripaille et les viandes gâtées dont on nourrit habituellement nos aigles.

AIGLEDON ou ÉGLEDON, s. m. Édredon.

AIGRE (FAIRE). Forcer, faire un abattage, faire une pesée. Il fallut faire aigre avec un levier. Les voleurs, pour ouvrir le pupitre, ont dû faire aigre. Employée au sens figuré, cette expression signifie: User de moyens violents ou extrêmes. Ne faisons pas aigre: attendons que les circonstances deviennent meilleures. On ne gagnerait rien à faire aigre: il faut user de patience.

AIGRES, s. m. pl. Tourner aux aigres. Tourner à l'aigre, s'aigrir.

AIGRON, s. m. Héron, oiseau.

AIGUE, s. f. Eau. Ce mot patois, qui appartient au vieux français, est l'origine du verbe «aiguayer» (prononcez égayer), lequel signifie: Baigner, laver. «Aiguayer un cheval; aiguayer du linge.» [Acad.] Aiguebelle est le nom d'une jolie cascade, au pied du mont Salève, près d'Étrembières.

AIGUILLETTE, s. f. Terme de couturière. Aiguille à lacer, passe-lacet.

AIGUISEUR, s. m. Émouleur.

AIR, s. m. Ressemblance. Nous disons: Donner de l'air à quelqu'un, pour signifier: Avoir de son air, avoir sa tournure, avoir son allure, lui ressembler à plusieurs égards. Il donne beaucoup d'air à son frère, et encore davantage à son oncle. Expression méridionale.

AIRER, v. a. Airer un appartement. Dites: Aérer un appartement, c'est-à-dire, y faire circuler l'air. Chambre bien aérée.

AIRRHES ou ERRHES, s. f. pl. Arrhes. Donner des airrhes à une domestique. Rendre les airrhes. Doubler les airrhes. Terme méridional et vieux français.

AISE, s. f. Être mal à son aise, signifie: Être un peu indisposé, n'être pas bien portant. Par ces temps de brouillard, je me sens mal à mon aise; je suis mal à mon aise; je me trouve mal à mon aise; c'est-à-dire: Je ne suis pas entièrement bien; il y a quelque chose qui cloche, ma santé ne va pas.

AISES, s. f. pl. Vaisselle de terre. Laver les aises. La patte d'aises; la patte aux aises. Terme suisse et savoisien. En languedocien, aisine se dit de toutes sortes d'ustensiles propres à contenir des choses soit liquides, soit solides; ainsi Un plat, un baquet, un panier, une cruche, sont autant d'aisines. En Franche-Comté et dans le vieux français, aisement signifie: Ustensile de ménage.

AISES, s. m. pl. Ce mot est féminin. Ne dites donc pas: Il se donne tous ses aises; il prend tous ses aises. Solécisme assez répandu, et qui nous vient du vieux français, où aise avait le genre masculin.

AJOSSER (S'), v. pron. S'accroupir, se tapir. La poule est ajossée sur ses œufs. Cette petite Adèle est toujours ajossée au coin du feu. En languedocien, s'ajhassa veut dire: Se coucher.

AJOUTURE, s. f. Ajoutage. Faire une ajouture à une robe.

ALAGNE, s. f. Terme patois. Noisette. En Savoie on dit: Alogne; dans le canton de Vaud, Alagne, Alogne et Eulagne; en vieux français, Aulagne; dans le patois limousin, Oulana; en provençal, Avelano; en latin, Avellana. Aveline, en français, est le nom d'une espèce de noisette.

ALANGUÉ, ALANGUÉE, s. et adj. Babillard effronté. C'est un petit alangué. Vous n'êtes qu'une alanguée. En languedocien on dit: Alengat; dans le bas limousin, Olenga; en vieux français, Langard; dans le patois de l'évêché de Baie, Langaie.

ALBINE, s. f. Arbenne, perdrix blanche.

ALCOVE (UN). Un grand alcôve. Solécisme fréquent en France, dans le langage populaire.

† ALCOVRE, s. f. Alcôve. Chambre à alcôvre. Les Languedociens ajoutent aussi l'r euphonique, et disent: Alcobre. Dans le Jura bernois et en Lorraine on dit: Alcofre. R. arabe: Alkobba.

À L'HORREUR, loc. adv. Très-mal, horriblement, exécrablement. Cette robe lui va à l'horreur. Ta page d'écriture est faite à l'horreur. Vos ciseaux coupent à l'horreur.

ALIER, s. m. Sorte d'arbre. Terme méridional et vieux français. On dit aujourd'hui Alisier.

ALIGNER, v. a. (fig.) Aligner quelqu'un, c'est le corriger, le mettre à la raison, le faire marcher droit. Va, petit bandit, je te ferai aligner par ton père. Drôles que vous êtes, on vous alignera, on vous arrangera.

