V

VACHE, s. f. Nous disons proverbialement et injurieusement, en parlant d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie grave: Il mourrait plutôt la vache d'un pauvre homme. En Languedoc on dit: Il mourrait plutôt l'âne d'un pauvre homme. Dans le français populaire: Il mourrait plutôt un chien de berger. [Voyez le Dictionnaire du Bas langage, t. Ier, p. 198.]

VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans les haies pendant les mois d'avril et de mai.

VACHE, s. f. Se dit figurément d'une personne qui est à la fois très-corpulente, très-molle et très-apathique. Terme bas et grossier.

VACHE, s. f. Noyau d'abricot taché de blanc. Terme d'écolier.

VACHERIN, s. m. Sorte de fromage à la crême, lequel se fabrique surtout dans le Chablais. «Les vacherins que vous m'envoyez, seront distribués en votre nom.» [J.-J. Rousseau, Lettre écrite de Motiers-Travers à Mr D'Ivernois.]

VACILLER, v. n. (ll mouillés.) On doit prononcer va-cil-ler.

VACILLEMENT, s. m., n'est pas français; on dit: Vacillation, et l'on prononce va-cil-la-tion.

VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ouvriers, et signifie: Actif, diligent, ardent à l'ouvrage, laborieux. Notre Suzette est une fille sage et vaillante. Terme méridional, vieux français, etc.

VADER, v. n. S'esquiver, s'évader, partir à la sourdine.

VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille, à tout hasard, quelle que soit la valeur de la chose. Acceptez sa promesse, vaille qui vaille. Contentez-vous d'une signature, vaille qui vaille. Dites: Vaille que vaille.

VALÉRIENNE, s. f. Valériane, plante médicinale.

VALET, s. m. Terme d'amitié qu'on donne quelquefois aux petits garçons. Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon valet, viens, que je t'embrasse.

VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement ainsi conçus: Écus, 60.—Valeur, 3 fr. 50 c. Dites: Appoint.

VALSER, v. n. S'esquiver, s'évader, se sauver, prendre la poudre d'escampette. Français populaire.

VANGERON, s. m. Petit poisson particulier à notre lac et à celui de Neuchâtel. Mr Jurine lui donne le nom de «Rosse.» A Neuchâtel on l'appelle: Vingeron. Mr Grel, dans son Vocabulaire, l'appelle: «Gardon.»

VANNER, v. n. Décamper, s'esquiver, filer, s'échapper. Terme français populaire.

VANTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. Faire le vantadour. Terme neuchâtelois.

VANTAU, s. m. Contrevent extérieur. Ouvrir les vantaux; fermer les vantaux; arrêter, fixer les vantaux. Terme vaudois, neuchâtelois, dauphinois et vieux français. Ce mot, recueilli par Gattel (grammairien dauphinois), et copié par Boiste, a été repoussé par Mr Bescherelle, dont le dictionnaire est cependant un lieu de refuge, ouvert à tous les genres de barbarismes. En français, «Vantail,» dont le pluriel est «Vantaux,» signifie: Battant d'une porte, battant d'une fenêtre.

VARIEMENT DE CŒUR, s. m. Défaillance. Voyez le mot suivant.

VARIER, v. n. Avoir des vertiges, défaillir. Le cœur lui varie. Le cœur me variait, c'est-à-dire: J'avais des vertiges. Expression principalement familière aux campagnards.

VARIER, v. n. Corruption de avarier. Parmi les arbres ou arbrisseaux plantés en hiver, il y en a qui varient à la sève du printemps, c'est-à-dire: Qui se détériorent ou périssent.

VASE, s. m. Tonneau, fuste.

VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une église, d'une galerie, d'une bibliothèque, et autres grandes pièces d'un bâtiment considérées en dedans. Notre temple de Saint-Pierre est un beau vase. La voix de ce prédicateur remplit aisément les plus grands vases. Dans ces deux exemples, et dans les analogues, dites: Vaisseau. «L'église de Notre-Dame de Cambray est un très-beau vaisseau.» [Pellisson.]

VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas: Elle a fait le veau. Dans le Berry on dit: Elle a fait veau. Il faut dire: Elle a vêlé. «Faire le veau» se dit d'une personne qui s'étend nonchalamment.

VEILLER, v. n. Terme consacré pour dire: Passer la veillée, passer la soirée ou l'après-soupée chez un voisin, chez un ami, chez un parent. Femme, où veilles-tu ce soir (où vas-tu à la veillée ce soir)?—Je veille chez ma belle-sœur. Demain on veillera tous chez le grand-papa. Terme languedocien.

VEILLER (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer. Claudine, veille-toi ce rôdeur, veille-te-le bien.

VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinairement fortes et saillantes par le travail manuel, on dit proverbialement: Qui voit ses veines, voit ses peines. Ce dicton s'étend encore aux personnes dont la main est amaigrie par l'âge ou par la maladie.

VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, où l'on vend le vin en détail, mais où l'on ne donne pas à manger. Établir un vendage. Nous ferons une halte au premier vendage. Terme vaudois et neuchâtelois. En vieux français, vendage signifie: Vente, débit.

VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne.

VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers le temps de la vendange.

VENDÔME (FAIRE). Vendre ses hardes, ses effets. Il a été obligé de faire vendôme de tout son butin. [G. G.]

VENDRE, v. a. Ce terme des écoliers, dans leurs divers amusements sur la neige et la glace, signifie: Atteindre, culbuter, faire pirouetter. Gare! gare! tu es vendu. Ne me vends pas, Antoine; s'il te plaît, ne me vends pas!

VENDRE VIN, v. a. Débiter du vin. Terme suisse, berrichon, etc.

VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez [VANGERON].

† VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes. Un enfant venimeux, dans le langage très-populaire, est un enfant dont le sang est vicié.

VENIR, v. n. Devenir. Depuis ces bonnes pluies, la campagne est venue bien verte. Je crois, ma chère, que je viens sourde. Terme français populaire.

VENIR (SE), v. réfl. Cet enfant a une excellente nourrice: il se vient bien (il vient bien), c'est-à-dire: Il prospère, il grossit, il prend un air de santé. Notre Émélie, qui était toute moindrolette, il y a deux mois, se vient très-joliment aujourd'hui.

† VENIR (S'EN), v. pron. Ce verbe est français. On dit: Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au parfait indéfini: Elle s'est en venue; ni: Je me suis en venu; elle s'en est en venue; tâchez voir que Jean-Pierre s'en en vienne. On dit: Elle s'en est venue; tâchez que Jean-Pierre s'en vienne, etc.

VENIULE, s. f. Venelle, passage étroit, sentier. Il s'est échappé par la veniule; il a pris une mauvaise veniule; il a manqué la veniule. Au sens figuré: Être dans la veniule, enfiler la veniule, signifie: Être dans la bonne voie; trouver le moyen de réussir.

VENT, s. m. Les vents qui règnent dans le bassin de Genève et sur le lac Léman sont au nombre de huit, savoir: 1o Le Môlan ou la Môlanne (vent d'est), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de la montagne du Môle: vent paisible et qui n'est presque jamais orageux. 2o Le Bornand (vent du sud-est), ainsi nommé parce qu'il vient du côté des montagnes du Grand et du Petit-Bornand, en traversant les Bornes et le mont Salève. Il souffle ordinairement par rafales et excite de grands orages. 3o Le Creuseilland (vent du sud), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de Creuseille et du mont de Sion. C'est le vent proprement dit. Il souffle le plus souvent par bouffées, et occasionne quelquefois de grands orages. Quand il amène la pluie, elle dure assez longtemps. 4o Le Michailland (vent du sud-ouest), ainsi nommé parce qu'il vient du côté de la Michaille, petit pays situé sur la rive droite de la Valserine, à l'ouest du fort de l'Écluse. Quand il souffle en été, c'est une espèce de sirocco; et s'il règne durant quelques jours aux approches des moissons, il fait venter les blés, qui dépérissent et ne produisent que des grains avortés ou retraits. 5o Le Bourguignon (vent d'ouest), ainsi appelé parce qu'il vient de la Bourgogne, du côté de Chézery et de Lélex. Il traverse le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages du pays de Gex situés au pied de cette montagne. 6o Le Joran (vent du nord-est), qui vient du côté de la partie du Jura qui avoisine la ville de Gex. Il souffle ordinairement par bouffées et excite souvent de grands orages. 7o La Bise (vent du nord). Elle amène d'ordinaire le beau temps. Si elle est accompagnée de pluie, on la nomme Vouaret, dans certaines localités. 8o Le Séchard (vent du nord-est), ainsi nommé à cause de sa qualité desséchante. Il nous arrive par le lac et amène presque toujours le beau temps. Quand il règne, le ciel est serein ou peu chargé de nuages. Le peuple du bassin de Genève l'appelle aussi, dans son langage expressif: La Dame de Lausanne, Notre Dame de Lausanne. [P. G.]