ALLÉE, s. f. Action d'aller quelque part. L'allée et la venue; l'allée et le retour. Nous payâmes au cocher six francs pour l'allée et la venue. Figurément, Donner à quelqu'un l'allée et la revenue, c'est le mornifler d'importance, le souffleter d'abord sur une joue, puis sur l'autre.

ALLÉE QUI TRAVERSE. Dites: Allée de traverse. Dites aussi: Rue de traverse, chemin de traverse, route de traverse, et non pas: Rue qui traverse, etc.

ALLEMAGNES, s. f. pl. Notre fils voyage par les Allemagnes. Ces Allemagnes ont bien de la peine à se calmer. Expression très-populaire.

ALLEMANDAGES, s. m. pl. Causeries, commérages.

ALLER, v. n. Nous disons: Aller par le haut et par le bas. Les dictionnaires disent: Aller par haut et par bas.

ALLONGER, v. a. Dans le langage culinaire, allonger une sauce, c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la force. Elle laisse brûler son rôti et ensuite elle allonge la sauce comme elle peut. Cette expression s'emploie aussi figurément. Allons, Messieurs, ne discutez pas davantage: il ne faut pas allonger la sauce.

ALLONGER (S'), v. pron. Allonger. En passant par ce chemin, nous nous allongeons. Dites: Nous allongeons.

ALLONGER (S'), v. pron. Croître. Les jours s'allongent. Dites: Les jours croissent. En Languedoc on dit: Les jours allongent.

ALLONGER (S'), v. pron. Dans le langage des ouvriers, s'allonger veut dire: Se hâter, faire vite. Camarades, l'ouvrage presse, il faut s'allonger.

ALLUMER UNE LUMIÈRE. Cette expression, généralement usitée dans tous les pays où l'on parle français, n'est admise ni par les dictionnaires, ni par les grammaires.

ALLUMETTES, s. f. pl. Nous appelons Jeu des allumettes, un jeu d'enfants dont le nom français est Jeu des jonchets, ou Jeu des honchets.

ALLURE, ALLURÉE, adj. et s. Se dit des jeunes garçons et des jeunes filles, et signifie: Vif, dégourdi, rusé, madré, intrigant. Tony est un petit alluré qui fera son chemin. Terme suisse et languedocien. A Marseille on dit: Un luré; dans le Berry, en Normandie et en Picardie, un déluré, terme recueilli par MM. Noël et Chapsal.

† ALMANACH, s. f. Une jolie almanach. Ce solécisme se fait aussi dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute ailleurs.

ALOUILLES ou ALOU-YES, s. f. pl. Ce mot signifie: Brandons, perches recouvertes de paille tortillée, que les jeunes villageois allument à la tombée de la nuit, sur les lieux élevés, le premier dimanche du Carême, appelé, pour cette raison, le Dimanche des Brandons. Après avoir brûlé leurs flambeaux, ils se rendent, en chantant, au domicile des personnes qui se sont mariées dans le cours de l'année, et font des souhaits pour qu'elles aient de beaux enfants, et surtout pour qu'elles offrent quelques bouteilles de vin à la joyeuse bande. (P. G.)

ALOUILLES, s. f. pl. Les villageois de plusieurs de nos communes sont dans l'usage, le soir d'une noce, de jeter aux enfants des noisettes, des dragées, du caramel et autres friandises. Cela s'appelle, en patois: Acougli les alouilles (jeter les alouilles). Terme savoisien.

ALPHES ou ALPHTES, s. m. pl. Aphthes, petits ulcères qui viennent dans la bouche. Avoir les alphes. Les alphtes sont douloureux. Ceux qui font ce mot féminin ajoutent une seconde faute à la première.

AMADOU, s. f. De la bonne amadou. Solécisme très-répandu en Savoie, en France et en Suisse.

† AMANDRE, s. f. Amande. Une amandre douce; une amandre amère. Terme savoisien, lyonnais, vieux français, etc.

AMASSER, v. a. Nettoyer. Amasser une assiette, amasser un plat. N'amasse pas avec tes doigts, Alexis; amasse avec ton pain.

AMASSER, v. n. Commencer à suppurer, commencer à aboutir. Son doigt amasse. Terme méridional.

AMATEUSE, s. f. Ce mot n'est pas français. En parlant d'une femme, aussi bien que d'un homme, on doit dire: «Amateur.»

AMBE, s. m. Amble, une des allures du cheval.

AMBRESAILLE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois. Un gâteau aux ambresailles. Terme savoisien.

AMBROCHE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois. Terme vaudois.

AMENER, v. a. Appliquer, flanquer, asséner. Il voulut répliquer; l'autre lui amena un épouvantable horion.

AMI AVEC. Voyez AVEC.

AMIDON, s. f. De la bonne amidon. Ce mot est masculin.

AMIOTI, IE, adj. Signifie: 1o Fatigué, éreinté; 2o Rapetissé, rabougri, racorni.

AMOMON, s. m. Tomate, pomme d'amour de la petite espèce. Un vase d'amomons.

AMPRÔ, s. m. Voyez le mot suivant.

AMPRÔGER, v. n. Terme des écoliers dans leurs jeux. Réciter une kyrielle de certains mots, pour savoir quel sera, entre tous les joueurs, le joueur sortant. Ces mots, qui n'ont aucun sens connu, sont au nombre de dix-sept: Amprô, Giraud, Carin, Careau, Dupuis, Simon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, Tan, Té, Feuille, Meuille, Tan, Té, Clu. Les deux derniers de ces termes semblent être patois; Té clu ou T'ey clus peuvent signifier: Tu es dehors, tu es sortant. Clus serait alors le participe du vieux verbe clure, comme exclu ou exclus est le participe d'exclure: conjecture très-hasardée mais très-peu importante.

ANAILLE, s. f. Noisette. Ce terme figure dans un ancien refrain que les enfants chantent encore quelquefois le jour de Noël: Chalande est venu,—Son bonnet pointu,—Sa barbe de paille,—Cassons des anailles,—Mangeons du pain blanc,—Jusqu'au Nouvel an. Voyez ALAGNE.

ANCELLE, s. f. Éclisse, appui pour la fracture des os. Terme savoisien. Dans le patois du Jura, ancette signifie: «Planchette, bardeau,» petit ais fort mince pour couvrir les toits.

ANCHOIS, s. m. Dans notre dialecte et dans celui du Languedoc, des yeux bordés d'anchois sont des yeux éraillés, des yeux «bordés d'écarlate,» comme s'expriment les dictionnaires.

ANDAN, s. m. Terme des campagnards. Andain, ligne d'herbe abattue par la faux et qui ressemble à une onde. Dans le patois du canton de Vaud, anda signifie: «Vague, bouillon, onde.» En italien, andare veut dire: «Marcher.» On peut choisir entre ces deux étymologies, dont, peut-être, la meilleure ne vaut rien.

ANDRILLE, s. f. Ne s'emploie que dans cette expression populaire: Tirer l'andrille, laquelle signifie: «Être dans le dénûment, être pauvre.» Andrille est une corruption du mot mandrille ou mandille. Dans le Limousin on dit: Traîner la mandrille; à Lyon, Traîner la mandille. Or la mandille était une sorte de petit manteau ou casaque que portaient autrefois les laquais: elle leur était particulière, et les faisait distinguer des autres valets.

† ANÉDOCTE, s. f. Anecdote. Il nous fit asseoir et nous conta l'anédocte suivante. Terme dauphinois, limousin, etc.

ÂNE, s. m. Nous disons proverbialement: Il y a beaucoup d'ânes au moulin qui se ressemblent. Dans le français populaire on dit: Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin.

ANGE. Ce mot est masculin, lors même qu'on l'applique à une femme. Ne dites donc pas, comme plusieurs: Ma chère ange.

ANGLAISE, s. f. Redingote, lévite. Raccourcir une anglaise; tourner une anglaise.

ANGOISSER, v. a. Agiter, inquiéter vivement, tourmenter. Je viens d'apprendre que, par cette forte bise, nos jeunes gens sont en bateau sur le lac, et cela m'angoisse. La malade a été fort angoissée toute la nuit. Excellent terme familier aux Suisses, et dont Mme de Staël n'a pas négligé de faire usage. Voyez, dans le Glossaire de Roquefort, les significations qu'avait ce mot il y a trois cents ans.

ANGURINE, s. f. Melon d'eau.

ANICHON, s. m. Petit âne, âne. Terme français populaire, lequel ne s'emploie qu'au sens figuré.

ANIOTI et ANIATI, adj. Fatigué à l'excès, éreinté. Ces termes sont une corruption du mot anéanti. On a dit d'abord anéanti, puis anianti (par un changement fréquent de l'é en i), puis aniati et anioti.

À NIVEAU DE. Le salon est à niveau du jardin. Dites: Est au niveau du jardin.

ANONCHALIR (S'), v. pron. Devenir nonchalant. Après deux années d'application, on le vit tout à coup se décourager et s'anonchalir. Terme vieux français.

À NOUVEAUX FRAIS. Recommencer une chose à nouveaux frais. Expression fréquente chez J.-J. Rousseau. Les grammaires et les dictionnaires disent: Sur nouveaux frais.

ANSE, s. f. (a aspiré). La anse d'un pot; la anse d'une écuelle. Il faut écrire et prononcer «L'anse.» L'anse d'un pot, l'anse d'une écuelle.

ANTICHAMBRE, s. m. Un bel antichambre. Ce mot est féminin, comme le mot «chambre,» dont il dérive.