VENT (LE). C'est ainsi que nous désignons d'un seul mot le Vent du midi. Le vent s'élève, nous aurons de l'eau. Le vent n'est pas comme les vieilles femmes, il ne court pas pour rien, c'est-à-dire: Qu'en dernier résultat il amène un changement de temps et la pluie.

VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au vent du midi, quand il souffle sans couvrir le ciel de nuages. Terme neuchâtelois.

VENTER, v. n. Nous disons d'une chandelle allumée qu'elle vente, lorsque la flamme en est agitée par le vent et que le suif se fond plus vite. Nous le disons aussi des rideaux. Les rideaux ventent lorsqu'ils sont mis en mouvement par l'action de l'air.

VENTER, v. n. Se dit des blés, et signifie: Être attaqué de la maladie appelée nielle ou carie. Les blés ventent lorsque, étant à peu près mûrs, ils sont surpris par des rosées froides et fortes, sur lesquelles tombe dès le matin un soleil très-chaud.

VENTRAILLE, s. f. Tripaille, intestins des animaux. Terme languedocien, vieux français, etc.

VENTRE, s. m. On dit dérisoirement d'un prodigue à qui il ne reste plus rien: À présent qu'il a tout dépensé, il est obligé de se frotter le ventre avec un carron (une brique). Figurément, Se frotter le ventre avec un carron (voyez CARRON), signifie: Se passer de manger. On dit à Paris dans le même sens: Se serrer le ventre. [Dictionnaire des locutions vicieuses.] Nous disons figurément dans le même sens: Danser devant le buffet.

VENTRE, s. m. Nous disons à un enfant, qui étant servi abondamment d'un mets, ayant son assiette bien garnie ou sa poche pleine, se plaint encore de n'avoir pas assez: Tu as les yeux plus grands que le ventre. Dites: Que la panse.

VERDAÎRULE ou VERDERULE, s. f. Verdule, verdelet, bruant.

VERGILLON, s. m. Petite verge, petite baguette. Se dit surtout de cette baguette de noisetier que les pêcheurs ajoutent à l'extrémité du roseau qui leur sert de ligne. Terme vaudois. En vieux français, verjon.

VERGNE, s. m. Verne, aune, sorte d'arbre qui croît au bord des eaux. Terme vieux français. Nos campagnards lui donnent le genre féminin.

VERNET, s. m. Verney, lieu planté de vernes ou aunes. La campagne des Vernets. L'hospice des Vernets.

VERSÉE, s. f. Signifie: 1o Une rasade, un plein verre; 2o Une averse. Je te demande un peu de vin et tu me flanques une versée.

VERSER, v. a. Répandre. Lequel de vous, mes enfants, a versé cette encre? Tu veux te servir toi-même, Ernestine, et tu verses la sauce sur la nappe. Français populaire.

VERSER, v. a. Nous disons figurément d'un marchand, d'un commerçant qui, par sa faute, a fait de mauvaises affaires et s'est ruiné: Il a versé son écuelle.

VERSER, v. n. Se répandre par les bords. Viens vite, Jeannette, ton lait verse; ta cassette va verser. Expression méridionale.

VERSI VERSÀ, loc. adv. Vice versâ, qu'on prononce vicé-versâ; termes latins qui signifient: «Réciproquement.»