ANTIDILUVIEN, ENNE, adj. Qui a existé, qui a eu lieu avant le Déluge. Temps antidiluviens; nations antidiluviennes. Dites, avec l'Académie et toutes les grammaires: «antédiluviens.» Le mot antidiluvien se dit quelquefois de ceux qui nient le Déluge.

À NULLE PART, loc. adv. Nulle part. Où étais-tu hier soir?—À nulle part; j'étais chez moi.

ANVERS, s. m. Furoncle. Voyez ENVERS.

À PART DE, loc. conj. À moins de. À part de la frapper, son mari ne pouvait la traiter plus mal. À part d'être mort, on ne pourrait être plus malade qu'il n'est.

APETISSIR, v. a. Cette lunette apetissit. Dites: Cette lunette apetisse. L'infinitif de ce verbe est: Apetisser.

APIDANCER (S'), v. pron. Combiner avec économie son pain et sa pitance en mangeant. Tu ne sais pas t'apidancer. Ce fromage est bien apidançant. Terme languedocien. Dans le Berry, on appelle mets apidançant, un mets qui fait manger beaucoup de pain. Voyez PIDANCE.

APIGEONNER, v. a. Attirer par de beaux discours, par de beaux semblants, enjôler, affrioler. Il se laissa apigeonner par toutes leurs magnifiques promesses. Terme remarquable, connu dans quelques provinces de Savoie, et peut-être ailleurs.

APLATI, TIE, part. S'emploie au sens figuré et signifie: Détraqué, énervé, abattu, consterné. Je ne suis pas positivement malade, je suis aplati, je n'ai point de force. Cette nouvelle nous a aplatis. Votre Mr Michel est un homme bien indolent, bien aplati.

À POINT D'ENDROIT, loc. adv. Nulle part.

APOSTICHE, adj. Postiche, ajouté après coup. Barbe apostiche; frisons apostiches; dents apostiches. Terme méridional, etc.

APOUSTI, s. m. Rebord extérieur d'une barque sur lequel marchent les bateliers, qui la font aller à l'étire, c'est-à-dire au moyen d'un long pieu ferré.

APOUSTOUILLE ou APOUTOUILLE, s. f. Allonge, ajoutage, appendice. A Chambéry on dit: Apostouille. C'est le mot français «Apostille» défiguré.

APOUTOUILLER, v. a. Allonger, mettre un ajoutage.

APPARENCE, s. f. Très-petite quantité. Madame voudrait-elle goûter notre excellente eau de cerises?—Eh bien, oui; mais donnez-m'en seulement une apparence.

APPARUTION, s. f. Il ne fit qu'une apparution et il nous quitta. Le mot français est «Apparition.»

APPELER (FAIRE). Nous disons: Faire appeler le médecin, faire appeler le pasteur, faire appeler le notaire. On dit en France plus simplement et plus correctement: Appeler le médecin, le notaire, etc.

APPETIT, s. m. Bon appetit, voisine!—Et vous aussi, voisin, bon appetit! Prononciation gasconne. Il faut écrire et prononcer «Appétit,» avec un accent aigu sur l'e.

APPOINT, s. m. Voyez APPOINTER, v. n.

APPOINTEMENT, s. m. Son appointement est fixé à 1400 francs. On lui a doublé son appointement. Dites: Ses appointements. Ce mot, pris dans le sens de Salaire, ne s'emploie qu'au pluriel.

APPOINTER, v. a. Pointer. Appointer un canon. Terme français populaire.

APPOINTER, v. n. Se dit au jeu de boules, par opposition à baucher. Il appointe bien. Voilà un bon appoint. Terme lyonnais et méridional.

APPONCE, s. f. Ajoutage, allonge. Cette robe aurait besoin d'une apponce. Si nos enfants viennent dîner, vous mettrez une apponce à la table. Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais. Dans le Jura, on dit rapponce.

APPONDILLE, s. f., et APPONDILLON, s. m. Ajoutage, appendice, chose ajoutée à une autre.

APPONDRE, v. a. Ajouter, attacher. Appondre une ficelle; appondre une sauce; appondre du bouillon; bouillon appondu; sauce appondue. Qui répond, appond; c'est-à-dire: Les ergoteurs prolongent et entretiennent les disputes. Terme lyonnais, jurassien, dauphinois, etc.

† APPRENTIF, s. m. Apprenti. Apprentif appartient au vieux français, et se dit encore dans le Midi.

† APPRENTISSE, s. f. Apprentie. Terme vieux français.

APRÈS, prép. Au lieu de dire: Envoyer chercher quelqu'un, nous disons: Envoyer après quelqu'un. Le vétérinaire n'arrive pas: envoyez après lui. Dites: Envoyez le chercher.

APRÈS, prép. Demander après quelqu'un, n'est pas une expression correcte. En mon absence, a-t-on demandé après moi? Dites: En mon absence, quelqu'un m'a-t-il demandé? Quelqu'un a-t-il demandé à me voir, à me parler?

APRÈS, prép. La clef est après la serrure; la clef est après la porte. Dites: La clef est À la serrure; la clef est À la porte.

APRÈS-MIDI, s. m. Assemblée, cercle, thé. Mme N** nous a donné hier un charmant après-midi. Ce mot est féminin et il n'a pas cette signification.

ÂPREUR, s. f. Âpreté. L'âpreur d'un fruit.

À PRORATA, prép. comp. Au prorata, en proportion de, à raison de. Il paie à prorata de ses revenus. Terme français populaire.

APURE, s. f. Moment de la plus grande abondance d'un fruit. L'apure des fraises va finir. L'apure des melons commencera bientôt. Terme savoisien.

À PURE PERTE, loc. adv. J.-J. Rousseau a employé fréquemment cette expression genevoise qui a fini par s'introduire en France, dans le langage populaire. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les écrivains français ont toujours dit: «En pure perte,» et jamais À pure perte.

À QUELQUE PART. Je vais à quelque part. Dites, sans préposition: Je vais quelque part.

ARAGNE, s. f. Araignée. Voyez le mot suivant.

ARAGNÉE, s. f. Toile d'aragnée. Terme français populaire et vieux français. Écrivez et prononcez «Araignée.» Peu de mots ont eu autant de peine à se former que celui-là; peu de mots ont subi en France plus d'altérations successives. On a dit: Araigne, airagne, arigne, iragne, iraigne, aragne, aragnée, et enfin Araignée.

ARAIGNÉE, s. f. Cardère, chardon des haies.

ARASÉE, s. f. Terme de maçonnerie. Assise. Première arasée; seconde arasée. Le verbe «Araser» est français.

ARBORISER, v. n. Herboriser. Arboriser appartient au français populaire. Arboriste se trouve dans les Fables de La Fontaine (V, 8), et se dit encore dans le Midi.

†ARGARDER, v. a. Regarder. Argarde voir, François.

ARÉONAUTE, s. m. Aéronaute.

À REVOIR, Au revoir.

†ARGENT, s. m. Dans le langage populaire, ce mot est féminin. Sa petite argent ne le mènera pas loin. Ils y mettent une belle argent, tous ces garçons, à leur tabac et à leur fumerie. Ce solécisme ne nous est pas particulier.

ARGENT DE POCHE, s. m. Dites: Argent de la poche, argent qu'on destine à ses menus plaisirs.

ARGENT MÂCHÉ, s. m. Une tabatière d'argent mâché. Dites: Une tabatière argentée.

ARGENTS, s. m. pl. Les argents sont rares. Dites: L'argent est rare.

ARGOT, s. m. Ergot, espèce d'ongle chez quelques animaux. Le coq se tenait sur ses argots. Terme français populaire et vieux français.

† ARGOTER, v. n. Ergoter, répliquer avec humeur. Terme français populaire et vieux français.

† ARGOTEUR, s. m. Ergoteur.

† ARGUELISSE, s. f. Réglisse, plante. Du bois d'arguelisse. Ce mot a subi en France de grandes variations. On a dit successivement: Ergalisse, erguelisse, regalisse, rigalisse, ragalisse, riglisse, et enfin Réglisse.

ARGUILLON, s. m. Ardillon, pointe de métal à la chappe d'une boucle. Terme français populaire.

ARI, adv. Arrière. Terme de batelier. Faire ari veut dire: Ramer en sens contraire pour aborder. Ari est aussi le cri de nos charretiers pour faire reculer leurs chevaux. En vieux français, arier signifie: Arrière.

ARIOTET, s. m. Jeu d'écoliers, appelé aussi Quique. Voyez ce mot.

† ARMANA, s. m. Almanach. Armana est aussi la prononciation populaire en Savoie, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Limousin, en Provence, à Paris, à Reims, etc.

ARMISTICE (UNE). Ce mot est masculin. «Un court armistice.»

† ARMOIRE (UN). Nous incantâmes un superbe armoire de sapin. Ce solécisme nous est commun avec nos voisins de France, de Suisse et de Savoie.

† ARMOLAU, s. m. Émouleur, gagne-petit. Quand l'armolau passera, dites-lui de monter. Terme neuchâtelois.

ARPION, s. m. Harpon. En provençal, arpioun signifie: Une griffe.

ARPIONNER, v. a. Harponner.

ARRAL (D'). De travers, à rebours, mal. Ce vêtement va tout d'arral. Notre affaire ira tout d'arral, etc. Terme des campagnards. [P. G.]

ARRAPER, v. a. Prendre par force, arracher.

ARRÊTE, s. f. Arrêt, cesse, repos. N'avoir point d'arrête, signifie: Bouger sans cesse, agir continuellement, se trémousser sans relâche.