VERT, s. m. Faire le vert et le sec, signifie: Se donner toutes les peines du monde pour réussir dans une affaire. L'Académie et les Dictionnaires de proverbes disent: «Employer le vert et le sec.»

VESSICATOIRE, s. m. Écrivez «Vésicatoire» et prononcez vé-zi-ca-toire.

VESTE, adj. À demi ivre, gris. Il est veste.

VESTE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui a trop bu: Il a sa veste, la plus belle veste du monde, laissons-le dormir. Il a pris une veste. On dit aussi: SE VESTER, pour: Se griser.

VICAILLE, s. f. Victuaille, provisions de bouche. Il y a assez de vicaille dans leur maison.

VICOTER, v. n. Vivoter, vivre petitement, subsister pauvrement et avec peine. Avec ces quarante francs, ils purent vicoter deux mois. Terme lyonnais, etc. En vieux français, Vicquer signifie: Vivre, être en vie.

VICREUSE (LA). C'est le nom de divers petits chemins dans notre canton. Vicreuse ou Vie-creuse veut dire: Voie creuse, chemin creux. En patois, vî-a ou signifie: Chemin. R. lat. via.

VIDÉE, s. f. Action de vider ou de se vider. S'emploie au sens propre et au sens figuré. Ils sont tous partis! voilà une fameuse vidée!

VIDEUSE (UNE). Terme de la fabrique d'horlogerie, ouvrière qui découpe le coq de la montre.

VIDOLET, s. m. Terme des campagnards. Sentier particulier. Le vidolet de Sierne. Dans le patois de l'Isère et en vieux français on dit: Violet.

VIEILLE, s. f. Vielle; instrument de musique fort connu. Jouer de la vieille. Terme français populaire.

VIEILLOPET, ETTE, adj. et subst. Vieillot, vieillote, qui commence à avoir l'air vieux: Une petite vieillopette.

VIEULIET ou VIEULIER, s. m. Violier, giroflée. Un vieuliet double. Terme savoisien, lyonnais et méridional.

VIEUX FER. Être au vieux fer, est une expression figurée qui s'emploie en parlant des personnes et qui signifie: N'être plus bon à rien. Mettre au vieux fer, veut dire: Rebuter, dédaigner. Ils ne veulent plus rien de moi, et ils me laissent de côté! Ils s'imaginent donc que je suis déjà au vieux fer.

VIEUX JOIN, s. m. Vieux oing, vieille graisse de porc fondue, dont on se sert pour frotter les voitures. «Oing» est le mot latin unctum.

VIGOUREUSE, s. f. Sorte de poire. Voyez [VIRGOUREUSE].

VINOCHE, s. f. Mauvais vin, piquette, vin. Retire-toi, Bastian, retire-toi bien vite, tu pues la vinoche.

VIOLETTES, s. f. Être aux violettes est une expression figurée et facétieuse qui signifie: Être pensionnaire de l'Hôpital et placé comme tel chez des campagnards. On dit dans le même sens: Être aux avant-postes.

VIOLONNER, v. n. Jouer du violon. Se dit de celui qui fatigue ses alentours en râclant ou en étudiant.

VIOLONNER, v. a. Répéter toujours la même chose, rabâcher, fatiguer par d'ennuyeuses redites. Terme vaudois.

VIOLONNEUR, s. m. Mauvais joueur de violon, râcleur. La peste soit du violonneur! Terme languedocien, etc.

VION-NET, s. m. Terme des campagnards. Petit sentier public. Vous accourcirez en prenant ce vion-net.

VIRABOQUET, VIREBOQUET, ou VIREBREQUET, s. m. Jouet d'enfant. Noyau d'abricot percé, dans lequel on enfile un petit bâton planté dans une pomme de terre et qu'on fait tourner au moyen d'une ficelle ou d'un fil ajusté au noyau.

VIRABOUQUIN, VIREBOUQUIN ou VIREBREQUIN, s. m. Vilebrequin, outil d'artisan qui sert à trouer, à percer du bois, de la pierre, et autres corps durs. On dit à Lyon: Virebroquin.