ARRÊTER, v. n. S'arrêter. Partez donc; la dernière cloche vient d'arrêter. Nous eûmes beau faire des signes avec nos mouchoirs, l'omnibus ne voulut pas arrêter. Il est mieux de dire: Ne voulut pas s'arrêter.

ARRÊTER, v. n. Cesser. Il a arrêté de pleuvoir; il a arrêté de sonner. Laisse ton labourage, André; et si la pluie arrête, tu le reprendras.

ARRHES, s. f. pl. Dans le langage populaire raffiné, on aspire ce mot, et l'on dit: Des hharrhes; livrer les hharrhes. C'est une grossière faute: il faut prononcer les z-arrhes.

ARRIÉRAGES, s. m. pl. Arrérages.

ARRIÈRE-GRAND'MÈRE, s. f. Bisaïeule.

ARRIÈRE-GRAND-PÈRE, s. m. Bisaïeul. Terme méridional.

† ARSOUILLE, s. f. Homme ou femme de néant, crapule. Terme ignoble, qu'on retrouve dans quelques provinces du nord et du centre de la France. [Voyez le Glossaire picard de M. l'abbé Corblet.]

ARTÈRE (UN). Le gros artère. Solécisme fréquent. Ce mot est féminin.

ARTEUIL, s. m. Orteil, doigt du pied. Il s'écrasa l'arteuil. Dans notre patois, on dit: artieu; dans le Limousin et en vieux français, arteil; en Languedoc, artel; en rouchi, artoil; dans le dictionnaire de Cotgrave, on trouve artail et artoir: tous mots qui se rapprochent beaucoup de l'étymologie latine articulus. «Orteil,» qui s'en éloigne davantage, a prévalu.

ARTICHAUT BÂTARD, s. m. La grande joubarbe.

ARVE, rivière. Nous disons, en retranchant l'article devant ce mot: Le sable d'Arve; la queue d'Arve; le bord d'Arve; le chemin d'Arve; patiner sur Arve. Ces façons de parler sont un reste du vieux français.

AS (UNE). Terme du jeu de cartes. Une belle as. Solécisme qu'on retrouve aussi dans le français populaire.

ASPIRAL, s. m. Spiral. Terme d'horlogerie.

ASSATIR ou ACHATIR, v. a. Écacher, aplatir, tasser, écraser. Un terrain assati; une pomme assatie. Du pain assati est du pain mal cuit, mal levé, qui est trop serré, si l'on peut s'exprimer ainsi. Le verbe assatir ou achatir se dit aussi des personnes. J'ai tant marché, que je suis tout achati. Si tu raisonnes encore, petit drôle, je t'achatis. Quand il apprit la nouvelle de cette faillite, il resta comme achati; c'est-à-dire: Comme écrasé. Dans le patois languedocien, acata veut dire: Abaisser, et le participe acatat signifie: Courbé, bas. Dans le patois du Berry, sater a le sens de: Presser, fouler.

ASSATISSEMENT, s. m. Aplatissement, abaissement.

ASSAUT, s. m. Nous disons figurément: Faire un assaut à quelqu'un, pour: Le tancer vertement, éclater contre lui en reproches. Recevoir un assaut veut dire: Être fortement réprimandé. En Lorraine, assauter quelqu'un signifie: L'accabler d'injures, de reproches, d'invectives.

ASSÉNER, v. a. Asséner un coup de poing. Ce mot s'écrit «Assener» sans accent sur l'e. [Acad.]

ASSÉYER (S'), v. pron. S'asseoir. Asséye-toi, Colas. Prenez la peine, Mesdames, de vous asséyer. Faute fréquente.

ASSEZ, adv. Monsieur a-t-il assez bois? Aurons-nous assez crême pour quinze personnes? Dites: Assez de bois, assez de crême, etc.

ASSOYER (S'), v. pron. S'asseoir. Ils s'assoyèrent par terre, est un barbarisme. On dit pourtant: Assoyez-vous; il faut que tu t'assoyes, etc. Pour les deux manières de conjuguer le verbe S'asseoir, voyez absolument les dictionnaires et les grammaires, et ensuite débrouillez la chose, si vous le pouvez.

ASTHME, s. m. Se prononce asme.

ASTRAGON, s. m. Vinaigre à l'astragon. Écrivez et prononcez «Estragon.»

ATARTI, IE, adj. Épuisé de fatigue, éreinté.

ATOUT, s. m. Soufflet, taloche, mornifle, fort coup. Flanquer un atout; appliquer un atout; se donner un atout. Terme parisien populaire, picard, etc.

ATRAN et ATREIN, s. f. Terme des campagnards. Fourche de fer à trois cornes, pour prendre et remuer le fumier. Terme savoisien. Dans le canton de Vaud on dit: Trein ou treun; en Franche-Comté, Tran; en Dauphiné, Trenc.

ÂTRIAUX, s. m. pl. Boulettes de foie de cochon. Une douzaine d'âtriaux. Terme suisse-roman. A Besançon on dit: Atraux; en Lorraine, Hâtrez. Dans le vieux français, le Hétriaulx signifie: Le foie.

AUBE, s. f. Nous disons: Travailler d'une aube à l'autre, pour signifier: Travailler autant que la journée peut s'étendre. Expression remarquable, qui prouve qu'anciennement on ne distinguait pas (quant au degré de lumière) l'aurore du crépuscule, puisque l'un et l'autre étaient appelés du nom d'aube ou blancheur. [Voyez Villa, Nouveaux gasconismes corrigés, t. I.] Cette expression, d'une aube à l'autre, n'est dans aucun des dictionnaires que j'ai pu consulter.

AU-DESSUS, adv. Être au-dessus, se dit d'un malade qui, après une dangereuse maladie, est sur le point d'entrer en convalescence. Alexis a été entre la vie et la mort pendant plusieurs mois; mais, grâce à Dieu, le voilà au-dessus. Expression consacrée.

AU-DEVANT, adv. On entend souvent dire: Il lui est allé au devant, pour: Il est allé au-devant de lui. Ce barbarisme est déjà signalé dans les Remarques du grammairien Vaugelas, publiées il y a deux cents ans.

† AUPARAVANT, prép. J'arriverai auparavant lui. Vous serez servi auparavant ces dames. Dites: J'arriverai avant lui; vous serez servi avant ces dames. «Auparavant» est un adverbe, et les adverbes n'ont pas de régime. Cette faute appartient au vieux français.

† AUPARAVANT DE. Auparavant de mourir, il restitua la somme. Nous danserons auparavant de souper. Dites: Avant de mourir; avant de souper.

AUPARAVANT QUE, loc. conj. Auparavant que tu partes, on se reverra. Cette expression appartient au vieux français. Dites: Avant que tu partes, on se reverra.

AUSSITÔT, adv. Aussitôt à mon arrivée, j'irai vous voir. Dites: Aussitôt mon arrivée; ou: Aussitôt après mon arrivée; expression meilleure que l'autre.

AU SÛR, loc. adv. Pour sûr, avec certitude. Es-tu bien certain de la chose, Bernard?—Je ne la sais pas au sûr, et je ne voudrais pas en jurer.

AUTEUR, s. m. Cause. Tu as déchiré ma veste, Jules.—Eh bien! je m'en moque, c'est toi qui en es l'auteur: tu n'avais qu'à ne pas me chicaner. Terme parisien populaire, etc.

AUTOUR DE, loc. prép. Environ, à peu près. Il est autour de midi. À ce bal nous étions autour de soixante. Il y a autour de quatre ans que notre oncle est mort.

AUTRE, adj. Les quatre expressions suivantes: Rien d'autre, Quelqu'un d'autre, Quelque chose d'autre, Personne d'autre, sont des expressions vicieuses, qu'il faut remplacer par celles-ci: Rien autre, Quelque autre, Quelque autre chose ou Autre chose, Personne autre ou Nul autre; ou par des termes équivalents. Ne dites donc pas: J'ai gagné mon enjeu et rien d'autre. J'inviterai toute la famille, mais personne d'autre. Voudrais-tu un peu de café, Albertine?—J'aimerais mieux quelque chose d'autre. Ce sont là des phrases barbares.

AUTRES FOIS (LES), loc. adv. Les autres fois on fermait les portes de la ville à six heures du soir. Dites: Autrefois, jadis, anciennement.

AUTU-BÔTU, adv. En bloc, l'un portant l'autre, pêle-mêle. Acheter un chariot de foin autu-bôtu; c'est-à-dire: Sans le peser. «Jamais je ne ferai un marché autu-bôtu dans une matière de cette importance.» [Humbert, Adresse à mes concitoyens. 1792.]

AVA! Exclamation de découragement ou d'incertitude. Ava! n'essaie pas, tu n'y pourras jamais parvenir. Ava! ne sortons pas, la pluie commence.

AVALANCHER, v. n., et S'AVALANCHER, v. pron. S'ébouler. Le terrain menaçait d'avalancher. Le glacier venait de s'avalancher. En provençal, s'avalancha veut dire: S'affaisser, s'ébouler, crouler.

AVALÉE, s. f. Forte réprimande, gronderie brusque. Faire une avalée. Il nous surprit dans la vigne et nous fit une effroyable avalée.

AVALER, v. a. Quereller durement, rudoyer, malmener. Gardez-vous, mes enfants, de lui demander congé; il vous avalerait. Terme français populaire.

AVALER, v. a. (fig.) Nous disons de quelqu'un qui a des maux de gorge: Il a avalé le chat par la queue; ou: Il a avalé la queue du chat. En français, on dit d'un chanteur qui éprouve un embarras de gosier: «Il a un chat dans la gorge.» [Acad.]

AVALE-ROYAUME, s. m. Dénomination facétieuse qu'on donne à une personne avide, insatiable.