VIRE-DE-PIED, s. m. Croc en jambe.

VIRE-DE-PIED, s. m. Mesure d'un travers de pied. La largeur de sa chambre était de sept pieds et un vire-de-pied. On dit aussi: Revire-de-pied.

VIRER CASAQUE. Tourner casaque, changer de parti.

VIRER L'ŒIL. Tourner de l'œil, mourir. Regarde cette pauvre truite, comme elle vire l'œil. Expression limousine.

VIRET, s. m. Sorte de miton chaud.

VIRET, s. m. Escalier en limaçon. Dans le patois vaudois, vira, s. f. signifie: Vis de pressoir.

VIREVOÛTE, s. f. Tours et détours, circuits, sinuosités. Les virevoûtes d'un couvent; les virevoûtes d'un bois. Terme vaudois et languedocien. Les mots «virevolte et virevouste» ont la même origine que notre mot de virevoûte, mais ils n'ont pas le même sens. Virer signifie: Tourner, et volte, vouste et voûte sont une corruption du mot latin vultus, visage, face.

VIRGOUREUSE, s. f. Sorte de poire d'hiver, appelée en français: «Virgouleuse.» Virgoulé est le nom d'un village près de Limoges, d'où ces poires se sont propagées.

VIROLET, s. m. Remous, tournant dans une eau courante. Prends garde à ce virolet; ne va pas nager près de ce virolet. Terme vaudois et savoisien.

VIROLET, s. m. Toton, jeu d'écolier.

VIROLET, s. m. Tourniole, panaris qui fait le tour de l'ongle. R. virer.

VIROTTER, v. n. Se prend d'ordinaire en mauvaise part, et signifie: Tourner et virer autour de quelqu'un. As-tu assez virotté? Si tu virottes encore dans cette chambre, je te renvoie.

VIS (UN). Mettre un vis. Dites: Mettre une vis. Ce mot est féminin.

VISAGÈRE, s. f. Le masque d'une poupée. Mettre une visagère; casser une visagère; changer de visagère. Terme suisse et savoisien. Dans l'évêché de Bâle on dit: Visagière. En vieux français, visagière signifie: Visière d'un casque.

VIS-À-VIS, prép. Envers. Il eut des torts graves vis-à-vis de son tuteur. Il se conduisit très-mal vis-à-vis de sa grand'mère. Cette faute choquante n'en sera bientôt plus une, tant elle s'est propagée, et tant l'usage qu'en font plusieurs écrivains l'a sanctionnée. Introduite en France par J.-J. Rousseau, cette expression fut dès l'origine attaquée vivement par Voltaire. Mais le philosophe de Genève, plus lu et plus goûté que le philosophe de Fernex, triompha de son opposant, et le barbarisme trône aujourd'hui.

VISICATOIRE, s. m. Vésicatoire. R. vesica.

VISIÈRE, s. f. Nous disons figurément, en parlant de quelqu'un avec qui nous avons cessé toute relation, tout commerce d'amitié: J'ai rompu en visière avec lui. En français on dit: Je lui ai rompu en visière; et cela signifie: Je l'ai contredit en face et brusquement.

VISITANT, s. m. Visiteur.

VIS OUVERTS (À). À huis ouverts, c'est-à-dire: Avec les portes ouvertes, les portes restant ouvertes. Le mariage civil se fait toujours à vis ouverts. Vis (prononcez visse) est une corruption du vieux mot huis (porte), d'où l'on a fait le mot «huissier.» R. ostium.

† VISSE-VERSÀ, loc. adv. Écrivez «Vice versâ» et prononcez vicé-versâ.

VITAILLE, s. f. Terme des campagnards, provision de bouche, vivres, victuaille. Terme vieux français.

De ses deniers assez li baille

Por achater de la vitaille.

[Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane, t. II, p. 723.] En languedocien on dit: Bitaille.

† VITRE (UN). Une vitre. Femme, fais donc remettre ce vitre. Solécisme franc-comtois, etc.

VIVE, s. f. Alevin, milcanton, réunion de diverses espèces de très-petits poissons. «Il est défendu de pêcher et de vendre du fretin connu sous le nom de vive.» [Règlement de police de 1837.]

VOCATION, s. f. Ce mot ne signifie point, comme plusieurs le croient: État de vie, carrière, profession. Il faut donc éviter les expressions suivantes: Prendre une vocation; choisir une vocation; embrasser une vocation; quitter une vocation; changer de vocation, etc. «Vocation» signifie: Appel, mouvement intérieur, disposition naturelle qui nous porte à tel ou tel genre de vie. On dira donc fort bien: Les jeunes gens n'ont pas toujours la facilité de suivre leur vocation, c'est-à-dire: De suivre l'instinct, le penchant, le goût qui les pousse vers telle ou telle carrière. Notre cousin Salomon n'avait aucune vocation pour la carrière des armes; il a été cependant forcé de servir. «Vocation» est le mot exact dans ces deux exemples.

VOGUE, s. f. Fête patronale, fête de la commune. Les bals de la vogue; les plaisirs bruyants d'une vogue. Terme savoisien, dauphinois et provençal.

VOILÀ, prép. Es-tu contente de ton nouveau cordonnier?—Voilà, c'est-à-dire: Je n'en suis ni contente ni mécontente.

VOIR ou VOIRE, adv. Attends voir, écoute voir, regarde voir, signifient: Attends un peu, écoute un peu, regarde un peu. Dis voir, Pierrot, va-t-on à Divonne dimanche? Ce terme, qui est si connu dans tous les pays où l'on parle français, vient du mot latin verè (vraiment), et joue le rôle que jouent en allemand les mots einmal, ein wenig. On trouve dans les Contes de La Fontaine le vers suivant:

Voire! écoutez le reste de la fête.

Ce qui revient à: Écoute voire.

VOIR (SE), v. pron. impersonnel. Paraître. Il se voit bien que tu es en colère. Il se voit bien que le beau temps ne durera pas. Expression dauphinoise, etc.

VOITURÉE, s. f. Toutes les personnes qui remplissent une voiture. Nous allâmes au pont de la Caille: la voiturée se composait de quatorze amis. Expression fort acceptable.

VOL, s. m. Un vol d'étourneaux; un vol d'hirondelles, etc. Terme méridional. En français on dit: Volée. «On voit des volées de deux ou trois cents pintades.» [Buffon.]

VOL, s. m. Prendre quelqu'un au vol. Dites: Prendre quelqu'un à la volée, c'est-à-dire: Choisir promptement et habilement l'instant fugitif où on peut le voir et lui parler.

VOLAILLE, s. f. C'est le nom qu'on donne en français à tout oiseau qu'on nourrit dans une basse-cour. La phrase suivante est donc tout au moins un peu bizarre. Ce n'est pas un poulet que je vous offre, Messieurs, c'est une volaille.

VOLANT, s. m. Faucille de nos moissonneurs. Aiguiser un volant; emmancher un volant. Terme vaudois, jurassien et berrichon. Dans le patois de l'évêché de Bâle on dit: Voulain; en bas-limousin, voulan; en Dauphiné, volame. Dans le vieux français, voulain et voulant se disaient d'une espèce de serpe. [Voyez Roquefort, Glossaire, t. II, p. 731.]

VOLANT, adj. Nous disons que des oiseaux sont tout volants, lorsqu'ils sont drus comme père et mère. [P. G.]

VOLE, s. f. Mettre un oiseau à la vole, signifie: Le mettre au vol; lui faire prendre son vol.

VOLET, s. m. Les mots de volet et de contrevent ne sont pas synonymes. «Les Volets sont en dedans et s'appliquent sur le châssis des fenêtres, les Contrevents sont en dehors.» [Voy. Pautex, Recueil de mots français, p. 41.]

VOLETTE (À LA), loc. adv. Faire une chose à la volette, signifie: La faire trop vite et avec peu de soin, la faire à la volée et en courant. On dit aussi: Prendre une chose à la volette, saisir une chose à la volette.