AVALOIR, s. m. Grand gosier, vaste gosier, vaste estomac. Dis-moi, Georgette, il faut que tu aies un fameux avaloir pour avoir englouti toute la fricassée de boudins. Avaloir est un mot français; mais on l'écrit «Avaloire,» avec e final, et il est du genre féminin.

AVAN, s. m. Osier, pleyon. Les avans aiment le bord des eaux. Terme franc-comtois, etc.

AVANCE, s. f. Avoir de l'avance signifie, dans le langage des ouvriers et des domestiques: Avoir quelque argent devant soi, avoir des économies, être en fonds. Tu es toujours ouvrier, Mathurin?—Hélas! oui, Monsieur; je n'ai point d'avance. Si j'avais eu de l'avance, je me serais établi depuis longtemps.

AVANCE, s. f. Prendre de l'avance, gagner de l'avance, sont des expressions incorrectes. Antoine, toi qui marches moins vite que tes compagnons de route, prends de l'avance, gagne de l'avance. Les dictionnaires disent, en retranchant l'article: Prendre l'avance, gagner l'avance. [Acad.]

AVANCE, s. masc. Ce qui se trouve déjà de fait ou de préparé. Tu me conseilles donc de bâtir ce mûr, Bastian?—Puisque Monsieur a tout le sable qu'il faut, et la moitié des pierres, c'est un joli avance, c'est un bon avance. Ce mot est féminin: Une bonne avance.

AVANCÉ, CÉE, adj. Celui ou celle qui a quelque argent amassé, quelque petit fonds de réserve. Expression familière aux ouvriers et aux domestiques. Notre Suzon attend, pour se marier, d'être plus avancée.

AVANCÉ, CÉE, s. Les avancés de la secte. Les avancés du parti. Un tel est dans les avancés. Néologisme utile.

AVANTER, v. a. Aveindre, prendre un objet qui n'est pas à la portée de la main. Toi qui es grand, Eugène, avante-nous ce panier qui est sur le buffet. Monte sur l'échelle et avante ce gros livre. Tâche d'avanter mon volant sur ce poirier. Terme formé de la préposition «Avant.» Avanter, c'est: Tirer en avant, amener en avant. Ce verbe n'a point d'équivalent exact en français; car le verbe «Aveindre» est peu usité.

AVEC, prép. Nous disons, et les Méridionaux le disent aussi: Vous arriverez avec la nuit; nous voyageâmes avec la pluie; ils partirent avec le beau temps. Ces phrases, et phrases semblables, n'ont pour elles l'autorité d'aucune grammaire, ni d'aucun dictionnaire.

AVEC, prép. Je suis ami avec Isaac. Connais-tu la Louise, Benoît?—Si je la connais: on est amie avec. Les deux cousines sont amies ensemble. Ces expressions ne sont pas françaises.

AVEC, prép. Ne dites pas: Compter avec les doigts. Dites: Compter sur les doigts, ou par les doigts.

AVEC, prép. Quand cela va bien, il faut aller avec. Ce proverbe signifie qu'On doit être modéré en toute chose; qu'il faut, en toute chose, jouir sans abuser. Allons, M. l'adjoint, encore un verre de Champagne.—J'ai eu ma bonne part, Messieurs, et, comme dit le proverbe, quand ça va bien, il faut aller avec (c'est-à-dire: Quand les choses vont bien, il faut être content et ne pas aller jusqu'à l'excès).

AVEC CELA QUE, loc. conj. Outre que, d'ailleurs. Le temps est trop incertain et trop humide pour que je me mette en route, avec cela que j'ai une douleur au genou.

AVENAIRE, s. m. L'avenaire est un homme essentiellement désagréable, qui blâme tout, critique tout, et chez qui la contradiction est un besoin. A Neuchâtel, avenaire signifie: Aventurier, homme sans aveu, nouveau venu, intrus. C'est à peu près le sens que lui donne le Dictionnaire français-anglais de Cotgrave, seul dictionnaire où j'aie trouvé cette curieuse expression. Dans le patois du bas Valais, aveniro veut dire: 1o Enfant maigre; 2o Polisson R. advena ou advenarius, étranger.

AVOCATON, s. m. Mauvais avocat. Dans le français populaire on dit quelquefois: Avocasson.

AVORGNAU, s. m. Homme incommode, homme ennuyeux, butor. Terme tant soit peu trivial, et qui commence à vieillir.

AVOUAI, AHOUÉE ou AHOUAI, s. m. Cri, clameur générale d'approbation dans une réunion bachique. Encore un avouai!

AVOUGNON, s. m. Coup, fort coup.

AVOUILLON, s. m. Aiguillon pour piquer les bœufs.

AVOUILLONNER, v. a. Piquer un bœuf avec l'aiguillon pour le faire aller. Ce mot et le précédent nous viennent des campagnards.