VOLEUR, s. m. Filament enflammé de la mèche d'une chandelle, lequel fait couler le suif. Ne voyez-vous pas ce voleur à la chandelle? Ôtez donc ce voleur. Terme connu dans quelques provinces de France, dans la Flandre française, etc. [Dictionnaire roman-wallon, p. 209.]

VOLONTIERS, adv. Ordinairement. La Victorine a volontiers mal aux dents le soir. J'ai volontiers la migraine à la suite d'une grande émotion. Phrases dont chacun peut apprécier le ridicule.

VOUABLE, s. f. Clématite des haies, herbe aux gueux, sorte de plante grimpante qui fleurit au mois de juillet. Terme vaudois, neuchâtelois, franc-comtois, etc.

VOUAFFE, s. f. Au sens propre, boue liquide, bouillon trop clair, sauce mal liée. Leur soupe n'était que de la vouaffe.

VOUAFFER, v. n. S'enfoncer dans un liquide épais. La pluie survint, on vouaffa dans le patrigot. Ce mot et le précédent sont des onomatopées dignes de remarque.

VOUAI, s. m. Terme des campagnards. Sorte d'épervier.

VOUARAI ou VOUARET, s. m. Bise noire et pluvieuse.

VOUÂRE, s. f. Terme des campagnards. Mars, larve de hanneton, et le hanneton lui-même. Terme vaudois et savoisien.

VOUAREUX, EUSE, adj. Qui a la morve au nez. Un enfant vouareux.

VOUARGNE, s. m. Terme suisse-roman qui signifie: Sapin blanc. L'ancien Glossaire appelle Vouarme, le Sapin femelle.

VOUÈPE, s. f. Femme maligne, femme méchante. En patois, vouèpe signifie: Guêpe. R. lat. vespa.

VOUÉPETTE, s. f. Diminutif de vouèpe. Voyez ce mot.

VOUGNER, v. n. Se dit de deux boules ou de deux palets qui se touchent. Voyez [QUIQUE].

VOUGNER, v. actif. Remuer, fracasser en remuant. S'il vous plaît, Madame, ne vougnez pas tant mes œufs.

VOULOIR, v. a. Nous mettons il veut devant un infinitif, pour marquer le futur. Il veut pleuvoir; il veut faire beau; il veut neiger; il veut geler cette nuit, etc. Cette façon de parler est un germanisme.

VOUI. Mauvaise prononciation de: Oui.

VOULOIR, v. a. Nous employons les expressions: Si vous voulez, si tu veux, dans le sens de: «Médiocrement, honnêtement.» Y avait-il du monde à l'enterrement de Mr N**?—Il y en avait si vous voulez. Expression méridionale.

VOULOIR, v. a. Nous disons d'un homme indécis, d'un homme inconstant dans ses résolutions: Il ne sait pas ce qu'il se veut. L'Académie dit: Il ne sait pas ce qu'il veut.

VOULOIR, v. a. La conjugaison de ce verbe offre une grande difficulté dont peu de personnes se doutent. Au présent du subjonctif nous disons: Je ne partirai pas lundi, à moins que vous ne veuilliez partir avec moi. J'accepte votre magnifique melon, pourvu que vous veuilliez le manger avec moi et chez moi, etc. Il faut dire: «Que vous vouliez.» Voyez toutes les grammaires.

VOUSAYER ou VOUSOYER, v. a. Dire vous à quelqu'un, ne pas le tutoyer. Plusieurs maris vousayent leurs femmes. Quelques enfants vousayent leurs pères. Terme connu en France, mais que les dictionnaires, sans aucune raison plausible, n'ont pas accueilli. On disait en vieux français: Vosoyer.

VRAI (DE), adv. Vrai, au vrai, vraiment, véritablement. Parles-tu de vrai? Dis-tu tout cela de vrai? Me donnes-tu cette agate de vrai? Voici de vrai comment toute la chose s'est passée. Français populaire.

VUIDE, adj. Le grammairien Oudin, au commencement du dix-septième siècle, donnait sur ce mot la règle suivante: «Écrivez «vuide» et prononcez vide.» Actuellement on écrit et l'on prononce «vide.» Tonneau vide, estomac vide, bourse vide.